I. — Magnétisme
Quelques mots d'historique sont nécessaires pourKi compréhension du sujet. L'hypnotisme est né du magnétisme comme la chimie est née de Talchimic. La suggestion est née de Thypnotisme.
Qu'est-ce que le magnétisme ou mesmérisme ?
On sait que c'est vers la fin du dix-huitième siècl'j que le médecin autrichien Mesmer vint à Paris prêcher sa doctrine et exercer sa thérapeutique nouvelle . Cependant sa doctrine n'était pas nouvelle; elle cm. contenue tout entière dans la philosophie et la théc Sophie du seizième et du dix-septième siècle ; elle e^ inspirée parles travaux de Paracclse, deVan-Helmon de Robert Fludd, de Maxwell, du père Kircher c. autres.
Jusqu'en 1776, Mesmer se contentait de faire des expériences avec l'aimant artificiel, comme moyen curaiif dans les maladies nerveuses. Longtemps, avant lui, l'analogie supposée entre le magnétisme minéral et le magnétisme animal avait engagé les médecins à rechercher dans l'aimant naturel et artificiel des propriétés thérapeutiques. Déjà Paracelse avait traité par les aimants beaucoup de maladies, les hémorragies, les hystéries, les convulsions. Du temps du père Kircher, au dix-septième siècle, on faisait divers appareils aimantés, anneaux, bracelets, colliers, qui portés sur diverses régions du corps calmaient les douleurs et certaines manifestations nerveuses. Au siècle avantdernier, le pèreHell, astronome à Paris, fabriquait des aimants artificiels, qui furent appliqués sous forme d'armatures au traitement des spasmes, des convulsions, des paralysies. L'abbé Lenoble, en 1771, établit à Paris un dépôt d'aimants plus puissants encore et plusefficaces. La Sociétéroyale de médecine nomma une Commission chargée de vérifier l'exactitude de ses assertions. Le rapport d'Andry et Thouret conclut à l'action réelle et efficace de ces aimants contre les troubles divers du système nerveux.
Mesmer fit quelques expériences avec le père Hell : mais il quitta bientôt les sentiers battus du magnétisme minéral et porta ses aspirations théoriques et pratiques vers le magnétisme céleste. C'est un fluide universel, moyen d'une influence mutuelle, entre les corps célestes, la terre et les corps animés, susceptible de flux et de reflux. La nature oflre dans le magné-
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tismc un moyen infaillible de i^uérir et de préserver les hommes. Ces éliicubrations n'étaient pas nouvelles. Mais avant Mesmer, les magnétiseurs ne savaient diri^crl'csprit vital ou le fluide universel mystérieux, qu'en préparant des amulettes, des talismans, des sachets, des boîtes maf^iques. C'était la médecine maf^néiique du sympaihéisme. Mesmer inventa des pratiques bizarres, fascination avec une baguette conique, attouchements, manipulations diverses et surtout les baquets magnétiques. Ces baquets contenaient, rangées d'une façon particulière, des bouteilles remplies d'eau et recouvertes d'eau, reposant sur un mélange de verre pilé et de limaille de fer. Un couvercle percé de trous laissait sortir des tiges de fer plongeant dans le liquide, et dont l'autre extrémité, coudée, mobile, s'appliquait au corps des malades assis en plusieurs rangs autour de la cuve et reliés entre eux par une corde partant de la cuve.
Le courant animal du magnétiseur dirigé par ses manipulations se rencontrant avec celui de la cuve, détermine, au bout d'un temps variable, chez les sujets des troubles nerveuxdivers, sommeil, pandiculations, bâillements, spasmes, pleurs, anesthésie, catalepsie, hallucinations, cris, crises d'hystérie, etc., toutes manifestations quelesémotionsvives,sansbaquets, peuvent produire chez les sujets très impressionnables. Des guérisons pouvaient se produire dans cet état chez les malades venus dans ce but et suggestionnés par cet appareil impressionnant. Mesmer recherchait surtout les crises convulsives comme nécessaires au but théra-
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peutique ; il fabriquait l'hystérie plutôt que le sommeil magnétique. Un des élèves de Mesmer, le marquis de Puységuren 1789, dégagea parmi les phénomènes dits magnétiques le sommeil ou somnambulisme. Ce n'est plus une crise convulsive qu'il obtient par des passes magnétiques ou le contact d'un arbre magnétisé par ses passes ; c'est un sommeil tranquille, avec exaltation, croyait-il, des facultés intellectuelles, et obéissance passive, sommeil lucide et curateur. Ce n'est plus un fluide universel qui agit ; c'est un fluide nerveux ou autre émanant du corps du magnétiseur et que sa volonté peut projeter au dehors de lui sur d'autres. C'est la volonté qui magnétise. « Croyez et veuillez », telle était sa formule. Ce n'était plus la théorie nébuleuse et astrale de Mesmer, ce n'était plus non plus son grand appareil. Puységur magnétisait par de simples mouvements exercés à la main, par l'attouchement, par des baguettes de verre, par l'influence d'un arbre magnétisé, dans sa terre de Busancy, autour duquel les malades venaient de plusieurs lieues s'asseoir et dormir pour recouvrer la santé.
Les successeurs de Mesmer et de Puységur continuèrent à magnétiser par de simples passes empiriques que chacun modifiait à sa guise.
Cependant le charlatanisme éhonté de Mesmer jeta un discrédit sur sa méthode; les manipulations môme réduites à de simples passes grossières n'avaient aucun caractère scientifique ; aussi les corps savants condamnèrent, après examen, les doctrines nouvelles. Le magnétisme, dédaigné par la science, conserva
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toujours des adeptes en dehors du monde ofCicicl.
La question revint plustard à TAcadémie de médecine, et le rapport lu par llusson en iH3i conclut à la réalité et à l'utilité du maf^^nétisme ; il reconnaît que de simples passes, ou même le simple regard ou la volonté du magnétiseur, produisent le sommeil ou somnambulisme; si le sommeil est protond, il y a anesthésie et amnésie au réveil.
« Quelques-uns des malades magnétisés n'ont ressenti aucun bien. D'autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué ; l'un, la suspension des douleurs habituelles, Tautre le retour des forces, le troisième un retard de plusieurs mois dans l'apparition des accès épileptiformes, et un quatrième la guérison complète d'une paralysie grave et ancienne. » L'Académie n'osa imprimer ce rapport dont elle laissa la responsabilité à son auteur qu'on appelait volontiers le crédule Husson.