RÊVES SOMNAMBULIQUES
sens contraire, etc. Je la fais coudre : elle fait un ourlet au drap qu’elle a sous la main, fait mine d’enfiler l'aiguille, met son dé à coudre, et coud son ourlet, enfonçant l'aiguille, retirant le fil, se piquant une fois le doigt et le porlant à la bouche pour sucer la goutte de sang, remplaçant l'aiguille qui ne pique plus par une autre, le tout avec une apparence saisissante de réalité. — « Tu as assez travaillé pour ta mère, dis-je. Allons nous promener. » Elle me prend pour son amie Louise! «Je veux bien », dit-elle. — « Allons nous baigner, il fait chaud », dis-je. Elle croit venir avec moi, décrit les rues où elle passe, les personnes qu’elle voit. Je frappe trois coups sur la table. « Qu’esl-ce que c'est? disje. — Ce sont des hommes qui cassent des pierres. » — Nous arrivons au bain, elle fait geste de se déshabiller, croit être dans l’eau, grelotte, fait avec ses mains étendues des mouvements réguliers de natation, etc.
Si je continue à la laisser dormir sans m’occuper d'elle, elle continue spontanément son rêve. Une fois, après l'avoir abandonnée quelques minutes, je la vois travailler activement a laver du linge, le retirant d'un cuveau, le plongeant dans l'eau, le savonnant sur une planche, le replongeant dans l’eau, puis le tordant vivement pour exprimer l’eau, etc.
Aussitôt réveillée, elle me raconte tous les détails de sou rêve : elle est rentrée chez elle, passant place de la Gare où elle a eu une épouvante; elle a vu sa mère qui lui a dit telle et telle chose. Elle n oublie pas le moindre détail, cordonnant dans un ordre logique les faits incohérents auxquels je l ai tait assister. Mes élèves ayant chanté doucement pendant son sommeil, ce sont des musiciens ou des mauvais chanteurs qu’elle a rencontrés en chemin. On lui a mis pendant son sommeil des objets sur le front pour voir si elle devinerait quels étaient ces objets : ce sont des personnes qu elle a vues sur sa route qui l'ont arrêtée pour lui poser des questions. J'ai beau lui dire : « Mais c’est un rêve, vous avez dormi. Vous n’avez pas quitté votre lit ! » Elle n’en croit rien : le rêve lui apparaît comme une réalité.
Pendant son sommeil, je puis diriger ses rêves, mais sans pouvoir la ramener à la conscience de ce qui existe. Je lui dis : « Vous dormez. — Mais non, me dit-elle. — Mais vous êtes paralysée, vous ne pouvez pas marcher. — Vous voulez vous moquer de moi ! Puisque je suis levee, je marche. »
Je lai endormie presque journellement, essayant de rester en rapport avec elle, lui touchant la main ou le front, lui