I. — Sommeil par suggestion. — Procédés
Tous les phénomènes décrits dans les pages qui précèdent : moteurs, sensitifs, sensoriels, illusions, hallucination, sont fonction de la suggestibilité humaine ; le cerveau peut lesréaliser expérimentalement, comme il les réalise spontanément; c'est ce que j'ai cherché à mettre en évidence pour chacun de ces phénomènes. Le sommeil dit hypnotique n'est pas nécessaire pour leur manifestation.
Le sommeil lui-même est un acte organique que la suggestion peut déterminer chez quelques-uns; mais ce sommeil provoqué par suggestion n'a rien de spécial ; et il n'est pas nécessaire préalablement, comme je l'ai dit, pour la réalisation des autres phénomènes.
Le sommeil provoqué est appelé, depuis Braid. sommeil hypnotique. Toutefois Braid ne propose ce
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nom que pour le sommeil protoiid avec amnésie au réveil.
1'ous les procédés employés pour obtenir ce sommeil ou hypnose qui nedifFére pas en réalité, comme je Tai dit, du sommeil naturel, se réduisent à la suggestion. Liébeault employait directement la suggestion verbale, aHirmant ù la personne à endormir les signes du sommeil, somnolence, pesanteur de paupières, isolement du monde extérieur, et lui enjoignant par insinuation douce ou ordre terme de dormir. C'est le système de la mère qui instinctivement berce son enfant en chantant et lui insinuant le sommeil d'une voix douce ou plus énergique, si l'entant résiste.
Les anciens procédés, passes magnétiques, attouchements, excitations sensorielles, etc., ne réussissent que lorsqu'ils sont associés à l'idée donnée au sujet, qu'ils ont pour but de faire dormir. Braid a pu, il est vrai, endormir des sujets par la fixation dun point brillant, sans les prévenir qu'ils allaient dormir. Mais la fatigue de paupières déterminée par cette fixation est une sensation qui suggère à certains l'idée du sommeil. Il est des personnes très impressionnables qui ne peuvent fixer un objet brillant sans que leurs yeux se ferment; et ils ne peuvent tenir les yeux clos quelques instants sans s'endormir; car l'occlusion des yeux, l'absence d'impressions visuelles, l'obscurité concentrant l'esprit sur lui-même et l'empêchant de se distraire parles impressions du monde extérieur, créent l'image du sommeil. C'est
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une sensation qui réveille les sensations associées qui préludent au sommeil.
De môme les impressions monotones, faibles, continues sur un sens, le murmure des flots, un cours débité lentement et sans animation, une incantation dont le rythme simple et invariable captive 1 oreille, sans parler à Tintelligence, tout ce qui immobilise la pensée sur une sensation unique peut Tengourdir et produire une douce somnolence; l'engourdissement est une suggestion au sommeil.
Les prétendues zones hypnogènes qu'on décrit chez les hystériques, dont le seul attouchement provoquerait l'hypnose, n'existent pas en dehors de la suggestion; elles ne sont hypnogènes que lorsque le sujet sait qu'elles doivent Têtre; et on peut chez les sujets suggestibles localiser ces prétendues zones ad libitum.
On trouve dans les livres sur l'hypnotisme, y compris encore les miens, la longue et fastidieuse description des procédés employés par les divers magnétiseurs ou hypnotiseurs pour obtenir l'état dit autrefois magnétique ou hypnotique, qu'on croyait un état artificiel provoqué à la faveur duquel l'organisme manifestait les phénomènes que nous avons décrits; les successeurs de Braid même continuèrent ces procédés empiriquement, soit par fixation des yeux, soit par des passes. Voici le procédé qu'employait Charles Richet en 1884 :
« Je prends chacun des pouces du sujet dans une main et je les serre fortement, mais d'une manière
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assez uiiit'oniK*. Je prolonge celte mai)a*uvrc pendant trois il quatre minutes; en ^'énéral les personnes nerveuses ressentent drjà une certaine pesanteur dans les bras, aux coudes ei surtout aux poignets. Puis je fais des passes, en portant les mains étendues sur la tôte, le front, les épaules, mais surtout les paupières. Les passes consistent à faire des mouvements uniformes de haut en bas, au-devant des yeux, comme si, en abaissant les mains, on pouvait faire fermer les paupières. Au début de ces tentatives, je pensais qu'il était nécessaire de faire fixer un objet quelconque par le patient, mais il m^a semblé que c'était là une complication inutile. La fixation du regard a peut-être quelque influence, mais elle n'est pas indispensable. »
Chaque auteur varie ses manipulations. Toutes réussissent, ou aucune ne réussit, suivant que le sujet a ou n'a pas l'idée qu'il va dormir. Ce ne sont pas les manœuvres, c'est sa foi qui l'endort. Aussi Liébeault, supprimant les passes et la fascination, endort parla simple suggestion. On crée le sommeil, comme on crée les autres phénomènes de suggestion quand le sujet peut le réaliser. Souvent il ne le peut pas, alors même qu'il peut réaliser de la catalepsie, de la contracture, de l'anesihésie, par exemple.