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HYPOTHÈSE D'UNE ACTION PHYSIQUE DIRECTE

Individuellement différent, et peut faire passer dans celui-ci les mêmes modifications virtuelles. C'est donc le fluide qui transmet la pensée, celle-ci n'ayant pas besoin de quitter son corps, pour agir sur un autre corps.

Le premier qui a exposé cette théorie fut Lecat *, docteur en médecine et professeur de physiologie. Son fluide s'appelle fluide animal^ et il est intéressant à voir que déjà, en 1767, on s'efforçait à expliquer certaines transmissions mystérieuses. « Ce fluide, dit Lecat, affecté du caractère particulier d'une passion, en porte l'impression jusque dans le fluide animal des autres individus (154), » car « les sensations et les pressions consistent dans des modifications du fluide animal, et ces carac* lères se communiquent aux fluides de même espèce, et sont susceptibles de changement à tout instant (549) », Ce fluide est une émanation, que l'auteur confond souvent avec les émanations odorifères, comme du reste la plupart des magnétiseurs.

Citons encore un dernier passage :

« Dès qu'on se rendra aux faits évidents qui prouvent que les différents caractères du fluide animal et des fluides végétaux produisent dans les fluides des autres individus des émotions, des changements de caractères, des révolutions considérables, stdvant leur consonnance ou dissonnance, on n'aura pas de peine à concevoir tous les effets qui résultent de leur concours naturel ou de leur conflit, de quelque genre que ce soit, intellectuel^ animal ou animO'Végétal (242). »

Telle est, en quelques mots, la théorie du fluide mfi^gnétique.

Mais, pourquoi magnétique?

four répondre à cette question, écoutons ce qu'en dit le principal promoteur de cette théorie, J.-P.-P. Deleuze ; ^

* fj-x^ui^Jru'.U (te5 sensations. Paris, 1767, p. 154, 24î«

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« Un somnambule saisît la volonté de son magnétiseur, il exécute une chose qui lui est demandée menlalement. Pour se rendre raison de ce phénomène, il faut considérer les somnambules comme des aimants infiniment mobiles : il ne se fait pas un mouvement dans le cerveau de leur magnétiseur sans que ce niouvement ne se répète chez eux, ou du moins sans qu'ils ne le sentent*. »

Mais c'est sartout le phénomène plus évident et plus fréquent de Vattractton qui fît penser à cette analogie. On se rappelle Texpérience de Bruno. Elle montre ce phénomène à un degré exceptionnel; mais il est très commun de voir la main du sujet attirée par l'approche de la main du magnétiseur, et suivre ses mouvements. Un aimant approché du sujet produit le même phénomène; et quoique cette action ne soit pas à proprement parler magnétique, on comprend que de pareils phénomènes aient pu déterminer le choix du mot « magnétisme animal », qui n'est pas plus bête que celui d' « électricité », donné à des phénomèneis qu'on connaît, et qui n'ont rien à faire avec l'ambre (électron).

Puységur, lui aussi, fut frappé de l'analogie qui existe entre une boussole et un sujet mentalement suggestible : mais, comme nous allons le voir, il ne s'arrêta pas à cette analogie apparente.

Deleuze fait encore une autre comparaison : « On sait-, dit-il, que si l'on place à côté l'un de l'autre deux instruments à l'unisson, et qu'on pince les cordes du premier, les cordes correspondantes du second résonnent d'elles-mêmes. Ce phénomène physique est semblable à celui qui a lieu dans le magnétisme (p. 180). »

D'après cette dernière analogie, ce serait le flqide magnétique qui transmettrait les vibrations psychiques, comme les vibrations sonores sont transmises pslr Tair.

* Deleuze, Histoire critique du magn, Paris, 1813, p* \%U

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Quant à Faction à une plus grande distance, voici ce qu'en dit cet auteur :

« Quoiqu'il soit très difficile d'expliquer comment le fluide magnétique peut agir d'un appartement à l'autre, la plupart des magnétiseurs en sont convaincus. J'ai moi-même fait àes expériences qui tendent à le prouver. Cependant, ce phénomène étant du nombre de ceux qui me paraissent inconcevables, j'invite les magnétiseurs à l'examiner de nouveau (1813) et à ne le croire vrai qu'après avoir constaté par leur propre expérience. Au reste, la lumière et le son se portent à de très grandes distances, sans qu'on puisse concevoir dans le mobile qui les envoie, une force assez grande pour les pousser rapidement, même au travers des corps. Que la lumière soit une émanation des corps lumineux, ou un ébranlement imprimé à l'éther, il n'est pas plus aisé de comprendre comment l'éclat d'un charbon ou d'une bougie se fait apercevoir instantanément à une grande distance au travers des corps transparents, ni comment la lumière d'une étoile arrive jusqu'à nous. Peut-être des phénomènes que nous refusons de croire parce que nous ne les avons point observés, ne sont ils pas plus incompréhensibles que d'autres, qui ne nous étonnent point parce que nous les voyons tous les jours (p. 85). »

Puis , par rapport aux conditions de l'action , il ajoute :

« Pour que le fluide qui part de moi agisse sur celui de l'homme que je magnétise, il faut que les deux fluides s' unissent y qu'ils aient le même ton de mouvement. Si je touche avec volonté et avec attention, et que celui sur lequel je veux agir soit dans un état passif ou d'martion, ce sera mon fluide qui déterminera le mouvement du sien. Il se passe alors quelque chose de semblable à ce qui a lieu entre un fer aimanté et un qui ne l'est pas : lorsqu'on passe plusieurs fois et dans le même sens l'un sur l'autre, le premier communique à l'autre

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son mouvement ou sa vertu. Ceci n'est point une expli* cation, mais une comparaison (p. 91). »

« Une fois que les nerfs sont abreuvés d*une certaine quantité de fluide, ils acquièrent une susceptibilité dont nous n'avons aucune idée dans l'état ordinaire. Considérez l'individu magnétisé comme faisant en quelque sorte partie de son magnétiseur, et vous ne serez plus étonné que la volonté de celui-ci agisse sur lui et détermine ses mouvements. Voilà tout ce que je puis dire sur le principe de Taction magnétique et sur l'influence de la volonté (p. 93). »

Evidemment ce n'est pas une explication. Mais aussi ni Deleuze ni aucun de ses successeurs ne se sont point flattés d'avoir expliqué tout le mystère. Ils ont seulement insisté sur la nécessité d'admettre une action physique^ qu'ils résument par les mots : émission du fluide^ pour concevoir, autant que possible, les din*érents phénomènes de transmission. « La volonté, dit Lafontaine, ne peut agir matériellement sur un autre corps. Notre volonté n'agit que sur nous-mêmes , en produisant une sécrétion plus active au cerveau et des contractions au plexus; de là l'émission d'une plus grande quantité de fluide et plus d'intensité dans l'ar^tion... Nous pouvons donc dire avec raison que les phénomènes magnétiques ont une seule et unique cause, le fluide vital, et que la volonté n'est ici qu'un accessoire, comme en toutes choses... Ce qui a fait penser que la volonté agissait sur le magnétisé, c'est un des effets qui se présentent dans l'état somnambulique. Un somnambule, dont la lucidité est développée, voit la pensée du magnétiseur et obéit à l'ordre mental. C'est une transmission de pensée; on a conclu de là que la volonté, à laquelle le sujet était ainsi soumis devait être la cause; mais on a fait erreur, on a confondu la cause avec l'eff'et. La transmission de pensée n'est qu'un résultat de l'état particulier dans lequel se trouve le sujet. Si le magnétiseur n'est pas dans

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