CONCLUSION
On peut à notre avis et d’après ces observations résumer ainsi les avantages de la ténorrhaphie':
Elle hâte et favorise la réunion des extrémités du tendon, sans diminuer ou augmenter sensiblement son volume.
Elle lui laisse sa longueur exacte et par conséquent toute l’intégrité et la précision de ses mouvements. En maintenant en contact les extrémités sectionnées, elle empêche leur adhérence aux parties voisines, accident qui peut survenir quand, au lieu de pratiquer la suture, on a recours simplement au bandage et à la position. Enfin, son emploi est moins pénible à la fois pour le malade et le chirurgien. Elle donne, déplus, à celui-ci la facilité de panser librement la plaie, de la surveiller dans sa marche journalière et de prévenir ainsi dès leur apparition les complications qui peuvent toujours surgir dans une plaie, quelle qu’elle soit. Et si le pansement à la ouate a été employé, elle laisse l’esprit du chirurgien tranquille sur le rapprochement des parties divisées; il ne craint point, grâce au
fil, que par des mouvements ou des rétractions musculaires les extrémités s’éloignent l’une de l’autre.
Un de ses effets les plus remarquables est encore d’épargner au malade la gêne souvent considérable, quand ce ne sont pas des douleurs, qui résulte de la pression exercée par des appareils contentifs destinés à aider la cicalrisation tendineuse.
On pourrait même ajouter que très-souvent le gonflement et le retrait alternatifs des parties blessées déplacent les appareils et rendent ainsi leur action incertaine sur les bouts des tendons, qui sont toujours à même de glisser aisément dans leurs gaines.
Lorsqu’on n’a recours qu’à la position pour traiter une plaie avec division des tendons, on reste toujours incertain sur la situation des parties sectionnées, sur leur rapprochement immédiat, tandis que par l’application de la suture on voit les deux portions du tendon parfaitement en rapport, solidement maintenues, sans jamais se séparer ni chevaucher l’une sur l’autre. Alors la très-légère lymphe plastique qui s’épanche entre les deux lèvres suffit bientôt pour les unir.
Les bandages unissants nécessitent souvent leur renouvellement, soit pour être serrés, soit pour être desserrés: ces réapplications nécessaires offrent pour la cicatrisation tendineuse le même inconvénient qu’un appareil souvent renouvelé présente pour une fracture. Les deux surfaces de section finissent par s’enflammer, et puis l’on peut voir l’exfoliation se produire. C’est alors que les parties contractent des adhérences avec les tissus voisins, et le muscle correspondant perd sa fonction ou bien déchire la cicatrice par sa contraction.
Les agents delà suture peuvent bien, il est vrai, agir comme corps étranger, provoquer dans les lèvres de la plaie tégumentaire une inflammation'assez vive pour amener une suppuration; mais on est toujours à temps de combattre cette complication, qui sera surtout prévenue par le pansement à la ouate. Si l’on a pu accuser la suture de produire
dans quelques cas des abcès, des phlegmons circonscrits ou diffus, il est probable qu’on pouvait dans ces circonstances trouver d’autres causes de ces complications. Il existe du reste dans la science des cas d’accidents de plaies de tendons survenues même lorsqu’on n’employait pas la suture.
Si la ténorrhaphie est utile dans les cas de plaies récentes, c’est surtout pour les cicatrisations vicieuses des tendons qu’elle offre des avantages incontestables. Car elle rend alors à un membre une partie de ses fonctions perdues depuis des années. Aussi, nous appuyant sur l’exemple de nos maîtres, conseillerons-nous de pratiquer cette opération chaque fois que l’occasion s’en présentera.