ACTION SUR LE CERVEAU
pendant son sommeil que M. Liébeault et loi seuls pourraient l’hypnotiser. Cette idée inscrite dans son cerveau et dont elle n’avait pas conscience à l’état de veille, l’avait prémunie contre ma tentative ! Donc le danger d’une suggestibilité hypnotique trop grande peut être écarté par la suggestion elle-même.
Une appréhension plus grave et qui s’impose naturellement est celle-ci : Ne craignez-vous pas, dira-t-on, que l’hypnotisme, alors même qu’il est manié avec prudence, dans un seul but thérapeutique, sans hallucinations provoquées, ne finisse par porter une atteinte grave aux facultés cérébrales? Le cerveau s’engourdit, l’intelligence est déprimée, l’activité cérébrale diminue; le sujet tombe et reste dans un état de torpeur intellectuelle.
L'expérience seule peut répondre. Or, j’ai endormi des personnes très intelligentes, pendant des mois et même des années, journellement, même deux fois par jour; et jamais je n’ai constaté le moindre préjudice porté aux facultés de l’entendement ; l’initiative cérébrale persistait aussi active ; elle devenait même quelquefois plus active, car bien des troubles fonctionnels dont les malades souffrent, tels que douleurs, inquiétude, agitation nerveuse, insomnie, réagissent d’une façon fâcheuse sur l'activité psychique; supprimer ces troubles par la suggestion, c’est mettre le cerveau au repos, c’est le dégager d’impressions qui entravent son fonctionnement libre, c’est sauvegarder l’intégrité fonctionnelle de l’organe générateur de la pensée. Le sommeil hypnotique par lui seul est bienfaisant et exempt d’inconvénients, comme le sommeil réel.
Mais un autre ordre de dangers peut résulter des hallucinations provoquées et je doisdire ici toute mapensée. Sans doute, des hallucinations inoffensives provoquées à d’assez longs intervalles, soit hypnotiques, soit post-hypnotiques, troublent momentanément l’esprit, au même titre que les rêves; mais l’équilibre se rétablit vite quand le rêve hallucinatoire a disparu.