AUGMENTATION DU CHAMP VISUEL PAR AFFIRMATION
rant maximum en recouvrant la bobine inductrice par l’induite. La perception douloureuse ainsi produite normalement est absolument insupportable ; la simulation d’une pareille analgésie, disait mon collègue, M. Victor Parisot, qui a bien voulu contrôler cette expérience, serait plus merveilleuse que la production de l’analgésie. Or, la malade ne manifeste aucune réaction, aftirme ne pas sentir son bras, garde la pince électrique sur lui indéfiniment, jusqu’à ce que je dise : « Le bras est de nouveau sensible ». Au bout d’une seconde, elle le retire vivement. Je produis la même analgésie par affirmation, sur tous les points du corps. Celte expérience avec contrôle a été répétée devant plusieurs collègues; je la reproduis souvent quand je passe devant la malade. On peut d’ailleurs chez cette même personne, sans l’endormir, évoquer toutes les hallucinations possibles.
Pour terminer ce chapitre, je rapporterai encore le fait suivant, qui appartient à un ordre d’idées que j’aborderai plus tard, celui de la thérapeutique suggestive.
Un jeune homme présenté par M . le Dr Spillmann à la Société de médecine de Nancy, syphilitique et porteur de végétations considérables à la verge, présentait des accidents hystériformes intéressants, entre autres une amblyopie persistante de l’œil gauche. Sous l’influence d'une bobine à aimantation interrompue par un courant électrique, imaginée et expérimentée par mon collègue M. Charpentier, l’acuité visuelle réduite à redevint normale et le champ visuel augmenta de 10 à 25 degrés dans tous ses méridiens.
La suggestion hypnotique consécutive élargit encore davantage (de H à 10 degrés) chacun des méridiens. Ce résultat s’était maintenu au bout de sept jours
Voulant voir alors, avec mon collègue, ce que produirait la suggestion à l’état de veille, liée à un simulacre d’aimantation, nous appliquâmes la bobine sur la tempe, sans y faire passer le courant, pendant environ cinquante minutes : or, le champ visuel, mesuré par M. Charpentier. avait gagné 7 degrés en dedans, 25 en dehors, 20 en
88 ANELGÉSIE EXTATIQUE SPONTANÉE
dehors et en bas ; son étendue était supérieure à celle que l’on donne comme normale. (Voir Observation Y11I.)
En regard de ces faits expérimentaux, je place sans commentaires la citation suivante empruntée au Dr Charpignon1 :
« Parmi les martyrs du christianisme, beaucoup échappaient à la douleur par le ravissement de l’extase qui survenait par l’ardeur de leur foi, phénomène bien remarqué de leurs bourreaux qui redoublaient de fureur et d'inventions de supplice. De même, lors des tortures de la question légale, certains individus devenaient insensibles sous l'influence de leur foi dans la vertu somnifère de quelque talisman. A ce sujet, je citerai le passage suivant, extrait des Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique (in-12, Lyon, 1629) : « Des scélérats « se fiaient si fort à des secrets qu'ils avaient de se rendre « insensibles à la gêne, qu’ils se constituaient volontai- « rement prisonniers pour se purger de certaines pré- « somptions. Il y en a qui se servent de certaines paroles « prononcées à voix basse, et d'autres de petits billets « qu'ils cachent en quelque partie de leur corps... Le « premier que je reconnus se servir de ces sortes de « charmes nous surprit par sa constance qui était au- « dessus de nature, car, après la première serre de la « gêne, il parut dormir aussi tranquillement que s'il eût « été dans un bon lit, sans se lamenter, plaindre, ni « crier; et, quand on eut continué la serre deux ou trois « fois, il demeura immobile comme une statue de marbre, « ce qui nous fit soupçonner qu’il était muni de quelque « enchantement, et, pour en être éclairci, on le fit dé- « pouiller nu comme la main, et, après une exacte « recherche, on ne trouva autre chose sur lui qu’un petit « papier où était la figure des trois rois, avec ces paroles « sur le revers : « Belle étoile qui as délivré les mages « de la persécution d'Hérode, délivre-moi de tout tour-
' Chahpignon : Études sur la médecine ani inique et vitaliste. Paris, 1804.