Idéodynamisme
Mais revenons au processus élémentaire. L'impression est devenue idée. La suggestion est faite. C'est le premier acte de la suggestibilité. Alors survient le second : la suggestion doit se réaliser. Toute idée suggérée tend à se faire acte. Autrement dit en langage physiologique, toute cellule nerveuse cérébrale actionnée par une idée, actionne les fibres nerveuses qui en émanent, et transmettent l'impression aux organes qui doivent la réaliser. C'est ce que j'ai appelé la loi de V idéodynamisme . Quelques exemples feront comprendre cette assertion qui n'est que l'énoncé en langage psychologique d'un fait d'observation banale.
L'idée devient mouvement : Je dis à quelqu'un : « Levez-vous ». Le plus souvent, actionné par Tidée, il se lève sans réflexion. Si je répète cette suggestion plusieurs fois, il se défendra contre elle et fera inhibition à sa tendance à se lever. Ma suggestion n'aboutit plus, elle en détermine une autre, en sens contraire.
Une musique dansante fait vibrer notre corps à
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Tunisson ; cl si on se laissait aller, si le contrôle n'in- Icrvenail pas pour faire iniiibiiion à un acle instinctif que les conventions mondaines nous ont appris à considérer comme peu convenable, on danserait souvent automatiquement, entraîné par la sensation auditive suf^^'estive. Si on enregistrait par un tracé les mouvements de notre corps pendant Taudition d'une valse entraînante, on trouverait Tébauche chorégraphique de !a danse, à notre insu esquissée, bien qu'inhibée par la volonté. Tels les enfants qui marchent au tambour et au son de la musique, dociles, sans préjugés inhibitoircs a l'influence irrésistible de l'acte suggéré. Cest l'image acoustique psychique devenue acte ?noteur.
« Si je ne me retenais pas, je te battrais », cette phrase exprime bien Teflort contre-suggestif que nous sommes obligés de faire pour empêcher l'action idéodynamique.
L'idée devient sensation. — L'idée du sel évoque rimage gustative du sel, l'idée du vinaigre actionne la muqueuse pituitaire, l'idée d'une cloche réveille l'image auditive de la sonnerie. L'idée qu'on a des puces produit des démangeaisons.
Certains ne peuvent songer au grattage des doigts contre un mur sans éprouver la même sensation tactile et cardiaque que donnerait l'acte lui-même.
Entendez prononcer le nom d'un personnage connu : Napoléon. L'image de Napoléon tend à se dessiner sous vos yeux ; c'est une suggestion visuelle. Je dis à quelqu'un : « Voici un chien ! » L'image
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d'un chien se présente à l'esprit, plus ou moins nette, ébauchée chez la plupart, chez quelques-uns vivante. Sans doute le plus souvent, ces images sensorielles que l'idée tend à réveiller et à extérioriser sont vagues et n'aboutissent pas. Chez quelques-uns, ou dans certains états d'âme, comme dans le sommeil, les images évoquées par le cerveau aboutissent et en imposent, comme si elles étaient des réalités.
L'idée devient émotion. — Suivez la physionomie d'un lecteur qui lit un drame passionnant accidenté et vous verrez sa physionomie refléter successivement tous les mouvements d'âme, gaieté, tristesse, frayeur, dégoût, rire que la lecture évoque.
Le rire, est contagieux ; la tristesse se gagne. Au théâtre, le peuple enfant pleure au spectacle des misères imaginaires, et nous faisons inhibition pour ne pas pleurer.
L'idée devieiit acte organique, — Les bâillements sont contagieux ; les enfants prennent les tics par imitation ; la vue de quelqu'un qui urine réveille souvent le besoin d'uriner. La purgation qui réussit chez quelques-uns avec les pilules de mie de pain, c'est Timage psychique sensitive de la contraction intestinale évacuatrice créée par l'idée de purgation, qui se réalise. Le sommeil provoqué chez un sujet en lui décrivant les sensations du sommeil, comme le faisait Liébeault, c'est l'image psychique du sommeil qui se réalise.
L'expérience suivante montre bien comment un phénomène organique indirectement suggéré, peut à
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l'insu mcmc du sujet, se produire. J'enregistre le pouls d'un individu avec un sphygmot^raphe à transmission sur un cardio|^'raphe de Marey et j'inscris le temps avec un compteur à secondes. Je compte le pouls à haute voix, sans rien dire au sujet ; puis après un certain temps, je compte plus de pulsations qu'il y en a, par exemple 120 au lieu de 80. Puis après un certain temps encore, je compte moins de pulsations qu'il n'y en a, par exemple 45 au lieu de 80. Si plus tard je repère le tracé, je constate que pendant la nu mération accélérée, le pouls s'est accéléré en moyenne de 10 pulsations par minute, et pendant la numération ralentie, il s'est ralenti de 6 à 7 pulsations par minute.
La numération accélérée ou ralentie a créé dans le cerveau l'idée de rythme accéléré ou ralenti, et cette image psychique, à l'insu du sujet, sans suggestion directe, a actionné l'innervation du cœur. Toute la conception de la suggestion n'est-elle pas dans cette simple expérience ?
Par ces exemples on voit comment l'idée tend à devenir acte, mouvement, sensation, image, émotion, phénomène organique.
L'idée peut aussi neutraliser un acte, inhiber un mouvement, une sensation, une image, une émotion, une fonction.
Tel sujet greffe sur une certaine faiblesse de jambe réelle que son psychisme exagère une paralysie complète que la psychothérapie guérit; cest la locomotion neutralisée par l'esprit. Tel autre transforme un
enrouement catarrhal en aphonie complète ; c'est la co7ilraction des cordes vocales inhibée par l'idée.
La sensibilité, tactile et à la douleur, les sensibilités sensorielles, vision, audition, olfaction, gustation, peuvent être, comme nous le verrons, neutralisées facilement chez certains sujets par simple affirmation ou même par auto-suggestion. On raconte rhistoire d'un scélérat qui fut appliqué à la torture sans témoigner aucune souffrance. On trouva dans son oreille gauche un petit papier où était la figure des trois rois, avec ces paroles : Belle étoile qui a délivré les mages de la persécution d'Hérode, délivremoi de tout tourment. » Ce talisman, suggérant l'idée d'analgésie, a suffi pour neutraliser la douleur (i).
Toute la psychothérapie est basée sur cette propriété qu'a le cerveau de créer des actes organiques normaux ou de neutraliser des actes organiques anormaux.