‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 11 sur 48 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Des affections bulleuses symétriques.

A côté des affections vésiculeuses (Eczéma, Herpès) viennent naturellement se placer les éruptions cutanées, constituées par des bulles. La vésicule et la bulle désignent l’une et l’autre, en pathologie cutanée, un soulèvement de l’épiderme par une sérosité plus ou moins transparente ; elles constituent une seule et même lésion ; leur seule différence se trouve dans leur volume. Deux affections, si intimement connexes, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue clinique, ne sauraient être complètement différentes dans leur nature.

65® pBSERVATION

Pemphigus symétrique de la face dorsale des mains et des pieds.

(Communiquée par M. GAUTHIER, interne à l’hôpital Saint-André.)

J’ai vu à la consultation, le 24 août 1874, une fille de vingtquatre ans, présentant, sur la face dorsale des deux mains et sur la face dorsale des deux pieds une éruption pemphygoïde

datant de quatre jours. Au milieu de lamelles humides encore et de coloration jaunâtre, sont disséminées de nombreuses bulles, remplies d’un liquide séreux et transparent. Ces bulles sont presque toutes volumineuses ; il y en a dont la base égale en diamètre une pièce de deux francs.

La disposition de l’éruption est identique des deux côtés :

Sur les mains, elle occupe la face dorsale, empiétant un peu sur les ongles et les espaces interdigitaux; elle remonte à quatre centimètres au-dessus de l’articulation radio-carpienne; la face palmaire est complètement indemne.

2“ Sur les pieds, l’éruption bulleuse est également limitée à la face dorsale du tarse, du métatarse et du gros orteil. Elle s’arrête, en haut, à trois centimètres environ de l’articulation tibiotarsienne, plus étendue sur la face antérieure de la jambe que sur la face postérieure.

Les bulles reposent sur une surface légèrement enflammée et douloureuse. Leur développement est tout spontané et n’a été provoqué par aucune irritation locale.

Cette jeune fille a eu déjà l’année dernière, à pareille époque, une érythème analogue qui avait rapidement guéri sous l’influence des bains émollients.

66® pBSEI^VATION

Pempbigus chronique, affectant symétriquement les deux côtés du corps.

(Serrice de M, le D' GARAT, salle i, n» 16.)

G... (Mélina), âgée de trente ans, couturière, entre le 1®'septembre 1874 dans le service de M. le D” Carat, salle 4, n® 16, pour y être traitée d’un pempbigus chronique.

L’éruption remonte à quatre mois. Elle a débuté par le front et, de là, s’est propagée à la face et au cou. Suivant ensuite une marche toujours descendante, elle a envahi successivement les deux épaules, les deux côtés du thorax et de l’abdomen ; ce n’est qu’en dernier lieu qu’elle s’est montrée aux membres infériem’s.

Lorsque la malade est entrée à la salle 4, on apercevait encore sur les bras, l’abdomen et les cuisses, des phlyctènes plus ou moins volumineuses et de date récente.

Le 8 septembre, quand je l’ai examinée pour la première fois ce n’était plus que des lamelles foliacées se détachant sur un fond rouge. Elles occupaient les régions suivantes :

1“ Toute la tête, la face et le cou en entier, tout le thorax, tout l’abdomen.

2“ Sur les membres inférieurs et des deux côtés, elles occupaient le tiers supérieur de la cuisse dans toute son étendue ; puis elles s’étendaient en nappe continue sur^^la face externe seulement de ce segment de membre, jusqu’à trois centimètres environ au-dessous de l’articulation du genou. Sur la face interne de la cuisse on apercevait seulement quelques plaques isolées et séparées par des intervalles de peau saine ; quelques plaques encore sur le tiers supérieur des jambes ; les deux tiers inférieurs et le pied sont complètement indemnes.

3® Aux membres supérieurs, l’éruption occupe tout le bras et l’avant-bras; elle envoie une pointe de quelques centimètres sur la face dorsale du poignet et de la main. La face palmaire et les doigts sont sains. Notons encore que sur la face antérieure de l’articulation du coude se trouve, de chaque côté, une surface de huit centimètres de longueur sur quatre de largeur, occupée primitivement ipar l’éruption et aujourd’hui complètement guérie.

67e psSERYATION

Hydroa bulleux à marche symétrique (pemphigus à petites bulles.)

BAZIN, {Loe. cit.)

B... (Louis), âgé de cinquante ans, journalier, entre le 8 jüillet 1865 au pavillon Saint-Mathieu, n° 24.

D’un tempérament sanguin assez marqué, jl présente une constitution légèrement affaiblie. Il se plaint d’être sujet à des crampes d’estomac et à des maux de têtes fréquents ; jamais de douleurs ni dans les muscles, ni dans les articulations ; excès

alcooliques répétés. Il raconte que l’éruption qui l’amène à l’hôpital a paru, pour la première fois, il y a quinze ans et sans cause appréciable. — Cette éruption occupait les jambes et n’a duré que quinze jours. Au bout d’un an, seconde poussée analogue à la première, occupant les mêmes points et qui dure également quinze jours.

Deux ans après, troisième poussée sur les jambes, et apparition d’une éruption analogue sur les membres supérieurs, et qui, du reste, ne persiste pas plus longtemps que les poussées précédentes. Depuis ce moment, l’éruption a disparu et reparu, en s’étendant de plus en plus sur les membres et en durant de plus fn plus longtemps.

Actuellement on observe sur toute la surface du corps, moins la face et les mains, une éruption de petites saillies légèrement boutonneuses, irrégulières, le plus souvent circulaires cependant et inégales dans leurs dimensions, qui varient d’une pièce de 50 centimes à 1 franc.

Parmi ces saillies, la plupart présentent une auréole circonférentielle rouge et légèrement gonflée, en dedans de laquelle se voit un cercle de débris épidermiques affaissés, dont le centre est occupé par une surface légèrement déprimée et recouverte d’une petite croûtelle. Sur le cou, des deux côtés, s’observent quelques bulles, les unes intactes et remplies d’un liquide jaunâtre, les autres affaissées et transformées en croûtes plus ou moins épaisses. Sur les côtés de la poitrine, çà et là, on trouve quelques bulles plus petites que les précédentes, intactes ou rompues de la veille, et ayant encore leur enveloppe épidermique.

Dans la région dorsale, il n’y a pas de bulles actuellement, mais on retrouve une série de taches pigmentaires irrégulières, jaunâtres, indices de bulles anciennes qui ont disparu.

Sur les jambes, l’éruption est confluente et se compose de bulles très petites et d’une poussée récente.

Le malade accuse des picotements légers mais permanents ; pas de démangeaisons ni de traces de grattage.

L’état général est assez satisfaisant, bien que le malade soit amaigri ; appétit bien conservé ; pas de diarrhée, pas de mouvement febrile.

68e pBSERVATION

Pemphigus à petites bulles, disposées d’une façon symétrique, surtout le long des membres.— Vomissements et troubles nerveux concomitants ; délire, mort.

BENDU (Loe. cit.)

; Ogez (Napoléon), âgé de soixante-quatre ans, courtier en bijoux, entre à l’hôpital le 5 mai 1873. C’est un homme vigoureux qui n’a jamais été malade.

L’affection pour laquelle il vient se faire soigner date de deux mois; mais plus de quinze jours auparavant,^! avait déjà du malaise, de l’agitation et des démangeaisons continuelles par tout le corps. L’éruption commença d’abord aux jambes par quelques bulles discrètes ; elle ne tarda pas à gagner les membres supérieurs.

Le jour de son arrivée, on constate une éruption de petites bulles de pemphigus inégales, disposées par petits groupes, à la façon des vésicules d’herpès et distribuées symétriquement dans les différentes régions du corps. C’est ainsi qu’elles sont confluentes, surtout à la racine des cuisses, vers leur face interne, au niveau de la verge, le long du creux axillaire et de la paroi thoracique. Des îlots vésiculeux détachés se voient, dans des points symétriques, à la face interne des bras et des jambes. L’aspect général de l’éruption ne saurait mieux être comparé qu’à un zona généralisé qui aurait eu plusieurs poussées successives, car il existe des groupes où les bulles sont encore pleines de sérosité, tandis que sur d’autres points elles sont croûteuses ou suppurées.

L’exploration de la sensibilité, au niveau des plaques de la cuisse, montre des perturbations assez profondes ; c’est ainsi qu’au milieu de points uniformément hypéresthésiés, on en rencontre quelques-uns où la sensibilité tactile est obscure : la douleur est au contraire vivement perçue ; quant à la température, elle est mal appréciée. Aux aisselles, où les plaques sont plus récentes, les résultats sont plus uniformes. Il existe, en effet,un hyperesthésie excessive non-seulement sur les groupes bulleux, mais sur une zone assez étendue de peau saine. Nulle part, à ce niveau, on ne rencontre de points anesthésiques ;

au contraire, le moindre contact de l’aiguille provoque une sensation de chatouillement extrêmement pénible. (Poudre d’amidon, une pilule d’opium.)

Le 7 mars suivant, une nouvelle poussée de bulles sur la verge, au gland, sur les cuisses et à la voûte palatine.

Le 8, c’est aux bras et aux jambes que se développent les bulles les plus volumineuses, et il est à remarquer que l’aisselle et la cuisse droites sont beaucoup plus couvertes de phlyctènes que les parties similaires du côté gauche. L’hyperesthésie est toujours excessive, le contact des couvertures ne peut être toléré, les parties affectées sont le siège de douleurs spontanées et de sensation de brûlure. (2 grammes de bromure de potassium pansement avec du liniment oléo-calcaire et de la ouate.)

Les jours suivants, loin de se calmer, l’éruption fait des progrès : il se reproduit perpétuellement de nouvelles vésicules qui atteignent successivement les parties non encore malades ; le pouls devient très fréquent et la température s’élève à 40®.

Le 12 mai, le malade commence à délirer par intervalles, et à partir de ce moment ce symptôme persistejusqu’à sa mort.

Le 14, se déclare un frisson assez violent avec exacerbation fébrile ; il coïncide avec l’apparition de plaques érythémateuses analogues à de l’urticaire ; sur le dos des mains, les plaques sont hyperesthésiques.

Ces symptômes se poursuivent les jours suivants ; chaque fois le frisson est suivi d’une poussée d’érythème et d’une éclosion de bulles, tantôt sur un point, tantôt sur un autre ; mais les bulles sont moins abondantes qu’au début. Pendant toute cette période, le traitement consiste en de fortes doses d’opium qui sont poussées jusqu’à 25 cent, d’extrait par jour. A ce prix seul le malade peut obtenir un peu de sommeil. Les démangeaisons sont également moins vives et l’éruption paraît en décroissance, mais le délire persiste et la faiblesse augmente.

Le 24 mai, se voient pour la première fois des vomissements qui se répètent toute la journée et une partie de la nuit. Us reconmmencent le lendemain, malgré la glace et la potion de Rivière. Il ne se fait plus de nouvelles bulles.

Le 26 mai, les vomissements ont cessé, il semble y avoir une rémission dans les symptômes ; on remarque seulement une

MouvGlle plaguG érythématsuse sur la facG. Cstt© plaquG est d’aillem-s très fugitive et a disparu dans la soirée. A part un peu de somnolence, le malade se sent mieux ; rien ne peut faire prévoir une fin prochaine. Cependant la mort survient dans la nuit, presque subitement, après quelques instants d’angoisse, au milieu d’un subdelirium tran juille.

A côté de cette forme de pemphigus grave, qui évolue d’une façon continue, en s’accompagnant de symptômes fébriles intenses, M. Rendu signale d’autres faits dans lesquels on voit, à la suite de névralgies ou de douleurs plus ou moins vagues, éclore des phyctènes bulleuses, souvent purulentes, sur les extrémités des mains et des pieds, et cela pendant des mois et des années, sans que la santé générale paraisse sensiblement en souffrir. M. Rendu n’hésite pas à voir dans ces faits de véritables manifestations trophiques. Behse^ et RusselP en rapportent des exemples. M. Rendu a observé lui-même un cas qui lui paraît susceptible de cette interprétation, et dans lequel l’éruption siégeait symétriquement aux pieds et aux mains. A ce double titre, nous devons le rapporter ici :

69® pBSERYATION

Eruptions successives de pblyctènes séro-purulentes aux mains et aux pieds, symétriques, avec fluxion œdémateuse et hyeprestbésie concomitante.

RENDU. [Loe. eit., p. 20Q.)

M,... (Elisabeth), âgée de vingt-huit ans, a tous les attributs extérieurs d’une belle santé. Elle a cependant éprouvé presque constamment des accidents nerveux, des palpitations assez habituelles; elle paraît avoir eu des douleurs rhumatismales (?).

’ Behse, Petersburgen mediciaiscbe Zeitschrift, Bd. XV, p. 351 , 186>. VRussell, Med. TJmes and Gaz., octobre 1864, p. 64

L’affection qui l’amène à l’hôpital date déjà de plus d’une année; mais bien auparavant elle était sujette fréquemment, dit-elle, à des éruptions de « plaques sèches » avec rougeur et gonflement des doigts de la main, apparaissant et disparaissant rapidement, qui semblent se rapporter à de l’urticaire. Depuis douze à quinze mois environ, cette éruption érythémateuse s’est compliquée de la présence de huiles séro-purulentes, en général de petite dimension, et qui, au premier aspect, pour raient être prises pour de l’eczéma. C’est en effet sous ce nom qu’on avait d’abord envisagé l’éruption, l’année dernière ; mais au bout de quelque temps la marche spéciale des accidents fit rejeter ce diagnostic.

Au 10 janvier 1873, elle était depuis quatre mois dans le service, et les accidents n’avaient jamais varié dans leur évolution. Gomme ils se sont montrés depuis, pendant les six mois que j’ai observé la malade, constamment avec les mêmes caractères, je vais décrire exactement les symptômes qui précédaient, accompagnaient et suivaient l’éruption bulleuse.

Tous les six ou sept jours, parfois plus souvent, plus rarement tous les quinze jours, la malade était prise d’une sensation de fatigue, de courbature générale ; sa figure s’animait, elle éprouvait des maux de tête, et la température s’élevait quelquefois à 39° et 40°, en même temps que le pouls s’accélérait d’une façon extrême ( 120 à 140 puis. ). Malgré cette augmentation de chaleur, elle se plaignait, dans- ces moments, d’une sensation de froid périphérique, Il y avait donc perversion de la sensibilité, comme au premier stade des fièvres intermittentes , mais il n’y avait point de frisson véritable. Quelques heures après- cette poussée fébrile, et presque instantanément, on voyait se produire une fluxion active aux extrémités des membres, surtout des membres inférieurs. Cette fluxion hyperémique se caractérisait par une rougeur vive, avec tension et battements douloureux dans les pieds et les jambes ; elle ressemblait absolument à la rougeur d’un érysipèle ou d’une angioleucîte diffuse. L’érythème s’arrêtait de chaque côté au même niveau, et remontait environ jusqu’au tiers de la jambe ; il ne dépassait guère cette limite. Aux membres supérieurs, il se bornait en général aux mains et aux poignets.

Sur la plaque érythémateuse, la sensibilité tactile et la sensi-

bilité à la douleur étaient plus exaltées ; la température, au contraire, était moins bien appréciée que sur les parties normales. La peau était le siège de sensations de cuisson et de brûlure, qui succédaient à l’impression de froid du début.

En même temps que se montrait l’œdème douloureux, la malade était prise en général d’une sueur, abondante, et à ce moment se produisait l’éruption caractéristique.

C’était une éclosion de phlyctènes, de grandeur et de forme irrégulières, disposées d’ordinaire par groupes, et de préférence le long de la face interne du pied pour les membres inférieurs, â la paume des mains et sur les parties latérales des doigts pour les membres supérieurs. Ce qui était constant et fort remarquable, chez cette malade, c’est que chaque poussée de bulles se faisait de chaque côté, aux points exactement correspondants, en sorte que réruption de droite était calquée sur celle de gauche. Les phlyctènes étaient parfois transparentes au début ; le plus souvent elles étaient d’emblée séro-purulentes, et elles arrivaient toujours très vite à l’état de bulles purulentes. Leur réaction chimique était franchement alcaline. Ces bulles étaient fort douloureuses, et le travail de soulèvement de l’épiderme, surtout à la plante des pieds, empêchait absolument la malade de dormir. Au moment où se faisaient ces phlyctènes , la fièvre arrivait à son maximum, et il n’était pas très rare de voir le pouls monter à 140 pulsations.

Au milieu de ces désordres, il était remarquable de voir que la santé générale et l’embonpoint se maintenaient dans leur état normal ; l’appétit était seulement diminué.

Cette période d’état durait en général de quarante-huit à soixante-douze heures ; puis, on voyait la surface érythématheuses pâlir, l’œdème se détendre et la peau des extrémités inférieures se dépouiller en larges squames, comme dans l’érysipèle ou la scarlatine ; les bulles devenaient croûteuseset souvent continuaient à être soulevées par une nouvelle production de pus, comme dans le rupia. Puis, tout rentrait petit à petit dans les conditions normales, sauf un peu d’empâtement qui persistait quelques jours, souvent jusqu’à nouvelle récidive.

Les choses ne se terminaient pas toujours aussi simplement; à plusieurs reprises, il se faisait des complications de lym-

phangite aiguë : alors la malade était prise de frissons, la fièvre redoublait et l’on voyait se dessiner, à la face interne des bras ou le long des cuisses, des empâtements considérables dans la direction des vaisseaux lymphatiques. Ordinairement, sous l’influence d’onctions mercurielles, ces empâtements entraient assez facilement en résolution ; mais d’autres fois la suppuration s’y produisit, et l’on dut ouvrir ainsi deux fois des abcès axillaires et sus-épitrochléens.

Cette singulière affection garda constamment les mêmes allures depuis le mois de janvier jusqu’au mois de juillet. La seule amélioration qu’on remarqua fut que les poussées bulleuses revenaient plus rarement dans les derniers mois ; mais la malade quitta l’hôpital non guérie. Les éruptions se reproduisaient sous toute espèce d’influence et sans aucune régularité, parfois plusieurs jours de suite; à l’époque menstruelle,la poussée était manifestement plus forte que dans l’intervalle.

On épuisa, sans aucun bénéfice, tous les moyens de traitements locaux et généraux, y compris les nervins et le bromure de potassium.

Nous rapprocherons de ce fait l’observation suivante, que nous empruntons à la thèse de Gorju^ :

70® pBSERVATION

Erythème bulleux symétrique, apparaissant périodiquement à la plante des pieds.

T... (L.), salle Saint-Paul, à l’Hôtel-Dieu. Cette femme raconte que, depuis dix ans, au commencement des grandes chaleurs, elle voit se former, chaque année, sous la plante du pied, tantôt, du côté gauche, tantôt du côté droit, quelquefois des deux côtés à la fois, une ampoule assez volumineuse qui bientôt crève et livre passage à un liquide roussâtre. Une ulcération succède à cette ampoule ; d’autres se forment bientôt dans des points

’ Gorju, Thèse de Paris 1864, p. 39. Maladies de la peau de la plante des pieds.

voisins, et quoique la malade garde le repos, cette succession de petits abcès a lieu pendant un temps plus ou moins long.

SECTION y

Affections pustuleuses symétriques.

Il n’est rien de plus fréquent que de rencontrer des éruptions pustuleuses sur les mains, chez des individus malpropres, ou chez des ouvriers qui manient sans cesse des matières irritantes. Nous n’en citerons qu’un fait :

71e pBSERYATION

Eruption pustuleuse des deux mains, due à une influence professionnelle.

G... (François), né à Saint-Maurice (Vienne), âgé de soixantetrois ans, entre à l’hôpital Saint-André le 7- mai 1875.

Exerçant la profession de cordonnier, il manie sans cesse de vieilles chaussures, presque toujours malpropres. Le 6 mai, à à la suite d’un travail plus pénible qu’à l’ordinaire, il a vu ses mains se gonfler, devenir rouges et douloureuses. Le lendemain, le gonflement était devenu plus considérable encore ; des pustules apparaissaient sur la face dorsale, et C...,incapable de continuer son travail, entrait eu traitement dans le service de M. Gintrac (salle 15, n° 22).

On constatait, en effet, une tuméfaction considérable des deux mains et une éruption d’impétigo occupant, des deux côtés, la face dorsale des mains et des avant-bras, dans une étendue de cinq ou six centimètres.

Les régions malades étaient le siège d’une cuisson très incommode.

Sous l’influence des bains locaux, le gonflement disparut peu à peu ; les pustules s’affaissèrent et formèrent des croûtes d’un gris sale ; celles-ci ne tardèrent pas à se détacher et le malade sortit complètement guéri.

Voici maintenant une observation intéressante, dans laquelle l’éruption affecte successivement la forme de pustules, de vésicules, de papules; elle apparaît toujours des deux côtés du corps sur des régions exactement similaires et coïncide avec des phénomènes d’irritation spinale, qui ne sont peut-être pas étrangers à sa production.

72* pBSERYATION

Myélite chronique, — douleurs fulgurantes à la région dorso-lombaire, — éruptions pustuleuses et papuleuses symétriques des membres.

(Communiquée par M. PETRE, interne à l’Hôpital Saint-André.)

G... (Marie-Jeanne), âgée de quarante-huit ans, entre àl’hôpital Saint-André, salle 4, lit 21, le 8 octobre 1875.

On ne peut signaler chez elle aucun antécédent héréditaire ; ses parents sont morts de maladies aiguës, l’un à cinquantecinq ans, l’autre à quarante-huit. A dix-sept ans, elle fut atteinte d’une fièvre typhoïde qui ne présenta de particuliei qu’une très longue convalescence,

A l’âge de quarante ans, elle souffrit pendant huit mois d’une laryngite. En dehors de ces deux affections, la malade a toujours eu un état de santé relativement bon. Elle se plaint parfois soit de céphalalgie, soit de douleurs vagues dans les membres inférieurs.

Il y a cinq ou six mois, elle fut prise pendant plusieurs jours • de fièvre, débutant dans la soirée par des frissons et se prolongeant assez avant dant la nuit.

Les douleurs dans les membres ont augmenté en même temps que s’est manifestée une vive souffrance au niveau des vertèbres

lombaires. Impossibilité de se pencher en avant, difficulté dans la marche. Les jambes fléchissent sous le poids du corps, et elle éprouve des fourmillements presque constants.

'est alors qu’elle se décide à entrer à l’hôpital.

En présence des détails qu’elle donne sur son affection et de son état actuel, c’est-à-dire paralysie presque complète des membres inférieurs, douleurs bien limitées en un point de la colonne vertébrale, on porta le diagnostic de myélite chronique et on appliqua d’abord des vésicatoires répétés le long de la colonne.

Ce mode de traitement ayant amené peu d’amélioration, on pratiqua la cautérisation au fer rouge de chaque côté de l’apophyse épineuse des vertèbres lombaires. L’usage des membres inférieuis revient en partie, mais quinze jours environ après ces cautérisations, se manifeste l’éruption qui va nous occuper.

Cette éruption siège aux membres supérieurs et aux membres inférieurs, mais avec un aspect bien différent. Le tronc et la tête sont absolument indemnes. Aux membres inférieurs, c’est une éruption d’ecthyma qui se déssèche au bout de dix jours et ne présente bientôt plus que des croûtes.

Cette éruption s’étend depuis les malléoles jusque vers la partie moyenne des jambes. Les pieds et la partie supérieure des jambes sont indemnes. Elle se reproduit à la cuisse et commence immédiatement au-dessus de l’articulation pour occuper le tiers inférieur. Pas un seul bouton à la partie supérieure.

Elle existe à peu près également à droite et à gauche ; cependant elle est plus marquée de ce côté et occupe seulement la partie antérieure et externe.

Aux membres supérieurs^ l’éruption siège à la face externe de chaque membre. Au bras, ce sont des pustules d’ecthyma symétriquement placées et jetées là comme des boutons de vaccine. A Favant-bras et sur la face dorsale de la main, on a plutôt affaire à une éruption érythémateuse dont les plaques atteignent, les unes, les dimensions d’une pièce de 2 francs avec une forme légèrement ovalaire, tandis que les autres n’ont pas plus de 1 centimètre. Les plaques, au nombre de quatre du côté droit et de cinq du côté gauche, sont placées en des points tout à fait symétriques.

Quelques jours après leur début, elles s’affaissent, se fen-

dillent et présentent une vive démangeaison. La saillie qu’elles font sur la peau est aplatie et légèrement déprimée au centre. Leur couleur lie de vin tranche nettement sur la couleur du tissu voisin

A ce moment de l'affection nous n’avons à signaler aucun symptôme général. Pas de fièvre, bon appétit, sommeil régulier. Nous noterons seulement la faiblesse des membres inférieurs et quelques douleurs lombaires.

Le 15 octobre 1875, les plaques érythémateuses des mains se couvrent d’une éruption de papules et de vé.sicules d’eczéma. Cette éruption disparaît au bout d’une quinzaine de jours.

L’ecthyma des jambes a en ce moment complètement disparu, mais on constate sur les cuisses et de chaque côté, celte fois, à la face interne, une éruption papuleuse reproduisant absolument l’aspect de la chair de poule. L’épiderme est en certains points fendillé.

Notons aussi de vives douleurs en ceinture au niveau des derniers espaces intercostaux. Un vésicatoire les fait disparaître.

Le 3 janvier, à la suite du traitement tant général (arsenic, bains) que local (pommades à l’oxyde de zinc), toute éruption a disparu et il ne reste plus qu’une induration légère et une couleur lie de vin, derniers vestiges de l’érythème des mains.

La malade quitte l’hôpital à ce moment et nous ne l’avons pas revue depuis cette époque.

73 e peSERVATION

Impétigo symétrique de la face,

(Service de M. GINTRAC, salle 6, n» 34, comm, par M. DELMAS, interne.)

P... (Jeanne), âgée de cinquante-quatre ans, entrée àlaclinique le 8 juin 1875 : cette femme est atteinte d’une affection cutanée dont le début remonte à six ans. Voici ce qu’on obseï ve actuellement.

Sur les faces latérales du nez, s’étendant vers les pommettes, remontant en haut jusqu’au bord adhérent de la paupière inférieure, limitées en bas par le sillon naso-labial, existent

des squames, analogues par l’aspect à celles du pempWgus foliacé. Ces squames reposent sur des parties rouges et légèrement ulcérées ; elles se détachent assez facilement, mais non sans amener un léger suintement sanguin.

En interrogeant la malade, nous avons appris que cette affection avait débuté par de petites cloches remplies de pus. Ces pustules, d’abord disséminées sur les deux moitiés de la face étaient devenues peu à peu confluentes. Puis, en se rupturant, elles avaient laissé échapper leur contenu qui s'était concrété en squames d’un jaune brunâtre.

L’aspect actuel de ces squames desséchées, ferait prendre facilement cette affection pour un pemphigus, si l’on ne voyait à côté quelques pustules d’impétigo, les unes en pleine évolution, d’autres déjà crevées et en voie de transformation squameuse.

Etat général satisfaisant ; -pas de maladies antérieures ; un peu d’anémie et de lymphatisme. On prescrit du sirop d’iodure de fer. La malade demande son exeat trois jours après son entrée.

La malade entre de nouveau à la clinique le 7 juillet 1875. L’éruption de la face présente la même disposition symétrique qu’elle avait en janvier ; elle est constituée par des croûtes épaisses, jaunâtres, reposant sur une peau rouge manifestement enflammée

Deux nouvelles plaques ont apparu : elles sont situées, de chaque côté, en avant de l’oreille.

Sur le thorax il existe sur la ligne médiane, à la réunion du tiers inférieur avec le tiers moyen du sternum, une plaque d'eczéma ovalaire à grand diamètre transversal, des deux extrémités de laquelle se détachent une série de plaques plus petites, qui se dirigent d’abord en bas et en dehors, pour remonter ensuite et se terminer sur les deux seins, à trois centimètres environ au-dessous des mamelons. Ici encore la symétrie est frappante.

Prescription ; Bains carbonatés, acide arsénieux à l’intérieur.

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