PRÉFACE DE M, CIL RICHET
Ce livre, dont le titre effrayera peut-être ceux qui redoutent la nouveauté, n'est pas une œuvre d'imagination, mais d'expérience. Quantité de faits y sont exposés, qui ont été observés tant par l'auteur lui-même que par divers expérimentateurs.
C'est un recueil de faits, et nulle part ailleurs on ne pourra, sur la suggestion mentale, trouver réunis un si grand nombre de documents.
Toutefois il ne suffit pas d'accumuler les faits, il faut encore qu'ils soient bien observés. A cet égard, la critique de M. Ochorowicz, pour les faits qu'il a vus ou qu'il rapporte d'après d'autres savants, est aussi sévère qu'elle doit être en un sujet si difficile. Ce qui dominé dans son ouvrage, c'est la volonté bien arrêtée et bien persévérante de tenir compte de toutes les objections, d'écarter toutes les causes de mauvaise foi, conscientes ou inconscientes, de se représenter, en les exagérant parfois,
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Il PRÉFACE
les difficultés du problème, et de ne se satisfaire qu'après avoir écarté toute cause d'illusion possible.
La tâche était difficile, et c'est déjà beaucoup que de l'avoir entreprise avec une pareille rigueur.
Pour démontrer la suggestion mentale, il suffit d'avoir éliminé deux causes d'erreurs.
D'abord l'erreur due à la supercherie. Et quand je parle de supercherie, ce n'est pas de celle qui est volontaire, méditée, machinée, convenue par avance : celle-là est très rare ; c'est de la supercherie inconsciente, machinale, produite par la tendance naturelle, qui est en nous tous, de vouloir faire réussir une expérience quand nous l'avons instituée. Il faut donc s'assurer tout d'abord qu'aucune indication involontaire n'a pu étire donnée ; autrement dit, qu'il n'y a eu ni parole, ni geste, ni contact pouvant induire la personne qui répond, à donner de préférence telle ou telle réponse.
La seconde cause d'erreur, c'est le hasard. Le hasard amène souvent des coïncidences étonnantes; or, toutes lès fois que le hasard peut être invoqué, la certitude mathématique ne peut jamais être obtenue, mais il n'en reste pas moins une certitude morale, qui résulte du succès consécutif de plusieurs expériences, dont la probabilité est faible.
M. Ochorowicz a cherché à éliminer ces diverses difficultés : il y est arrivé dans un certain nombre de cas qu'il considère comme probants (et je crois pouvoir dire qu'il est assez difficile en fait de preuves). Grâce à quelques expériences décisives,
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PRÉFACE ni
il s'est formé une conviction^ et naturellement il essaie de la faire partager à ses lecteurs.
Et cependant, je ne crois pas que son livre, sî démonstratif qu'il soit, entraîne laconviction de tous, et même de beaucoup. Je sais trop bien (par ma propre expérience), combien il est difficile de croire à ce qu'on a vu, quand ce qu'on a vu n'est pas en accord avec les idées générales, banales^ qui forment le fond de nos connaissances. Il y a quinze jours, j'ai vu tel fait étonnant, qui m^a convaincu. Aujourd'hui je hoche la tête, et je commence à en douter. Dans six mois d'ici, je n'y croirai plus du tout. C'est là une curieuse anomalie de notre intelligence. Il ne suffit pas en définitive, pour amener la conviction, qu'un fait soit logiquement et expérimentalement prouvé, il faut encore que nous en ayons pris, pour ainsi dire, l'habitude intellectuelle. S'il heurte notre routine, il est repoussé et dédaigné.
/ C'estce qu'ion appelle communément le éon 5^n5. C'est le bon sens qui fait rejeter toutes les idées inattendues, nouvelles, c'est le bon sens qui règle notre conduite et dirige nos opinions.
Hélas ! ce bon sens qu'on prône tant n'est guère qu'une routine de Tintelligence. Le bon sens d'aujourd'hui n'est pas le bon sens d'il y a deux cents ans, ni le bon sens d'il y a deux mille ans. Le bon sens, il y a deux mille ans, était de croire que le soleil tourne autour de la terre et se couche totfs les soirs dans l'Océan. Le bon sens d'il y
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PUEFAGE
a deux cents ans était qu'on ne peut, dans la même journée, donner de ses nouvelles à Pékin et en avoir une réponse, et cependant le bon sens, aujourd'hui, indique qu'on peut y envoyer un télégramme, réponse payée. Aujourd'hui le bon sens commande d'entretenir une armée formidable avec un million de soldats et cinq millions de fusils. Est-ce que dans deux ou trois siècles ce bon senslà ne paraîtra pas une absurdité éclatante?
Donc, si l'on s'oppose à la suggestion mentale au nom du bon sens, on ne veut parler que du bon sens de 1886 ; car le bon sens de 1986 aura de tout autres tendances. Ce n'est qu'une question de tdmps, et je m'imagine que^ dans un petit nombre d'années, celte idée, ayant fait son chemin dans les esprits, sera trouvée toute simple. Même on s'étonnera peut-être que nous ayions eu tant de difficultés à l'admettre. Ne voit-on pas les immortelles découvertes de notre grand Pasteur, établies avec un luxe éclatant d'expériences démonstratives, rencontrer une opposition étonnante ? Quel plus bel exemple de notre incurable routine ?
Ce n'est pas à dire que je considère, d'ores et déjà, la suggestion mentale comme prouvée rigoureusement. Certes non; et les expériences tout à fait démonstratives sont rares. En général, quand elles sont probantes (par la concordance des résultats), elles ne sont pas irréprochables, et, quand elles sont irréprochables, elles ne sont pas tout à fait probantes. Il en est pourtant quelques-unes qui
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