‹ De la suggestionChapitre 9 sur 48 · Crédivité et contrôle · texte numérisé non relu

Crédivité et contrôle

Je dis la crédivité; ce mot appartient à Durand, de Gros.

« La crédivité, que les théologiens appellent « La Foi » nous est donnée afin que nous puissions croire sur parole, sans exiger des preuves rationnelles ou matérielles à l'appui. C'est un lien moral des plus importants; sans lui, pas d'éducation, pas de tradition, pas d'histoire, pas de transaction, pas de pacte social; car, étant étrangers à toute impulsion de ce sentiment, tout témoignage serait pour nous comme non avenu, et les assurances les plus véhémentes de notre meilleur ami, nous annonçant d'une voix haletante que notre maison prend feu, ou que notre enfant se noie, nous trouveraient aussi froids, aussi impassibles, que si Ton se fût contenté de dire : « Il fait beau » ou « il pleut ». Notre esprit resterait fixe et imperturbable dans l'équilibre du doute; et l'évidence aurait seule puissance de l'en faire sortir. En un mot, croire sans la crédivité serait aussi difficile que voir sans la vue; ce serait radicalement impossible. »

CUKUlWrk F.T CONTMÔLK L'y

La crédivitc est une propriété normale du cerveau. Quand celte crédivité devient excessive» elle s'appelle crédulité. Ia\ crédivité est p/iysiolof^iquc: la crédulité est une infinnitc

La sufj[f^estibilité nest pas proportionnelle à la crédulité, — Td sujet très crédule accepte volontiers toutes les idées qu'on lui suf^fjère; mais son cerveau, comme nous l'avons dit, ne réussit pas à transformer toutes les idées en actes; il ne peut, par exemple, réaliser ni anesthésie, ni hallucinations, parce que le dynamisme cérébral qui doit taire ces phénomènes est insuffisant.

D'autre part la puissance idéodynamique de certaines idées qui se réalisent n'implique pas toujours Tabsence de contrôle; la suggestibilite grande n'implique pas toujours une crédulité excessive; j'ai vu des sujets hallucinables, sachant très bien qu'ils avaient une hallucination suggérée, que l'image vue n'était pas réelle, qui n'y croyaient pas, et cependant ne pouvaient la chasser. J'ai vu des médecins morphinomanes, ou alcooliques, très intelligents, discutant avec sagacité toutes les conséquences de leur funeste passion, essayant, armés de leur raison, de lutter contre elle, sanssuccès. Le besoin d'alcool ou de morphine est trop impérieux souvent chez eux pour que leur logique, la plus affinée, puisse la combattre. Les impulsifs, les obsédés ne sont pas des crédules dépourvus de raisonnement, agissant par foi aveugle, simples automates: ce sont des individus qui ne résistent pas, malgré le contrôle, à l'empire de cer-

SO HL: la SlJGGRSTfON

taines idées. N'avons-nous pas tous en certaines circonstances certaines impulsions irrésistibles? Idées impérieuses, idéodynamisme suffisant pour la réalisation de ces idées, quand elles sont réalisables, voilà en un mot ce qui constitue la suggestibilité.

Tous ces mécanismes de suggestion constituent de la physiologie ou de la psycho-physiologie normale : c'est la mise en activité de la suggestibilité, propriété inhérente au cerveau humain, variable suivant les sujets, variable aussi suivant les phénomènes suggérés à chaque individualité, suggestibilité qui peut être exagérée dans certains états d'âme ou dans le sommeil normal. Ces états d'âme n'ont rien de pathologique, à moins d'admettre que le sommeil naturel ou l'action imposée par l'éloquence persuasive ne constituent des phénomènes pathologiques.

Mais, dira-t-on, tous ces faits de la vie courante, c'est bien de la psychologie normale IC'esttropsimple pour être de la suggestion. Ce qui caractérise ce mot, c'est l'étrangeté, la singularité des phénomènes déterminés par elle. Quand on voit un sujet hypnotisé faire de la catalepsie, de l'analgésie, des hallucinations, des actes extraordinaires qui ne semblent pas en rapport avec sa mentalité normale, on ne peut s'empêcher de voir là une chose anormale antiphysiologique, et c'est à ces phénomènes seuls qu'on veut réserver le mot de suggestion. Ma conception serait trop compréhensive, trop simpliste. La suggestion serait toujours de l'hypnotisme à l'état de veille.

cnArMTHi': m

Phénomènes expérimentaux de suf^gestion. — Catalepsie expérimentale et spontanée. — Contracture, — Mouvements automatiques, — Paralysies, — Suggestions diverses de motilité.

Étudions donc ces phénomènes déterminés par la suggestion que les auteurs attribuent à un état particulier du cerveau, état hypnotique, et que je considère comme susceptibles d'être réalisés par un mécanisme physiologique du cerveau normal sans hypnotisme.

Page 1