‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 43 sur 265 · RÊVES SPONTANÉS DANS LE SOMMEIL PROVOQUÉ · texte numérisé non relu

RÊVES SPONTANÉS DANS LE SOMMEIL PROVOQUÉ

parlant pendant l’hypnotisation, lui disant : « Rappelezvous, pendant votre sommeil, que vous dormez, que je suis à côté de votre lit, que vous êtes paralysée ». A un moment donné, ses yeux se fermaient, et elle était partie ! Le souvenir de la réalité était envolé : elle ne dormait pas, elle n'était pas paralysée, elle marchait. J’étais son amie, ou sa mère !

Aussi aucune suggestion thérapeutique n’a pu être faite utilement ; le malade n’étant pas, à ce point de vue, en relation d'idées avec moi. Les divers phénomènes de l’hystérie, contracture, paraplégie, trismus passager, aphonie, etc., ont persisté avec des modifications variables en mieux ou en plus mal. La malade, sortie le 9 janvier, a fini par guérir spontanément. C’est la nature particulière de son somnambulisme provoqué que j’ai seulement voulu retracer.

D’autres dormeurs ont des rêves spontanés, mais qui se dissipent à la voix de l’endormeur; leurs idées et leur volonté continuent à être dirigées par lui.

Observation VI. — Un homme de trente-sept ans, souffrant depuis 1872 d’une gastralgie, est venu me consulter. Je l’ai hypnotisé cinq fois; il s’endort en deux minutes par suggestion en fixant mes doigts; il est en somnambulisme : catalepsie suggestive, mouvements automatiques, anesthesie complète, hallucinations.

Si je cesse un instant de le diriger, il entre en rêves spontanés. Un jour, il reste fixe, tremble de tous ses membres, sa figure prend l’aspect de l'épouvante. « Il vient! Le voici! — Quoi donc? — Le tigre ! Le voyez-vous là-bas? » 11 se croit dans un désert et aperçoit un tigre, qui vient à lui. Une autre fois, il se voit à Bar-!e-Duc, chez sou frère qui est marchand de bois ; il l'accompagne sur son chantier, cause affaires. Je lui dis : « Vous êtes à Nancy ; oui, à Nancy, sur la place Stanislas. » Il s’y trouve en effet : il me raconte tout ce qu'il voit dans la promenade que .je fais parcourir à son imagination.

Malgré son rêve, il a conservé le sentiment de la réalité, il sait qui je suis, il sait qu’il dort ! Il est à la fois endormi à Nancy et éveillé dans un chantier de Bar-le-Duc; la contradiction ne le touche pas ; il reste pendant ses rêves spontanés en relation avec la personne qui l’a endormi. La

TYPES DE SOMNAMBITLES

jambe que je soulève reste en l’air. Ses bras que je fais tourner l’un autour de l’autre continuent à tourner : je lui suggère la disparition de ses douleurs épigastriques et rachialgiques ; il dit ne plus les sentir et ne les sent plus à son réveil.

Ainsi, ce somnambule qui, abandonné pendant son sommeil, lombe dans des rêves spontanés, comme le sujet de la précédente observation, en diffère par ce fait que le sentiment de la réalité chez lui, et non chez elle, persiste et peut être rappelé par suggestion! La conscience de sa personnalité réelle, distraite par les divagations d’une imagination agitée par des rêves, n'est pas effacée, et le malade reste accessible aux suggestions thérapeutiques.

Comme dernier type de somnambulisme, je présente le suivant dans lequel presque tous les phénomènes suggestifs relatés dans les précédentes observations font défaut. Rien ne semble distinguer ce sommeil de la veille, que l’occlusion des yeux et l’absence de souvenir au réveil.

Observation VU. — Mmc de X...,àgée de cinquante-six ans, est fort intelligente; elle souffre depuis de longues années de gastrite chronique avec dilatation d’estomac. Je l'endors facilement par occlusion simple des paupières maintenue pendant une minute. Elle présente un certain degré de catalepsie suggestive, elle maintient ses bras en l’air quelque temps, mais finit par les baisser spontanément. Je puis aussi communiquer l’automatisme rotatoire aux membres inférieures, en lui disant : « Vous ne pouvez pas vous arrêter. » Mais le mouvement imprimé ne dure pas plus d'une dizaine de secondes ; je ne puis pas provoquer chez elle de contracture, ni d’anesthésie, ni de suggestion sensorielle. Si je lui dis, par exemple : « Entendez la musique », elle n'entend rien. Si je lui dis ; « Avalez cette cuillerée de potion ». Elle me répond : « Vous savez, docteur, cela ne prend pas chez moi ».

Elle conserve beaucoup de spontanéité pendant son sommeil, discute avec moi, m’initie à tous les détails de sa maladie, ou me parle de choses étrangères et. mondaines.

TYPES DE SOMNAMBULES

« Est-cequei'ai songé, docteur, à vous inviter à prendre le thé tel jour, ete... ». Si elle entend la femme de chambre marcher dans la pièce voisine, elle me fait des réflexions sur son compte. Elle se comporte absolument comme une personne éveillée , mais elle affirme qu'elle dort et elle en a la conscience. Pendant plus de cinquante fois que je l’ai endormie, je n’ai jamais pu lui donner d’illusion sensorielle, ni d'hallucination bien nette. Un jour cependant je lui ai fait entendre au réveil de la musique militaire, elle la percevait lointaine et assez vague. Certaines suggestions d'actes pour le réveil sont réalisées : Un jour, je lui dis, par exemple : « Quand vous serez réveillée, vous quitterez le fauteuil où vous êtes assise, et vous irez vous asseoir sur le fauteuil en face. » Une fois réveillée, elle regarde autour d'elle et dit : « Je ne sais pas, mon salon n’est pas en ordre aujourd'hui ; je ne suis pas bien sur ce fauteuil ». Et elle va, docile à la suggestion, occuper le fauteuil en face. Elle cherche à s’expliquer ainsi à elle-même le besoin qu’elle éprouve de changer de place.

Je puis aussi lui suggérer certains actes du même genre, pendant le sommeil ; je lui dis, par exemple : « Dans trois minutes, vous irez vous asseoir sur le canapé, et, quand vous y serez pendant une minute, vous vous réveillerez». Elle obéit avec précision.

Au milieu de la conversation la plus animée, je la réveille brusquement en disant : « Réveillez-vous ! »

Elle ne se souvient plus absolument de rien. Tout est effacé ! Elle ne sait pas combien de temps elle a dormi. Quelquefois un seul fait survit dans son souvenir, par autosuggestion. Elle me dit un jour : « Vous m’avez demandé, pendant mon sommeil, si j’ai toujours des renvois aigres avec sensation de brûlure. Je me suis dit alors : « H ne faut pas que j'oublie cela à mon réveil, pour demander au docteur qu'elle source d'eau de Vichy je dois prendre ». Ainsi elle s’était suggéré pendant son sommeil de conserver ce souvenir ; tous les autres étaient effacés. D’ailleurs en lui disant avant le réveil : « Vous ne vous souviendrez absolument de rien », j’éteins absolument tous les souvenirs, même ceux dont elle aurait eu, a de certains moments, l’initiative de se suggérer la conservation.

Je pourrais multiplier les observations de somnambulisme, sans épuiser le sujet; chaque personne a, dans

Page 1