A VOLONTÉ
(ion de la volonlé directement sur les organes dû sujet qui doivent être mis en mouvennent, et c'est elle qu'il niait, tandis qu'il admettait la communication de pensées et, par conséquent, la possibilité de l'exécution d'un mouvement commandé, si le sujet percevait notre pensée et s'il voulait se conformer à nos désirs.
Vpici les conclusions de la commission, concernant l'action mentale :
15). — f Lorsqu'on fait tomber une fois une personne dans Je somoieil. magnétique, on n'a pas toujours besoin de recourir au contact et aux passes, pour k ma^'nétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur et sa volonté seule ont sur elle ]a même influence. On peut non seulement agir sur le magnétisé^ mais encore le mettre complètement en somnambulisme, et l'en faire sortir à son imu, hors de sa vue f aune certaine distance, et au travers des portes, yy (Rapport lu à rAcadémie de médecine le 28 juin 1831 par une commission nommée par elle en 18^6 et cnoisie dans son sein.)
'"Ce rapport aété signé par MM. Bourdoîs de la Motle, président ;. Eouquier, Guéneau de Mussy, Guersent; Husson, rapporteur; Itard, J.-J. Leroux, Marc, Thillaye. — MM. Double et Magendie, n'ayant pu assister aux expériences, n'ont pas cru devoir signer le rapport.
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f SUJET 357
jlonne qu'un obserant d'inexactitudes
fluide spécial, dont
ir Texplication des
îux qui Vont admis,
propriété générale
ment quelques dif*
« Le sommeil provoqua ne dépend pas de Thypnoli-
seur... »
De l'hypnotiseur, non ; mais du magnétiseur, oui ; c'est- , à-dire de ceux qui, au lieu de substituer purement et ' simplement un bouchon de carafe, engagent leur propre corps, leur pensée et leur volonté dans Tacle d'hypno^ lisalion.
« C'est la propre foi flu sujet qui l'endort. » tiCs grenouilles, les écrevisses, les canards, les poules, les cochons d'Inde... ont-ils la même foi au maghclisme que les sujets de M. Donato?
«Nul ne peut être hypnotisé contre son gré, s'il résiste à Tinjonclion. »
J'ai cependant endormi plusieurs fois des personnes qui ont résisté de toutes leurs forces. Et ici M. Bernheim v«e trompe doublement; car, dans la plupart des cas, ce phénomène peut s'expliquer par sa théorie suggestive, sans aucune influence physique ou psychique directe. On n'a même pas besoin de citer les faits de somnambulisme à dis.tance, causé par une action physique ou psychique directe.
L'idéo-plastie peut être double : consciente et inconscienïe. Il y a des personnes qui affirment sincèrement ne pas croire à un préjugé quelconque, et qui, tout de même involontairement, subissent son influence. Il y a i«ne soumission consciente et inconsciente. Dès quiin sujet est sensible, et que vous lui suggérez l'idée du sornineil,
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m DE LA SUGGESTION MENTALE
, On me prie d'essayer, et ses parents m'auleriseat à tenter l'expérience, fâchés qu'ils étaient de VinobémaneÊ de leur fille.
Je prends alors un mouchoir qu'elle avait laissé sur la table, et je le lui jette sur les genoux, en disant :
— Eh bien! maintenant c'est tini. Vous allez vous endormir dans cinq minutes.
— Cela ne me fera rien du tout, dit^elle; mais elle s'échappe tout de même, pour éviter mon rep:ard.
— €'est pas la peine de fuir, vous reviendrez toute seule.
Une demi-heure après elle est revenue en somnambulisme.
Par conséquent on peut endormir quelqu'un « contre son gré, et quoiqu'il résiste à l'injonction ». Mais ici encore i'idéoplastie joue le rôle principal.
Je pourrais citer encore deux ou trois faits semblables oii les personnes incrédules ont demandé elles-mêmes que j'essayasse de vaincre leur résistance et leur incrédulité. La crédulité iiepeut rien sans sensibilité, et l'incrédulité ne nuit en 7ien quand il y a sensibilité. La volonté peut retarder l'action, mais seulement la retarder. La plupart des personnes qui se croient hypnotisables, ne le sont pas, et une partie de celles qui ne se ;doutent fçuère de leur sensibilité, peuvent être facilement hypnotisées.
Voici encore un fait qui s'est passé en France et qui a été reproduit plusieurs fois. 11 s'agit d'une affaire judiciaire où toutes les circonstances ont été bien vérifiées.
4). « Le 31 mars 1865, un mendiant arriva au hameau de Guiols. Il avait vingt-cinq ans environ ; il était estropié des deux jambes. 11 demanda l'hospitalité au nommé H..., qui habitait ce hameau avec sa fille. Celle-ci était âgée de vingtsix ans et sa moralité était parfaite. Le mendiant, nommé Castellan, simulant la surdi-mudité, fit comprendre par des signes, qu'il avait faim ; on l'invita à souper. Pendant le repas, il se livra à des actes étranges,' qui frappèrent l'attention de ses hôtes : il affecta de ne faire remplir sou verre qu'après avoir tracé sur cet objet et sur sa^ figure le signe de la croix. Pendant la veillée, il fit signe qu'il pouvait écrire. Alors il traça les phrases suivantes. « Je suis le fils de Ûieu: jesuisduciel et mon nom estNotre-Seigueur; car vous voyez mes petits miracles, et plus tard, vous en verrez de plus grands. Ne craignez rien de moi, je suis en- * voyé de Dieu. » Puis il offrait de faire disparaître la laie qui
DE L'ACTION A L'INSU DÛ SUJET S6l
jcouvraît les yeux d'une femme alors présente. Il prétendait connaître Tavenir et annonçait que la guerre éclaterait dans six mois. — Ces actes absurdes impressionnèrent les assistants et Joséphine H..., en fut surtout émue ; elle se coucha tout habillée, par crainte du mendiant. Ce dernier passa la nuit au grenier à foin, et le lendemain, après avoir déjeuné il s'éloigna du hameau. Il y revint bientôt, après s'être assuré que Joséphine resterait seule pendant toute la journée. 11 la trouva occupée des soins du ménage, et s'entretint pendant quelque temps avec elle à l'aide de signes. La matinée fut employée par Castellan à exercer sur cette fille toute sa fascination. Un témoin déclare, que tandis qu'elle était penchée sur le foyer de la ^cheminée, Castellan, penché sur elle, lui faisait, avec la main, sur le dos des signes circulaires et des signes de croix; pendant ce temps elle avait les yeux hagards. A midi ils se mirent à table ensemble. A peine le repas était-il commencé, que Castellan fit un geste, comme pour jeter quelque chose dans la cuiller de Joséphine, Aussitôt, la jeune fille s^évanouit. Castellan la prit, la porta sur son lit et se livra sur elle aux derniers o\i^ tidi^es. Joséphine avait conscience de ce- qui se passait; mais reténue par une force irrésistible elle ne pouvait [faire aucun mouvement, ni pousser aucun cri, quoique sa volonté protes' tât contre l'attentat qui était commis sur elle. Elle était évidemment en léthargie » — (plutôt en état de fascination) « Revenue à elle, elle ne cessa pas d'être sous l'empire que Castellan exerçait sur elle, et à quatre heures de l'après-midi, au moment où cet homme s'éloignait du hameau, la malheureuse, entraînée par une influence mystérieuse, à laquelle elle cherchait en vain à résister, abandonnait la maison paternelle et suivait éperdue, ce mendiant, pour lequel elle n'éprouvait que de la peur et du dégoût. Ils passèrent la nuit dans un grenier à foin, et le lendemain, ils se dirigèrent vers CoUobrières. Le sieur Sauteron les rencontra dans un bois et les amena chez lui. Castellan lui raconta qu'il avait enlevé cette jeune fille, après avoir surpris ses faveurs. Joséphine aussi lui fit part de son malheur, en ajoutant que, dans son désespoir, elle avait voulu se noyer. Le 3 avril, Castellan, suivi de cette jeune fille, s'arrêta chez le sieur Coudroyer, cultivateur. Joséphine ne cessait de se lamenter et de déplorer la malheureuse situation dans laquelle la retenait le pouvoir irrésistible de cet homme. « Amenez la femme la plus forte et la plus grande, disait-elle, vous verrez si Castellan ne la fera pas tomber »! La pauvre fille jugeait d'après ses propres impressions. 11 n'y a qu'enviroû 5 per-
SUGGESTION MENTALB, 21
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ur 400 qui peuvent subir une influence semblable, ire sans être préalablement hypnotisées). «Joséphine jur des outrages dont elle craignait d'être encore lemanda à coucher dans une maison voisine. Casatpprocha d'elle, au moment où elle allait sortir, et ;ant par les hanches, elle s'évanouit. Puis, bien que, es déclarations des témoins, elle fût oomme morte, t, sur l'ordre de Castellan, monter les marches de r, lefs compter sans commettre d'erreur, puis rire vement. Il fut constaté, qu'elle se trouvait alors ement endormie.
endemain, 4 avril; elle descendit dans un état qui lait à de la folie » ; (délire somnambulique) « elle inait et refusait toute nourriture: elle invoquait mr Dieu et la Vierge ; Castellan, voulant donner une \ preuve de son ascendant sur elle, lui ordonna de genoux le tour de la chambre et elle obéit. Emus de ur de cette malheureuse fille, indignés de l'audace [uelle son séducteur abusait de son pouvoir sur elle, tants de la maison chassèrent le mendiant malgré ance. A peine avait-il franchi la porte, que José- )mha comme morte. On rappella Castellan ; celui-ci lie divers signes, et lui rendit l'usage de ses sens. La lue, elle alla reposer vers lui. — Le lendemain ils it ensemble. On n'avait pas osé empêcher Joséphine e cet homme. Tout à coup, on la vit revenir on . Castellan avait rencontré des chasseurs, et, pendant, usait avec eux, elle avait pris la fuite. Elle demanpleurant qu'on la cachât, qu'on l'arrachât à cet^n :e. On la ramena chez son père, et, depuis lors, ell ^ it pas jouir de toute sa raison» (C'était bien naturel, : des personnes très sensibles qui ne sont pas bien émisées S un trouble nerveux persiste longtemps; si it bien démagnétisées, l'etiet du magnétisme doit être 5 favorable). — «Castellan fut arrêté le 14 avril. Il gà été condamné correctionnellement. La nature 'avoir doué d'une puissance magnétique peu corn- (tout le monde peut magnétiser, mais il y a des dif- 3 quant au degré et même quant à la nature de tion) «c'est à cette cause qu'il faut attribuer Tinmystérieuso qu'il avait exercée sur Joséphine » (en
ie le lecteur de prendre ce mot dans son sens empirique, s de toute tliéorie; je uepeuxpas enirerici dans des détails
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DE L'ACTION A L'INSD DU SUJCT Sâ
partie senlement, car ridéoplastte y Jouait atissi son rôle) «dont la constitution se préiarlmefirieiileQ9ement au magnétisme, ce qui a été constaté par direrses expériences auxauelles Tont soumise desméaecins.Gastellan reconnaît que i?est par des passes magnétiques que fut causé l'évanouissement de Joséphiue, qui pi^céda le viol. H avoua même avoir eu deux fois des rapports avec elle, dans un moment où elle n'était ni endormie, ni évanouie, mais bt elle ne pouvait donner un consentement libre aux actes coupables dont elle était l'objet. Les rapports qu'il eut avec elle, la seconde nuit qu'ils passèrent à Gapelude, eurent lieu dans d'autres conditions, car, cette fois, Joséphine ne s'est pas doutée de Tacte coupable dont elle fut victime » {aidéie paralytique) « et c'est Gastellan quilui raconta le matin qu'il l'avait nos-* sédée pendant la nuit. Deux autres fois, il avait abusé d elle de la même manière, sans qu'elle s'en doutât.
« Pendant son procès, Castcllan a fait preuve d'un sangfroid et d'une audace extraordinaires... lia surtout fait pa^ rade de ses talents magnétiques. Il a eu l'impudence de proposer au président des assises d'expérimenter sur lui son savoir. Devant le réquisitoire du procureur impérial, il a fait plus ; par la fixité de son regard, il a menacé ce magistrat de le magnétiser, et ce dernier a dû le contraindre à baisser les yeux. » * '
« Joséphine, depuis qu'elle est soustraite à l'influence de cet homme, a recouvré à peu près la raison. Elle dit, dans sa déposition devant la cour : a 11 exerçait sur moi une telle puissance, à l'aide de ses gestes et de ses passes, que je suis tombée plusieurs fois comme morte, il a pu alors faire de moi ce qu'il a voulu. Je comprends ce dont j'étais victime; mais je ne pouvais ni parler, ni agir, et j'endurais le plus cruel des supplices. »
« Trois médecins, les docteurs Hériart, Poulet et Théus ont été appelés à éclairer le jury sur les effets du magnétisme. Us ont confirmé par leurs déclarations, les conclusions du rapport médico-légal, rédigé à l'occasion de cette affaire par les*docteurs Auban et Roux (de Toulon). Gastellan a été condamné à douze ans de travaux forcés* »»
« Si extraordinaires que paraissent ces faits, ajoute à ce récit M. Liégeois, si étrange que semble le pouvoir exercé par Castellan sur sa victime, il ne faudrait pas croire que ce soit là un exemple unique. Je me ferais fort de trouver
« D» P. Despine, Psychologie natxwdle^ t. I, p. 586, Paris, 1868.
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3Ç« DE LA âUGÔESTION MENTALE
parmi les clients de M. le 0"^ Liébeault, non pas une, maïs dix personnes, qui ne pourraient pas plus, dans des conditions données, résister à des tentatives criminelles que n'a pu le faire Joséphine H... C'est là une conçtatalioa d'une réelle gravité * »5 " '
On comprendra maintenant pourquoi Mesmer tenait à ne pas divulguer les moyens de provoquer le somnambulisme. Il rexpUque lui-même :
« Depuis que ma méthode de traiter et d'observer les maladies a été mise en pratique dans les différentes parties de la France, plusieurs personnes, soit par un zèle imprudent, soit par une vanité déplacée, et sans égard pour les réserves et les précautions que j'avais jugées nécessaires, ont donné une publicité prématurée aux effets, et surtout à l'explication de ce sommeil critique ;;> n'ijrnore pas qu'il en est résulté des abus, et je vois avec douleur les anciens préjugés reveuirà grands pas*. »
Dans les cas précités le sujet connaissait Tinlentlon ou tout au moins la présence du magnétiseur. Mais il n'est nullement nécessaire qu'il en soit ainsi. Une personne qui dort d'un sommeil naturel profond, qui n'a jamais vu le magnétiseur, qui ne se doute guère de sa présence, peut subir l'influence de ses passes et de sa volonté, tomber en somnambulisme, exécuter ses ordres, puis se réveiller le lendemain, ne se souvenant absolument de rien, pas même dans un autre accès de somnambulisme, pas même sous l'influence d'un autre magnétiseur.
Et je ne crains pas de le dire au public, puisqu'il est déjà rassuréij
ï Liégeois, De ta êuggêstion ht/pnotufiie, Paris, 1884, p. 48. Je vois avec étonneinent que dans, la nouvelle édition de son livre, M. Bernheim cite le même fait/ sans observer qull contredit ses opinions.
3 F.-A. Mesmer, Mémoire, Nouvelle édition avec des notes du D« Picher Grandchamp, Paris, 1826, p. 36.
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D^aiileups, je me hâte d'ajouter, que des cas semblables doivent être nécessairement fort rares — car il faut pour cela non seulement une sensibilité hypnotique exceptionnelle, mais encore un sommeil avec msensibilité complète — et que, si le magnétisme peut produire des effets aussi graves, il donne en même temps le moyen de s'en préserver. Seulement il faut se persuader enfin, que r hypnotisme, qui f ne peut pas produire de ces effets-là, n'est qu'une imitation du magnétisme.
Revenons aux faits.
5). Je donnais mes soins à une dame malade, assez difficile à endormir. Une fois arrivé un peu tard, je la trouve endormie de son sommeil naturel sur un roman ennuyeux. Je l'endors magnétiquement, je la laisse comme d'habitude un quart d'heure dans l'aïdéie paralytique, puis je cause avec elle en somnambulisme, enfin, comme j'étais pressé, je la réveille.
— Ah I vous voilà arrivé, dit-elle. Eh bien endormez-moi vite, car j'ai des douleurs dans les jambes.
— Mais je vous ai déjà endorniie et vous n'avez plus de douleurs,
— C'est vrai, dit-elle, il me semble que je ne souffre plus. Maiselle n'a pas voulu cron»e qu elle avait déjà été magnétisée.
Une autre fois c'était pire. Les douleurs sont venues atroces et on a télégraphie pour me faire venir. J'étais absent et je ne me suis rendu auprès de la malade que vers minUit. Je la trouve sans connaissance, délirant, gémissant et se tordant de douleurs. Je lui parle, elle ne me répond as. Alors je pose une main sur sa tête et je l'endors au out de cinq minutes tout au plus ; elle s'endormait toujours plus facilement lorsqu'elle ne savait pas que fêtais là ; (il y avait pour cela une cause individuelle particulière qu'il serait difficile d'expliquer ici) ; les douleurs cessent instantanément, la fièvre diminue peu à peu, je lui ordonne de dormir bien toute la nuit et je la quitte. Le lendemain matin elle était tout étonnée d'avoir si bien dormi, et c'est seulement son mari qui lui apprit que j'étais venu la veille et que je l'avais endormie.
Enfin, il m'est arrivé plusieurs fois d'endormir les malades pendant un accès de folie, ce qui est plus diffi-
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366 DE LA StJ€<SESTION ItfENTALE
elle, car, ne pouvant pas reconnaître le magiifétiseur, ils se débattent de toutes leurs forces; mais en agissant d*abord à distance, puis en s'a'porochant lentement, on peut toujours en venir à bout avec des malades qui sont suffisamment sensibles et qu'on a déjà endormis. Comme l'accès * cesse habituellement dans le sommeil magnétique, si ensuite on réveille le malade, il est tout étonné de nous voir.
6). Dernièrement, j'ai même eu roccasîon d'endormîr une aliénée, absolument inconsciente, qui ne se doutait pas de ce que je voulais faire et qui n*a jamais été hypnotisée. Il s'agit aune nommée Fier... (mélancolie agitée, délire de persécutions, idées de suicide, mutisme), dans le service de M. Auguste Voisin, à la Salpêlrière. Le 20 juin, M. Voisin me prie d'essayer à l'hypnoscope une série de ses malades. On me les amène et je prends mes notes. Quand arriva le tour de la Fier..., la surveillante me dit qu'il sera difOcile de la faire venir, car elle est attachée à un fauteuil et que Ton ne pourra pas l'amener autrement qu'en la portant avec le fauteuil. Je me rends dans le compartiment des agitées et je trouve une femme de quaranle-cmq ans environ, dont la ligure et l'haleine fétide manifestaient l'inanition. Elle refuse la nourriture et n'a presque rien nris depuis huit jours. 11 n'y avait pas moyen de tirer d'elle un mot ou un signe raisonnable, et comme elle avait essayé à deux reprises do s'étrangler on était obligé de la camisoler et de l'attacher. Je fais ôter la camisole de force et j'applicjue l'hypnoscope. En essayant de piquer le doigt avec une épingle, je crois avoir observé une diminution de sensibilité, d'après la faiblesse des mouvements réflexes, et sans plus hésiter, je lui applique la main sur la tête dans l'intention de Vendoi*mir, Au bout de trois à quatre minutes sespaupières retombent et elle s'endort. Elle me répond par des signes de tête raisonnablement. Je lui ordonne de dormir jusqu'à mon arrivée et levais prévenir M. Voisin qui était très content de ce résultat, parce qu'il commençait à être inquiet de l'état de la ma'lade. Une demi-heure après nous arrivons, M. Voisin et moi et nous la trouvons toujours en somnambulisme. On propose de la transporter dans son lit. Je dis qu'elle pourra y aller toute seule. On la détache et je lui ordonne de se lever. Elle se lève, se penche en avant, mais ses jambes restent clouées sur place. Elles étaient raidies. Unlégermas-
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sûge enlève la raideur et, aidée par nous, la malade traverse la cour pour aller se coucher dans son lit. Depuis ce moment l'amélioration s'accentuait de jour en jour. Elle ' commença à parler, à mançer et à dormir tranquillement dans la nuit. Ûans les premiers jours je tâchais de la laisser en somnambulisme presque continuellement, et en réalité . le sommeil n'était interrompu que de temps en temps, par le retour de la folie. Elle n'a eu aucun souvenir, ni de cette première magnétisation , ni de toute cette période d'aliénation. Elle reste encore à l'hôpital, car on ne peut pas encore être certain d'une guérison définitive, mais elle est tout à fait raisonnable et travaille à la couture dans Tatelier.
Cette observation mériterait d'être racontée avec détails, mais pour le moment je ne tiens qu'à démontrer qu'il est possible d*endormir un aliéné, sans aucune suggestion exprimée.
7). Voici maintenant un autre exemple qui prouve de son côté qu'il est possible d'endormir un aliéné malgré son opposition. Je tire ce fait d'une observation mémorable de M. Voisin : « Le 4" juin. — L'agitation n'a pas cessé. M. Voisin veut l'hypnotiser, elle se débat, lui crache au visagCy ce n'est qu'avec beaucoup de difficultés qu'il y arrive. Le sommeil a été profond : il a duré vingt-cinq minutes. Dans i'après-mvdi et toute la journée du lendemain elle a été plus calme * ».
Par conséquent, il est inexact que « nul ne puisse être hypnotisé contre son gré, s'il résiste à rinjonction ».
Dans la nouvelle édition de son livre, M. Bernheim reproduit encore la même assertion. Mais voici ce que je trouve à la fin du volume :
« Avant d'appliquer la thérapeutique suggestive, voici les préceptes auxquels je crois devoir m'astreindre et auxquels tout médecin devra s'astreindre, payr sauvegarder sa conscience et son honneur professionnel ».
« 1° Ne jamais endormir aucun sujet sans son consente" ment formel,,. »
* Voisin, Etude sur V hypnotisme et sur les suggestions chez tes aliénéSf Paris, 1884, p. 7.
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On pourrait donc Tendormir sans son consenfftment formel?...
Vu rimportance de cette question^ cUons encore quelques preuves d'une action réelle, physique ou psychique exercée à rinsu du sujet,
8). « Le 15 mars 1826, M. J. Dupotet a réuni chez M. Douillet (rue du Dragon, n° 8), plusieurs personnes, pour leur faire observer quelques-uns des phénomènes du magnétisme et du somnambulisme. — M. Petit, instituteur primaire à Athis, près Fromenteau, qui a été, en 48i8, guéri par M. Dupotet, à la suite d'un traitement magnétique, de plusieurs dépôts, et qui devenu somnambule à cette époque à conservé depuis une très grande sensibilité à l'action du magnétisme, a bien voulu se prêter aux expériences suivantes... M. Dupotet, après avoir mis un bandeau sur les yeux du somnambule, dirige sur lui, à plusieurs reprises ses doigts en pointe, à deux pieds environ de distance ; aussitôt il se manifeste dans les mains et dans les bras, vers lesquels est dirigée Faction, une contraction violente... M. Bourdin essaie de produire Ifes mêmes effets; il les obtient également, mais avec moins de promptitude et d'un degré plus faible. On répète à satiété ces expériences... Pendant que M. Petit faisait une partie de piquet (en somnambulieme), « M. Dupotet, sur 1-invitation de M. Ribes, dirigea, par derrière, la main vers son coude : la contraction précédemment observée eut lieu de nouveau. Puis, sur la proposition de M. Bourdois, il le magnétisa par derrière, et toujours à plus d'un pied de distance, dans l'intention de l'éveiller ; 1 ardeur que le somnambule portait au jeu combattait cette action, et faisait que, sans le réveiller, elle le gênait et le contrariait; il porta plusieurs fois la main derrière la tête, comme s'il y souûrait ; il tomba enfin dans un assoupissement, qui paraissait être un sommeil naturel assez léger, et quelqu un lui ayant parlé dans cet état, il S'éveilla comme en sursaut. —Peu d'instants après, M. Dupotet, toujours placé derrière lui, et à quelque distance, le plongea de nouveau dans le sommeil magnétique, et les expériences recommencèrent. M. Bourdois dirigea sa main vers l'un des bras du somnambule, dans l'intention de lui faire faire un certain mouvement. Au boiit de quelques instants, il se détermina dans le bras çt surtout dans
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)a main, une agitçitioii très prononcée, et ^ui devint tellement violente, que M. Dupotet crut devoir la calmer. — ^ M> Bouillet, désirant qu'il ne restât aucune ombre de doute sur la réalité d'une action physique exercée à volonté, proposa de mettre à M. Petit te nombre de bandeaux qu'on vouarait^ et d'agir sur lui dans cet état. On lui couvrit en effet la figure jusqu'aux narines avec plusieurs cravattes, on tamponna avec' des gants la cavité formée parla proéminence du nez, et l'on recouvrit en outre le tout d'une cravate noire, descendant en forme de voile jusqu'au cou. Alors on recommença de nouveau et de toutes les manières les essais d'action à distance, et constamment les mêmei mouvements se manif\Bstèrent dans les parties vers lesquelles les mains ou le pied étaient dirigés. Après ces nouvelles épreuves M. Dupotet ayant 6té à M. Petit ses bandeaux, fit avec lui une partie d'écarté pour le distraire et l'égayer ; il joua avec la même facilité et gagna encore. Il mettait tant d'ardeur à son jeu, qu'il resta insensible à l'influence de M. Bourdois, qui essaya inutilement d'agir sur lui par derrière et de lui faire exécuter un commandement volontaire. Après sa partie, le somnambule se leva, se promena à travers le salon, écartant les chaisses qui se trouvaient sur son passage, et alla s'asseoir à l'écart pour se reposer loin des curieux et des expérimentateurs qui l'avaient fatigué. Là, M. Dupotet le réveille, à plusieurs pieds de distance; mais ce réveil ne fut pas complet à ce qu'il parait ; car quelques instants après, se trouvant auprès de M. le comte de Gestas, il s'assoupit; il fallut faire de nouveaux efforts pour le réveiller complètement. — Eveillé, il ne conserva aucun souvenir de ce oui s'était passé pendant son sommeil. »
Le procès-verbal a été signé par MM. Bourdin, docteurmédecin, membre de l'Académie, président de la commission chargée de l'examen du magnétisme; Ribes, docteurmédecin, membre de l'Académie de Médecine; [le comte de Gestas, député; Déieuze, aide naturaliste au Jardin des Plantes (qui n'arriva qu'au milieu delà séance); Raynal, ancien inspecteur général de l'Université; Raynal fils, étudian* endroit; Lachevardiére, imprimeur; Binet, professeur de mathématique et de physique au collège de Sainte-Barbe; Bouillet, professeur de philosophie au même collège; Corbin, professeur agrégé de rhétorique au collège de Lyon *•
* Le Propagateur du magnétisme animal pnr une société de médecins, PariSj 18^7, p. 3;i. ^ ,
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9). Dans une autre séance le 26 janvier 4 826, après avoir éveillé M. Petit, M. Dupotet le rendormit une seconde fois sur rinvitation de quelques assistants. Il était alors éloigné de lui de toute la longueur du salon, lui tournait le dos et causait avec une personne de la société. Etaient présents à cette expérience, entre autres M. Ampère, de TAcadémie des Sciences, et MM. Adelon et Ribes, de l'Académie de Mé* decine *,
10). On a usé de tous les moyens contre le magnétisme, même du mensonge. Une certaine demoiselle nommée Samson a été guérie par M. Dupotet. M# Recarmier trouva ingénieux, pour détruire Teffet * de cette guérison ((Z'anoncer en pleine Académie que Mi^« Samson était depuis rentrée à THÔtel-Dieu et qu'elle y était morte, M. Dupotet l'ayant rencontrée dans la rue, la conduit chez M. Husson rapporteur de la commission académique, où tout le monde la reconnaît; il s'agissait seulement de vérifier par des nouvelles expériences les phénomènes qu'elle présentait il y a six ans, mais elle s'y refusa obstinément, et cette obstination suggéra aux membres de la commission l'idée d'essayer l'action du magnétisme contre le gré du sujet, «c Je sentis cette espèce de provocation indirecte, raconte M. Dupotet, et je me mis en mesure d'y faire honneur. Je commençais donc à a^ir sur elle à son insu, et alors s'engagea entre elle et moi une sorte de lutte, dans laquelle on la voyait faire tous ses efforts pour se soustraire à mon influence : elle éprouva une violente agitation, qui, interrompue un instant par l'abattement et l'immobilité la plus complète, recommença avec les caractères les plus curieux : elle nous offrit en effet rimage le plus frappant des anciennes sybilles; dominée comme elles par une force irrésistible, elle s'élançait brusquement de son fauteuil comme ces prophétesses de leurs trépieds; rien ne pouvait la distraire de cet enthousiasme frénétique » (En magnétisant le sujet contre son çré, on provoque toujours une sorte de délire somnambulique; le* sujet parle tout le temps, sans s'arrêter ou tombe dans des spasmes nerveux — dans ces cas, il ne faut jamais le réveiller avant qu'il se soit calmé). « Après avoir épuisé tous les genres d'excitation physique, on imagifia'de lui dire à haute voix les injures les plus offensantes, celles auxquelles une
* Le Propagateur, p, Z9,
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femme est le plus sensible ; mais son impassibilité complète prouvait évidemment qu'elle n'entendait point. Moi, placé à une certaine distance, je lui parlais et me faisais écouter, je la touchais et elle me sentait; il en fut de même quand j1 s'agit de la réveiller : ces messieurs pour y réussir; firent le bruit, on pourrait môme dire le vacarme le plus étourdissant, mais rien n'opéra; ce fut alors que, recevant d'eux l'invitation de la réveiller, il ne me fallut pour y parvenir à l'instant que l'acte simple de ma volonté*». (Le sujet plongé dans le sommeil magnétique ne peut être réveillé que par celui qui l'avait endormi ou qui a su entrer en rapport avec le somnambule — c'est encore une différence entre le magnétisme et l'hypnotisme, car le sujet hypnotisé peut être réveillé par n'importe qui).
On s'étonnera peut-être que je cite les magnétiseurs, comme on cite les observateurs scientifiques. Il est Vrai qu'il y a dix ans je ne l'aurais pas fait. Mais depuis, j'ai constaté peu à peu qu'ils méritent confiance, au moins autant que les hypnotiseurs, et que si parmi eux il y a des gens crédules qui ont mal observé et mal interprété certains phénomènes extraordinaires, il n'y en a que trop, parmi ces derniers, qui ont mal observé et mal interprété certains phénomènes très ordinaires.
Une instruction incomplète est quelquefois préférable à une science faussée par des préventions.
La participation de la volonté dans l'action magnétisante, ne peut plus être niée. Il est vrai que, dès qu'on se sert des passes, du regard, de la suggestion verbale, etc., en même temps que de la force voUtive, cette dernière peut être superflue, ou, au moins son action reste douteuse. Dans la plupart des cas elle est même certainement inutile, car les sujets s'influencent eux-mêmes, ou bien l'action physique de la main se passe de l'action mentale. Mais un seul sujet, exceptionnellement sensible, suffît pour prouver, que cette action existe,
' Procôs-vérbal de cette séance a été signé par toutes les perlODues présentes» au nombre de près de vingt. (Prop., p. 62.} ,
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dès qu'il est possible de l'influencer sans passes, sans regard, sans paroles et sans suggestion involontaire. En éliminant graduellement les agents accessoires, on arrive à découvrir l'agent vrai. Ecoutons ce qu'en dit un volontiste contemporain, le D"" Perronet, en ayant soin de réduire à leur juste valeur les généralisations de cet auteur :
4i). « J'ai employé, dit-îl, plusieurs procédés pour obtenir artificiellement la catalepsie. Quels qu'ilssoient, passes magnétiques ou gestes bizarres destinés à lancer un prétendu fluide, tous aboutissent aux mêmes résultats; ils ont seulement l'importance que leur prêtent des théories ou des croyances subjectivement préconçues.
• Réprouvant donc toute cérémonie mimique, je me contentais de dire : « Dormez! » et la catalepsie se produisait. Je supprimai même cette formule, si peu matérielle qu'elle fût; je concentrai sur elle-même toute la force de ma volonté, je la dépouillai de tout symbole mimique ou phonique, Je la condensai, pour ainsi dire, en vue d'obtenir le sommeil magnétique chez une personne prédisposée : celleci, sans y être préparée par aucune conversation antérieure ni aucun signe, ni aucun acte capable d'expliquer physiologiquement le fait, s'arrêtait court au milieu d'une phrase, les membres et le regard fixés dans l'immobilité et l'insensibilité cataleptiques.
— Pourquoi dormez-vous? Allons! éveillez-vous, lui dis-jc pour donner le change aux personnes présentes sur la véritable cause de la crise. — Vous savez bien que je ne peux pas m'éveiller, répondit le sujet. — Pourquoi ? — Parce que vous voulez que je dorme. — Ce que vous dites là est faux : comment savez-vous ce que je veux? Vous ai-je dit de dormir? — Vous ne me Tavez pas dit : vous dites le contraire, pour faire \q taquin; mais je sais bien que vous le voulez. — Que faut-il faire pour vous éveiller? — Le vouloir.
Je voulus le réveil du sujet, comme j'avais voulu son som* meil, c'est-à-dire sans manifester extérieurement par des gestes ou des paroles l'essence de ma volonté : le réveil s'effectua rapidement.
Je réussis souvent cette expérience 'î j'en conclus que la volonté d'un opérateur est l'instrument unique ou tout au moins prépondérant dans la production de la catalepsie
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DU SUJE
artificiellement provoquée, qu'en un mot la des passes, des gestes cabalistiques, des regi ou mystiques est une superfétation )>. (L que tous les sujets ne sont pas suggestibles « Sans en nier complètement l'utilité, jo sui faits de constater, que celle-ci puise son pou^ rection intentionnelle, que, soutenue par uni et énergique, elle concourt au succès, mais sans cette volonté, qu'enfin la volonté seule termédiaire d'aucun acte extérieur, pour pi ciellement la catalepsie.
11 en est de même pour tous les actes ace pérateur, dans le but d'obtenir tel ou tel r fonte seule donne à l'acte son efficacité, Ains en vertu d'idées à priori^ je crus qu'une pr par moi sur le creux épigastrique d'une persor provoquerait chez elle les manifestations extatique : TefFet confirma mon hypothèse. . un de mes amis de comprimer à ma place secousses cloniques,'attendues subjectivemen tarent le sujet, et cessèrent au moment où je même la personne qui comprimait le creux ( la caleptisée, pour recommencer dès que mon contact.
Une autre fois, accaparé par un système sui fluides dans les organismes vivants, je crus, les pieds d'un sujet cataleptisé, on devait o] des contractures brusques, qu'on pouvait fa en touchant simultanément la tête et les passa selon mes prévisions, mais cela ne pi ces effets physiologiques soient liés indissoii manœuvres; d'autres procédés, de natui auraient réussi, à la condition que psychique à leur efficacité. .
Peu importe la formule, la force vohtive e ce sujet qu'il importe de méditer celte paroi" a La lettre tue, l'esprit vivifie * »,
Grâce à Timpulsion donnée aux reche fiques par la Société de psychologie physi sidée Ipar M* Gharcot, ces anciennes dé(
4 Perronet, Du Magn, an., Paris, 1884, p. 15-17
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magnétiseurs ont été confirmées par plusieurs savants," et désormais on s'occupe vivement de rassembler le plus grand nombre possible de cas bien observés, pour pouvoir en tirer des conclusions théoriques. On a assez longtemps blagué les magnétiseurs et en particulier les volontistes, pour qull soit juste de leur faire une amende honorable et de rendre suum cuique. Voyons ce qui a été publié par les membres de cette Société, au sujet de la participation de la volonté dans les expériences magnétiques.
En cherchant à déterminer dans quelles conditions et par quelle influence le sommeil était provoqué chez M"® B..., M. Pierre Janet constata ce qui suit :
1). Que la fixation du regard était inutile ;
2). Que la pression de la main favorisait un peu le sommeil et le rendait plus profond ;
3). Que la production était encore plus prompte, si au lieu de presser simplement la main on appliquait exactement le pouce contre celui du sujet; mais
4). Que toutes ces manœuvres restent sans influence, si la pensée est dish^aîte et si la volonté n'intervient pas.
Hâtons-nous de dire qu'il s'agit d'une monographie et non d'une théorie générale. Malheureusement on oublie trop souvent cette diff'érence. Il est vraiment étonnant que des physiologistes, qui savent généraliser avec prudence quand il s'agit des recherches ordinaires, perdent la tête, dès qu'ils ont aff'aire à l'hypnotisme. Et non seulement ils perdent la tète, mais ils se croient dispensés de toute circonspection vis-à-vis des faits, affirmés par les magnétiseurs. Les magnétiseurs ont observé ceci ou cela sur mille personnes — donc c'est une blague; moi j'ai vu ceci ou cela chez M. X. et chez M"* Z., donc : c les personnes hypnotisées se conforment d'une telle et telle manière. » Il va sans dire que l'hypnotisme est synonyme du magnétisme, et voilà une observation généralisée, imposée par l'autorité de robservateur, etquin^a
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aleur scientifique, pas même indii a négligé de préciser les partie uparce qn'on n'a pas dit, si le som- 3ar un bouton brillant ou par des magnétiseur expérimenté Fopus- Heidenkain par exemple, qui est logiste éminent, il haussera tout es. Il y a beaucoup plus de vérité de M. Dupotet, que dans les obser- [. Heidenhain. Je serais embarrassé ['indiquer une seule page de Heinueiiiiaiii, qui jiuuiittit être admise sans restriction. Croyez-vous qu'en écrivant un traité sur l'hypnotisme ou le « soi-disant magnétisme » il a au moins eu la prudence de lire Braid? Pas plus que Mesmer. Et cependant s'il s'agissait de l'action de la cocaïne ou de la narcéine il aurait sans doute étudié ses devanciers ! — Voilà ce que c'est der Fluch der boesen Thaty comme disent les Allemands. La science a repoussé et ridiculisé le magnétisme, c'est le magnétisme maintenant qui lui renvoie la malédiction.
Donc, sans généraliser, puisqu'il est certain que dans la plupart des cas, l'action mentale de la volonté ne pourra pas être démontrée, voyons ce qu'ont observé les expérimentateurs non prévenus chez quelques sujets pri^ mlégiés :
h%), « M. Gibert tenait un jour la main de M"« B... pour rendormir; mais il était visiblement préoccupé et songeait à autre chose qu'à ce qu'il faisait : le sommeil ne se produisit pas du tout. Cette expérience répétée par moi (dit M. Janet) de diverses manières, nous a prouvé que, pour endormir M"*û B..., il fallait concentrer fortement sa pensée sur Vordre du sommeil qu'on ]ui donnait, et que plus la pensée de V opérateur était distraite, plus le sommeil était difficile à ^ovoquer. Cette influence de la pensée de l'opérateur, quoique extraordinaire que cela paraisse, est ici tout k fait prépondérante, à un te] point qu'elle peul remplacer toutei
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les autres. Si on presse la main de M"® B... sans songer à l'endormir, on n'arrive pas à provoquer le sommeil; au contraire, si Ton songe à l'endormir, sans lui presser la mam. on y réussit parfaitement. En effet, nous laissâmes M"^® B... assise au bout de la chambre, puis, sans la toucher et sans rien dire, M. Gibert, placé à l'autre bout, pensa qu'il voulait la faire dormir : après trois minutes lé sommeil léthargique se produisit. J'ai répété la même expérience plusieurs fois avec la plus grande facilité: il me suffisait, en me tenant il est vrai dans la même chambre, de penser fortement que je voulais l'endormir et elle s'endormait en effet. Je réussis même ainsi à l'endormir un jour malgré elle et quoique elle fut dans une grande agitation, mais il me fallut cinq minutes d'efforts. • M. Janet ajoute encore : c II] m est arrivé plusieurs fois, en attendant M. Gibert, de rester près de M"® B... dans la môme attitude méditative, dans le même silence, sans penser à l'endormir, et le sommeil ne commençait pas du tout. Au contraire, dès que, sans changer d'attitude, je songeais au commandement du sommeil, les yeux du sujet devenaient fixes, et la léthargie commençait bientôt. En second lieu, si l'attitude des personnes présentes eût suggéré le sommeil, je ne m'expliquerais pas pourquoi la personne seule qui avait provoqué le sommeil par la pensée, pouvait provoquer pendant la léthargie les phénomènes caractéristiques de la contracture et de l'attraction ^ » (C'est encore un caractère du sommeil magnétique, qui n'existe pas dans l'hypnotisme. Par conséquent, ceux qui confondent jles deux phénomènes, et après avoir obtenu le sommeil magnétique, sans le savoir,' disent: c une pression ou excitation mécanique provoque ceci ou cela », commettent une erreur, parce que la pression ou excitation^ comioe telles, n'y provoquent absolument rien. La littérature hypnotique fourmille de pareilles inexactitudes.)
43). oDans le cours de Tannée 1873, raconte M. Rrchet, étant alors interne à l'hôpital Beaujon, j'ai fait beaucoup d'expériences de somnambulisme. Je n'ai pu constater que sur un seul des sujets endormis par moi, le somnambulisme 4 distance. » (Pour le moment, ie ne cite que les expériences qui ont eu lieu dans la même chambre et qui prouvent seulement l'action de la volonté), a C'était une jeune femme
« P. Janet, Notes 9ur quelques phénomènes du somnambulisme l^ull. de la Soc. Psych. phys.^ i886), . .
d'enTÎroh vîugt-cînq ans (couchée, si lit n» 11 de la salle des femmes), qui accessible au sommeil^ finit, par le fa pouvoir être endormie avec une grj je l'endormais par des passes; puis, chant la main; puis, enfin, simplemc salle. — Le matin, quand j'entrai av M. le professeur Le Fort, je la voyais de la saile où elle était, s'endormii voulais pas qu'elle fût dans cet état Fort serait à côté d'elle, je faisais ton réveiller mentalement^ et, de fait, elle quelques instants avant que M. Li n° il 1. »
14) « L'obscrvalîon que je rapporte ricourt qui parle) date de l'année 18 je l'ai communiquée à mon ami M. C gardée fidèlement et prudemment d des raisons faciles à comprendrc.il s'a de vingt-quatre ans, d'origine espag d'une petite fille de cinq ans. M°*® D.. très brune, a le système pileux très le plus minutieux n'a pu laire découvrii hystérique personnelle ou héréditaire de produire Vhypnotfsme » (il s'agit d M"« D..., elle n'avait été soumise a expérience de cette nature La pre sit d'ailleurs pleinement, après une passées à la regarder fixement et à li pouces à pleine main. Par la suite, le obtenu, mais seulement en la regai chant la tête ou la main pendant peine, et puis, enfin, en faisant moii va voir tout à l'heure. — L'état de d'emblée celui du somnambulisme lu était facile, l'intelligence du sujet éta paraissait exaltée, et sa mémoire rem£ évoquée provoquait une hallucination, n'apparaissait jamais spontanément. :
polyldéiquej avec tendance au monoîdéU temps, il y avait une insensibilité com
. 1 Ch. Richet, Un fait de somnambiiUstru I Soc, de Psych.) phjjs., 1885).
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• ^T'^^^'^^fSr' ,
GGESTION MENTALE
ïi le siège d*une hyperexcîtabilité lient mis en catalepsie par le simple 'état psychique fût en rien modifié. »
e très commun en magnétisme et pas nécessaire d^ouvrir les yeux du , catalepsie, et 2^ que la catalepsie ibulisme, et que, par conséquent, il [érer ces deux états comme deux tnéral, toutes les classifications, ba- ; caractères extérieurs doivent être uses, car tous les caractères exté- Dvoqués dans tous les états hypnode veille. H n'y a que les caractères . servir de base pour une classi- Lnambulisme est avant tout un phéîonséquentil n'y a pas lieu de cherres différentiels de ses phases. Ou exemple : aïdéie ou polyidéie cataparalytique, suivant les deux cas où ques ou conservent l'attitude imprie provoquais en promenant le doigt ïures, la mémoire de ce qui venait lètement perdue; mais, dans l'état laine ininterrompue des faits de son de son état de sommeil. — J'ai dit . avec une facilité chaque jour plus 5 quinze jours environ de cet enl'avais plus besoin pour obtenir ce i du regard : il me suffisait de vowt de toute espèce de gestes qui pût tait-elle en conversation animée au )nnes, tandis que je me tenais dans tude de la plus complète indifl'ébientôt, à mon gré, lutter contre le ait, et le subir définitivement; ou ses idées, selon que moi-même je ppliquer ma pensée au résultat à ivais regarder fixement mon sujet, lui oignets, et faire toutes les passes imas de profession, si ma volonté n'était ait parfaitement éveillé, et convaincu
la Soc» de Psych, phys.y 1885.
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45). Eûfln, une quatrième observation de ce genre a été rappelée à la société par M. Glay. Elle est due à M. Dusart ancien interne des hôpitaux de Paris et a été publiée dans la Tnbune Médicale (no» des 46 et 30 mai 1875). « 11 s'agit d'une jeune fille de quatorze ans, à laquelle M. Dusart fut appelé, en 4869, à donner ses soins pour des troubles hystériques graves : paralysie de la vue et de Todorat, perversion du goût, abolition des mouvements et de la sensibilité dans le bras droit et dans les deux jambes, œsqphagisme, rachialgie, tendance au suicide. Voici comment M. Dusart eut l'idée d'endormir sa malade : «Le spasme de rœsopbage était tel qu'il fallait la nourrir à la sonde; mais, dominée par des idées de suicide, elle engage chaq'ue fois avec nous une lutte acharnée pour s'opposer à Fi ntroducti on de tout aliment. Nous devons être trois, souvent quatre, pour trionipher de sa résistance. Les aliments introduits, la malade fait des haut-le-corps, des efforts de vomissements, crache d'une façon continue et pousse des hurlements pendant plusieurs heures. — Les parents, dont l'intelligence est au-de$sous de la moyenne et qui sont imbus de préjugés, s'bpposent à l'emploi des stupéfiants et de tout agent susceptible d'apporter du calme. Dans de telles conditions la malade dépérit rapidement et nous donne de vives inquiétudes. Cette lutte pour ralimentatiou dure depuis les premiers jours de juin jusc[tt'à la fin d'octobre. C'est alors que je proposai à la famille un moyen, auquel je songeais depuis quelque temps, le sommeil magnétique, — Toutes mes notions sur le magnétisme se bornaient aux quelques souvenirs que j'avais conservés lors de mon passage, comme interne dans le service d'Aran. J'avais souvent vu ce médecin endormir une hystérique, et je me disais que j'améliorerais sans doute beaucoup la situation deM*'" J... si je pouvais assurer sa digestion en provoquant après chaque repas un état de sommeil, ou tout au moins, de calme suffisant. » M. Dusart ess&ya donc de l'endormir au moyen de passes, comme il avait vu faire Âran; il réussit et put facilement alimenter sa malade. C'est en se demandant comment se produisait ce sommeil qu'il fut amené à observer les phéno» mènes suivants : « J'ai observé que quand, en faisant des passes, je me laissais distraire par la conversation des parents, je ne parvenais jamais à produire un sommeil suffisant, même après un long espace de temps. 11 fallut donc faire une large part à l'intervention de ma volonté » (et de ^la distraction du sujet). « Mais celle-ci suffisait-elle sans le secours d'aucune manifestation extérieure ? Voilà ce que je
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lESTlON MENTALE
'et, j'arrive un jour vivant l'heure îil et, sans regarder la malade, donne mentalement Vordre de )béi. A ma volonté, le délire et l'assieds alors devant le feu,, le aquelle avait la face tournée vers 3 cause avecv lés . personnes préîuper des cris de M"® J..., puis, à [ue personne se fût aperçu de ce onne Vordre mental du sommeil, de cent fois l'expérience fut faite ns î Tordre mental était donné t le D' X..., et toujours l'effet se e lorsque la malade était éveillée itinue malgré ma présence à crier j'attends que le D' X... me donne donné et l'ordre mental formulé, d. — tt Vous saviez que j'étais là ^on monsieur, je ne me suis apern sentant le sommeil me gagner; vous étiez devant le feu *. »
le explique comment la transà la suite d'une concentration er la vision. En même temps ;s sensations se transmettent Tesprit du sujet une image de son entourage ; une hallu^ le dit très bien M. F. Myers.
ction de la volonté, sans poule telle, fortifie seulement Vactisme, qui peut avoir lieu sans aie, et il y a tous les degrés i purement idéoplastique, idéorement physique, physique et la plus commune, la dernière ^sique tient le milieu quant à ute si souvent, ou plutôt elle est
observation de sommeil provoqué à
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si souvent seûsiWe, qu'on n'aura pas de peine aie constater.
C'est encore cette dernière catégorie de la transmission volontaire médiate que je voudrais mentionner, avant de passer aux phénomènes les plus extraordinaires de la suggestion.
Lorsque votre maîn agit sur un malade éveillé, il faut toujours supposer le concours de l'idéoplastie, mais on peut expérimenter sur des petits enfants endormis et alors il est difficile, surtout à une première expérience, d'invoquer l'imagination comme cause unique de l'action. Ce ne sera pas une preuve de l'action mentale de la volonté (du moins pas une preuve directe) mais bien une preuve de l'action physique, et celle-là n'est compréhensible qu'avec celle-ci. Je mentionne ces expériences avec un plaisir particulier, parce qu'elles ont causé la conversion d'un vieux pécheur, très estimé et de grand mérite. Il s'agit de M. leD'Liébeault, apôtre de la théorie suggestionniste et le père de l'école hypnotique de Nancy. Pendant plusieurs dixaines d'années il confondit, comme tout le monde, l'hypnotisme avec le magnétisme et rejeta l'action physique. Ce sont les petits qui l'ont converti, et, détail curieux, c'est une suggestion de M. Bernheisx qui acheva la con version.. ^^
^.. « Nous cherchâmes, rapporte M. LiébeauU, à répéter nos expériences sur un enfant encore plus jeune, d'après le conseil que nous donne M. le mofesseur Bernheim. Et, en principe, c'est ce même mode d expérimenter que Dupotet et M. Dumont araient employé déjà avec avantage sur de très jeunes sujets, dans un but exclusivement physiologique, mais, au contraire de nous, en agissant à distance. Aussi frappé de cette idée juste, nous nous mîmes à l'affût d'une occasion d'expéfimenter ainsi, et nous ne tardâmes pas à la fencontrer. Une petite, nommée Louise Meyer, âgée de un an, nous fut présentée dans la condition que nous désirions. Depuis quatre semaines, cette enfant pleurait nuit et jour, et malgré les soins d'un fort bon médecin, aucun
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mieux n'était encore survenu. Elle nous parut avoir des coliques continues, effet d'une constipation opiniâtre. A peine si elle dormait de temps à autre cinq à six minutes de suite. Pendant un de ces courts sommeils, et par conséquent à' son insu, nons prolongeâmes cet état et nous la tînmes vingt minutes sous nos mains, jusqu'à ce qu il y eût signe de réveil . De ce moment, comme par enchantement, elle ne pleura plus, dormit même une grande partie de la nuit, et nous revint le lendemain tranquille et commençant à avoir des selles. Trois séances faites les jours suivants, mais sans qu'elle dormit, achevèrent la guérison. »
Ce fait peut paraître extraordinaire à un médecîn qui ne connaît que les drogues, mais c'est un fait banal pour les magnétiseurs, fait, que j'ai maintes fois constaté . Et il n'est pas nécessaire d'admettre, qu'un enfant d'un an ait lu les ouvrages de M. Dupotet, ou] assisté à une séance de M. Donato, pour avoir une foi robuste, indispensable à l'action hypnotique : on peut le guérir tout de même.
M. Liébeault cite quarante-cinq observations semblables, et en homme sincère et qui sait observer, il conclu :
« D'après les effets curalifs, que nous venons de relater, nous sommes conduit à admettre une action directe de la neunlité,,. » (pourquoi seulement de laneurité? C'est le corps tout entier qui agit physiquement ; l'action nerveuse, et principalement l'action mentale ne fait qu'accentuer et affirmer cette action. J'ai constaté entre autres, que la promptitude de l'action curative dépend de beaucoup des impressions agréables que vient d'avoir le magnétiseur, mais elle s'exerce toujours plus ou moins, lorsqu'un organisme malade est magnétisé par un homme sain, même sans une volonté particulièrement tendue)... « se transmettant d'homme à homme, et a ce caractère essentiel, irréductible et suî generis^ celui de rétablir le fonctionnement physiologique des organes. Un ébranlement nerveux, chez tous nos malades, s'est
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transmis de nous à leurs systèmes nerveux, et, par suite, nous ne savons trop de quelle manière, a excité les organes lésés, dans un sens bienfaisant... »
« Quoique magnétiste psychologiste et longtemps adversaire de la théorie du fluide par externation, il ne m'est plus possible de soutenir que certains phénomènes ne soient pas dûs à l'action d'un organisme sur | un autre, sans aucune intervention consciente du sujet ;^ mis en expérimentation... » '*
<î Ce ne serait pas un mince progrès, si ces deux J
difTérentes manières de voir étaient enfin acceptées Tune %
et l'autre; car elles permettent de rendre raison de '-p
faits nombreux qui, auparavant, paraissaient inexpli- '^
cables par Tune seule... » t;
. « En attendant, nous invitons les vrais amis de la ,
science, ceux qui, indépendants^ ne reconnaissent pas l'infaillibilité des académiciens, nous les invitons à vérifier nos expériences ; le travail en est facile, et nous sommes sûrs, qu'ils confirmeront nos conclusions, de même que nous avons confirmé celles du magnétiseur de Liège, M. Longpretz...* »
Ces mois ont été écrits il y a trois ans. Depuis, pas m seul savant n'a essayé de vérifier les assertions de A, Liébeault. On a attendu cent ans, on peut bien attendre encore un peu.
Malheureusement Taffaire est difficile • il faudrait trouver un médecin indépendant...
lîaraavisf •
» D^ Liébeault, Etude sûr le zoomagnétisme j Paris-Nancy, 1883, p. 4, 24 et 2{i.
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JGGESTÏON MENTALE A ÉCHÉANCE 3g5
)minentni pourquoi cette idée lui est venue, eut le sujet rassimile pour ainsi dire, et
son propre gré, comme pour confirmer la aoza : « nous ne connaissons pas les causes lent nos actions. »
ibei't s*est servi dans ce but de la sugges*
comme d'autres de la suggestion verbale, a des résultats presque aussi satisfaisants. 3LS la chose la moins étonnante dans celle
faits, .déjà assez extraordinaire par ellecertaines somnambules sur lesquelles les s d'ordres directs ne réussissent pas ou diffimt très susceptibles d'être influencées à atnce.
iquer ce fait autant que possible, il faut se tre distinclion de deux couches inconse forte, qui se manifeste en somnambulisme, î, opprimée par celle-ci, soustraite à notre i directe, mais qui peut à un moment prolérir son droit d'action. Il paraît que dans Te couche les transmissions sont plus .'elles ont même lieu très souvent, sans pounner une preuve évidente de leur existence, naine des « sensations imperceptibles » de es ne peuvent pas se manifester immédiateli on leur donne le temps nécessaire pour uiches supérieures, elles vont reparaître à
gestions mentales, dit M. Janet, peuvent ir M"® B... d'une autre manière et avoir un luccès. On réussit peu, quand on lui cornêculer l'ordre immédiatement pendant le réussit beaucoup mieux quand on lui comtalement une action à exécuter plus tard, ps après le réveil. »
ON MENTALE. è^
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1). « Le 8 octobre, M. Gibert fit une suggestion de ce | genre : sans prononcer aucun mot, il approcha son front de celui de M, B.,. pendant le sommeil léthargique (c'était donc un élat plus ou moins aidéique)^ et pendant quelques instants, concentra sa pensée sur rordre qu'il lui donnait. M. B... parut ressentir une impression pénible et poussa un
-gémissement » (nous avons vu, p. 133, que cette impression peut aller jusqu'à donner une attaque hystérique); «d'ailleurs le sommeil ne parut pas du tout être dérangé. M. Gibert ne dit à personne Tordre qu'il avait donné et se contenta de récrire sur un papier qu'il mit sous enveloppe. Le lendemain je revins auprès de M"*® B... pour voir l'effet de cette suggestion qui devait s'exécuter entre <! 1 heures et midi. A 41 h. et demie, cette femme manifesta la plus grande agitation, quitte la cuisine où elle était, et va dans une chambre prendre un verre qu'elle emporte ;^ puis, surmontant sa timidité, se décide à entrer dans le salon où je me trouvais, et toute émue demande si on ne l'a pas appelée; sur ma réponse négative, elle sort et continue plusieurs fois à monter .de la cuisine au salon sans rien apporter
•d'ailleurs. Elle ne fit rien de plus ce Jour-là car bientôt elle tomba endormie à distance par M. Gibert. Voici ce qu'elle raconte pendant son sommeil : « Je tremblais quand je suis venue vous demander si on m'avait appelée, il fallait que je vienne... c'était peu commode de venir avec ce plateau... pourquoi veut-on me faire porter des verres... qu'est-ce que
•j'allais diriî, n'est-ce pas... je ne veux pas que vous fassiez cela... il fallait bien que je dise quelque chose en venant. » En ouvrant l'enveloppe, je vis que M. Gibert avait commandé hier à M°*° B... « d'offrir un verre d'eau à chacun de ces messieurs. » Ici encore il faut reconnaître que l'expérience n'avait pas entièrement réussi, la sug^zestion n'avait pas été exécutée j peut-on nier du moins c[u'elle n'ait été comprise?»
2). « Voici maintenant une expérience plus significative. Le ■ 10 octobre, nous convenons, M. Gibert et moi, de faire la . suggestion suivante : » Demain à midi^ fei*mez à clef les portes de la maison. » J'inscrivis la suggestion sur un papier que je gardai sur moi et que je ne voulus communiquer à personne, M. Gibert fit la suggestion comme précédemment, ,eu approchant sou front de celui deM°^® B... Le lendemain, quand j'arrivai à midi moins un quart, je trouvai la maison barricadée et la porte fermée à clef. Kenseignements pris c'était M"^^ B... qui venait de la fermer; quand Je lui
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demandaî pourquoi elle avait fait cet acte singulier, elle nçie ; répondit : a Je me sentais très fatiguée et je ne voulais pas que] vous puissiez entrer pour m' endormir, » M"^« B... était à ce' moment très agitée; elle continua à errer dans le jardin et je la vis cueillir une rose et aller visiter la boîte aux lettrés ^ placée près de la porte d'entrée. Ces actes sont sans imppr- . tance, mais il est curieux de remarquer que c*étaient précisé" ment les actes que nous avions un moment songé à lui commander la veille. Nous nous étions décidés à en ordonner un autre, celui de fermer les portes, mais la pensée des pre«: miers avait sans doute occupé Tesprit de M. Gibert pendant qu'il commandait et elle avait eu aussi son influence. » I Cette fois-ci, ce fut plutôt une transmission doublement inconsciente : de l'inconscient du premier ordre (chez Topé- '^--^M rateurj à l'inconscient du deuxième ordre (chez le sujet)]. "^"^
3). « Le 13 octobre, M. Gibert lui ordonna, toujours par la^ pensée, d'ouvrir un parapluie le lendemain à miai et defairel deux fois le tour du jardin. Le lendemain elle fut très agitée à midi, fît deux fois le tour du jardin, mais n*ouvrit pas deparapluie. Je l'endormis peu de temps après pour calmer une agitation qui devenait déplus en plus grande. Ses premiers mots furent ceux-ci : « Pourquoi m'avez-vous fait marcher tout autour du jardin... j'avais l'air bête... encore s*il avait fait le temps d'hier par exemple... mais aujourd'hui, j'aurai été tout à fait ridicule. » Ce jour-là il faisait fort beau, et la veille il pleuvait beaucoup; elle n'avait pas voulu ouvrii* un parapluie de peur de paraître ridicule ^» »
Dans quel état ces suggestions à longue échéance étaient-elles possibles?
Nous allons le voir tout à l'heure, maïs c'est toute une histoire.
Au commencement des expériences, BI"**B.. ne présentait que deux états fort distincts : le sommeil profond (aïdéie et le « sommeil léger », c'est-à-dire le somnambulisme proprement dit (polyidéie passive ou active). Le premier se caractérisait le plus souvent par une immobilité musculaire complète (a. paralytique); le second
* P. Janet, l. C, {BulL de la Soc, de Psych. phys.j 1885),
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'-'■ >^ïï
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été a très laborieuse ». Enfin il réussit h produire (c/e§t le mot), six états difi'érents,
« Des études nouvelles, dit M. Janet, entreprises dans le même sens, vinrent vérifier les résultats précédent?, mais, il feut bien le dire, en les compliquant un peu, » l/npeu n'est peut-être pas le mot.
Quoi qu'il en soit, M°° B... présenta à cette époque, outre les trois phases principales : de la catalepsie, de la léthargie et du somnambulisme, encore trois phases intermédiaires, la catalepsie léthargique, le gomnambu^ lisme léthargique et le somnambulisme les yeux ouverts ou somnambulisme cataleptique.
Evidemment le sujet, forcé dans ses tendances naturelles, se défendait comme il pouvait.
Mais M. Janet a voulu régulariser davantage ce cercle vicieux « en faisant traverser toute la série de ces états par le sujet dans un sens ou dans l'autre » . Et alors ce dernier se défendit si bien, qu'il manifesta une septième phase que M. Janet appelle catalepsie léthargique^ puis une huitième, la léthargie somnambulique (c'est comme si on disait du blanc noir), qui venait s'adjoindre au somnambulisme léthargique, déjà mentionné.
C'est ce dernier état qui nous intéresse particulièrement, car c'est dans cette phase que pouvaient être faites les suggestions mentales à échéance (en approchant le front du, magnétiseur du front de la somnambule). Ces suggestions ne pouvaient pas être réalisées immédiate' ment, mais elles pouvaient l'être déjà dans une phase suivante, plus active. Il nous importe de nous rendre bien compte de ce que c'était que cette phase.
Dans le somnambulisme léthargique, il y a encore résolution musculaire, comme dans la phase précédente, plus profonde ; il y a encore insensibilité, mais déjà certains phénomènes moraux réapparaissent, qui étaient totalement absents dans l'état précédent : le sujet ^^ met à rêver tout haut {jxve somnambulique^ qui rpérile
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quelquefois le nom de délire somnambultque); il devient sensible et se plaint des douleurs qu*on lui fait subir, ou, sVZ ne paraît pas les sentir , il s* en souviendra tout à Theure dans F état suivant.
Cette reftnarque de M. Janet est très ingénieuse, car c'est précisément le moment Aq^ perceptions latentes du deuxième ordre, qui attendent un éiBii jpius mobile {le somnambulisme lucide de M. Janet) pour pouvoir se manifester. Une fois le somnambulisme lucide (la polyidéie) déclaré, « de nouvelles suggestions sont à peu près impossibles.»».
C^est donc rigoureusement le même état que j'ai décrit chez M™* M... comme monoïdéique, seulement un petit peu plus avancé, c'est-à-dire, si Ton peut s'exprimer ainsi, un peu plus polyidéique (rêve à haute voix : un rêve est toujours hallucinatoire) et un peu plus actif (elle se plaignait des douleurs), c'est-à-dire que j'agissais, moi, sur M""' M... dans l'état du monoïdéisme naiS" sant, oii elle était plus passive ; tandis que M. Janet agissait sur M™° B... dans l'état du monoidéùme déclaré. Voilà pourquoi je pouvais agir immédiatement, tandis que ces messieurs étaient obligés d'influencer l'inconscient du deuxième ordre, déjà enfoncé par l'inconscient du premier ordre, et qui, par conséquent, devait attendre «on tour d'élévation à un grade supérieur.
Ces distinctions sont subtiles, je le sais bien, mais il n'y a pas moyen de s'en passer. Je ferai observer, du reste, qu'il est difficile, sinon impossible, d'obtenir, toutes ces graduations chez un même sujet; les sujets se caractérisent précisément par une tendance prépondérante vers tel ou tel état, et c'est déjà bien assez si l'on peut obtenir une seule nuance de ces phases fugitives avec un peu de persistance. Par conséquent, ce n'est pas une objection que je fais ici à M. Janet, qui est un observateur très consciencieux s je ne fais que constater les nuances* .
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Je me suis convaincu moi-même, en expérimenlant sur M. B... que les suggestions immédiates aboutissaient rarement, ou pas du tout, parce qu'un ordre mental direct ï excitait trop et produisait une sorte de mono^ mante somnambulique, qui gêne toujours la transmission immédiate. C'est ainsi que nous l'avons vue terminer l'exécution d'un ordre que je lui ai commandé, le lende^ main, à Toccasion d'une autre suggestion manquée.
Quant aux phases, M. Janet en a obtenu encore une neuviènie : catalepsie somnamhulique qui, pour le moment, compléta la série. Après ce neuvième état, c'est le premier qui revenait et ainsi de suite. La succession devenait de plus en plus rapide, et enfin ce n'était plus une somnambule, mais un orgue de Barbarie. Au commencement, il fallait tourner la manivelle... pardon! presser le pouce pour faire parcourir tous ces états dans le sens dé la léthargie à la catalepsie, ou soufflet' sur les yeux pour les faire parcourir en sens inverse ; puis, cela n'était plus nécessaire : le sujet tournait lui-même comme un moulin.
Remarquons qu'ici la pression du pouce remplace « la pression sur le vertex » ou bien le souffle, qui d'ailleurs aurait pu être remplacé par un air d'opéra, a La raison de cette marche est encore fort obscure, » dit M. Janet. Elle est pour moi très claire. Toutes les phases qu'on a imaginées et qu'on imaginera encore , ne peuvent présenter qu'une seule chose : un sommeil plus ou moins profond. Un sommeil plus ou moins profond veut dire :
a. Paralysie partielle du cerveau (polyidéie);
b. Paralysie itiComplète du cerveau (monoïdéie)/] i
c. Paralysie totale du cerveau (aïdéie).
Mais comme la paralysie qui s'observe dans l'hypno* tisme (je prends ici ce mot dans un sens général) n est pas une paçalysie définitivement pathologique, mais bien un état physiologique .d'^hlbitioû ; ,cettQ inbibl'».
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lion, ou paralysie relative, doit toujours s'accompagner d'une dynamogénie, c'est-à-dire d'une exaltation relative, qui lui tient lieu d'équilibre. Le total de l'énergie . nerveuse reste à peu près le même, mais une partie du cerveau perd ce que l'autre gagne. Par conséquent, quoique le champ psychique soit toujours plus ou moins . rétréci en somnambulisme, et même, à cause de ce rétréciss^ement, les fonctions» psychiques peuvent gagner en qualité ce qu'elles ont perdu en quantité.
Toute cause inhibitoire (et la faculté inhibitoire d'une cause ne dépend pas uniquement d'elle seule, mais d'une relation de cette cause avec le terrain et le milieu momentané de l'action) toute cause inhibitoire, dis-je, fera avancer le sujet, delà polyidéie vers l'aidéie, et toute cause dynamogénique le fera avancer dans le sens inverse.
Maintenant, il ne faut pas oublier que le cerveau n'est pas l'unique centre nerveux de l'organisme.
La distribution nouvelle de l'énergie vitale, l'apparition du plus et du moins se restreint rarement au cerveau tout seul, elle s'étend sûr d'autres centres : le cervelet, le bulbe, la moelle et les ganglions. Si le cerveau perd .tout, ce sont eux qui gagnent, et ceci, d'après les relations héréditaires ou acquises propres à ces centres. Or, il est dans la nature de cette organisation savante de notre économie, qu'il existe un certain antagonisme physiologique entre l'action du cerveau et celle des centres automatiques (cervelet, bulbe, moelle), et, de l'autre côté, entre tout le système cérébro-spinal et le système ganglionnaire.
A ces antagonismes primordiaux s'ajoutent les antagonismes partiaux, qui caractérisent l'individu ou le moment, et on voit d'ici quelle sera la complexité des phénomènes qui peuvent en résulter.
Supposons que l'action du cerveau Soît momentanément abolie (é(at aïdéique) : ce sont les centres automa-
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tiques qui en profiteront, il y aura une exagération des réflexes, comme chez une grenouille décapitée. Mais Ténergie vitale, après avoir évacué le cerveau, plus ou moins complètement, peut se retirer plutôt dans le cervelet que dans la moelle, et alors, au lieu de réflexes pour ainsi dire inanimés, on aura une suite dés mouvements automatiques coordonnés, on aura un somnam^ bulisme extérieurement actif y plus ou moins intelligent, suivant le concours que prêtera le cerveau au cervelet. Si l'énergie se déplace principalement dans la moelle, elle pourra encore envahir de préférence les faisceaux antérieurs, et alors il y aura une exaltation des contractions (aïdéie léthargique, ou léthargie de M. Charcol) avec excitabilité neuro-musculaire profonde et mécanique, qui pourra prendre la forme plus tenace de cortracture générale, c'est-à-dire d'aïdéie tétanique; ou bien la dynamogénie pourra se manifester également dans les cordons postérieurs et donner lieu aune ^//peresthésie réflexe, dans laquelle les plus légères excitations superfîcfelles suffiront poiir provoquer la contracture (la contracture somnambulique de M. Charcot, mais qui n'est nullement propre à l'état somnambulique tout seul) Cette hypereslhésie pourra être suivie d'une aneslhésie complète, si l'inhibition fait place à l'état d'exaltation ; et, dans un cas analogue des cordons antérieurs, on aura, en outre, une paralysie complète, avec une résolulion des muscles, c'est-à-dire une aïdeie simplement paralytique.
Toute partie du système nerveux, chaque ganglion, chaque faisceau, on dirait presque chaque cellule, peuvent être excités ou paralysés momentanément; aucun ordre rigoureux, aucune classification régulière et obligatoire de ces complexus divers, ne peut être faite sérieusement. Tous les caractères extérieurs du somnambulisme en général (anesthésie, hyperesthcsie, catalepsie, contracture , excitabilité neuro - musculaire)
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peuvent être provoqués à un degré, dépendant des con-» ditions générales momentanées, dans toutes les phases hypnotiques, même à F état de veille.
Par conséquent, on perd son temps en voulant préciser avec trop de détails les combinaisons des signes extérieurs; on les adjoint les uns aux autres, presque autant qu'on veut, on les modifie, on les remplace à volonté, et s'il y a quelque chose d'essentiel, de fondamental dans ces combinaisons-là, c'est assurément et uniquement l'état psycAîj'we, l'état du cerveau lui-même, et cet état se résume en ceci: un sommeil plus ou moins profond : polyidéiey monoidéie^ aidéie^.
Sur ce canevas (chez des sujets éminemment sensibles) vous pouvez broder ce que vous voudrez.
Faites-moi une esquisse arbitraire, en combinant, au sort, les caractères les plus opposés, un état fantastique quelconque : somnambulicp-léUjargico-cataleptico-téta-nique, et je vous le produirai dans l'espace de trois jours.
Si, à la suite d'une excitation quelconque, la phase hypnotique change, c'est que cette excitation avait agi, ou bien en endormant mieux y ou bien en réveillant plus le sujet, et ce changement naturel va entraîner avec lui un bagage de caractères accidentaux, que vous avez inoculé au sujet par des passes et les souffles dont vous niez l'action physique, par suggestion verbale, par habitude, par association idéo-organique, enfin, quelquefois par suggestion mentale. C'est ainsi que Braid et ses successeurs ont fait quelquefois du magnétisme sans s'en douter et sans en avoir l'air.
M. Janet est arrivé à le faire en toute conscience, quoiqu'il confonde encore l'hypnotisme et le magné-
* La question des phases est trop complexe pour pouvoir cire éclaircie par ces quelques remarques. Aussi, telle n*étaitpas mon intention. l\ s'agissait seulement de préciser quelques points on rapport avec notre objet principal.
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tisme, en appelant hypnotique le sommeil de M°° B..., qui n'a jamais été hypnotisée.
« Puisque la suggestion mentale, dit-il, pouvait endormir M"* B..., la même suggestion devait la faire passer d'une phase du sommeil dans une autre. Il était facile de le vérifier. M** B... était en somnambulisme léthargique. Pendant que je faisais toujours les suggestions mentales, sans la toucher, je me inis simplement à penser : « Je veux que vous dormiez. » Au bout de quelques instants, elle était en léthargie somnambulique (c'est-à-dire dans un sommeil un peu plus profond). Je répète le même ordre mental ; elle soupire et la voilà en léthargie, puis en léthargie cataleptique, et, chaque fois que je recommence cette pensée, elle franchit ainsi un état nouveau. »
« Elle passe ainsi par toutes les phases et revient à son premier état. Une chose à noter, c'est que ce commandement mental faisait toujours avancer le sujet dans le même sens. Il était de nouveau en somnambulisme léthargique, et j'essayais de le faire revenir en somnambulisme lucide. Au lieu de penser : « Rendormez-vous», je pensais : « Réveillez- vous ».
Au commencement, M. Janet n'a pas réussi : par un élan compréhensible de l'habitude, le sujet passait à une phase plus profonde ; mais peu à peu l'inconscient comprit l'idée de son maître, et la succession des phases s'accomplit d'après le désir inexprimé du magnétiseur. « La pensée du magnétiseur peut donc, conclut l'auteur, par une influence inexplicable, mais qui est ici immédiatement vérifiable, faire parcourir au sujet les différentes phases dans l'un ou l'autre sens ».
Nous avons donc une preuve directe que la création des phases pouvait être sollicitée mentalement comme la création des états psychiques diflerenls dans le « phrcnohypnotisme » de Braid.
Je ne voudra-is pas qu'on pût croire (Jue ma criti-
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que constitue une attaque centime M. Janet. D^abord je n'attaque jamais personne, comme personne, et puis, dans Tespèce, il ne s'agit même pas des opinions .de [ M. Janet. Ses conclusions sont très prudentes, très réservées, et on ne pourrait les attaquer. J'ai tout simplement voulu profiter de l'occasion en analysant les faits publiés par cet auteur, faits que je considère comme l'une des meilleures preuves contre les tendances schématiques de l'école hypnotique de M. Gharcot. M, Janet les a réduites involontairement ad absurdum, en voulant leur rendre service.
Quant à ses propres conclusions, les voici : Il prévient d'abord le lecteur « qu'on ne doit tirer aucune conclusion générale d'une monographie , » ensuite il s'explique plus nettement : « Les uns accordent une très grande importance aux phases de l'hypnotisme et en font des états tout à fait distincts les uns des autres; les autres n'y voient que des phénomènes insignifiants produits artificiellement par l'observateur. Les faits que j'ai raconté, et surtout la façon donC ils ont été observés, ne s'accordent ni avec l'une ni avec l'autre de ces opinions extrêmes. Ils nous montrent que les trois états primitifs n'ont pas une si grande importance, puisque l'on peut en déterminer plusieurs autres, aussi bien caractérisées et aussi durables. Leur nombre Je crois n'a rien de fixe; j'en ai d'abord ohservé six, et ensuite très certainement neuf. Le nombre de ces phases est resté le même pendant une quinzaine de séances, mais voici que, dans les dernières séances, j'ai été forcé de constater l'existence d*un nouvel état encore peu distinct, mais évidemment en voie déformation,,. Nul doute qu'avec un plus grand exercice du sujet et plus d'habileté de l'opérateur on ne puisse déterminer encore d'autres états* ».
• Pierre Janet, Les phases întermèdiaires de V hypnotisme {La tievue scientifique du 8 mai 1880, p. 577-587).
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Mais, M. Janet n^admet pas non plus, que ces phases soient de simples phénomènes accidentels ; et il a raison. Un état produit artificiellement est toujours une résultante d'influences personnelles de l'opérateur et de la nature physiologique ou idéosyncrasique du sujet. Mais plus le sujet est mobile dans le sens puységurique du mot, et plus ces premières influences prévallent. Voici l'expérience que j'ai faite devant ces messieurs au Havre ; je demande à M. Janet de m'indiquer un état dans lequel la catalepsie du bras est impossible. Il m'indique un de ces états léthargiques avec résolution complète des muscles. Sans rien dire, je prends le bras du sujet (qui cependant ne fut pas endormi par moi) ; je le lève, il retombe ; donc, il n'y a pas de catalepsie. Je recommence en insistant un peu ; lé bras retombe encore^ mais lentement. Je le soulève pour la troisième fois avec l'intension de voir la catalepsie se manifester, et le bras reste en l'air et conserve les attitudes imprimées. Je n'ai pas réussi dans une seconde expérience, où il s'agissait de provoquer la continuation des mouvements com-* mencés et étrangère à une phase donnée; mais, M. Janet, lui aussi, ne réussissait pas d'emblée. Ënfln^ lorsque la foi de M. Janet par rapport à la valeur des phases conlmença à s'ébranler, le sujet, lui aussi, ou plu-^ tôt son inconscient perdit la tête, les étals se confon-^ daient, il les sautait, pour ainsi dire par deux ou trois, et je crois qu'à l'heure qu'il est, tout cet édifice patiem^ ment construit s'est écroulé, faute d'entretien.
S'îl n'était pas assez de ces circonstances pour vider uno fois pour toutes cette question embrouillée et oiseuse^ j'ajouterais encore que, lorsque M. Gibert (qui ne croyait pas aux phases) endormait le sujets les phases faisaient défaut... Morale :
Méfiez-vous de la suggestion mentale I
Le contact est-il nécessaire pour les suggestions à échéance ? Le contact des mains parait indifl'érent, lé
SUGGSSTlOff MENTALE. 23
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t*action à grande distance. — Opinion de Deleuze. — Expérience . de Mesmer. — Un peu de magie magnétique. — La musique et le magnétisme. — Encore les possédées de Loudun. — Van Helmont. — Attraction à distance. — Bruno. — Dupotet. — Expériences à I*HôteI-Dieu. ^ Les D'» Burdin et Dubois. — Les prévisions de Bertrand. — Lafontaine. — D^ Dusart. — Une question du D^ Glay. — Le Moi I et le Moi H. — L'importance de l'exercice. — D' Gh. Richet. — D' Héricourt. — Expérienoes de contrôle. — D'Gibeit. — Le récit de M. Janet. — Une statistique de Tactionà distance.. — Conclusions. — Les conditions d'Aubin Gautliicr,
Une nous reste qu'aae dernière catégorie de fait-s, celle qui embrasse les cas d'une action à dislance. Ce sont assurément les phénomènes les plus extraordinaires et le moins compréhensibles. Il est vrai que, dès qu'on admet une action mentale, c'est-à-dire l'influence delà pensée humaine voisine de la nôtre, la question de dislance devient secondaire. Ceux qui se contentent de notions mystiques pourraient même soutenir, que la pensée, étant indépendante de la matière (malheureusement elle ne l'est pas), peut bien agir d'ici à la lune, commeM'un front à un autre front. Mais la méthode positive ne nous permet pas de dépasser l'expérience, autrement que pas à pas. Il est bon de se rappeler à ce sujet les sages paroles de « THyppocrate du magnétisme ».
« Les impressions, dit Deleuze, que produisent les objets, s'affaiblissent en raison de la distance où ils sont
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placés. Plus nous sommes éloignés d'un objet, moins îl envoie de rayons de lumière à nos yeux. Le son d'une cloche diminue à mesure que nous nous en éloignons, et il finit par n'être plus sensible. Les impressions produites sur les somnambules doivent de même s'affaiblir par la distance. Ainsi, de ce qu'un somnambule sent l'action de son magnétiseur à vingt pas, il ne s'ensuit pas qu'il la sentira de même à vingt mille... Ces limites ne sont pas bien connues ; elles sont plus ou moins éloignées, selon le degré de sensibilité des somnambules ; mais elles existent, et il faut prendre garde de les reculer au-delà de ce que l'expérience a décidément constaté *. »
Il y a encore une autre cause d'erreur possible, qui recommande la plus grande réserve, non seulement vis-à-vis d'un espace plus ou moins grand , mais par rapport à l'action à distance en général.
Nous sommes obligés d'admettre que certains sujets peuvent percevoir la pensée d'autrui ; mais nous ne savons pas encore exactement comment cela se fait. Or si, comme suppose Morin, la suggestion mentale ne prouve qu'une exaltation extraordinaire de facultés perceptives ordinaires, cette perception peut s'exercer à deux pas, comme à vingt pas dans une même chambre, mais non à travers une cloison quelconque et complètement à l'insu du sujet. Le doute est bien ici à sa place, et on comprend que nous ne pouvons pas admettre le contraire, sans preuves expérimentales suffisantes. C'est pour cela, qu'ayant déjà constaté d'une façon, pour moi indubitable, la suggestion mentale à bout portant, même à l'insù du sujet, je ne me sentais pas du tout autorisé à admettre les faits énoncés par MM. Gibert et Janet, et que je suis allé au Havre pour les vérifier. C'est là assurément le nœud de la question : tout dépend de l'action à distance. Nous ne pouvons nous faire aucune
* Deleuze. Hist» crié, du magnclUme animal Paris, 1813, î, p. 189.
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idée décisive du processus de la transmission proche, avant de savoir si ce transfert n'est possible que dans des conditions de la perception ordinaire, ou bien, s'il peut se manifester encore au-delà de l'action probable de nos sens. Et en même temps toute la théorie du magnétisme doit nécessairement prendre une autre tournure*.
Mais, d'autre part, il est à remarquer, que, si Ton arrive à admettre une transmission proche, indépendante de toute perception normale y la question de distance deviendra secondaire, dans ce sens qu'une action à un kilomètre de dislance ne devra pas nous étonner beaucoup plus, qu'une action à un mètre, vu la nature même du phénomène qui alors prendra un caractère particulier d'une transmission sui generis, analogue aux transmissions téléphoniques ou radiophoniques et indépendante d'une perception sensorielle directe.
Il va sans dire que les réserves de Deleuze conservent leur valeur et qu'il nous faut avancer lentement, au fur et à mesure des preuves fournies par l'expérience.
Mesmer connaissait très bien la transmission mentale à distance. Nous allons voir qu'il en donne même une théorie ingénieuse, et il est bien probable que ce qui choquait le plus ses contemporains : la largeur de ses vues, le fluide universel, etc., était basé surtout sur cette conviction [profonde qu'il avait la possibilité d'une action à distance. Seulement, de même que pour le somnambulisme en général, il a cru devoir taire cette partie de ses études, en la communiquant seulement sous le sceau du secret à quelques privilégiés. En général, Mesmer expérimentait beaucoup plus qu'il n'écrivait, résumait très brièvement les résultats acquis, et même les principes de sa doctrine, imprimés en un petit nombre d'exemplaires, ne furent distribués qu'à des élèves choisis et
* Ce dernier point a été élucidé par M. le D' Hérlcourt dans son article sur le somnambulisme en dehors de Vhystérie (La Hevue scientifique du 28 juin 1884).
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presque toujours sous le sceau du secret. Par conséquent, nous avons très peu de détails sur ce qui se passait dans la < chambre des crises » inaccessible pour les profanes. En fait d'action à distance, à une petite distance, mais d'une autre chambre, nous pouvons citer cependant une expérience intéressante, racontée par un témoin judicieux, le savant autrichien Seifert, qui traitait d'abord Mesmer de charlatan, et qui ensuite, et principalement sous rinfluence des faits que je vais raconter, Unit par admettre sa théorie.
\): La scène se passe en i775 àRocliow, en Hongrie, dans un vieux château au baron Horetzky de Horka. Mesmer soignait le baron par le magnétisme el traUait en même temps . plusieurs autres malades qui arrivaient pour le consulter du voisinage. Seifert considérait tout cela comme une blague.
Un jour, on apporte les journaux et, dans l'un d'eux, il trouve un récit concernant Mesmer, d'après lequel celui-ci aurait provoqué des convulsions chez quelques épileptiques apparemment guéris par Texorcisle Gassner, en se tenant caché dans une chambre voisine et en promenant seulement son doigt dans la direction des malades. Seifert arrive au cbâteau, le journal en main, et trouve Mesmer entouré de gentilshommes. Il lui demande si c'est vrai ce qu'on dît de lui dans ce journal et Mesmer confirme le récit. Alors, on lui demande une preuve expérimentale de l'action à travers un mur. Mesmer refuse d'abord, mais on insiste tellement, non sans arière-pensée, qu'il finit par accepter répreùve. 11 choisit parmi ses malades les plus sensibles un jeune juif, atteint d'une maladie de poitrine. Il le plaça dans une chambre voisine séparée de la salle où l'expérience devait être faite, par un mur de deux pieds et demi d'épais- ' seur. Dans ces conditions, l'expérience ne pouvait pas être tout à fait concluante, puisque le sujet s'attendait à une expérience quelconque, mais elle devient intéressante à cause des particularités que nous raconterons toutàTheure.
Mesmer se tenait debout à trois pas de la muraille, tandis que Seifert, en observateur, se plaça sous la porte entr'ouverte, de manière à pouvoir observer en même temps le magnétiseur et le malade. Voici ce qu'il constata :
Mesmer fit d'abord plusieurs mouvements rectilignes transversales avec lé doigt indicateur de sa main gauche dans la direction présumée du malade. Celui-ci commença
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6U(;gestion mentale a distaptce 403
bientôt à se plaindre, il iâta ses côtes et paraissait souffrir. —- Qu avez-vous? lui demanda Seifei^t. — Je me sens mal à mon aise, dit-il. Non satisfait de cette réponse, Seifert exige une description plus nette de ce qu'il ressent. — Je sens, dit le juif, comme si tout se balançait en moi de travers, à droite et à gauche. Pour éviter les questions, il lui dit de .déclarer les changements qu'il pourraitressentir dans son jcorpssans attendre une demande. Quelques minutes après, Mesmer fit des mouvements ovales avec son doiçt.— Maintenant tout tourne en moi comme dans un cercle, dit le malade. Mesmer cesse Taclion, et presque aussitôt le malade déclare qu'il ne sent plus rien, et ainsi de suite. Toutes ces déclarations correspondaient parfaitement, non seulement avec les moments de l'action ou des intervalles, mais aussi avr c le caractère des sensations que Mesmer voulait provoquer ^
2). Le même auteur raconte encore une autre expérience non moins extraordinaire. On sait que Mesmer soutenait que la transmission physique est favorisée par le son et que les ondes sonores peuvent pour ainsi dire être chargées de fluide et le transmettre à aistance. Or, il était de coutume aU château du baron Horetzky que deul musiciens fissent de temps en temps sonner du cor de chasse dans un kiosque (lu jardin. Les malades, qui attendaient l'arrivée de Mesmer, séparés par plusieurs murs du jardin, aimaient à entendre cette musique. Un jour, Mesmer voulant faire l'expérience se rendit au kiosque. Seifert arriva dans la salle de<^ malades pour voir Mesmer. Il ne le trouve pas, mais il est tout étonné de voir que quelques malades, au lieu de se réjouir de la musique comme d'habitude, commencent a être inquiets et même manifestent certains accidents nerveux plus graves. Seifert court chercher Mesmer et il le trouve dans le kiosque, tenant par la main droite le bord extérieur du cor de chasse dans lequel soufflait le musicien. 11 lui raconte ce qui est arrivé; Mesmer sourit en l'écoutant. — Je m'y attendais, dit-il. Puis il toucha l'instrument de sa main gauche, et enfin le lâcha complètement^ et dit : Maintenant ou tantôt, les malades vont se calmer. Ils retournent au salon et trouvent que leâ malades reyieaueut à eux peu a peu ^.
* D' J. Kerner, Franz Anton Mesmer nus !Schwab€n,Vvi^iïk\iinhii\. Mein, 1856, p. 28.
« J. Kerner, /. c, p. 44.
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« Plusieurs fois on a fait Texpérience suivante : une personne très susceptible a été laissée avec d'autres personnes prévenues, qui cherchaient à la distraire; pendant ce temps, on la magnétisait à son insu, de la chambre voisine, et l'efTet était aussi prompt et presque aussi sensible, que si l'on eût été auprès d'elle : la seule différence qu'on y eut remarquée, c'est que, ne sachant pas qu'on opérât sans elle, elle se contraignait dans le commencement de l'action, prenant pour un malaise naturel ce qu'elle ressentait, et elle ne cessait de se contraindre que lorsque l'action, portée avec force, ne lui laissait plus la liberté de se dissimuler, qu'elle était magnétisée. Une seule expérience n'aurait pas été décisive, on les a multipliées; on a constamment réussi à produire des effets plus ou moins mar(]ués selon le degré de sensibilité de la personne magnétisée*. »
4). Mais il y a encore des traces plus anciennes. On a essayé avec succès l'action à distance sur les possédées de Loudun.
« Il est arrivé plusieurs fois que les exorcistes (les magnétiseurs inconscients) ont appelé secrètement cette même religieuse (Elisabeth Bastard) quelquefois mentalement et de seule pensée, d'autres fois à voix basse, mais sans être entendus de personnes du monde. Cette fille se sentait attirée aux lieux où on l'appelait, et se doutant de ce qui était, s'est couchée par terre pour résister à son inclination, et néanmoins en ces occasions elle obéit ordinairement'. »
5). Van Helmont, grand médecin et grand rêveur du XVII® siècle, a dû étudier cette question, tellement il est explicite là-dessus. Il croit que tout homme est capable d'influencer ses semblables à distance, mais que généralement cette force reste endormie en nous et étoufl'ée par « la chair ». Pour s'exercer, elle a besoin d'une certaine concordance entre l'opérateur et le patient. Ce
^ Réflexions impartiales sur le magnétisme animal, faites après
' la publication du rapport des commissaires du Roi, Genève-Paris.
1784. La brochure est datée de Lyon, le 3 septembre de cette année.
2 « Relation de ce qui s'est passé aux exorcismes en présence de Monsieur, frère du Roi». Paris, Jean Marti, p. 39.
T doit être sensible et exercé dans sa sensibilité )us rinfluence de son « imagination intérieure », va encontre de l'action. C'est surtout au creux de aac que cette action magique se fait sentir, car intiment au creux de Feslomac est plus délicat ms les doigts et même dans les yeux. Quelquefois ît ne peut même supporter l'apposition d'une >ur cette région*. » La remarque que l'action maue se fait ressentir d'abord au creux de l'estomac éressante. Il faut la rapprocher des découvertes etin, elc. et de l'observation récente du D' Hériqui dit : « M"® D... prétendait que, toutes les fois pensais à elle, elle ressentait une vive douleur a région précordiale ; c'était d'ailleurs cette môme ir qu'elle éprouvait encore quand les séances de imbulisme se prolongeaient et qui me déterminait îttre fin. » — «Je différais jusqu'ici, dit encore Van mt (p. 731) de dévoiler un grand mystère, c'est y a dans l'homme une énergie telle que, par sa irolonté et par son imagination, il. peut agir hors , imprimer une influence durable sur un objet oigne. Ce seul mystère éclaire d'une lumière sufî plusieurs faits difficiles à comprendre et qui se hent au magnétisme de tout les corps, à la puismentale de l'homme, et à tout ce qu'on a dit sur gie de l'homme et sa domination de l'univers*. » ublions pas que ceci fut écrit il y a deux siècles!
ja comparaison du sujet sensible avec une aiguille tée revient tout le temps dans ces anciens auteurs.
ersiepe os stomachi non fert manum oppositum ; ibidem nsum acutissimum ac precisum, qui alioqui magis in dig^i- Bxtremis requin videbatur. » (P. 278.) !. von Helmont, Opéra omnia, Frankfurt, 1632, p. 731, etc. 'opinion de van Helmontsur la ca'ise et les effets du magnépar Deleuze [Bibl. du magn. animal.^ t. I, p. 45 et t. H. Paris, 1X17). — D«- Enneaioser, Der Magnetismus nachder yen ^wieAwn^, Leipzig, 1819, p. 616.
Elle est justifiée par l'analogie indub eatre Taction physique d'une main et c en général *; mais surtout par l'action < gnétiseur au magnétisé. C'est une que pliquée, car elle présente plusieurs for 1" attraction par idéoplastie, fascinatic mouvements; 2* attraction physique i proche d'une main; 3o attraction phy; directe, c'est-à-dire sans intermédiair tion ordinaire, à distance. Le sujet mi jours porté vers l'operateur, il le rect se rapprocher de lui; aussi Texpérrem mentale qui réussit le plus facilement, « siste à faire venir le sujet vers Topérate le somnambule se penche toujours du tiseur, et M. Janet a observé qu'aprèi M"* B. à distance, il la trouvait la télé direction de son action. Mais le fait le naire de ce genre est cité par Bruno' :
« Le phénomène qui m'a le plus étonné, a été le premier qui se soit offert à mes ye je vais rapporter : une jeune fille âgée d neuf ans, était depuis cinq à six mois, cou rir pulmonique. Elle s'endormit dès le quatrième jour du traitement. Son soni profond en peu de jours. Lorsque je la tôle se penchait vers moi; j*étais obligé doucement sur sa chaise, pour Tempi sur moi. Gomme c'est un effet ordinaire n'^ faisais aucune attention ; après l'avoir laissais dormir tranquillement et j'allais à Nouvel embarras : cette fille se pencha bait quelquefois sur sa voisine, et l'on (
* J'ai traité ce sujet dans un article polonai main ». Voir la revue scieutilique «Niwa », pu lion à Varsovie en 1881.
« De Lausanne, Des principes et des procét animal et de leurs rapports avec les lots de i physiologie, Paris, 2 vol. 1819. Le tome I est d
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fille de tomber : il arriva assez tôt pour êtfe témoin du prodige, qui opéra sa conviction. J'allais très doucement, pensant toujours à cette fille, et cela sans connaître toute Vimportance de cette opération de l'esprit. La tête de cette personne lui indiqua parfaitement la direction de ^ma marche ; il s'aperçut aussi de Faction que je fis, par la position du corps, qui menaçait d'une cnufe prochaine. Une jeune fille qui avait coutume de la secourir dans cet état la retint. Mais bientôt cela ne fut plus nécessaire; elle se releva, et la nouvelle direction de sa tète, qui décrivait une courbe de l'est à l'ouest, annonça mon retour. »
Cette observation est intéressante pour nous, parce qu'elle montre comment un phénomène physique d'attraction corporelle par la seule présence du magnétiseur, peut s'accentuer par le concours d'une action mentale. Mais c'est un cas bien rare et le plus souvent l'attraction est purement réflexe (sensation de chaleur et de courants d'air), ou, si elle est directe, elle ne s'exerce qu'à une très petite distance. Il est encore à remarquer que la somnambule de Bruno supportait l'attouchement d'une tierce personne, c'est-à-dire qu'il n'y avait pas d'hyperesthésie proprement dite. C'est là un point dont l'importance ne nous échappera pas ensuite, au point de vue théorique. L'attraction forte est toujours accompagnée d'une roideur dans les membres. Elle cesse quelquefois au moment d'une contracture générale, mais il y a toujours une tendance à la contracture, là où l'attraction se manifeste. Après Bruno, et souvent sans connaître ses travaux, plusieurs magnétiseurs ont constaté le même phénomène. Il faut le considérer comme un auxiliaire de la suggestion mentale, lorsqu'on appelle le sujet vers soi.
7), « On rencontre parfois, dit Dupotet«, des sujets d'une telle mobilité que vous pouvez agir sur eux à travers des cloisons, des murailles, au moment oCi il est impossible de
« De Vart Rappliquer le magnétisme animal à la thérapeutique {JéC Propagateur, 1827, p. 277).
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endormir la malade à travers la cloison. Je m'empressai de consentir à ce qu'un témoin aussi reçommandable fût admis sur-le-champ. M. Récamier entra et m'entretint en particulier de sa conviction touchant les phénomènes magnétiques. Nous convînmes d'un signal :je passai dans le cabinet, où l'on m'enferma. On fait venir M"« Samson; M. Récamier la place à plus de six pieds^de distance du cabinet, ce que je ne savais pas» et y tournant le dos. II cause avec elle et la trouve mieux; on dit que je ne viendrais pas, elle veut absolument se retirer. Au moment où M. Récamier lui demande si elle digère la viande (c'était le mot du signal convenu entre M. Récamier et moi), je commence à la magnétiser. 11 est neuf heures trente-deux minutes; trois minutes après, M. Récamier la touche, lui lève les paupières^ la secoue par les mains, la questionne, et nous acquérons la preuve qu'elle est complètement endormie. Mais ce n'était pas assez de ces deux faits pour admettre un phénomène aussi étrange; » (en elFet cette seconde expérience a été très mal arrangée : on a choisi les mêmes heures (9 h. 35 et 9 h. 32) les mêmes lieux et le même subterfuge pour tromper la malade; ce n'était pas bien ingénieux et cette deuxième expérience comme deuxième (voir p. 44) n'avait absolument aucune valeur. Bertrand était bien autorisé à conserver des doutes. Quant à Récamier, lorsque M. Dupolet lui demanda : a Eh bien, êtes-vous maintenant convaincu? — Convaincu, non, répondit-il, mais ébranlé.) «Nous voulûmes encore multiplier les expériences en les variant, en changeant les heures et les circonstances accoutumées. — Voici ce que nous fîmes : Je me rendis un soir, accompagné de M. Husson et autres médecins dans la salle où était la malade. » (Nouvelle imprudence !) « On me fit mettre à plusieurs lits de distance, en observant le plus grand silence, de manière que je ne puisse être vu. Je magnétisai la malade à sept heures huit minutes, à sept heures douze minutes, nous nous approichons tous, et nous nous assurons que lo sommeil et l'insensibilité qui la caractérisaient habituellement existent au plus haut degré. Il est inutile de dire que le jour d'expérimentation avait été choisi par le médecin en chef et non par moi; qu'on s'était assuré avant l'expérience, que la malade ne dormait point» (c'est sur ce point principalement qu'ont porté les objections de Bertrand, qui admettait ([lie M. Husson, par sa présence seule pouvait suggérer ridée d'une expérience), » et enfin que mon action avait été dirigée à vingt pieds de distance environ. Ponr détruire toute espèce diucertitûde sur le résultat de cette
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voici fie que nous fîmes, ou plutôt ce 5 faire. M Bertrand, docteur médecin de
avait assisté aux séances. Il y avait dit s extraordinaire que la magnétisée s'entiseur étant placé dans le cabinet;
le concours particulier des mômes onnantes amènerait sans ma présence tat; que du reste la malade pouvait y turellement. Il proposa donc Texpérience . — Il s'agissait de faire venir la malade
de la faire asseoir sur le même siège et 1^ de tenir les mêmes discours à son il lui semblait certain que le sommeil fe convins, en conséquence, de n'arriver ) plus tard qu'à l'ordinaire. A neuf
on commença à exécuter vis-à-vis de le l'on s'était promis. On l'avait fait e fauteuil où elle se plaçait ordinaireime position ; on lui fit diverses queslissa tranquille ; on simula les signaux ment, comme jeter les ciseaux sur la in une répétition exacte de ce qui sepramt. Mais on attendait vainement l'état espérait voir se produire chez la malade ; de son côté, s'agita, se frotta le côté, t ne donna aucun signe de besoin de l ni magnétique. — Le délai expiré, je Dieu; j'y entre à 10 heures 5 minutes, i n'avoir aucune envie de dormir, elle trouve endormie dans l'espace d'une mii ne répond qu'une demi-heure après ^ »
ition du principal intéressé dans l'afntenant ce qu'en disent les incrédules I. Burdin et Dubois *:
sson arrivait ainsi inopinément dans la du soir, événement inouï dans les habile service aussi exact, aussi ponctuel; che pas, il va droit au lit de la demoi*
wiplet du magnétisme animal, cours en douze iS79, p. 182.
ue, p. 260.
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selle Samson, et pour la dérouter (comme si dérouter une somnambule était chose facile), il s'adresse à sa voisine et lui dit : C'est pour vous que je suis venu ce soir; vous m'aviez inquiété ce matin : mais je vous trouve mieux ; tranquillisez-vous, cela ira bien. C'était la somnambule qui devait se dire à elle-même : cela ira bien ; car la voilà prévenue. Mais ce n'est pas tout. On place fort adroitement encore le magnétiseur à un lit d'intervalle de son sujet; une lampe, dit Bertrand, éclairait la salle et se trouvait placée derrière ledit magnétiseur, en sorte qu'il pouvait se dessiner comme une ombre chinoise ; et M. Husson, à peu de distance aussi, avait les yeux fixés sur elle; ne voilà-t-il pas une expérience bien instituée?,,. Aussi, qu*arrive-t-il? C est c{ue la demoiselle, une fois tous ces préparatifs terminés, dit à haute voix pour l'édification des expérimentateurs: «C'est étonnant conjmc j'ai mai aux yeux; je tomba dq sommeil! Et la voilà^endormio. »
Mais MM. Burdin et Dubois n'ont pas assisté à l'exporience. Voyons donc ce qu'en dit Bertrand lui-même, auquel se réfèrent les auteurs académiques :
... «M. Husson eut la complaisance d'accueillir mes objections et de consentir à une expérience qui devait servir de contre-épreuve, en montrant jusqu'à quel point les circonstances accessoires que je viens de signaler pour raient agir en l'absence du magnétiseur. Il s'agissait de faire venir la malade à l'heure ordinaire, dans le môme cabinet, delà faire asseoir sur le même siège, de simuler un signal, en un mot de se comporter en l'absence du magnétiseur absolument comme on avait coutume de le faire quand il éfait là. Tout cela fut fait comme je l'avais demandé ; et, contre ce que f avais présumé, la malade ne s'endormit pas.,. Cette expérience n'ayant pas eu le résultat que j'en attendais, j'en proposai une seconde qui me paraissait plus concluante encore : elle consistait à diriger l'action magnétique sur la malade, non seulement à son insu, mais encore à une heure à laquelle elle ne devait pas naturellement s'attendre qu'on chercherait à agir sur elle; à s'introduire, par exemple, le soir dans sa chambre, à l'heure où tout le monde était couché, et, après s'être assuré qu'elle ne dormait pas «(c'était inutile, puisqu'il est bien facile de distinguer le sommeil naturel du sommeil magnétique), » à la magnétiser de loin à son insu.... Ce fut à l'ins-
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Dictionnaire de Médecine, recueil dans lequel il vient de publier un article magnétisme animal, où il expose les observations qui l'ont convaincu. M. Georget, ainsi que M. Rostan, proclament, il est vrai, Texistence d'un agent particulier, et croient surtout à Vin/tuence de la volonté du magnétiseur, à laquelle ils font jouer un rôle aussi important que MM. Deleuze et de Puységur. Mais on ne doit pâs beaucoup s'en étonner, tant l'illusiou est facile quand on observe des êtres pour qui la croyance la moins fondée devient une source de phénomènes réels. J'ai passé par Tillasion dans laquelle sont encore les médecins distingués que je viens de nommer. Qu'il me soit permis d'espérer qu un 'jour ils adopteront le point de vue auquel je me suis arrêté. Au surplus, la chose importante, c'est le témoignage qu'ils ont donné sur la réalifi îles phénomènes ; ce témoignage est venu heureusement fortifier ceux qu'avaient déjà rendus des hommes, auxquels on ne peut pas supposer raisonnablement aucune mtention de tromper, et il contribuera sans doute à entraîner la croyance du public savant. — D'autres expériences furent faites dans tous les hôpitaux de Paris; il en fut fait à la Pitié, à la Charité, sous la direction de M. Fouquier, à l'hôpital Saint-Louis, et partout ou obtint des résultats plus ou moins remarquables; mais l'administration , qui aurait dû rester étrangère à des essais tentés sous la direction de médecins éclairés, et qui ne pouvaient avoir aucun inconvénient pour les malades, y mit une opposition aveugle et apporta toutes sortes d* entraves ^ n
8). Bertrand se trompait qcuoit à Tissue définitive des expériences faites à* distance. Cinq ans après la pubEcation de son ouvrage, de nouvelles preuves ont été apportées par la commission académique nommée au moment où parut cet ouvrage. Le D' Foissac répéta les expériences de Dupotet avec un plein succès et dans de meilleures conditions*. Morin, un autre incrédule, en rapportant ces faits, ne peut faire qu'une seule objection, celle d'une entente possible entre le docteur Foissac et le malade...
II est difficile d'admettre la supposition de M. Morin,
« Bertrand, /, c, p. 266.
L'Art de magnétiser, 5© édit., corrigée, p. 92.
OU plutôt celle de MM. Burdin et Dubois. Et, à vrai dire, ces messieurs ne la font pas sérieusement; mais ils ont raison à ce point de vue que, dans de pareilles questions, toute délicatesse doit être éliminée, et que M. Foissac ne devait pas savoir d'avance Theure exacte.
9). « Le sommeil à distance, dit Lafontaine*, ne se produit que sur des personnes qui ont été magnétisées souvent. A Rennes, M. Dufihol, recteur de TAcadémie, et M. Rabus^ seau, inspecteur, vinrent un jour avec plusieurs autres médecins à Vhôtel où j'étais Jogé, Après avoir causé beaucoup. M. Dufîhol me pria de raccompagner chez Jui , me prévenant qu'une dame désirait causer avec moi. Je pris mon chapeau et je sortis 'avec M. 'Dufihol; lorsque nous eûmes traversé la cour^ nous entrâmes dans une des salles de rhôtel, et M. Duhbol entama une conversation, dont je no voyait pas le but. Après un quart d'heure, il me dit : Vous avez prétendu pouvoir endormir votre sujet à distance sans qu'il soit prévenu : voulez-vous maintenant essayer cette expérience ?— J'acceptai. Combien vous faut-il de temps? — Quatre à cinq minutes. — Commencez. — Trois mulutes après, je dis à M. Dufihol que le sujet devait être endormi. Il me pria de rester dans la salle, traversa la cour, . monta l'escalier, et, comme il arrivait près de la porte^ il entendit ces messieurs dire au sujet : — Eh bien ! vous dormez? Réveillez-vous! — Il dort! — - M. Dufihol entra précipitamment et trouva le sujet endormi; alors il m'appela, et dit : — En présence de faitscomme ceux-ci, il faut croire, messieurs ; c'est moi qui ai prié M. Lafontaine d'endormir le sujet de la grande salle de l'hôtel. »
Celte expérience fut bien arrangée. En voîcî deux autres également organisées à Timproviste :
a Le séance étant terminée, beaucoup de personnes ont entouré M. Lafontaine, et ont, avec le plus vif intérêt, discuté sur les effets divers du magnétisme. C'est à ce moment qu'a eu lieu l'expérience la plus concluante delà soirée. Le sujet s'était éloigné, et causait avec des gardes de ville, auprès d'une des braisières qui avaient été allumées pour échaufler la salle... — Pourriez-vous, dit quelqu'un à M. Lafontaine, l'endormir d'ici ? — Sans doute, répondit-il. •• En-
« Nous les avons citées dans le chap, Vi,
SUGGESTION MENTALE À i)ISTANGÉ 417
tourez-moi toujours, afin (ju'il ne me voie pas... — Au bout de quelques moments, le sujet était plongé dans le sommeil. » — « A Cînq-Mars-Ia-Pile, deux heures avant de donner une séance publique, je me trouvais chez le docteur Renaud. Il y avait une douzaine de personnes; on discutait magnétisme; on me proposa d'endormir mon sujet de la maison du docteur à la salle de la mairie^ dans laquelle je donnais la séance. J'acceptai : on mit pour conditions que je ne sortirais pas de la maison, que deux de ces messieurs resteraient avec moi et m'indiqueraient l'instant où il faudrait commencer; que deux autres iraient chercher la somnam-« bule qui était à rhôtel, la conduiraient à la mairie, et ne lui parleraient pas de ce qu'on voulait faire. Il y avait à peu près un demi'kilomèire de distance de la demeure du docteur à la mairie. — Lorsque l'heure fut arrivée et que les deux personnes qui étaient restées avec moi, et dont l'une étaitM. de la Béraudiaire, me prévinrent que je pouvais commencer, je crus pouvoir leur assurer, quatre minutes après, que le sujet était endormi. Nous partîmes alors et, lorsque nous arrivâmes, le sujet dormait. Le sommeil n'avait été complet qu'après cinq minutes. Dès la seconde, les premiers effets s'étaient fait sentir, tels que le battement des paupières et la torpeur., p
Ajoutons que Lafontaîne n'admet pas l'action directe ou une transmission de la volonté, mais seulement celle dn fluide émis au dehors, sous l'empire [de la volonté.
40). Le D» Dusarl coraplèlc aînsî son observation sur M^'" J ... « Je donnais chaque jour avant de partir. Tordre de dormir jusqu'au lendemain h une heure déterminée. Un jour, je pars, oubliantcetteprécaution, j'étais à 700 mètres que je m'en aperçus. Ne pouvant retourner sur mes pas, je me disque peut-être mon ordre serait entendu, malgré la distance, puisque à un ou 2 mètres un ordre mental était exécuté. En conséquence, je formule l'ordre de dormir jusqu'au lendemain huit beureSy et je poursuis mon chemin. Le lendemain, j'arrive à 7 heures et demie, la malade dormait. a Comment se fait-il que vous dormiez encore ? — Mais, monsieur, je vous obéis. — Vous vous trompez ; je suis parti sans vous donner aucun ordre. — C'est vrai; mais, cinq minutes après, je vous ai parfaitement entendu me dire de dormir jus(^u'à 8 heures. Or, il n'est pas encore 8 heures. Celle dernière heure était celle que j'indiquais ordi-
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SUGGESTION MENTALE A DISTANCE 4i9
faites vis-à-vis des témoins auxquels le père avait fait signer les notes qui les contenaient. J'ai conservé cette lettre, dont M... me confirma plus tard le contenu, en ajoutant quelques détails circonstanciés. »
Il devient donc probable qu'avec une cônnaîssarjce exacte des conditions du phénomène, on pourra arriver à communiquer à distance des pensées entières, comme on le fait ai(jourd*hui par téléphone...
M. le D' Glay ajoute à cette observation une remarque d'ordre expérimental : « Il semble, dit-il, que le D' Dusart ne soit arrivé à endormir à distance sa malade, qu'après l'avoir soumise à une certaine éducation. C'est ainsi qu'il dit Tavoir d'abord endormie un grand nombre de fois par ordre mental, mais donné de très prés. On ne comprend évidemment pas fort bten, quelle peut être rinfluencede cette sorte d'éducation ; il se peut néanmoins qu'il y aitîlà une condition favorable au développement de ces phénomènes, si leur réalité se confirme. »
Je crois qu'on peut comprendre assez bien l'influence de cette éducation :
1* D'abord, elle ne doit pas nous étonner, puisqu'elle s'observe dans tous les phénomènes hypnotiques et magnétiques sans exception : le sujet devient de plus en plus sensible au fur et à mesure de l'expérimentation. L'hypnoscope nous permet de contrôler cet effet, et j'ai déjà observé, dans ma note communiquée à la Société de Biologie en 1884, qu'il existe à ce sujet un contraste très net, entre la sensibilité imaginaire et la sensibilité vraie : les personnes qui se croient très sensibles, très « nerveuses », qui ont la foi au magnétisme, sans posséder cette sensibilité spéciale qui ne dépend en rien de la volonté ni de la foi, éprouvent diverses sensations plus ou moins fortes au moment d'un premier essai hypnoscopique. Ces sensations sont causées par l'émotion, par la peur, par l'attention expectante, en un mot par l'imagination. Renouvelez l'épreuve de Thyp-
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JESTION MENTALE
que ses sensations diminuent Bnt, tandis que les effets dus à îrsistent et s'accentuent avec
sai hypnoscopîque, on hypnot pendant un mois parexemple, 'expérience hypnoséopique, on larques d une sensibilité plus que Faction consistant en une le cerveau et les ganglions, enter les phénomènes propres ices en général, qui s'appreniennent de plus en plus faciles, onque, parcourue une fois par [ue, présentera une résistance m second passage de la même consiste la différence entre un j nerveuse, surtout quand cette i vivantes. C'est ce que M. Ribot ganiquej et cette mémoire ne ropice aux excitations faibles es ordinaires.
r, que si la sensibilité hypnoî la volonté consciente du sujet, e pour son inconscient. L'indéré presque comme un gouit, si non toujours, plus puis- 3 le nom du Moi I, règne à la ne gouverne pas. Avec ce Moi, nt, vous pouvez traiter pour perficiel, mais avec le Moi II 5 traités, concernant toutes les
)ar exemple r « Pendant que le [lier, en comptant les heures et leras à telle heure ; tu vas veiller
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^r |on premier ministre qui s'appelle TEchange de matière, pour qu'il n'aille pas trop vite à sa besogne ; tu vas acUver et égaliser le mouvement vital dans toutes les proVinces de ton royaume, barrer la frontière à des
o^^.^^^ ^' rs ; chasser les foyers pathologiques
repos, etc. , etc. » , et il vous obéira ; il a
s obéir. Par conséquent, la vôlbnlé
du M01II peut aller à la rencontre de la nôtre, elle peut
n<^^s aider, nous faciliter de plus en plus, notre tâche.
3* Il doit y avoir une grande analogie entre une* voix
narl«« -* ix mentale. Or, nous comprenons quel-
ent la parole d une personne étrangère ;
- ^^»^^xJ tiup vite ou trop bas et prononce mal ; mais
peu i9^ peu on s'y habitue ; les associations se forment,
et cotnme une mère qui comprend le babillage de son
apprenons à associer les sons plus ou
, i à des idées nettes. Il est probable que les
"^^^ — ...,0 v,ji transmettent la pensée et la volonté no
sorii pas moins confuses, ni moins imparfaites; par con-
séqu\fitîU faut les sentir se répéter, pour bien saisir leurs
différ^mceis • ^^A il est complètement compréhensible que
•éducation, l'exercice, favorisent cette per-
40 pinfin, nous avons déjà observé que l'envahissement du sujSi^par un foyer rayonnant extérieur, et un réglage, conformfément à la nature dynamique de ce foyer, s'ef-
' — ^ i^n à peu, et constituent ce qu'on nomme « le )port forme une condition néces»
sain; pvy*.. - transmissions mentales.
H ). « Un jour, raconte M. Richet, étant avec mes collègues à la sal\le de garde, à déjeuner, notre oonfrère M. Lan* douzy, ^lors interne comme moi à l'hôpital Beaujon, était présent •'—j'assurai que je pouvais endormir une malade à distance , et que je la ferais venir à la salle de f:arde où nous étions, i^^en que par un acte de ma volonté! Mais, au bout de dix miiiuLes personne n'étant venu, Texpérience fut considérée comdSie ayant échoué. — En réalité l'expérience
sugg;
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.A SUGGESTION MENTALE f
car, quelque temps après, on vîylt me ade se promenait dans les couloirs en- , me parler et ne me trouvant /"jjas ; et ainsi, sans que je puisse de sa/part obie pour expliquer son sommejtl( et cette ide, sinon qu elle désirait mei parler. »
le manque d'éducation magnétique qui tait habituée à ces expériences, comme eM.Dupotet,Foissac,oumémeco;inme )ert, elle aurait sans doute recorjuiu la ' înade. Une autre circonstance encore lalée : la somnambule ne trouve pas le trouve pas pour plusieurs caitises : le M. Richet a cessé de Finfluéncer ; là où l'attraction physique ne s'ajoute / entale (comme dans Fexpérifince de peut pas retrouver son chemin ; il sa^ït elque part, mais il ne sait pus où j/èt, able que cette idée domînai^te (J^Uer )voqua chez elle une monortKn^i^e sortiimme toutes les monomanies» cïhpêche nous arrive-t-il pas de cherche»;', par au qui glt devant nous sur. la table; 1 le retrouver et moins on le v<oit: ; enfin jchercher, et on le trouve, (^u'on se , une circonstance analogue dikns notre ince au Havre, où M°*® B... V^erche trouve pas. Elle est cependant venue Tun kilomètre, obéissant à' l'ordre s explique l'insuccès de plusieurs maaprès avoir attiré mentalement leurs pas à se faire rejoindre dè^ qu'on a . Le sujet s'impatiente, s'entête et ne
, dit eiKibbe le hiême anl(bur, j'aî répété n la variant de la mau<Vcre suivante : je
priai doux de mes coUègues de se rendre dans la salle, sous le prétexte d*examiner une malade quelconque ; en réalité afln d*observer comment se comporterait le n° M, que j'aurais, à ce moment, l'intention d'endormir. Quelgue temps après ils vinrent me dire que l'expérience avait échoué. Cependant, cette fois encore, elle avait réussi, car on s'était trompé en désignant à la place du n<* W la malade voisine, qui naturellement était restée éveillée, tandis que le n» 41 s'était effectivement endormi.
c J'aurais dû, ajoute M. Richet, répéter et varier avec plus de précision cette expérience intéressante ; maïs en pareille matière on ne fait pas tout ce qu'on désire faire, et ceux-là seuls qui ont expérimenté, peuvent savoir quelles difficultés de toute sorte, morales et autres, empêchent la poursuite méthodique de l'expérimentation. Quelques semaines après, la malade retourna dans son pays, à Béziers, je crois, et je n'ai plus entendu parler d'elle. Je n'ai pu, depuis cette époque (1873), sur aucune personne absolument, reproduire ce même phénomène de somnambulisme à distance. Si donc le phénomène existe — et je crois qu'il est difflcile de le nier absolument — il est extrêmement rare, et ne se produit que dans des circonstances spéciales qui échappent jusqu'ici à la détermiuation scientifique. y>
Ces circonstances spéciales, nous tâcherons de les préciser d'après les études récentes. Mais poursuivons d'abord notre exposé expérimental.
42). M. Héricourt complète ainsi sa note déjà citée : a Bientôt, ce ne fut plus seulement d'une extrémité à l'autre d'une chambre, que je songeai à exercer mon action; d'une pièce à une autre, d'une maison à une autre maison, située dans une rue plus ou moins éloignée, le môme résultat fut encore obtenu. — Les circonstances dans lesquelles j'exerçai ainsi pour la première fois cette action à longue distance méritent d'être rapportées avec quelques détails. Etant un jour, dans mon cabinet (j'habitais alors Perpignan), ridée me vint d'essayer d'endormir M°»«D..., que j'avais tout lieu de croire chez elle, et qui habitait dans une rue distante environ de 300 mètres de la mienne. J'éta's d'ailleurs bien éloigné de croire au succès d'une pareille expérience. 11 était trois heures de l'après-midi, je me mis à me promener de long en large, en pensant très vivement au résultat que je voulais obtenir; et j'étais absorbé par cet exercice, quand on vint, me chercher pour voir dos malades. Les cas
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SUGGESTEON MENTALE A DISTANCE A2o
pièce voisine sous un prétexte quelconcjue, mais celte fois avec l'intention bien arrêtée de produire le sommeil, et, après une minute à peine, le résultat le plus complet était obtenu. On n'invoquera ici aucune suggestion autre que la suggestion mentale, puisque V attention eocpectante, mise en jeu dans toute sa force, lors de l'expérience précédente, avait été absolument sans action. Les conditions de ces expériences, qui se contrôlent réciproquement, sont d'une simplicité et d'une valeur sur lesquelles j'attire l'attention, parce qu'elles constituent une sorte de schéma à suivre pour la démonstration».
Cette observation est éminemment instructive.
En effet, les expériences négatives de contrôle présentent un intérêt tout spécial. On se rappelle une contre-épreuve de ce genre demandée par Bertrand et qui a réussi à Dupotet. On trouve aussi des faits analogues dans le récit de M. Pierre Janet et dans la plupart des cas où une action purement mentale a été constatée. On a pu toucher le sujet, faire des passes, simuler Tintention de Tendormir, sans aucun résultat positif.
Mais ceci est très rare ; la plupart des sujets éminemment sensibles subissent Taction idéoplastique, et je crois même qu'un certain nombre de ceux qui sont capables d'être influencés à distance né résisteront pas à une action imaginaire; et que, par conséquent Tépreuve négative de M. Héricourt ne peut pas être décisive. Mais, ce qui paraît certain, c'est que les sujets suggestibles à distance ou mentalement sont moins suggestibles verbalement. Us sentent Faction réelle aussi faible qu'elle soit, mais ne s'influencent pas eux-mêmes. Il est vrai que cela peut tenir à l'éducation plutôt qu'à une différence effective de sensibilité. Dans ce dernier temps, la suggestion fait la mode, on s'acharne à suggérer aux sujets toute sorte d'hallucinations, et l'école de Nancy ne fait depuis longtemps que cela. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'on obtienne des sujets très amusants, mais tout à fait impropres pour une étude sérieuse.
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ou moins de distance. Je me rendis aussitôt après auprès d'elle pour voir le résultat de ce singulier commandement. Comme je m'y attendais bien, elle ne dormait pas du tout : je rendormis alors moi-même en la touchant, et, dès qu'elle fut entrée en somnambulisme, avant que je lui aie fait aucune question, elle se mit à parler ainsi : Je sais bien que M. Gibert a voulu m'endormir... mais, quand ie l'ai senti, j'ai cherché de l'eau eifai mis mes mains dans l eau froide,., je ne veux pas que Ton m'endorme ainsi... je puis être à causer... cela me dérange et me donne l'air bête. » Vérification faite, elle avait réellement mis ses mains dans de l'eau froide avant mon arrivée. J'ai rapporté cette expériencjB, quoiqu'elle ait échoué, parce qu'elle me semble curieuse à différents points de vue. M™« B... semble donc avoir conscience même à l'état de veille de cette influence qui s'empare d'elle; elle peut résister au sommeil en mettant ses mains dans l'eau /îroirfe; enfin, elle ne se prêtait pas complaisamment à ces expériences, ce qui peut être considéré comme ime garantie de sa sincérité. — c). Le 9 octobre, je passai encore chez M. Gibert et le priai d'endormir M*»® B... non pas immédiatement, mais à midi moins vingt. Je me rendis immédiatement auprès d'elle et sans M. Gibert, qui ne peut, j'en suis sûr, avoir eu aucune communication avec elle. Je comptais l'empêcher de mettre ses mains dans de l'eau froide si elle l'essayait encore. Je ne pus la surveiller comme j'en avais l'intention, car elle était enfermée dans sa chambre depuis un quart d'heure, et je jugeai inutile de l'avertir en la faisant descendre. A midi moins un quart je montai chez elle avec quelques autres personnes qui m'accompagnaient : M™e B... était renversée sur une chaise dans une position fort pénible et profondément endormie. Le sommeil n'était pas un sommeil naturel, car eWe était complètement insensible et on ne pouvait absolument pas la réveiller. Remarquons encore que ni moi ni aucune des personnes présentes nous n'avions d'influence sur elle et que nous ne pouvions nullement provoquer la contracture. Voici les premières paroles qu'elle prononça dès que le somnambulisme se déclara spontanément : « Pourquoi les avoir envoyés ainsi?... Je vous défends de me faire faire des bêtises f pareilles... Ai-je l'air bête!... Pourquoi m'endort-il de chez ui, M. Gibert... Je n'ai eu le temps de mettre mes mains dans ma cuvette... je ne veux pas. » Gomme je n'avais aucune influence sur elle, il me fut impossible de la réveiller et comme on ne pouvait la laiséer ainsi, il fallut aller cher<^her M. Gibert. Dès quil fut arrivé, il provoqua tous les phéno-
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mènes, que je ne pouvais provoquer ce jour-là, et enfin il la réveilla très facilement. Peut-on croire que, dans cette circonstance ma présence dans la maison et la connaissance que j'avais de l'heure choisie par moi où le sommeil devait se produire ait pu avoir quelque influence sur elle et l'endormir? Je ne le pense pas, mais enfin la supposition était encore possible. Nous résolûmes de faire l'expérience d'une autre manière. »
Le 44 octobre, M. Gibert me promit d'endormir M"^« B.,., à distance, à une heure quelconque de la journée qu'il choisirait lui-môme ou qui lui serait désignée par une tierce personne, mais que je devais ignorer. Je n'arrivai au pavillon où se trouvait M»« B... que vers 4 heures \/l\ elle dormait déjà depuis un quart d'heure et par conséquent je n'étais pour rien dans ce sommeil, que je ne fis que constater. Même insensibilité et mêmes caractères que précédemment, si ce n'est que la léthargie paraissait encore plus profonde, car il n'y eut pas du tout d accès de somnambulisme. Il sa produisit cependant ce jour-là d'autres phénomènes, mais ils se rattachent à un autre ordre d'idées dont je parlerai tout à l'heure. M. Gibert n'arriva qu'à 5 heures ï/2; il me raconta alors que sur la proposition de M. B... il avait songé à l'endormir vers 4 heures 1/4 et qu'il était alors àGraviile, c'est-à-dire à deux kilomètres au moins de M°*« B... D'ailleurs, il lui fut facile de provoquer la contracture et de réveiller le sujet. 11 aurait été bon de répéter cette expérience plusieurs fois, et il est fâcheux que le départ de M"*" B... nous ait empêchés de la recommencer. Cependant elle me parait décisive, si l'on songe qu'elle ne fait que compléter les expériences précédentes et qu'elle se rattache à d'autres faits du même genre qu'il nous reste à exposer ».
e)y « Le 44 octobre, ce même jour où M™° B... avait été enaormie depuis Graville, j'observais pendant son sommeil les phénomènes suivants : A 5 heures précises, M"*® B..., tout en dormant, se met à gémir et à trembler, puis murmure ces mots : « Assez... assez., ne faites pas cela... vous êtes méchant. » Elle se lève sur son séant et tout en gémissant se met debout et fait quelques pas, puis en éclatant do rire elle se rejette en arrière sur le fauteuil et se rendort profondément. A 5 h. 5 la même scène se reproduit exactement; elle commence de nouveau à être troublée, tremble et gémit; elle se soulève, se met debout et semble vouloir marcher; au bout de quelques instants elle rit encore en disant : « Vous ne pouvez pas... si peu, si peu que vous soyez distrait je ms rattrape », «t de fait elle se recouche
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et se rendort. Même scène encore à 5 h. 10. Quand M. Gibert arriva à 5 heures 1/2 il me montra une carte qui lui avait été remise par une tierce personne, M. D...; il n'avait pu avoir aucune communication avec M°»® B... depuis l'instant où on lui avait remis Ja carte. On lui proposait de commander à M°*® B... ditiérents actes assez compliqués de cinq en cinq minutes depuis cinq heures. Ces actes évidemment trop compliqués n'avaient pas été exécutés; mais, au moment même où M. Gibert les ordonnait de Graville, j'avais vu sous mes yeux, à deux kilomètres de distance, l'effet que ces commandements produisaient, et un véritable commencement d'exécution, 11 semblait réellement que M"e B... ait senti ces ordres, qu'elle y ait résisté et qu'elle n'ait pu désobéir que par une sorte de distraction de M. Gibert. Nous avons recommencé cette expérience, en nous mettant alors près d'elle pendant le sommeil léthargique. 11 est singulier de remarquer que le résultat n'a pas été plus considérable y comme on aurait pu s'y attendre. Par un commandement mental la personne qui a endormie M™® B... peut assez facilement la faire se dresser sur son séant et se lever même entièrement; mais, soit que la concentration de pensée ne dure pas assez longtemps, soit pour toute autre cause, M"® B... ne tarde pas, comme elle le dit, « à se rattraper » et à retomber en arrière. L'ordre donné mentalement a une influence qui parait immédiate: mais, autant que nous avons pu le voir, cette influence ne semble pas plus considérable de près que de loin *. »
d Depuis, dans une nouvelle série d'expériences, après une assez longue éducation du sujets je suis parvenu à reproduire moi-môme, à volonté, ce curieux phénomène. Huit fois de suite, j'ai essayé d'endormir M"»» B... de chez moi, en prenant toutes les précautions possibles, pour que personne ne lût averti de mon intention, et en variant chaque fois l'heure de l'expérience, et toutes les fois M™« B... s'est endormie du sommeil hypnotique » (? Hypnotisme à distance !) (( quelques minutes après l'heure où j'avais commencé à y penser ^, »
On lira avec intérêt les détails de ces nouvelles expériences, que j'extrais de la deuxième note de M. Janet
* Bull, de la Soc. de psych. phys., 1885, t. L Paris, 1886.
* P. Janet, Les phases intermédiaires de fuy^tuotisme {litvuti scient, du 8 mai 188C).
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ètîGGESTtON MENTALE A DISTANCÉ kzi
pouvoir tenter avec quelques chances de succès le commandement du sommeil à distance. Pendant les premières séances, j'ai donc endormi M"^« B.. . en lui tenant la main ou le pouce, sans essayer d'autres procédés,
a Au bout de quelques iours je parvins à produire le som'^ meil beaucoup plus rapidement. Il me fallait autrefois trois à quatre minutes et quelquefois plus pour endormir M"® B..., maintenant je produisais le sommeil en moins^ d'une demiminute. Il n'était plus non plus nécessaire de fixer sa pensée sur Tordre du sommeil pour endormir M"*« B...; 1 action physique exercée sur son point hypnogène au pouce, remplaçait toute autre influence. Le commandement mental conservait son importance quand on ne touchait pas le sujet, quand on l'endormait par suggestion mentale en se plaçant dans la même chambre. Celte expérience réussissait encore très facilement, mais il n'était pas certain (|ue l'attitude du magnétiseur ne jouât pas dans la production du sommeil un plus grand rôle que sa pensée.
Après une dizaine de séances, pendant lesquelles j'avais endormi moi-môme six fois M"^« B..., i'ai essayé de lui commander le sommeil sans être auprès d'elle, mais en me tenant dans une chambre voisine. L'expérience réussit bien i après avoir pensé cinc[ minutes à l'endormir, j'entrai dans sa chambre et je la vis complètement endormie; la tête et le corps penchés fortement du côté où j€ me trouvais précédemment. L'expérience n'est cependant pas concluante, car M"« B. . . se doutait évidemment de mon intention.
Le 22 février, après quatorze séances de somnambulisme et après l'avoir endormie moi-môme huit fois, j'ai essayé
λour la première fois de lui commander le sommeil de oin. J'étais chez moi à une distance de quatre ou cinq cents mètres du pavillon où se trouvait M"*® B... quand j'ai essayé de concentrer ma pensée sur l'ordre du sommeil,
d'elle qu'une heure plus tard, persuadé d'avance du peu de succès de mon entreprise. A mon grand étonnement, les personnes de la maison m'avertirent que M»« B... était fort indisposée depuis une heure : elle avait été prise d'étourdissements, et forcée d'interrompre 9on travail; elle avait dû, pour se remettre, boire un verre d'eau et se laver la figure et les mains. M™« B... me raconta elle-même son indisposition qu'elle ne s'expliquait pas; il est bon de remarquer à ce propos qu'à l'état de veille M"»« B... ne soupçonne
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4^2 1>E LA SUGGESTION MBNÏâiiB
•pas du tout que Von puisse Vendormir de loin* Clelte ewncîdence au moins singulière montrait deux cboses : l^'que j'avais peut-être uue certaine action sur cette femme même de loin, et qu'il y avait lieu de recommencer plus sérieusement; 2° que, pour une raison quelconque, soit par défaut d'accoutumance, soit grâce à l'action de l'eau froide, M™* B.., pouvait résister encore à cette action et ne s'endormait pas.
Pendant deux jours encore je l'ai endormie de près en la touchant, sans qu'il y eût d'autres incidents. Je lui ai demandé, pendant son état de veille, de ne plus mettre ainsi ses mains dans l'eau; sans lui rien expliquer, je lui ai persuadé, ce qui n'était pas sans vérité, qu'elle se faisai*t grand mal eu luttant ainsi contre un étourdissement passaiiev. Je lui fis môme cette .défense pendant l'état somnambulique, accentuant ainsi mes recommandations parlaforce de la suggestion, et le 25 février, sans prévenir personne, je recommençai la même expérience. Dans les mêmes conditions, vers 5 heures du soir, je pense à l'endormir; j'y pense le plus fortement possible et à peu près sans distraction pendant huit minutes, puis je me rends immédiatement au-
f»rès d'elle. Elle était étendue sur un canapé et plongée dans e plus profond sommeil; aucune secousse ne peut la réveiller. Mais si je lui serre les doigts ou si je lui touche légèrement la peau du bras, les muscles sous-jacents se contracturent fortement; si je lui ouvre les yeux à la lumière, elle entre en catalepsie vraie avec l'immobilité caractéristique des attitudes; si je lui referme les yeux, elle retombe dans l'état précédent. Elle était donc bien en état de sommeil hypnotique, qui avait commencé par une coïncidence des plus étranges, justement quelques minutes avant mon arrivée. D'ailleurs, elle ne tarde pas à s'agiter et à parler dans le somnambulisme lucide: elle manifeste une grande joie de jne sentir près d'elle et sait très bien que c'est moi qui Vai endormie à cinq heures.
Deux nouveaux essais, l'un Je 26 février et l'autre le 1" mars, ne réussirent pas complètement. M°^® B .. n'éprouva qu'une indisposition et fut distraite par des personnes qui lui pariaient au moment où elle allait s'endormir.
Mais le 2 mars, je recommence le même commandement chez moi à 3 heures de l'après-midi. Je ne la rejoins qu'une heure après, et je la trouve dans une singulière attitude. Elle était assise et cousait une serviette; les yeux étaient ouverts, les mouvements continuaient à se produire très régulièrement, mais avec une lenteur extraordinaire : elle
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cousait à peine trois on quatre points par minute. Je lui prends le bras sans rien dire et le mets en Tair ; il reste immobile : elle était en véritable catalepsie et cet état durait, au grand étonnement des personnes présentes, depuis une heure. Elle avait peu à peu cessé de répondre aux questions et était restée ainsi immobile. Je lui baisse les paupières, aussitôt elle tombe en arrière et, dans cet état de somnambulisme à forme léthargic[ue, elle ne cesse de répéter : « Oh ! j'ai sommeil... vous me faites mal de me réveiller... j'ai sommeil, je vais tomber... vous me faites mal de me parler... M. Janet ne veut pas... quand est-ce qu'il va venir?... » Dans un instant de lucidité, elle me reconnaît, me saisit la main avec un cri de satisfaction et alors se rendort paisiblement et sans rêver.
Le lendemain, 3 mars, M"» B... ne fut pas endormie et se porta très bien. ^
Le 4, il faut signaler un incident assez curieux. Je voulais endormir .M°»« B... de chez moi par le commandement mental ordinaire et j'y pensais depuis trois ou quatre minutes quand plusieurs personnes entrant chez moi vinrent interrompre ma singulière occupation. Il me fut impossible de la reprendre» et, quand une heure plus tard, je pus aller au pavillon où U^^ 6... se trouvait, je croyais Texpérience absolument manquée. M"*® B... était sur une chaise, endormie en apparence depuis plus de trois c[uarts d'heure; fiur ma recommandation, personne ne l'avait dérangée. Je voulus lui prendre la main pour provoquer les contractures caractéristiques, mais elle tressaillit immédiatement, ouvrit les yeux et se leva en disant qu'elle ne dormait pas du tout. Cependant, le regard était hagard, la démarche titubante, et je dus même la soutenir pour la mener dans une autre pièce. D'ailleurs, elle se rendormit bientôt complètement en me touchant la main. N'y a-t-il pas (Quelque chose de curieux dans cet étourdissement, ce demi-sommeil se produisant exactement le jour et l'heure où moi-même j'avais songé à l'endormir sans y mettre le temps suffisant?
Le 5 mars, d'ailleurs, dans les mômes conditions et cette fois vers cinq heures du soir, je pensai à l'endormir pendant dix minutes et je la trouvai peu d'instants après dans le même état de catalepsie déjà décrit.
Le è mars, ce fut M. Gibert qui çssaya de l'endormir
ainsi de chez lui et à une heure toute différente, à huit
heures du soir. 11 y réussit parfaitement, quoiqu'il n'eût pas
endormi le sujet depuis huit jours. Remarquons que ce
our-là une tierce personne avait réglé sa montre sur celle
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de M. Gibert et observait de très près M°»o B... On la vit s'endormir exactement à 8 heures 3 minutes. Une pareille précisioa read toute coïncidence fortuite bien difficile à supposer.
Les jours suivants, nous n^avons pas essayé de sommeil à distance et, le 9 mars, quand j'ai voulu recommencer, j'ai échoué.
Le iO mars, c'est M. Gibert qui endort le sujet de chez lui ; il fit même ce jour-là une expérience des plus intéressantes. Mais, comme je n'ai pas pu y assister et qu'elle fut recommencée plus tard, j'en retarde la description. Point de tentative le 4 < ni le 12. Le 43, je l'endors de chez moi à 4 heures et je le trouve à 4 heures un quart en état de catalepsie. Ce jour-là encore elle cousait du même mouvement automatique un ouvrage qui paraissait compliqué et qu'elle exécutait assez bien, mais 1res lentement. Sans rien dire, sans la toucher, par conséquent sans la prévenir de ma présence, je me contente de lui commander par la pensée qu'elle doit dormir encore et plus profondément. Elle pousse un soupir, les mouvements des mains s'arrêtent et elle reste immobile dans la dernière position. J'insiste encore et elle retombe en arrière dans la plus complète résolution musculaire. Le choc sur les tendons du poignet produisait maintenant les contractures particulières à Ta létnargie...
Le 14 mars, à 3 heures, je l'ai encore endormie de la même manière et je l'ai trouvée dans un état de somnam* bulisme léthargique sans aucun mouvement.
Le 16 mars, il lut convenu entre nous, que M. Gibert endormirait M"* B... par la pensée, de chez lui, et qu'il essayerait, en restant toujours chez lui, de la forcer à se lever et à venir nous rejoindre. Mon frère, Jules Janet, interne des hôpitaux de Paris, se trouvait alors au Havre et devait venir avec moi chez M. Gibert avant huit heures du soir, moment où nous avions l'intention de commencer l'expérience. Un retard inattendu nous empêcha de rejoindre M. Gibert assez tôt, et l'expérience ne put commencer qu'à 9 heures. Je signale cet incident insignifiant ; car si, par extraordinaire, M**® B... avait pu être prévenue de notre intention, elle se serait endormie et se serait mise en marche à 8 heures et non pas à 9 heures. Or, voici ce qui arriva. Ne voulant pas laisser cette femme endormie marcher au travers des rues sans précautions, j'ai quitté M. Giberl et j'ai été vers le pavillon où se trouvait M™° B... Je ne suis pas entré de peur de produire quelque suggestion par ma pré*
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sence, mais je suis seulement resté assez loin dans la rue. A 9 heures et (Quelques minutes, M"*® B... est sortie brusquement de la maison; elle ne s'était pas couverte et marchait à pas précipités; je me suis mis auprès d'elle et j'ai vu qu'elle avait les yeux entièrement fermés et qu'elle avait tous les signes que je connaissais bien de son étatsomnambulique; e\U évitait tous les obstacles avec une adresse qui me rassura, mais elle fut très longue à me reconnaître. Au début, elle me repoussait et ne voulait pas, disait-elle, être accompagnée; au bout de deux cents mètres, elle sut qui j'étais et parut satisfaite de ma présence. D'ailleurs, à plusieurs reprises, je fus très inquiété par des hésitations de sa marche; elle s'arrêtait et se balançait en avant et en arrière comme si elle allait tomber. Je craigiiiais beaucoup qu'elle n'entrât brusc[uement dans une périoue de léthargie ou de catalepsie qui aurait rendu le voyage diHicile : iv n'en fut rien; elle se redressa et arriva sans encombre. A peine arrivée, elle tomba sur un fauteuil dans la léthargie la plus profonde. Cette léthargie ne fut interrompue qu'un instant, par une période de somnambulisme où elle murmura : « Je suis venue... j'ai vu M. Janet... j'ai réfléchi qu'il ne faut pas que je prenne la rue d'Etretat, il y a tjop de monde (elle a pris d'elle-même une autre rue). Un homme s'est jeté devant moi... il a dit que j'étais aveugle, est-il bête... » et elle resta longtemps endormie. Plus tard, elle revint au somnambulisme et raconta qu'elle avait éprouvé beaucoup de fatigue et d'hésitation pendant la route, parce que, croyait-elle, M. Gibert n'avait pas pensé assez continûment à la faire venir. Elles s'était endormie, comme on me le raconta ensuite, quelques minutes avant 9 heures, c'est-àdire à l'heure où M. Gibert y avait pensé, mais elle ne s'était mise en marche que cinq ou six minutes plus tard.
Celte expérience fut recommencée avec le même succès une fois devant iM. Paul Janet le 20 avril et une autre fois devant MM. Myers, Marillier et Ochorowiczle 22. Notons que jamais M"« B.. ne s'endort ainsi le soir et ne se met en route en somnambulisme ». (Voir le chap. IVde la i*^ partie.)
Tel est le récit des expériences qui ont été tentées sur le sommeil h distance pendant cette seconde série de recherches. M"« B... nous avait quittés le 18 mars. Mais plusieurs personnes, entre autres mon oncle, M. Paul Janet, M. le D"^ Charles Richet, MM. Myers de.Càmbridge, M. le D' Ochorowicz, M. Marillier, nous ayant exprimé le désir de voir quelques-unes de ces expériences, nous i'avuûi fait revenir au Havre le \ 3 avril.
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J'étais fort inquiet sur le succès de ces expériences, parce qu'elles se présentaient à mon avis, dans de mauvaises conditions. Je n'avais réussi le sommeil à distance auparavant qu'après un assez long exercice du sujet : quatorze ou quinze séances au moins, convenablement espacées, c'est-à-dire à peu près une heure par jour. Or, ces messieurs devaient arriver au Havre deux ou trois jours à peine après l'arrivée de la somnambule qui devait avoir perdu depuis un mois une grande partie de son habitude h^notique. Pour remédier à cet inconvénient, j'ai endormi le sujet plusieurs fois
fatiguée ; elle avait, à de fréquentes reprises, des maux de tête, qui troublaient complètement les phénomènes normaux *. Enfin il lui arriva au bout de quelques jours d'être dans une sorte de somnolence presque continuelle. Ainsi, une fois, elle tomba spontanément en catalepsie sans sug-* gestion aucune, deux heures après avoir été réveillée. Mon avis est que, ce jour-là, après deux séances d'hypnotisme fort longues, elle avait été mal réveillée.
« En tous les cas, voici simplement la statistique des expériences sur le sommeil à distance pendant ce troisième séjour de M"« B... au Havre, Le 44 avril étant seul avec elle, e l'ai endormie sans la toucher, mais en me tenant dans a même chambre qu'elle. Le dimanche 48, j'étais encore seul; j'ai essayé pour la première fois dans cette série de l'endormir de chez moi : j'y ai parfaitement réussi; elle s'est endormie dix minutes après l'instant où j'avais commencé à y penser. Le lundi 19, mon oncle, M. Paul Janet, venait d'arriver au Havre; je voulais lui montrer d'abord la somnambule avant de tenter une expérience; il préféra, personne ne pouvant être prévenu, prier M. Gibert de l'endormir immédiatement de chez lui. Pris ainsi à l'improviste, M. Gibert essaya ce commandement à quatre heures : nous avons trouvé M"® B... complètement endormie à quatre heures un quart. Le mardi 20, M. Gibert la encore endormie de loin à huit heures du soir devant M. Paul Janet et l'a fait venir chez lui par suggestion mentale comme je le raconterai tout à l'heure Malheureusement, les deux jours suivants, le 21 et le 22, pour dilférentes raisons dans lesquelles la fatigue du sujet et ses maux de tête entrent pour
« On aurait pu lui enlever ces maux de (ête en quelques mînutef5, par rim position des mains et par suggestion.
SUGGESTION MEIiîTALE A DIST.VNCE
beaucoup, deux essais de sommeil à distance (en lés par M. Gibert, ne réussirent • qu'incomplètement ; le sujet ne s'endormit qu'une demi-heure plus tard après une longue résistance. Mais le même jour, 22 avril, M. Gibert l'endormit avec bien pins d'exactitude dans la soirée, et le vendredi et le samedi suivants, à des heures différentes choisies par MM.Myers, Ochorowicz et MarilJier, j'ai endormi le sujet de loin avec un plein succès et une grande précision.
« Ces messieurs nous quittèrent le dimanche de Pâques et il était fort nécessaire de laisser reposer le sujet. Je n'ai repris ces recherches que le 4 mai où j ai endormi le sujet de près; mais les deux jours suivants, 5 et 6, j'ai encore obtenu deux fois le sommeil à distance. Le récit de ces expériences n'aurait aucun intérêt, car il serait identique aux précédents... »
M. Janet termine par un résumé des essais de sommeil à distance faits tantôt par lui, tantôt par le D' Gibert.
Sur vingt-deux expériences, il y eut six échecs^ trois tout au début, quand l'habitude somnambulique n'était pas encore assez forte, un plus tard, également après une interruption de quelques jours dans les séances, et deux quand le sujet a résisté plus d'une demi-heure avant de s'endormir, ^nsomm^ seize succès « précis et complets». « Faut-il croire, ajoute M. Janet, qu'il y a eu seize fois une coïncidence fortuite quoique exacte ? Là supposition est peut-être un peu invraisemblable ; y a-t-U eu toutes les fois suggestion involontaire de notre part? Je ne puis répondre qu'une chose, c'est que très sincèrement nous avons pris toutes les précautions possibles pour l'éviter. »
Toutes ces expériences tendent à démontrer non seulement l'action à distance en général, mais encore :
1** L'importance du « rapport » qui ne s'établit qu'à la suite de plusieurs magnétisations consécutives, et qui appose un cachet d'individualité sur chaque expérience réussie (le sujet reconnaît toujours si c'est M. Gibert ou M. Janet qui l'avait endormi à distance, et la profondeur de l'état provoqué dépend de l'intimité du « rapport»);
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