CHAPITRE PREMIER
Théorie de A.-S. Morin. — La lucidité et la transi
— L'action apparente de la volonté. — Le il
— La phrénoiogie, Ja physiognomonie et la ch signes extérieurs des pensées. •— La pathogno rience inconsciente. — Le D' Baumgilrtner et nie pathologique. — Les signes des émotions, mentale réduite à l'appréciation des signes visi vicieux. — La théorie de Morin perfectionné L. Figuier. — L'exaltation des sens et de l'i suggestion mentale réduite à l'action des sens communes de la nature. — Les incrédules.
a La communication de pensées, — di dans son intéressante étude* — est ui qu'on rencontre le plus souvent chez les rent même elle tient lieu de plusieurs ai lucidité, qu'on se flatte de trouver, hier lent pas réellement». « Il y a bien peu d( en état de découvrir votre pensée d'une et de la formuler avec les expressions ir
« Du magnétisme et des sciences occultes, Paris et 283-289.
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avez dans Tesprit. Le plus souvent, le somnambule saisit quelque? fragments de vos pensées pendant que vous le chargez de découvrir, soit des choses éloignées, soit le passé ; et alors le lucide se figure avoir réellement vu ces choses, bien qu'il n'ait fait que les lire dans votre esprit. Si ensuite vous voulez qu'il lise dans votre pensée, vous aurez beau concentrer votre attention sur ce que vous voulez lui faire voir, vous n'y parviendrez pas. Ainsi, le lucide vous dérobe votre pensée à son insu et au vôtre, et quand vous lui proposez comme exercice de lire votre pensée, il en est incapable. Quant à ce dernier point, il y a quelques exceptions, notamment celle que rapporte M. Puel d'un cataleptique; mais elles sont fort rares. » (Morin, qui écrivit en 1860, ne pouvait pas naturellement connaître les expériences récentes faites par la Société psychologique anglaise et autres). Et sur tout qu'on n'aille pas se figurer que, muni d'un bon lucide, on pourra pénétrer à volonté le secret des pensées. Quand un lucide parvient à saisir quelques pensées, ce nest qu'à V égard des personnes avec lesquelles il est en rapport, et même cette faculté ainsi réduite est variable, intermittente, sujette à illusion, d^e sorte que le lucide croit la posséder quand il n'en jouit pas et se flatte de pénétrer votre pensée, bien qu'il n'ait rien découvert, et il donne comme une découverte les rêveries de son imagination. »
Morin n'indique pas les causes présumées* de cette variabilité. Mais ces observations générales sont justes, à cette restriction près, qu'un somnambule bien conduit ne dira jamais voir ceci ou cela s'il ne voit rien. La vérification, du reste, n'en est pas bien difficile.
Morin réduit à la communication de pensées l'action apparente de la volonté. Il n'admet ni fluide, ni une action physique quelconque, ni l'influence directe de la volonté sur les organes du sujet. Si ce dernier se laisse cataleptiser yn membre, paralyser ou hyperesthésier
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un sens, c'est qu'après avoir deviné la pensée de son magnétiseur, il influence lui-même son propre corps.
Mais il rejette aussi une transmission réelle de la pensée. Elle n'est transmise que par des signes ordinaires.
Et pour légitimer cette divination, d'après les signes extérieurs de la pensée, il invoque tour à tour laphrénologie^ la physiognomonie et la chiromancie.
Pour la phrénoJogie, je ne comprends pas réellement ce qu'elle a à faire ici, vu qu'aucun phrénologisten'a soutenu encore, qu'en touchant sur la tète les organes correspondants, on puisse deviner les pensées, et que d'ailleurs les somnambules qui le font ne touchent pas les organes phrénologiques.
En ajoutant que la phrénologie elle-même n'est pas une science démontrée, on aura tout droit de l'éliminer.
Les mêmes remarques s'appliquent à la chiromancie.
Mais quant à la physiognomonie, ou plutôt à la pathognomonie (signes d'expression en général) le rapprochement est digne d'attention. Il n'est pas douteux que nos* pensées, et plus encore nos sentiments et notre caractère en général, se reflètent sur notre visage, ce « miroir de l'âme ». « Parmi les indices, que peut ainsi offrir l'extérieur du corps humain, il en est qui frappent tous les regards ; l'individu adonné à l'ivrognerie, par exemple, ne porte-t-il pas sur sa face les stygmates honteux de ses habitudes? Il est d'autres signes qui, bien que moins apparents, n'en sont pas moins réels, et qui, pour être perçus, demandent une grande clairvoyance. Lavater était doué, à cet égard, d'une pénétration qu'on serait tenté de traiter de divination, et lisait couramment sur les visages comme dans un livre. Si les règles qu'il a posées n'ont pu constituer la science de la physiognomonie, ni servir à former des physionomistes aussi habiles que lui, les principes sur lesquels il a fondé son système n'en sont pas moins vrais, et les résultais
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auxquels il est parvenu prouvent qu'il ne s'agit pour compléter son œuvre, que de formuler la méthode qui le conduisait instinctivement avec une admirable certitude. » ^
Ici, je SUIS complètement d'accord avec Morîn. La physiognomonie a une base positive qui tient a un déterniinisme général, applicable aussi bien au développement des organismes, qu'à leurs caractères stables, et qui, dans Tospèce, peut se résumer dans ce principe : Rien n'est accidentel dans r extérieur d'un organisme vivant. Il ne s'agit que de connaître les relations causales, qui y existent indubitablement. Mais nous sommes encore loin de ce but, et je crois même que, pour y arriver plus vite, il serait bon, au lieu de formuler les lois physiognomoniques, ce qui est encore prématuré, de continuer les études de pathognomonie^ renouvelées avec tant d'autorité par Darwin.
L'expression des états plus ou moins passagers, des maladies, des douleurs, des émotions, de l'attention et de tendances volitives, se prête beaucoup plus aux recherches expérimentales, que l'expression des caractères dans les traits stables, qui longtemps encore ne pourra être jugée que par une sorte d'intuition, basée sur Vexpérience inconsciente.
Mais il n'est pas moins certain, que ceux qui, dès leur enfance, ont pris l'habitude d'observer, peuvent parfaitement déchiffrer avec beaucoup d'approximation le caractère d'un homme dans sa physionomie. Pour les contrastes nets il est même presque impossible de se tromper. Le somnambule pourrait donc posséder la même faculté et s'en servir pour la divination de» sentiments, des tendances et des habitudes.
Voici encore un point qui mérite d'être signalé à legardde la devination desmaladtes. Il existe un ouvrage, aujourd'hui très rare et oublié, unique dans son genre. 11 est dû à un médecin distingué, professeur à Tuniversité
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de Freiburg, le D' K.-N, Baumgœriner et porte le titre : Physiognomice patkologica^ Krangen Physiognomik, Stuttgart et Leipzig, 1839. C'est un gros volume in-4<^, auquel appartient un atlas, contenant les types physiognomiques de toutes les maladies principales. . Les figures, presque de grandeur naturelle, sont peintes à la mairij et d*après nature, par des artistes excellents. Aussi rien de plus intéressant pour un médecin que cette cristallisation pour ainsi dire de signes pathologiques, qui vous permettent de distinguer à Textérieur, par le visage, une maladie du cœur d'une maladie de Tutérus, par exemple, et qui prouvent, ainsi que tout se reflète sur la figure. Plusieurs médecins expérimentés ont cette facilité d'appréciation. Les somnambules pourraient la posséder jusqu'à un certain point, grâce àTexpérience inconsciente de toute la vie, qui, insensible à l'état de veille sous la pression d'actes conscients, pourrait se manifester dans l'isolement psychique du somnambulisme.
De même pour les signes des émotions; et Morin aurait dû mentionner surtout les nuances de la voix, qui, même contre notre volonté, trahissent nos sentiments, et surtout nos approbations ou nos doutes. La divination d'une pensée dépend quelquefois de ces signes mininoes. « Le physique est l'expression du moral, » dit Morin avec justesse; puis il conclut:
« Le lucide qui pénètre la pensée ne fait autre chose que le phrénologue, le physionomiste ou le chirognomiste; seulement il uoi/ une foule de signes matériels qui échappent à notre vue, et qui complètent les indications que nous donne l'examen du crâne, de la figure ou des mains. Le lucide n'a donc que des moyens analogues aux nôtres, mais beaucoup plus étendus. Tout consiste dans l'observation des organes. Il ne peut ni nous rendre compte, ni se rendre compte à lui-même de la valeur de chaque signe ; c*est une sorte de langue
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Nous voilà donc ramenés au point de départ.
Ajoutons que la théorie de Morin (tout en pouvant être appliquée dans certains cas particiiliers) n'explique pas les expériences dans lesquelles le sujet tourne le dos à Topérateur, a les yeux bandés et a fortiori elle n'explique pas une transmission quelconque à distance.
M. L. Figuier* a élargi cette théorie, tout en admet* tant le même principe :
Suivant lui touts'expliqueparuneexaltation exceptionnelle des sens et de l'intelligence dans l'état du sommeil. Le somnambule n'a d'autres sensations que celles de nos sens ; mais sa perception étant exaltée, il perçoit les moindres signes volontaires ou involontaires provenant du magnétiseur et, par leur intermédiaire, devine sa pensée. « L'exaltation passagère des sens du somnambule magnétique, dit-il, expliquerait, selon nous, le phénomène, auquel les magnétiseurs ont donné le nom de suggestion ou de pénétration de la pensée. Quand un magnétiseur déclare que son somnambule va obéir à un ordre exprimé mentalement par lui, et quand le somnambule, ce qui est d'ailleurs assez rare, accomplit ce tour de force, il n'est pas impossible de rendre compte de cet apparent miracle, qui, s'il était réel, renverserait toutes les notions de la physiologie et, on peut le dire, les lois connues de la nature vivante. Dans ce cas, un bruit, un son, un geste, un signe quelconque, une impression inappréciable à tout le reste des assistants, a suffi au somnambule, vu l'état extraordinaire de tension de ses principaux sens, pour lui faire comprendre, sans aucun moyen surnaturel, la pensée que le magnétiseur veut lui communiquer. Ainsi, pas plus dans ce cas que dans les autres, l'individu magnétisé n'a le privilège de rompre les barrières communes, que la nature a imposées à l'exercice de nos facultés. »
i Uist, du Merveilleux, t. III, 3* édit. Paris, 1881, p. 408-411;
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applicable à des cas d'une transmission dont plusieurs sont cités par ces au faut pas contester non plus qu'elle puis développée, pour servir à Tinterpréti nombre de cas mixtes, où la perceptior s'adjoint à une transmission vraie. Il f reconnaître cet avantage qu'elle s'ii cipe éminemment scientifique, celui connu au connu, autant que possible. J qu'elle l'applique mal.
En tout cas, c'est une hypotbèse évi la difficulté au lieu de l'envisager de f
Passons donc aux théories qui adn mène franchement.
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qu'une somnambule exécutât, et demanda à la malade si sa pensée la déterminait : « Je la connais, réponditelle, et j'exécute ce que ivous voulez. Vous avez voulu, sans me le dire, que je me misse sur mon séant, et j'ai obéi. » — En général, ajoute Bertrand, les magnétiseurs aujourd'hui (1823) me paraissent, admettre avec une légèreté inconcevable, l'opinion de l'influence direcle de la volonté d'un homme sur un autre homme; je ne connais pourtant aucune idée plus facile à détruire, pour quiconque voudrait y réfléchir avec un peu d'attention. — D'abord il n'y a rien qui nous soit si intime, que noire volonté; elle seule constitue la personnalité, le Moi. » (Bertrand confond ici plusieurs phénomènes; la personnalité n'est pas le moi, et le moi n'est pas la volonté : la personnalité est un complexus de tous les caractères psychiques propres à l'individu, le moi n'est qu'un foyer, un point central, mobile et momentanément et relativement simple, de cet ensemble compliqué; la volonté enfin n'est qu'une résultante des tendances, patronnée par le moi régnant). « Et si la volonté du magnétiseur s'emparait, comme on le suppose, de la personne du somnambule, celui-ci ne serait plus qu'un automaie, mu par des ressorts étrangers au second corps du magnétiseur. »
Eh bien ! ouï, cela arrive souvent que le somnambule n'est qu'un automate. Bertrand, instruit dans l'école humanitaire de Puységur et de Deleuze ne connaissait pas les hypnotiseurs et les magnétiseurs modernes, avec leurs orgues de barbarie. Il était encore de ceux qui demandaient aux malades la permission de leur faire du bien. « Je ne sais pas au reste, ajoute-t-il, comment les partisans de cette influence de volonté n'ont pas été effrayés des conséquences auxquelles elle conduit. Dans leurs idées, un somnambule aveugle, agent mu par une impulsion étrangère, prendrait un poignard et l'enfoncerait dans le sein de son propre père sans pou-
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lENTALE
ninerait, et il n'aui ^It land le crime serbit îst point ainsi, et tous 'ange opinion que je
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ce Ainsi, pour me résumer, conclut Bertrand, je pense qu'il est absurde de supposer que, dans aucun cas, une volonté étrangère puisse eigir directement sur tes organes des somnambules, et encore moins sur leurs déterminations » (la première phrase est juste, la deuxième est fausse) ; a mais il me semble qu'un nombre de faits suffisant pour entraîner la conviction, prouvent, qu'il n'est pas très rare que les somnambules aient connaissance de la volonté ou des pensées des personnes avec lesquelles ils sont en rapport^ et que cette connaissance peut les déterminer à agir, et produire sur eux les mêmes effets, que si on leur avait parlé. J'ajouterai que, comme ce phénomène résulte de la communication sympathique des mouvements du cerveau de celui qui comniande, le somnambule connaîtra d'autant plus facilement Tordre qu'on lui donne qu'on l'accompagnera d'un geste quelconque qui, ne pouvant se faire sans un plus grand mouvement des fibres cérébrales, favorisera la communication ; c'est ce que l'expérience confirme dans tous les cas, et ce que j'ai observé moi-même. Au reste, l'opinion que j'énonce a été adoptée par pinceurs magnétiseurs. »
On remarquera facilement que la distinction absolue faite par Bertrand entre la transmission de pensée qu'il admet, et celle de la volonté qu'il recette, est uo peu oiseuse. Il aurait dû en faire une autre encore pour avoir complètement raison, celle d'une action directe de la volonté sur les organes périphériques et de la transmission de la volonté au cerveau. Quant aux muscles, par exemple, il est à peu près certain que, sans une excitation physique locale des tendons ou des nerfs, il est impossible de les mettre en mouvement par un acte d'une volonté étrangère, mais aussi tel n'est pas le sens du mot : action suggestive de la volonté. Et, dès qu'on admet une transmission de pensée, il n'y a pas de raison pour vociférer contre ceux qui croient que la tendance à un mouvement quelconque, peut être
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transmise aussi bien, qu'une idée purement passive et objective. Dès qu'on éveille un sentiment, on éveille aussi une tendance qui lui est propre. Et Bertrand ne nie pas la transmission des sentiments. Par conséquent, avec cette réserve que le phénomène ne peut avoir lieu que par une action réflexe du cerveau, on n'a plus besoin de trancher une limite absolue entre la volonté et la pensée.
Bertrand a toujours en vue un état polyîdéique du cerveau et c'est cela qui le trompe. Quand iJ y a plu^ sieurs idées, ces idées peuvent s'opposer à l'exécution, et, si elle^ lieu, elle ne peut se réaliser que par le consentement de ces idées. Mais quand il n'y en a pas ? Quand toute opposition est éliminée par l'état dVidéie ou du monoïdéisme naissant, comment voulez-vous que l'idée inoculée et devenue dominante par le seul fait de son isolement, ne détermine pas l'exécution? Et c est précisément dans cet état qu'il faut faire les expériences directes.
Maintenant, quant à la question du a comment » de la transmission, Bertrand ne se prononce guère. Mais il paraît admettre l'exaltation du cerveau avec paralysie des sens extérieurs, comme une condition essentielle, et il fait un rapprochement fort juste entre le sympathisme des maladies, qu'il a plusieurs fois constaté, et celui des idées qui est plus rare.
« La communication des pensées, dit-il, se présente le plus fréquemment chez les somnambules extatiques, ce qui tient, suivant moi, à ce que l'état d*exaltation morale dans lequel ils se trouvent ne pouvait avoir lieu sans une augmentation considérable de sensibilité du cerveau, augmentation qui favorise, entre le cerveau du somnambule et celui des assistants, une communication sympathique semblable à celle en vertu de laquelle il ressent, dans les autres parties de son corps, les douleurs qu'éprouvent les personnes qui sont en rapport
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avec lui. » Et à un autre lieu il ajoute : « On a vu que ma volonté non exprimée avait une véritable action sur la, maleLde dans r état de paralysie, et n'en avait aucune qui fût sensible instantanément dans Tétat de veille ^ » On verra plus loin l'importance de cette simple rei«narque.
» Bertrand, Traité du somnambulisme et de différentes modifica" tions quil présente. Paris, 1823, p. 246-283.
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