ABUS DES HALLUCINATIONS
En est-il de même si ces hallucinations sont fréquemment suggérées à l’imagination? Ne peut-il à la longue rester quelque trouble persistant dans le cerveau? N estil pas à craindre qu’un dérangement plus ou moins notable des facultés intellectuelles survive? Je ne voudrais pas affirmer que certains cerveaux fragiles, prédisposés à 1 aliénation mentale, ne puissent recevoir de ces expériences inopportunes et maladroites une atteinte sérieuse, sachant que toute émotion, tout bouleversement violent peut faire éclore une folie dont le germe diathésique, souvent héréditaire, est inhérent à l'organisme. Je dois dire seulement que, dans les nombreuses expériences que j ai faites, je n ai jamais constaté de trouble psychique survivant aux expériences. Chez une de mes malades, dont j'ai parlé, M... G..., femme très intelligente, affectée d’ataxie locomotrice, je me suis permis, sans la violenter, quelques expériences dans ce but, en surveillant avec soin son état psychique, prêt à arrêter l’expérimentation au moindre indice inquiétant qui se manifesterait. Je l’ai, à diverses reprises, soumise plusieurs jours de suite, à des hallucinations complexes, répétées, hypnotiques, post-hypnotiques, à courte et à longue échéance; et de tout cela, rien n’est resté. Depuis trois ans qu'elle est au service, malgré de très nombreuses suggestions à l'état de veille et de sommeil, son intelligence est restée aussi vive, son initiative n’a pas été atteinte. Je ni empresse d ajouter que ce fait ne doit pas servir d encouragement; une pareille expérimentation est dangereuse; les expériences d’hallucination provoquée ne doivent être faites qu avec prudence et réserve.
Un autre danger réel est celui-ci : certains sujets, après de nombreuses hypnotisation®, après de nombreuses hallucinations provoquées pendant le sommeil, deviennent suggestibles et hallucinablcs à l'état de veille.
Leur cerveau réalise avec une extrême facilité toutes es conceptions qu on y dépose : toute idée devient acte, toute image évoquée devient chez eux une réalité: ils ne
HALLUCINAB1LITÉ EXTRÊME
distinguent plus le monde réel du monde imaginaire suggéré. La plupart, il est vrai, ne sont hallucinables ainsi que par la seule personne qui a l’habitude de l’hypnotiser.
Mais, parmi ces sujets, et cela surtout si le médecin n’a pas eu la précaution de s’attribuer à lui seul le monopole de la suggestibilité, dans l’intérêt thérapeutique, quelques-uns peuvent être hallucinables et suggestibles par tous, par tous ceux, qui savent leur en imposer.
Et cette hallucinabilité extrême une fois produite, cette maladie nerveuse une fois créée, n'est pas toujours facile à guérir ou à atténuer par une nouvelle intervention suggestive. Aussi, ne faut-il pas livrer le cerveau humain à des jeux de cette nature ! Sans doute quelques expériences d’hallucinations provoquées de temps en temps sont inoffensives, si elles sont faites avec réserve ; répétés sans mesure sur le même sujet, elles peuvent devenir dangereuses.
Faut-il proscrire une chose qui peut être utile, parce que l’abus de cette chose peut êlre’nuisible? Autantjproscrire le vin, l’acool, l’opium, la quinine, parce que l’usage immodéré ou intempestif de ces substances peut entraîner des accidents! Sans doute la suggestion maniée par des gens malhonnêtes ou maladroits esL une pratique dangereuse. La loi peut et doit intervenir pour réprimer les abus.
Utilisée dans un but thérapeutique, maniée avec prudence et intelligence, la suggestion n’est que bienfaisante. C’est au médecin d’en dégager l'effet utile et de l’appliquer au soulagement de ses malades. Quand en présence ,d’un malade, je pense que la thérapeutique suggestive a quelques chances de succès, je me croirais répréhensible, comme médecin, si je ne la proposais à mon client, et si je n’insistais pour le décider à s’y soumettre.
Mais avantde l’appliquer, voici les préceptes auxquels je crois devoir m’astreindre et auxquels tout médecin
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