CHAPITRE P
De la moelle considérée comme centre d’innervation vaso-motrice.
Longtemps on a regardé la moelle épinière comme un nerf plus gros que les autres, établissant une communication directe entre les cordons nerveux périphériques et l’encéphale ; en 1836, Valentin voyait accepteruniversellement son Théorème fondamental, que la O moelle est simplement l’ensemble des nerfs périphériques montant vers l’encéphale ». Les recherches modernes ont facilement renversé une théorie qui restreignait les fonctions de l’axe spinal au rôle mo-
1» d’origine centrale..*
2° d’origine périphérique.
des te d’un organe conducteur. Tous les physiologistes sont aujourd’hui d’accord pour reconnaître à la moelle une activité qui lui appartient en propre, activité qui est soumise dans de certaines limites à l'influence cérébrale, mais qui peut également bien s’exercer en dehors d’elle, et parfois même la dominer.
C’est dans la substance grise, comme nous le verrons tout à l’heure, que réside cette activité propre.
Si nous pratiquons sur le cordon médullaire et à diverses hauteurs, des coupes transversales, l’examen des surfaces de section nous montre :
1° Que la moelle se compose de deux moitiés symétriques, séparées en avant et en arrière par deux scissures profondes, intimement unies à leur partie moyenne par deux lames transversales, dont l’une, situéé en avant et formée de substance blanche, a reçu le nom de commissure blanche antérieure, l’autre, plus épaisse et constituée par de la substance grise, le nom de commissure grise postérieure. Cette dernière est traversée dans toute sa hauteur par un canal médian. (Ca72ai de i’épend/me).
2° Que, considérée à part, chacune des moitiés de la moelle est formée à son centre par de la substance grise, à sa périphérie par de la substance blanche ; et qu’elles se prolongent l’une et l’autre dans toute son étendue, la première représentant une longue colonne centrale, la seconde une sorte de gaine interrompue seulement en arrière.
On s’est arrêté pendant longtemps à cette description macroscopique, dans l’impossibilité où l’on était de pénétrer dans des détails de structure que le microscope seul devait révéler.
Et d’abord, il existe dans la moelle un réticulum con-
iQïiQ,i\i(üévroglie de Virchow) dont nous devons laconnaissance aux travaux de Bidder et de ses élèves Kupffer, Owsjaniskow et Metzler ^
Communiquant, au moyen de prolongements filiformes avec les cellules épithéliales du canal central de la moelle (novau périépendymaire), il s’étend jusqu’à la périphérie, où il se condense et s’épaissit de manière à former à la moelle une gaine continue,, qui a reçu du professeur de Dorpat le nom à'enveloppe corticale. Ce revêtement, on le sait, pénètre, en arrière entre les cordons postérieurs, ’qu’il unit intimement.
Les commissures ne sont pas également riches en tissus conjonctifs ; la postérieure en est entièrement constituée ; on n’y rencontre, en effet, qu’un très petit nombre de fibres nerveuses. L’antérieure se compose de deux lames superposées, une lame superficielle qui se confond avec l’enveloppe corticale de Bidder ; une lame profonde composée presque en totalité de fibres nerveuses. Signalons enfin dans les cordons postérieurs, de chaque côté de la ligne médiane, un segment de couleur sombre, où le tissu unissant, est très abondant {cordons cunéiformes de Golf); il a une forme triangulaire dont la base atteint la superficie de l’organe, et dont la pointe n’est séparée que par un demi-millimètre de la commmissure postérieure.
* Owsjaniskow. [De medullâ spinali imprimis îu pîscibus. Dorpati 18§4.
Kupffer. Z)e medullæ spînalîs texturâ in ranîs, Dorpati 1854.
Metzler. De medullæ spinalis avium texturâ, Dorpati 1855.
Bidder und Kupffer. Untersucbungen iiber die texturâ Rückenmarks, Leipzig 1857.
Voir aussi Virchow, Kolliker, loe. cit.
Ce réseau conjonctif, que l’on trouve partout, dans l’axe spinal, est essentiellement constitué par des corpuscules conjonctifs étoilés, dont les nombreux prolongements s’anatomosent entre eux, divisant ainsi la moelle en une série innombrable de petits compartiments distincts. Nous pouvons, suivant l’ingénieuse idée de Bidder, comparer ce réseau à une éponge dont les nombreuses cavités à directions multiples {Canevas de Kolliker), sont remplies par les éléments nobles de la moelle : les cellules et les fibres nerveuses.
Quelle est maintenant la disposition topographique de ces éléments ?
Substance blanche. — S’il s'agit de la substance blanche, cette étude nous est aujourd'hui devenue facile.Nous n’y rencontrons que des tubes nerveux, disposés en séries verticales et parallèles, et à l’exception d’un petit faisceau qui se rend directement des racines postérieures à l’encéphale, en suivant le cordon ^nXévQ-\a[éï:û(ûbresganglio-cérébrales, dolorifères de Lujs), tous ces tubes nerveux naissent des cellules de la substance grise et convergent vers les centres encéphaliques. La physiologie expérimentale et les faits cliniques s’accordent à considérer les cordons de la moelle, comme des organes de transmission : d’une part, ils transportent à l’encéphale les impressions de diverse nature collectées à la périphérie par les nerfs sensitifs ; d’autre part, ils transmettent aux noyaux moteurs d’abord, et finalement aux masses musculaires, les incitations motrices voulues par l’enphale. Ils n’ont, comme on le voit, dans le sujet qui nous occupe, qu’une minime importance et ne doivent pas nous arrêter plus longtemps.
Substance grise. — La texture de la substance grise est plus complète. Elle se présente à l’œil nu, dans chaque moitié de la moelle, sous la forme d’un croissant dont la convexité se continue sur la ligne médiane, avec la substance grise du côté opposé, et dont les extrémités, vulgairement appelés cornes, convergent vers les points d’émergence des racines antérieures et des racines postérieures. L’antérieure, arrondie, n’atteint jamais la surface extérieure de la moelle ; la postérieure,plus mince et plus effilée se confond, sans ligne de démarcation bien nette, avec les racines postérieures des nerfs rachidiens.
L’élément fondamental de la substance grise est la cellule nerveuse. Il est aujourd’hui universellement reconnu que les éléments cellulaires ne sont pas uniformément répandus dans toute l’étendue de la, substance grise, comme on l’enseignait avant les travauxde Bidder, mais constituent des groupes déterminés avec des limites précises et aussi, comme nous le verrons, avec des fonctions spéciales.
En avant se trouve le groupe des cornes antérieures que Kolliker^ a cru devoir diviser en deux groupes secondaires dont l’un est situé au côté antérieur interne, l’autre au côté postérieur externe de la corne antérieure. La corne postérieure a été divisée par Clarke en trois groupes distincts : un groupe antérieur, qu’il appelle le collet (cervix cornu posterions) et qui est comme un trait-d’union jeté entre la corne postérieure et la corne antérieure ; un groupe moyen, plus ou moins renflé, auquel il a donné le nom de tête {caput cornu posterions) ; un groupe
‘Kolliker. Eléments d’hist, hum. Trs.l. de M. Sée, 1872, p, 340.
postérieur enfin qui se dirige en-s’amincissant vers le sillon collatéral postérieur. Ce dernier constitue le sommet de la corne [apex cornu posterions). Signalons encore un groupe important situé un peu en dehors du collet de la corne postérieure^ c’est le noyau dorsal de Stilling, la colonne vésiculeuse postérieure de Clarke.
Ces groupes principaux ont été subdivisés encore et Goll a pu décrire jusqu’à douze colonnettes grises dans l’axe rachidien. Cette division, poursuivie jusqu’à son extrême limite, manque, sans doute, de précision rigoureuse. Au reste; elle ïi’a jusqu’ici aucun intérêt pratique.
La physiologie, en effet, réduit à trois les groupes de cellules de la substance grise ; les cellules motrices, les cellules sensitives, les cellules sympathiques, ces dernières constituant les noyaux d’origine des nerfs vaso-moteurs.
Les cellules motrices occupent les cornes antérieures ; remarquables par leur volume, elles mesurent de 0““04 à 0““07, et présentent une coloration d’un jaune brun. - Etudiées dans deur ensemble sur des coupes transversales, elles se présentent sous l’aspect de deux amas gris, symétriquement placés de chaque côté de la ligne médiane, délimités en avant et en dehors par un contour semi-circulaire denticulé.
Les cellules sensitives sont situées dans les cornes postérieures ; elles. sont toutes en général très petits (0““02), très molles, de coloration jaune d’ambre
très rapidement altérables. Leur noyau est relativement volumineux ; il remplit presque toute la cavité de la cellule dont la paroi semble scellée sur lui.
Entre ces deux groupes cellulaires se trouve une
région plus foncée en couleur que les précédentes ; c’est cette, région intermédiaire qui est assignée par Jacubowitch aux cellules sympathiques. C’est la région centrale grise de M. Luys. Cette opinion de Jacubowitch a été vivement combattue par certains auteurs, simplement rejetée par d’autres, comme étant une pure conception de l’esprit. Assurément, Jacubowitch n’a jamais pu suivre les fibres vaso-motrices depuisse les ganglions de la chaîne fondamentale jusque dans cette région de cellules nerveuses qu’il leur donne pour point de’départ. Mais, est-ce là une raison suffisante pour affirmer-que tel n’est pas leur trajet? A-ton jamais bien vu les fibres des racines antérieures se terminer dans les cellules motrices? A-t-on bien suivi les fibres sensitives du ganglion intervertébral jusque dans les cellules des cornes postérieures? et pourtant, tous les anatomistes aujourd’hui admettent ce mode de terminaison des fibres motrices et sensitives.
On ne saurait nier qu’entre les cellules motrices et les cellules sensitives, il n’existe un troisième groupe de cellules nerveuses, qui, sans avoir rien de spécial, peuvent être différenciées des unes et des autres.
Voici la description qu’en donne Luys : « Ce sont des cellules volumineuses à coloration jaunâtre, dont le principal caractère est de n’affecter jamais de contours anguleux, qui sont le cachet habituel des cellules antérieures. Ainsi elles sont plus ou moins globuleuses, ovoïdes parfois ; leurs prolongements ne sont pas de véritables élongations raméscentes de leur substance, comme pour les précédentes. Ils sont plutôt représentés par une série de filaments plus ou moins déliés à leurs points d’émergence qui donnent
à ces cellules nerveuses spéciales la plus grande ressemblance avec les cellules ganglionnaires. Il nous est arrivé, en effet, quelquefois de rencontrer certaines agglomérations de ces mêmes cellules au niveau du renflement lombaire, particulièrement, entourées extérieurement de fibres concentriques à noyaux, qui présentaient ainsi, à l’état rudimentaire, l’aspect de ces bourrelets au milieu desquels les cellules des ganglions nous ont paru si fréquemment encadrées. Elles sont d’une consistance molle, et en général plus facilement altérables que les cellules antérieures. Elles mesurent en général de quatre à cinq millièmes de millimètres. Leur noyau est ovoïde et relativement volumineux : il est pourvu de nucléoles quelquefois très apparents, pouvant aussi être masqués par l’abondance des granulations pigmentaires. Ces cellules, si spéciales, sont plongées au sein d’une matière amorphe très adhérente, qui les dérobe à la vue, la plupart du temps h »
D’autre part M. Luys a rencontré tout un système de fibres grises accolées aux racines spinales, et qui, provenant des ganglions sympathiques prévertébraux, remontent avec elles pour se distribuer dans les diverses régions de la substance grise centrale de l’axe. Or, si l’on compare ces fibres, avec la série des fibrilles grises qui vont directement de l’intérieur même du tissu propre du corps pituitaire aux régions les plus inférieures du troisième ventricule, et qui sont les témoins irrécusables de la participation des cellules de cette même région aux phénomènes de la vie végétative^, on leur
* Luys. Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal, 1865, p. 61. 2 Luys, loc. cit. p. 76.
trouve des caractères absolument identiques. Il est donc rationnel de leur assigner le même rôle, et de localiser le principe de leur activité, dans les cellules mêmes où elles prennent naissance.
Nous concluons donc, avec M. Luys « que la région grise centrale est un véritable trait-d’union sympathique entre les diverses régions du système nerveux spino-cérébral qu’elle associe solidairement les unes avec les autres ; qu’elle constitue un système nerveux à part, fonctionnant d’une manière indépendante au milieu des éléments homologues ambiants, qu'elle est le point de convergence des incitations réflexes vaso-motrices et le foyer central d’où ces incitations sont réfléchies vers la périphérie y pour provoquer médiatement des modifications alternatives, dans les phénomènes de la circulation capillaire, et qu'enfin, elle se trouve en quelque sorte l'arbitre des phénomènes de nutrition des éléments histologiques, dont elle dirige et gradue ainsi médiatement l'activité dynamiquef »
Des connexions que présentent les cellules. — Solidarité anotomique des cellules homologues.
Les cellules de la substance grise ne sont point des éléments isolés. Elles présentent toutes de nombreux prolongements, qui en les réunissant avec des cellules voisines ou éloignées, établissent entre elles une solidarité intime, soit à l’état normal, soit à l’état morbide. Si les auteurs divergent, quand il
* Luys, ioc. cît., p, 300.
s'agit d’évaluer, pour chaque cellule, le nombre de ces prolongements, tous au moins sont d’accord sur le fait de leur existence. Il y a déjà longtemps que Wagner et Rémak ont fait justice des prétendues cellules apolaires.
Ces relations intercellulaires ont été l’objet de nombreuses recherches de la part.de Wagner, Schrôder van der Kolk, Jacubowitch, de Lenhossek, Luys, etc. Quelle que soit la réserve avec laquelle on doive accepter les conclusions de ces micrographes, on peut admettre aujourd’hui qu’il existe dans la substance grise de la moelle:
r Des fibres ascendantes encéphaliques établissant une communication entre les divers dépôts de cette substance grise et l’encéphale.
2» Des fibres antéro-postérieures mettant en relation avec les racines nerveuses les trois groupes de cellules que nous avons déjà signalés. Parmi elles prennent place les fibres réflexes-motrices de Wagner (reûexmotorische Fasem).
3° Des fibres verticales faisant communiquer dans chaque région de la substance grise les cellules nerveuses avec celles qui sont au-dessus ou au-dessous.
4° Des fibres transversales unissant dans une solidarité intime la moitié gauche et la moitié droite de la moelle épinière (fibres commissurantes) de Luys.)
Ces dernières ont pour notre sujet une importance capitale : on les rencontre dans toute la hauteur de l’axe cérébro-spinal et l’on se demande encore comment Stilling avait été amené à en nier l’existence.
Etudiées dans la moelle, elles constituent par leur ensemble la région des commissures. Elles se présentent sous l’aspect de fascicules transversaux, à coloration grisâtre, étendus d’un côté à l’autre et plongeant par leurs extrémités au sein des deux moitiés latérales de la substance grise spinale. Ges fascicules sont disposés en deux groupes : l’un est situé en arrière du canal central, l’autre en avant. Le premier paraît servir de moyen d’anastomose entre les cellules de la substance grise postérieure et médiane; le second paraît remplir le même rôle vis-à-vis des cellules des régions antérieures. Les fibres qui les constituent ont une direction oblique ; aussi, lorsqu’on poursuit leur étude à l’aide de coupes verticales, apparaissent-elles sous l’aspect de fibrilles obliques, passant, par paquets isolés, sur la ligne médiane et entrecroisées les unes avec les autres (Luys’).
Des territoires physiologiques. — Des centres vaso-moteurs ou trophiques.
De l’étude des relations c ellulaires et aussi de la disposition anatomique de l’axe gris (jui, au lieu de constituer un tout continu et homogène, nous a montré les cellules , rangées par groupes déterminés, est née la conception des territoires physiologiques isolés.
’ Luys, loe. cit., p. 227, et atlas, pl. XIV, fig. 6 ; pl. XVII, fig. 7.
Voyez :
Kolliker, loc. cit., p. 366.
Jaccoud, analyse des travaux de Wagner et. de Schrôder. iû Paraplégies, p. 33. .
Farabeuf, art. moelle, Dict. Eaeycl., 2e série, t. VIII, p. 291.
Sappey, anat. descriptive, t. III, p. 167.
D’après Schrôder, auquel nous devons les premières notions sur ce sujet, la colonne motrice serait décomposable en groupes cellulaires distincts et superposés, pouvant jouir dans leur fonctionnement d’une indépendance complète. Tandis que chacun de ces groupes reçoit un grand nombre de fibres radiculaires; il n’émet qu’un nombre plus restreint de fibres encéphaliques, lesquelles ont aussi sous leur dépendance et dans leur sphère d’action tout un territoire de cellules et conséquemment tout un groupe de fibres nerveuses.
La même disposition existe pour les fibres réflexesmotrices. Ainsi, une seule de ces fibres entre en relation avec un ou même plusieurs groupes de cellules nerveuses, et comme chacune des cellules dé cesgroupes émet une fibre motrice centrifuge, il suffira, pour produire des mouvements [parfois complexes et très étendus, d’une excitation portant sur un nombre relativement restreint de fibres centripètes.
Il résulte de ces faits qu’une section transversale de la moelle épinière ne doit nullement empêcher les mouvements réflexes de se produire ; c’est, en effet, ce qui a lieu; sur une grenouille décapitée, le pincement d’une patte détermine le retrait du membre correspondant. Chez un paraplégique dont la moelle dorsale a été broyée dans un traumatisme du rachis, le chatouillement pratiqué sur la face plantaire, amène des mouvements presque constants dans le pied ou même dans tout le membre. Dans ces deux cas, en effet, les fibres centripètes et les fibres centrifuges n’ont pas cessé d’être reliées par un groupe cellulaire ; l’arc diastaltique n’est nulle part interrompu et le phéno-
mène réflexe se produit. L’expérimentation elémontre même que la section complète dé Taxe médullaire accroît la réflectiviLé dans le segment ainsi soustrait à l’influence cérébrale. -
Eh bien ! les nerfs vasp-moteurs ont-ils, eux aussi, des centres d’origine distincts et échelonnés de chaque côté de la ligne médiane, dans .toute la hauteur de la moelle épinière ? Existe-t-il dans cette portion de l’axe gris, des territoires physiologiques, pouvant jouir jusqu’à un certain point d’une indépendance fonctionnelle?
A priori y cette assimilation des nerfs myo-moteurs et des nerfs vasculo-moteurs paraît déjà rationnelle. Les uns et les autres sortent de la moelle à .diverses hauteurs ; ils cheminent ensemble, pour se terminer également dans des éléments contractiles ; quelles raisons pourrait-on faire valoir pour leur refuser une origine intra-médullaire identique ?
Et cependant bien des physiologistes, suivant en cela les errements de Schiff, persistent à admettre un centre vaso-moteur unique, situé dans la moelle allongée. Les nerfs vasormoteurs, arrivés à la moelle, remonteraient vers le bulle, où ils :se termineraient. Sclüff trouve la preuve capitale de ce fait dans l’expérience suivante : Si l’on vient à pratiquer une hémisection de la moelle allongée, on amène une paralysie des vaso-moteurs, dans toute une moitié du corps, aussi bien dans la tête que dans les membres antérieurs et postérieurs. La moelle allongée serait donc le point de départ de tous les vaso-moteurs, elle renfermerait, en conséquence, le centre vaso-moteur unique du corps. Cette opinion, acceptée par de
Belzold \ a inspiré à Owsjanikow des recherches intéressantes ^e je ne puis m’empêcher de signaler*.
Mettant une des artères carotides en communication avec un hémodynamomètre pour apprécier,les variations de la jension artérielle, Owsjanikow s’aperçoit que les sections transversales de l’encéphale, pratiquées au niveau des tubercules quadrijumeaux, et en avant de ces'éminehces, n’amènent aucune modification dans la tension sanguine. Pratiquées immédiatement en arrière des tuberculès quadrijumeàtix, les sections déterminent une légère augmentation de pression, avec retour assez prompt à l’état normal. Au contraire, les lésions pôrtanfà un millimètre en arrière des tubercules: qiiadrijumeauXy amènent un abaissement considérable et persistant de la pression intra-artérielle. M. Owsjanikcw conclut des résultats de ces premières expériences que le séàlpel ne commence à intérèssér tes érigihes des vaso-moteurs, qu’à un millimètre en arrière dés tubefeules' quadrijumeaux. Ge 'pointvserait^ lajtimité antérieure du centre vasomoteur. y -n; ;.■/
: ; Pour en : fixer dà limite postérieure, l’expérimentateur: pratique des^seetiohs transversales, à partir de cette limite antérieure :eui s’éloignant ïprogresssivement d’avânf en arrière :!?il note; exactement,: dans chaque seetionples ' modifications survenues dans la tension vasculaire /et dans la production des phénomènes vaso-moteurs réflexes. Or, il eonstate que lorsqu’il a enlevé toute la portion du bulbe, située en
* De Bezold. Ueber die innervation des Herzens, Leipzig 1863.
. ,VPh. Owsjanikow- . me ioaischep .'uad reûectorischen. centrea der Gefâss Derven, Leipzig ISli. : i . .
avant d’une ligne qui passerait à quatre ou cinq millimètres du bec du calamus scriptorius, la tension vasculaire est descendue au minimum, et que l’électrisation du nerf sciatique ou du nerf cervico-auriculaire reste maintenant sans effet, sur cette tension. Il en est de même de l’excitation du nerf dépresseur.
L’origine de tous les nerfs vaso-moteurs du corps serait donc comprise^ entre ces deux limites extrêmes : uîî millimétré ên arriére des tubercules quadrijumeaux et quatre ou cinq millimétrés en avant du bec du calamus scriptorius. Cet intervalle se trouve placé sur le plancher du quatrième ventricule ; d’après Vulpiari, il mesuré én longueur, chez le lapin, quatre millimètres. ;
Liégeois, s’appuyant sur des expériences, faites sur des grenouilles, avait également admis un centre vaso-moteur unique, mais il avait cru devoir le placer èii avant du bulbe ^ -
Cette théorie d’un centré vaso-moteur bulbaire est en désaccord avec les résultats de l’expérimentation et l’observation clinique.
De 1858, Brown-Séquard la rejette et démontre qu’un grand nombre de fibres vaso-motrices ont leur point de départ dans la moelle à des hauteurs variables, que d’autres montent Jusqu’à la protubérance, qu’il en est enfin qui émergent du cervelet, et d’autres parties de l’encéphale*. '
lAég&ois. Résultats d’expériences faites sur l’oTÎgine et la distribution des nerfs vaso-moteurs de là grenouille. Soe. biol. 1862. p. 7.
^ Brown-Sequard. Analyse dei l’ouvrage; de M. Schiff, intitulé : Untersucbungen zur physiologie des Nervensystems mit Berucksichtigung derpathologie, 1855, — douraal de la phys. de l’homme et des animaux, 1. 1,1858, p. 209. .
Tout récemment,, cette question si controversée de l’origine des vaso-moteurs a été reprise par M. le professeur Vulpian-et résolue par lui, en faveur de rhypothèse ■ de ^centres multiples échelonnés dans toute la hauteur de Ja moelle épinière. Nous ne pouvons rapporter ici, dans tous leurs détails, les expériences à la fois si intéressantes et- si instructives sur lesquelles) M. Vulpian appuie ses conclusions. En voici le résumé succinct, tel que nous le.trouvons dans l’article publié par M. Lahorde, Bictionmire
encyclopédique, sur la physiologie de la moelle aIlongée\
r « S’il est vrai que tous les nerfs vasO-moteurS aient leur origine dans un foyer unique situé dans le bulbe^ il; est . évident qu’une section transversale de la moelle épinière, pratiquée à ,la région cervicale supérieure, doit! antener une paralysie complète de tous les vaisseaux, dans toutes les parties du corps, et que ;cette paralysie me pourra.être modifiée par aucune autre; lésion portant-sur une des régions inférieures de la moelle, la région dorsale par exemple, ou sur des.nerfs ;yase 7 moteurs eux-mêmes.
; » Que répond l’expérience ? Si, à, Texemple/de M. Vulpian; on coupe transversalement la moelle an niveau de la seconde vertèbre cervicale, sur un mammifère curarisé) et soumis à la respiration artificielle, et si, après avoir noté la température des membres postérieurs, on pratique une hémisection transversale de la moelle, vers le milieu de la région dorsale, on verra s’èi/ever encore un peu la température dans les mêmes membres; et plus particulièrement
2e série, t. VII, p. ô26
en général dans le membre' correspondant à l’hémisection. En opérant de la même naanière sur des grenouilles non curarisées, on pourra constater directement que les vaisseaux de la membrane interdigitale, du côté de rhémisection médullaire, sont plus dilatés que ceux de la patte du côté opposé.
«Des résultats plus constants sont donnés, au même point de vue, par l’expérience suivante : après avoir pratiqué la section transversale complète de la moelle cervicale chez un animal quelconque (chien, lapin, cobaye, grenouille), coupez aussi l’un des nerfs sciatiques; or, vous verrez les vaisseaux du mëmbre postérieur, correspondant au nerf coupé, se dilater davantage que ceux du membre postérieur opposé.- '
>11 n’est donc pas permis d’admettre, que les vasomoteurs ont leurfoyer d’origine unique dans le bulbe, puisque ce dernier étant complètement séparé de la moelle, les nerfs vaso-moteurs conservent encore un certain degré dé contraction tonique, laquelle n’est totalement abolie que lorsque ces; mêmes nerfs sont séparés de leur origine intra-médullaire par des lésiens -portant soit sur la moelle épinière, soit, en dehors de cet organe, sur leur trajet.'-
.-»2® Si le centre vaso-moteur réSexe est, en réalité, localisé dans le bulbe, il est évident què tôuté action vaso-motrice sera inipossibilisée par une section transversale de la moelle épinière, pratiquée en arrière de la moelle allongée, à la région darsale par exemple.
»Gr, après avoir réalisé cette expérience, delà façon suivante, M. Vulpian s’est convaincu que ries actions vaso-motrices constrictives pouvaient être encore déterminées dans les membres postérieurs.
» Sur un chien curarisé et soumis à la respiration artificielle; section faite des nerfs vagues et de la moelle au point susdit, deux aiguilles thermo-électriques sont introduites l’une sous la peau du pied postérieur gauche, l’autre sous la peau du pied antérieur du même côté, ou bien cette dernière est laissée à l’air libre ; puis les deux aiguilles sont reliées l’une à l’autre et mises en communication avec un galvanomètre à gros fil et à miroir. Le nerf sciatique droit étant alors découvert et sectionné en travers, on électrise le bout central, à faide d’un courant intense interrompu. L’animal étant sous l’influence du curare, la galvanisation ne peut provoquer et ne provoque aucune contraction musculaire de la vie animale ; mais au bout d’une minute et demi à deux minutes, l’aiguille du galvanomètre est déviée, et cette déviation indique un refroidissement du membre postérieur gauche, refroidissement qui peut être évalué, en mesure thermométrique, à 3/10 de degré centigrade. Cet abaissement de température se produit constamment toutes les fois qu’on renouvelle l’expérience, d’où il suit, que malgré la section complète de la moelle dorsale, il y a encore une action yaso-constrictive dans le membre postérieur sous l’influence de firritation du bout central du sciatique ; or, cette action s’est évidemment effectuée en dehors de toute intervention de la moelle allongée.
» On peut également voir se produire dans les mêmes conditions, des actions vaso-dilatatrices. Que Fon coupe sur une grenouille, la moelle épinière immédiatement en arrière du bulbe, et ensuite que l’on place sur la membrane interdigitale une substance irri-
tante, un acide, de l’huile essentielle de moutarde, par exemple, on verra bientôt se développer dans une étendue plus ou moins grande pne congestion des plus évidentes, signe indubitable de la dilatation vasculaire.
«Des phénomènes de même nature s’observent sur Les vaisseaux mésentériques ou intestinaux d’un mammifère dont on a sectionné transversalement la moelle cervicale et ouvert le ventre, de façon à pravoquer sur ces vaisseaux l’action excitante de l’air ; ou bien encore sur les vaisseaux mis à nu par une plaie des membres postérieurs ou du tégument abdominal.
» On peut enfin constater également et facilement, au moyen des courants thermo-électriques, l’action vaso-dilatatrice que produit dans un membre, l’irritation de la peau de ce membre,, bien que la moelle cervicale ait été transversalement sectionnée.
«Ces résultats expérimentaux sont corroborés par les observations cliniques avec lesquelles ils concordent. Lorsque les membres inférieurs sont paralysés chez l’homme, par suite d’une lésion de la moelle épinière, on voit se produire des rougeurs ou congestions réflexes sur la peau de ces membres. Dans le cas où le pouvoir réflexe des centres nerveux est exalté par les affections assez nombreuses qui ont ce privilège, les congestions réflexes se produisent plus facilement et persistent plus longtemps que dans l’état normal. Ne sait-on pas que chez les hémiplégiques, ces rougeurs réflexes, sont provoquées à l’aide de pressions, de frottements ou autres excitations mécaniques, plus facilement et d’une manière plus durable, sur les membres paralysés que sur les mem-
bres sains, ou sur le membre ie.plus paralysé, quand ils le sont inégalement tous les deux\»
Ces faits nous permettent de repousser, chez l’homme, comme chez les animaux, l’existence d’un centre vaso-moteur unique, ayant son siège soit en avant du bulbe (Liégeois), soit au niveau du plancher du quatrième ventricule (Owsjanikow). S’il est vrai que le bulbe a une influence sur tous les vaso-moteurs du corps, cette influence s’explique par les fibres nerveuses qui conjuguent entre elles dans le sens vertical toutes les cellules sympathiques de la moelle épinière. Le bulbe a également une influence considérable sur tous les nerfs myo-moteurs de la vie animale; faut-il pour cela rejeter findépendance fonctionnelle des noyaux moteurs de la moelle?
Tout nous autorise à admettre que, comme ces derniers, les nerfs vaso-moteurs ont des centres spéciaux d’origine et d’action échelonnés, dans
la substance grise de la moelle épinière, de chaque côté du canal de l’épendyme, et que chacun de ces centres peut agir isolément sur les fibres vaso-motrices auxquelles il donne naissance, pour troubler dans le département cutané, qu’il régit, les phénomènes circulatoires et nutritifs.
Cette opinion est en parfait accord avec la disposition anatomique delà substance grise centrale. M. Luys a, en effet, remarqué qu’elle n’a pas une épaisseur égale à toutes les hauteurs et qu’elle est constituée par une série de renflements monüiformes étagés verticalement de haut en bas^.
* Voir Vulpian. Leçons sur les vaso-moteurs, 1875, t I, £61-305.
Luys, loe. cit., p. 69.
Nous devons faire une dernière remarque qui est, comme le corollaire de la disposition des cellules vaso-motrices, en centres distincts : c’est que toute excitation dystrophique transmise, par les fibres nerveuses impressionnées, à la région de la moelle épinière dans laquelle elles se terminent, agit d’une façon régulière et invariable. Une excitation partie de tel point de la périphérie amènera fatalement des troubles trophiques dans un département du tégument externe dont on pourrait fixer d’avance le siège et les limites. Il y a comme un rapport préétabli entre fimpression et le phénomène réflexe qu’elle détermine.
Les notions que nous avons sur ce rapport préétabli sont encore très imparfaites en ce qui concerne les vaso-moteurs. Nous pouvons admettre cependant sinon en thèse générale, au moins comme l’expression exacte du plus grand noriibre de faits^ que les phénomènes réflexes de nature circulatoire et trophique se manifestent primitivement sur le point même du tégument externe où se distribuent les ramifications ultimes du nerf sensitif impressionné.
De l’ensemble des faits qui précèdent nous pouvons conclure :
1° Qu’il existe, dans toute la hauteur de la moelle épinière, des centres vaso-moteurs distincts, formant de chaque côté de la ligne médiane, deux séries parallèles (Brown-Sequard, Vulpian, Luys, Laborde) ;
2° Que chacun de ces centres reçoit des fibres centripètes qui susciteront sa mise en activité, et qu’il émet des fibres centrifuges par l’intermédiaire desquelles il régit la circulation et la nutrition d’un terri-
toire organique, toujours le même pour le même centre ;
3“ Que chaque centre, dans une moitié de la moelle communique, par des fibres verticales, avec les centres qui sont au-dessus, et ceux qui sont au-dessous ;
4° Que chaque centre enfin est intimement uni avec son homologue par des fibres commissurantes.
Ces notions nous étaient indispensables pour bien comprendre le mode .de propagation des affections trophiques de la peau, et surtout le mécanisme de leurs manifestations bilatérales et symétriques ; nous pouvons maintenant en aborder l’étude.