OBSERVATION III
Nous lisons dans la Gazette des hôpitaux civils et militaires de l’année 1854, n° 49, un fait rapporté par M. Chassaignac à la Société de chirurgie, concernant la suture des tendons. Ici la suture du bout supérieur est pratiquée, non au bout inférieur, mais bien à la cicatrice qui lui était adhérente. Voici en quels termes cette observation est décrite :
Société de Chirurgie, séance du 12 avril 1854. Présidence de M. Huguier. Présentation de
malades. Suture de tendons.
M. Chassaignac présente à la Société une jeune fille de 16 ans, chez laquelle il a pratiqué une suture des tendons fléchisseurs du pouce et de l’indicateur gauches, trois mois après une plaie de l’avant-bras.
Au mois de novembre 1853, cette jeune fille, étant tombée avec une carafe à moitié vide, fit à la partie inférieure et antérieure de l’avant-bras gauche une plaie transversale qui se cicatrisa, après avoir suppuré pendant quelque temps. La perte des mouvements de flexion du pouce et de l’indicateur s’en étant suivie, la malade vint à l’hôpital Saint-Antoine. L’examen fit reconnaître aussitôt cette paralysie partielle. On constata de plus que le bout inférieur du tendon divisé adhérait solidement à la cicatrice. En effet, toutes les fois que, saisissant le bord inférieur de la cicatrice au moyen de l’ongle, on cherchait à remonter de bas en haut, on déterminait aussitôt la flexion du doigt indicateur. Il s’agissait donc, en ramenant le bout 1873. — Barbaste.
supérieur au contact de la cicatrice dans le point correspondant au bout inférieur, de rétablir les mouvements perdus.
Tel fut le but de l’opération pratiquée le 4 février 1854. On mit à découvert les tendons fléchisseurs dans une étendue de deux travers de doigt, au moyen d’un lambeau rectangulaire représentant un couvercle de tabatière et disposé de telle sorte que l’un des côtés marchait parallèlement à l’artère radiale. Le bord inférieur fcontigu à la cicatrice était transversal et le bord supérieur situé à deux travers de doigt au-dessus, parallèle à celui-ci. Ne trouvant point le tendon divisé, on prolonge de 2 centimètres, à la partie supérieure, l’incision primitive, et après avoir disséqué un petit lambeau triangulaire, on aperçoit au-dessous de lui l’extrémité volumineuse d’un tendon qui se termine d’une manière abrupte. Cette extrémité étant séparée des parties environnantes, on traverse son centre au moyen d’un fil à ligature conduit par une aiguille. Le tendon saisi avec des pinces e§t attiré vers la cicatrice et mis en contact avec son tissu par un point de suture, dont on laisse pendre les deux chefs au dehors. Il n’y avait eu aucun avivement préalable du tendon. Le lambeau tégumentaire est ensuite réappliqué aussi exactement que possible et maintenu en place par de nombreux points de suture entrecoupée; le tout est pansé d’après la méthode du pansement par occlusion, puis la main fortement fléchie et maintenue par un bandage et l’avant-bras placé sur un coussin élevé. Aucun accident n’a suivi cette opération. Au bout de six jours, la réunion était presque complète et la jeune fille commençait à fléchir l’index. En moins de quinze jours, le travail de cicatrisation était entièrement achevé, et la malade sortait après avoir recouvré les mouvements perdus. (Le sécrétaire de la Société, Laborie.)
Nous avons encore à énumérer trois observations de suture de tendons pour des cicatrisations vicieuses dans des plaies anciennes. Au lieu de les donner tout au long, nous préférons rapporter l’analyse
que nous avons puisée dans la Pathologie externe de Follin. Voici en quels termes s’exprime cet auteur, t. Il, page 70 :
« On lit dans Petit (i) (de Lyon) la relation fort concise d’un fait très-intéressant de suture de ce genre. Le sujet de cette observation, M. de Priançon, avait perdu l’usage du doigt indicateur de la main droite, par suite d’une ancienne blessure de la face postérieure de cette partie. 11 insista très-vivement auprès de Petit pour être opéré, et le chirurgien de Lyon finit par se décider à l’opération.
«Le dos de la main fut fendu. J’y cherchai, dit Petit, les deux bouts du tendon séparés par un intervalle de près de 2 pouces ; ils étaient arrondis et tuberculeux. Je les coupai pour en faire une plaie saignante ; je traversai chaque bout du tendon avec une aiguille, les maintins rapprochés par un fil, un bandage et une situation convenable. La guérison radicale, le vingt-cinquième jour, fut une occasion de triomphe pour M. de Priançon, pour l’art et son disciple. »
Roux (2) a fait une opération analogue à celle de Petit, sur un pianiste, qui avait le doigt médius de la main droite continuellement fléchi et comme renversé sur la paume de la main, à la suite de la section de l’extenseur par un morceau de verre. On alla à la recherche des bouts cicatrisés des tendons, on les réunit, et le fil fut enlevé le dix-septième jour. Le doigt reprit ses mouvements normaux.
Sédillot (3) a publié aussi une observation très-remarquable de cette réunion de tendons anciennement divisés et mal cicatrisés. Voici le résumé de ce fait: «Un militaire reçut un coup de sabre au tiers inférieur de la face dorsale de l’avant-bras droit, et quelques semaines après l’accident on constata une perte de mouvements d’extension, complète dans les doigts auriculaire et annulaire, in-
(1) Essai sur la médecine du cœur. Lyon, 1806, p. 320.
(2) Médecine opératoire. Paris, 1816.
(3) Gazette médicale 1854, p. 900.
complète dans le médius. On apercevait alors au tiers postérieur et inférieur de l’avant-bras droit une cicatrice de 13 millimètres de longueur sur 4 millimètres de largeur, de forme allongée, légèrement déprimée, adhérente aux parties subjacentes et située à 23 millimètres de l’apophyse styloïde du cubitus.»
Sédillot fit une incision longitudinale de 6 centimètres à 8 millimètres en dedans de la cicatrice; il aviva les deux bouts du tendon mis à nu, les plaça au contact, les réunit par un seul point de suture au milieu du tendon. La réunion fut faite par un double nœud, dont un des chefs fut coupé, et l’autre maintenu au dehors ; on réunit la peau par trois points de suture, et la main fut tenue dans l’extension. Le malade guérit et reprit les mouvements des doigts blessés.