‹ De la suppression du cristallin transparent dans le traitement de la myopie stationnaire élevée et de la myopie progressiveChapitre 33 sur 36 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

JEAN JANIN. — MÉMOIRES ET OBSERVATIONS ANATOMIQUES, PHY- SIOLOGIQUES ET PHYSIQUES SUR L'ŒIL ET LES MALADIES QUI AFFECTENT CET ORGANE. — 4772.

OBSERVATIONS ET DISSERTIONS SUR LA CATARACTE, IV® OBSERVATION (P- 232).

Sur une vue myope qui se change en presbyle après l'extrac-

lion de la cataracte.

« Madame la veuve Reguilliat était myope depuis sa naissance au point que pour lire elle étoit obligée de porter son livre à environ 2 pouces et demi de l'organe. Sa vue resta toujours dans le même état jusqu'à l'âge de 70 ans, temps auquel la cataracte se manifesta dans chacun de ses yeux. Opération au commencement d'août 1769...

« La vue de cette dame se perfectionna au point qu'elle eut la satisfaction de s'appercevoir qu'elle distinguoit beaucoup mieux les objets éloignés qu'elle ne l'avait jamais fait et de pouvoir lire sans lunettes, et cela en éloignant le livre de l'organe d'environ 15 à 16 pouces, ce qu'elle ne pouvait faire si le livre étoit à une moindre distance.

« Voilà un œil myope que l'extraction du cristallin cataracté a changé en presbyte. Quelle peut être la cause de ce phénomène ?

« Pour l'expliquer d'une manière satisfaisante, il faut nous rappeler ces principes de Physiologie. :

&« 1° Que la myopie n est causée que par le trop grand volume du corps vitré ou par celui du corps crystalloïde. De là s'ensuit, d'après l'opinion de tous les Physiciens que les rayons venant d'un objet éloigné se réunissent avant que d’avoir pu atteindre le fond concave de l'œil : ce qui empêche de distinguer l’objet, du moins parfaitement ;

« 2° Que la presbyopie a pour cause selon le sentiment le plus généralement reçu l’affaissement du crystallin et du corps vitré ; ce

qui est une suite de l'âge des personnes qui ont cette espèce de vue. D'autres disent au contraire que cette indisposition de l'organe visuel vient de l'inaction de la couronne ciliaire ce qui empêche le corps crystalloïde à se porter en avant lorsqu'elles veulent distinguer un objet voisin ;

« 3° Que le crystallin est beaucoup plus dense que le corps vitré, par conséquent les réfractions que subissent les‘rayons de lumière dans celui-ci sont moins fortes que celles qui se font dans le corps crystalloïde. Ê

« Ces vérités rappelées, on conçoit, que le crystallin opaque que jai extrait de l'œil gauche de Madame Reguilliat n'ayant guère plus de volume que ceux des yeux ordinaires, la myopie de cette Dame ne devait provenir selon toute apparence que de la trop grande étendue du corps vitré; or, celui-ci élant sans erystallin est suffisant pour réfracter les rayons lumineux et déterminer leur réunion exacte sur l'organe immédiat de la vue ; ce qui rend les perceptions très distinctes ; mais aussi pour qu’elles le soient il faut que cette Dame éloigne son livre de 15 à 16 pouces de son organe pour pouvoir lire. Il y a lieu de présumer que si l’action de la couronne ciliaire de cet œil pouvait avoir son effet, elle pourrait pour lors, à cause de la plus grande convexité du corps vitré, lire et distinguer de petits objets dans un moindre éloignement que celui où elle les voit. Il résulte de là que la couronne ciliaire n'ayant plus de contraction chez cette Dame, le corps vitré garde constamment la même convexité antérieure, à quelque distance que puisse être un livre, de sorte qu'elle ne peut lire que dans un point déterminé qui est celui de 15 à 16 pouces.

« Il y a quelque vraisemblance que la couronne ciliaire de l'œil du sujet de l'observation précédente (1) varie par son action la

(1) Celle d'un fils de M. Soulier, ancien officier, opéré d’une cataracte congénilale. Après opération :

« M. Soulier eut la satisfaction de lire sans ie secours des lunettes des ouvrages imprimés en très pelits caractères, ce qu'il continue de faire encore.

« On sait que toutes les personnes auxquelles on a fait l'opération de la

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forme convexe de la partie antérieure du corps vitré. Aussi, M. Soulier voit également bien les objets voisins et éloignés; voilà d'abord une différenee dans les perceptions de ces 2 sujets, mais il en existe encore une qu'il est essentiel de faire remarquer, c'est que celui-ci a la configuration de son œil comme ceux qui jouissent d'une bonne vue, au lieu que le globe de Madame Reguilliat annonce par sa grande sphéricité que cet organe était myope. Ce n’est donc pas la même cause qui a donné à ces deux veux la faculté exclusive de pouvoir lire sans avoir recours à des lunettes à cataracte. Mais quelle peut être cette cause? J'en laisse l'explication aux physiologistes et aux physiciens.

« Je ne puis passer sous silence un autre phénomène que Madame Reguilliat a observé environ un an après. Sa première opération fit un tel progrès que la vue de cet œil fut bientôt perdue. Mais, comme le peu de clarté qui distinguoit encore cet organe, troubloit la vue de l’autre, la malade me sollicita à lui extraire cette dernière cataracte, ce que Je fis en juillet 1770.

« Cette opération se termina aussi heureusement que la première ; la vue de cet organe subit les mêmes gradations dans son amélioration que celles de l’autre œil. Dès que les deux yeux furent développés et rendus à la lumière, la malade s'apperçut avec étonnement qu'elle voyait les objets doubles, elle me fit part de cette singularité et des inquiétudes qu'elle avait fait naître.

« Je cherchai à en reconnaître la cause : pour cet effet, J'examinai les deux yeux, ensemble et séparément, Je n'y remarquai rien qui put me la faire découvrir, car l'axe des deux veux était parailèle, il n'y existoit ni douleur, ni inflammation, le diamètre des 2 pupilles étoit égal, je conclus de là que ce ne pouvoit être

que la foiblesse de la vue, dans l'œil qui venait d'être opéré qui

cataracte ont besoin de verres convexes pour pouvoir distinguer les ‘plus petits objets... Cependant le jeune opéré n'avoit pas besoin de lunettes pour re. Il serait intéressant de dévoiler la cause de ce phénomène extraordinaire. » (Observation IT, p. 228 et 29).

portoit le désordre dans les perceptions : en conséquence, je me bornai à conseiller à la malade de laver son œil droit avec du vin tiède, soir et matin, et d'y en faire entrer quelques gouttes à chaque fois. Ce moyen réussit au mieux, dans peu, sa vue se fortifia el les perceptions cessèrent d'être doubles.

« Quelle pouvoit être la cause de cette duplicité dans les objets apperçus ? Si l’on a recours pour expliquer cette illusion d'optique aux points correspondants de la rétine ou choroïde, il sera, Je crois, tres difficile de donner une solution satisfaisante de ce phénomène, surtout si l'on observe que cette double vision présentoit l'objet en 2 points, l'un éloit en haut et l'autre en bas: l'image supérieure étoit très distincte, c'étoit aussi la place qu'occupoit l'objet apperçu: l’image inférieure ou pour mieux dire, le spectre qui causoit l'illusion étoit à environ un pied du premier, mais plus foible en couleur et en lumière, que le supérieur.

« Mais, dira-t-on, quelle est donc la solution la plus vraisemblable qu'on puisse donner pour résoudre ce problème d'optique ? J'espère de la donner dans mon Æssar sur la vision, duquel je ne cesse de m'occuper.

« En examinant le cristallin cataracté, j'observai qu'il était plus aplati que dans l’état naturel: ce qui me fit présumer que la myopie de M. Dugas n'était causée que par le trop grand volume du corps vitré. Ne serait-il pas possible de remédier à une telle indisposition par une ponction faite à la partie inférieure de la sclérotique à environ 3 lignes et demie du limbe de la cornée qui pénétrat jusques dansle corps vitré ? L'expérience seule peut démon-

trer si ce moyen peut être mis au rang des préceptes de l'art. » (1).

(1) Page 245. Note. — VIe observation sur une cataracte fluide et crystalline, compliquée d'hydrophtalmie et d'autres indispositions de l'œil.

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