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Braid et hypnotisme

Lemagnétismeétaitoublié parle monde scientifique, et perdu dans l'occultisme n'existait pas comme doctrine, lorsqu'un médecin de Manchester, James Braid découvrit en 1841 ce fait, que lorsqu'on fait fixer à un sujet un objet brillant à peu de distance au-dessus du front, Tesprit uniquement attaché à l'idée de cet objet, il tombe dans un état de sommeil spécial. Dans ce sommeil dit hypnotique ou braidique on peut ob-

server lanesthésie, l'hallucinabilité, la suggestibilité, comme nous le décrirons plus loin.

Braid définit Thypnotisme un sommeil nerveux ; c'est-à-dire un état particulier du système nerveux déter?niné par des manœuvres artificielles, état particulier a)?îe?îé par la concentration de l'œil mental et visuel sur un objet. La provocation de l'hypnose serait donc due d'une part à une cause physique: fixité des yeux prolongée sur un objet, d'où paralysie par épuisement des muscles releveurs des paupières et destruction de l'équilibre du système nerveux ; d'autre part, à une cause psychique : fixité d'attention dans laquelle lesprit est absorbé par une pensée unique.

« Alors, dit Braid, le patient tombe dans l'indifférence ; il est fermé, pour ainsi dire, à toute pensée, à toute influence étrangère à l'image que lui retrace son esprit. Dans cet état son imagination devient si vive que toute idée agréable développée spontanément ou suggérée par une personne à laquelle il accorde d'une façon toute particulière attention et confiance, prend chez lui toute la force de l'actualité, de la réalité. »

L'expérience amène Braid à attribuer à l'élément psychique une prédominance sur l'élément physique : « Les sujets exercés deviennent susceptibles d'être affectés entièrement par l'imagination. Chez des individus très sensibles, la simple supposition qu'il se fasse quelque chose capable de les endormir, suffit pour produire le sommeil. » C'est, on le voit, déjà la doctrine delà suggestion, telle que nous la retrouvons plus franchement formulée par Liébeault.

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Braid constate d'ailleurs que l'hypnose obtenue par son procédé n'est pas un état identique chez tous les sujets; ce n'est pas toujours un sommeil profond: « C'est plutôt une série d'états différents, susceptibles de varier indéfiniment, depuis la rêverie la plus léi^ère avec excitation ou dépression des fonctions jusqu'au coma profond avec absence complète de connaissance cl de volonté. » Nous verrons plus loin qu'en réalité ce coma profond avec inconscience n'existe pas.

Déjà liusson,dans son rapport, avait constaté que le sommeil magnétique n'est pas toujours un sommeil complet. « C'est un engourdissement plus ou moins profond, de l'assoupissement, de la somnolence, et dans un petit nombre de cas, ce que les auteurs appellent somnambulisme.» Braid ajoute judicieusement : « A parler rigoureusement, le mot hypnotisme devrait être réservé aux sujets seuls qui tombent en elFet dans le sommeil et qui oublient au réveil tout ce qui s'est passé dans cet état. Quand celui-ci fait défaut, il n'est question que d'assoupissement ou de rêverie. Il serait donc à propos d'établir une terminologie répondant à ces modificaiions. En effet, parmi les sujets susceptibles de guérison par l'hypnotisme, à peine un sur dix arrive-t-il jusqu'à la phase du sommeil inconscient. Le mot hypnotisme peut alors les induire en erreur et leur faire croire qu'ils ne tirent aucun profit d'un procédé dont les effets caractéristiques et évidents ne paraissent pas être ceux qu'indique leur qualification. »

Malgré ces considérations, l'auteur propose de donner le nom d'hypnotisme à la production du sommeil artificiel, quand il y a perte de la mémoire, de façon quau réveil, le patient lia aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant le sommeil.

Nous verrons que cette amnésie n'est jamais absolue et présente aussi des degrés variables. Quoi qu'il en soit, il résulte de cette conception de Braid, que, suivant lui, l'état qu'il appelle hypnotique n'est pas nécessaire à l'obtention des effets thérapeutiques.

Braid applique en eff^et sa méthode à la thérapeutique, comme Mesmer et ses successeurs y avaient appliqué le magnétisme. Mais il procède encore par manipulations et non par suggestion. Les eff'ets salutaires seraient dus d'une part aux modifications de circulation qu'on détermine en réalisant la rigidité cataleptiforme du membre dont on veut activer cette circulation, et la flaccidité des autres; d'autre part en augmentant l'activité d'un organe particulier qu'on actionne pour y concentrer Ténergie nerveuse, les autres restant endormis. Braid ne connaissait pas la suggestion thérapeutique.

L'analogie du braidisme avec l'ancien magnétisme ne fut pas soupçonnée.

Les expériences et la doctrine de Braid ne firent pas grand bruit en Angleterre; en France, elles furent à peine connues. C'est seulement en iSSg, qu'une communication du professeur Azam, de Bordeaux, à la Société de chirurgie de Paris, appela l'attention sur l'hypnotisme et lui donna un grand retentis-

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scinctU. On lit, à Tcxcinplc d Azain, quelques expériences dans les hôpitaux, d'Iiypnoiisation par fixation d'un point brillant pour obtenir le sommeil anesthésique. Les chirurgiens cherchèrent surtout dans ce procédé un moyen d'anesthésie chirurgicale pour remplacer le chloroforme. Il y eut des tentatives heureuses; d'autres échouèrent; et on dut reconnaître que, si Tanalgésie absolue et durable s'obtient parfois, elle est exceptionnelle, surtout chez les sujets impressionnés par l'attente d'une opération.

Le braidisme ne fut qu'un objet de curiosité éphémère; on n'y vit que l'analgésie, sans soupçonner les autres phénomènes, cependant relatés par Braid ; on ne pensa pas à ses applications thérapeutiques. Le braidisme, paraissant dénué d'intérêt pratique, retomba dans un profond oubli.

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