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I. — Catalepsie expérimentale

Et d'abord la catalepsie. Quand un sujet a été hypnotisé, soit par les anciennes passes, soit par la fixation d'un point brillant (Braid), soit par la suggestion verbale (Liébeault) on observe souvent ce phénomène. Je lève un de ses bras en l'air ; il y reste et garde l'attitude donnée ; je lève Tautre bras; il y reste aussi ; je fléchis un doigt ou plusieurs, ils

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conservent les positions que je leur donne, quelque bizarres qu'elles soient. Chez les uns, cela se fait d'emblée : chez d'autres les membres soulevés brusquement retombent, mais si je les maintiens en Tair pendant quelques secondes, le sujet comme suggestionné par l'idée qu'il doit les maintenir dans l'attitude imprimée, les maintient. D'autres enfin ne les maintiennent pas spontanément ; mais si je leur dis : « Votre bras reste comme je le mets » ; alors la suggestion verbale se réalise et la catalepsie a lieu. Les membres peuvent ainsi rester en Pair pendant 20 minutes, une demi-heure, plus ou moins jusqu'à ce que la fatigue les fasse tomber graduellement ou brusquement.

Cette catalepsie offre des degrés variables. Chez les uns, les brasétant en Tair, il suffit que je leur imprime un petit mouvement pour qu'ils retombent en résolution ; c'est la catalepsie Jlaccide. Chez d'autres, le bras cataleptisé poussé de haut en bas, tombe un peu avec une certaine résistance, mais s'arrête en route et remonte à sa place comme un ressort; les doigts défléchis se remettent en flexion ; c'est la catalepsie élastique ou cireuse.

Chez d'autres enfin, les membres cataleptisés rigides peuvent à peine être mobilisés par une impulsion donnée ; ils restent figés en contracture ; c'est la catalepsie rigide: et cette rigidité peut être comme tétanique.

Dans les membres inférieurs, la catalepsie s'obtient plus rarement en raison de la pesanteur et de la

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fatifi[uc; clic cw^c un cfForl plus considcrabic du sujet. Dans certains cas seulement de catalepsie tétanique, on peut provoquer un véritable opisthotonos, la tùte renversée en arrière sur une chaise, les pieds sur une autre, la nuque et le corps restant tétanises en arc de cercle entre ces deux appuis.

Cette catalepsie rigide peut être irrésistible; le sujet ne peut la vaincre; je le délie de le faire ; il essaye de résoudre sa contracture et de mobiliser ses membres sans le pouvoir. D'autres, si je les défie, arrivent à la résoudre. Tousles degrés, existent, d'ailleurs, entre la catalepsie souple et la catalepsie tétanique ; la suggestion verbale, alors que le sujet ne peut pas spontanément en dépit de ses efforts changer l'attitude imprimée, restaure la souplesse et la mobilisation.

Cette attitude singulière cataleptiforme qui impressionne les observateurs et semble au premier abord un phénomène anormal déterminé par des manœuvres spéciales hypnotiques ou suggestives n'est, en réalité, qu'un phénomène banal que beaucoup de sujets présentent normalement, sans artifice de préparation. Dans un service d'hôpital, il suffit de le chercher pour le trouver. Beaucoup de malades ou même des sujets bien portants, gardent le bras dans la position qu'on leur donne ; ce sont surtout ceux qui ont peu d'initiative, peu d'activité cérébrale ; ils gardent l'attitude imprimée comme ils gardent les idées qu'on leur donne ; soit qu'ils croient devoir la garder, soit que leur cerveau n'ait pas assez de spontanéité pour la modifier. Quand on lève leur bras, cela est pour eux

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déjà une suggestion, et machinalement, ils font un effort qui va jusqu'à la contracture pour fixer le membre dans la position qu'on lui a donnée. Cette attitude cataleptiforme imprimée, cette cataleptibilité des sujets me sert souvent de moyen pour coter le degré desuggestibilité. Quand le sujet garde les bras dans des attitudes bizarres et les immobilise en raideur, sans que j'aie fait aucune suggestion verbale, c'est une preuve en général qu'il est très suggestible. Les sujets qui ne sont pas cataleptisables dans leur état normal, peuvent le devenir dans certaines maladies qui produisent une certaine torpeur cérébrale et diminuent son activité, dans la fièvre typhoïde, par exemple, dans la stupeur mélancolique, dans le sommeil hystérique, dans les psychoses qui concentrent et figent le cerveau avec aboulie. Cependant la possibilité de réaliser la catalepsie indique que le cerveau fonctionnel existe avec sa suggestibilité puisqu'il garde l'impression et fait un effort pour la maintenir. Aussi la cataleptibilité me sert aussi cliniquement à différencier le coma, le sommeil inconscient, la stupeur totale avec inertie cérébrale, d'avec la simple torpeur, d'avec le sommeil nerveux. Car dans les états où le cerveau est fonctionnellement aboli, il n'y a pas de catalepsie, il y a résolution.

Voici par exemple un malade atteint de fièvre typhoïde avec simple inertie cérébrale sans stupeur profonde; l'oeil fixe, le masque impassible, hébété, il garde les attitudes imprimées à ses bras ; ses membres même deviennent rigides lorsqu'on les étend ou qu'on

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cherche h les llécliir, pcut-ûlre parce que le tonus muscuhiire, fonction spinale, s'exagère quand l'action cérébrale, modératrice des réflexes spinaux, est diminuée. Si radynamiecérébrale auf^menle, si la stupeur devient complète, si le cerveau est fonctionnellement annihilé ou bien s'il délire et reste étranger aux impressions du monde extérieur, dans ce cas, il n'y a plus de catalepsie. C2clle-ci indique donc un certain degré d'activité cérébrale persistante.

a. — Catalepsie spontanée.

Ces faits expérimentaux permettent, ce me semble, de mieux interpréter les observations de catalepsie spontanée ou pathologique. C'est toujours une émotion vive qui semble concentrer le sensorium et produire une torpeur cérébrale cataleptigène. Exemple : une fille de cinq ans, citée par Tissot (i), ayant été un jour vivement choquée de ce que sa sœur avait enlevé pendant le repas un morceau dont elle avait elle-même envie, devint raide tout d'un coup. La main qu'elle avait étendue sur le plat, avec sa cuiller, demeura dans cet état durant une heure.

Un militaire dont parle Henri François (2), s'étant pris de querelle avec un de ses camarades, saisit une bouteille pour le frapper ; mais au même instant, son

(i) Tissot, Œuvres complètes, t. II, chap. 21. (2) François, Recherches sur la catalepsie. Thèse de Paris» an XI, n° 537.

bras resta raide et immobile, l'œil ouvert, le regard furieux, le corps sans mouvement.

Fehr rapporte le cas d'un magistrat qui, injurié au milieu de son réquisitoire, demeura muet, la bouche ouverte, les yeux ouverts et menaçant les poings tendus vers son insulteur.

Puel fait mention de deux domestiques frappés de catalepsie, aux deux extrémités de la ville de Genève, pendant un orage au moment où venait d*éclater un violent coup de tonnerre.

Une femme citée par François Hoffmann était prise de catalepsie extatique, quand elle entendait un psaume ou un passage retraçant l'amour du Christ.

Rondelet cite le fait d'un prêtre romain qui était pris en lisant l'Evangile quand il arrivait au consummatum est.

Jolly vit une dame pieuse qui tombait en catalepsie pendant la messe au moment de l'élévation.

Dans tous ces faits, on le voit, c'est une émotion vive qui surprenant inopinément un sujet, absorbe toute l'activité cérébrale et immobilise le corps dans l'attitude où il est, et le fige en contracture, que l'initiative du sujet, même quand elle existe, ne peut plus rompre ; ce sont des crises d'hystérie émotive avec convulsion tonique (contracture). Quand après le premier choc, le sujet reprend sa conscience, il trouve la contracture établie, qui peut persister par l'autosuggestion émotive. Chez ces cataleptiques comme chez toutes les hystériques, l'intelligence n'est pas abolie. Une dame de Vesoul dont Levacher et Atta-

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lin (i) ont rapporté Tobsci vaiion, cnicndaii p'jndant les accèsct reconnaissait les personnes â la voix. Une malade de Mesnet répondait aux questions qu'on lui adressait et entendait, à distance, le moindre bruit.

Une dame dont l'observation a été recueillie par Favrot (2) répondait par des sii^nes de tête aux questions qu'on lui adressait ; après ses accès, elle rendait compte de ses sensations et elle disait : « Il m'était impossible de bouger, on aurait approché de moi un fer rouge que je n'aurais pas pu m'éloigner. »

Il est probable que dans ces cas de catalepsie spontanée émotive, comme dans la catalepsie expérimentale, la suggestion bien faite peut résoudre la contracture et restaurer la motilité. L'influence de la suggestion contre l'impotence fonctionnelle est déjà notée dans de vieilles observations. Faustus cite un malade qui, pendant l'accès, mangeait avidement les aliments qu'on plaçait dans sa bouche. Coelius Aurelianus rapporte des expériences dans lesquelles il a pu diriger à son gré le globe oculaire du malade. On cite des malades qui obéissaient aux ordres qu'on leur donnait verbalement. Ne nous arrive-t-il pas quelquefois, lorsqu'une émotion brusque nous surprend, d'être comme sidérés, pétrifiés? vox faucibus liaesit. Rapidement, le choc se dissipe, et l'impotence cesse. Chez quelques-uns elle persiste plus ou moins long-

[\) Hist. acad. des Sciences, ann. 1798, p. 40, 1740. (2) De la catalepsie de rextase et de rhystérie. Thèse de Paris, 1844.

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temps par auto-suggestion ; c/est la catalepsie justiciable alors, je pense, de la psychothérapie suggestive.

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