QUELQUES NOTES SUR U SOLIDARITÉ DES ORGANES.PAIRS
Nous avons dit, au commencement de cette étude, que la solidarité des régions homologues du tégumen externe n’était qu’une page dans l’histoire physiolo gique et morbide des fibres commissurales qui conju guent entre elles, dans toute leur hauteur, les deux moitiés latérales de l’axe encéphalo-médullaire. Gett@ solidarité se rencontre, en effet, avec la même netteto entre les organes pairs, entre les régions articulaires de même nom, les groupes musculaires homologues ; on pourrait ajouter, peut-être, en simplifiant la formule entre deux points quelconques de l’organisme, présentant avec la ligne médiane les mêmes rapports de position.
L’étude anatomique de l’homme et des mammifères nous montre des applications multiples de la loi de symétrie, et l’on a pu dire avec raison que le corps humain pouvait être divisé en deux parties latérales presque entièrement identiques. Totum corpus
humaniim in daasæqualespartes œternas dividitur ad Hipocratismentem (Lorry). «Les deux extrémités supérieures se ressemblent comme les inférieures ; il y a un bras, un avant-bras, une main et cinq doigts semblables de chaque côté ; chacune de ces parties se compose d’un nombre égal d’os, de muscles, etc. Chaque main a un nombre égal d’os carpiens et métacarpiens ; chaque doigt a un nombre pareil de phalanges, etc. ; le cerveau est un organe essentiellement symétrique puisqu’il a deux hémisphères, deux ventricules, qui offrent un nombre égal d’éminences et de cavités ; le cervelet présente la même disposition. Tous les nerfs, qui émanent de la masse encéphalique et du prolongement rachidien qui semble en être une suite, sont des organes pairs dont l’origine renferme dans un canal semblable de chaque côté de la colonne vertébrale et le trajet pareil à droite comme à gauche, se correspondent dans chaque moitié du corps également symétrique.
« Les organes de l’ouïe, de la vue et de l’odorat nous offrent la même disposition symétrique ; la langue est traversée dans son milieu par une ligne qui la partage en deux parties égales et symétriques. Le larynx présente des cartilages et des cavités de même forme et de même capacité à tiroite comme à gauche. La trachée artère est également symétrique par ses distributions dans la substance du poumon ; l’organe de la respiration lui-même est, à peu de chose près, pareil de chaque côté ; le cœur a deux ventricules ainsi que deux oreillettes d’un côté comme de l’autre; les organes sécréteurs de l’urine et leurs conduits excréteurs, ont la même forme et se correspondent par leur situation respective dans la région lombaire ;
la peau, les muscles et les os offrent presque tous une disposition symétrique analogue*. »
Bichaf avait déjà insisté sur cette disposition symétrique des organes qui, par leur ensemble, constituent le corps humain. Il est regrettable que l’immortel auteur de l’anatomie générale^ subjugué par l’idée que cette symétrie était un caractère exclusif aux organes de la vie de relation, n’ait point fait mention de plusieurs autres chez lesquels elle est presque aussi remarquable, comme le cœur, les reins, les uretères, les poumons, etc. «Tant il est vrai, ajoute Bricheteau, que les idées préconçues peuvent égarer les meilleurs esprits. »
Deux parties symétriquement disposées, présentant une structure identique, recevant leurs artères et leurs nerfs de la même source, ne sauraient être différentes dans leur manière de fonctionner. Ils doivent même, bien souvent, s’associer dans leurs manifestations morbides. C’est ce que démontrent un très grand nombre de faits.
Une étude complète de la solidarité intime qui unit les organes symétriques demanderait des connaissances étendues et une expérience clinique à laquelle l’auteur de ce travail ne saurait prétendre. Au reste, nous nous sommes proposé d’étudier seulement les affections symétriques de la peau, et nous ne voudrions point sortir de notre cadre. Les quelques pages qui suivent, ne doivent|être considérées que comme un appendice, destiné à fournir un nouvel appui aux quelques formules pathogéniques que nous
* Bricheteau, Dictionnaire de 60, 1821, t. 53.
* Bichat, Recherches sur la rie et la mort, p. 8.
avons précédemment émises. Nous nous contenterons donc de signaler ici les quelques notes que nous avons recueillies sur ce sujet, nous réservant de poursuivre nos études et de faire connaître plus tard; dans un travail d’ensemble, les résultats de nouvelles recherches, faites soit dans le laboratoire, soit dans les salles de clinique.
§ I. - (Solidarité des deux yeux.
Dès 1752, Réga fait mention d’une liaison fonctionnelle entre les deux yeux ; Oculorum inter se singularem communicationem rursùm praxis docet\ Les deux yeux, en effet, fonctionnent ensemble et la sensation qu’ils font naître dans le sensorium cérébral est d’autant plus nette qu’il existe entre les deux impressions rétiniennes une plus grande ressemblance. L’influence de cette harmonie fonctionnelle des deux rétines sur la précision des impressions visuelles a été Justement appréciée par Buffon et Bichat. «Nous voyons mal, dit ce dernier^ quand l’un des yeux, mieux constitué, plus fort que l’autre, est plus vivement affecté, et transmet au cerveau une plus forte image. C’est pour éviter cette confusion qu’un œil se ferme, quand l’action de l’autre est artificiellement augmentée par un verre convexe ; ce verre rompt l’harmonie des deux organes ; nous n’usons que d’un seul pour qu’ils ne soient pas discordants. Ce qu’une lunette produit artificiellement, le strabisme nous l’offre dans l’état naturel. Nous
, Réga. Tractatas medieus de sympathiâ, Francofurtü et Lipsiœ, p. 318.
“ BichîU. ! oc. cil. p. 17.
louchons parce que nous détournons l’œil le plus faible de l’objet sur lequel le plus fort est fixé, pour éviter la confusion qui naîtrait dans la perception de deux images inégales.
» Je sais que beaucoup d’autres causes concourent à produire cette affection, mais la réalité de celle-ci ne. peut être mise en doute. Je sais aussi que chaque œil peut isolément agir, dans divers animaux ; que deux images diverses sont transmises en même temps par les deux yeux de certaines espèces; mais cela n’empêche pas, que lorsque les organes réunissent leur action sur le même objet, les deux impressions qu'ils transmettent au cerveau ne doivent être analogues. Un jugement unique en est, en effet, le résultat. Or, comment le jugement pourra-t-il être porté avec exactitude, si le même corps se présente en même temps, et avec des couleurs vives, et un faible coloris suivant qu’il se peint sur l'une ou l’autre rétine? »
C’est surtout en présence des causes morbides qu’éclate cette solidarité des deux organes de la vision. La même affection frappe fréquemment les deux globes oculaires, et nous retrouvons ici, avec une parfaite netteté, les trois modalités pathogéniques, qui président à la genèse des affections symétriques de la peau.
I. — Et d’abord nous trouvons des affections oculaires bilatérales, consécutives à une irritation périphérique double. OiQmni, ces troubles congestifs ou inflammatoires que l’on observe fréquemment chez les sujets qui s’exposent à l’impression de l’air froid et humide, chez ceux qui travaillent de longues heures à une vive lumière; chez les ouvriers, qui par
la nature même de leur travail, ont leurs yeux sans cesse exposés à des émanations ou à des poussières irritantes, tels que les peigneurs de chanvre et de lin, les carriers, les maçons, les plâtriers, les vidangeurs, ceux qui manient le verre de Schweinfurt ou même ceux qui soufrent les vignes (Bouisson), etc., etc. Toutes les. affections qui succèdent à cette cause, quelque variées qu’elles soient dans leur expression symptomatologique, sont susceptibles d’une explication pathogénique commune ; les expansions terminales de l’ophthalmique sur la conjonctive oculaire et palpébrale, sans cesse irritées par les causes morbides que nous venons de signaler, transportent ces irritations vers les centres vaso-moteurs qui tiennent sous leur dépendance l’irrigation sanguine des deux globes oculaires ; ceux-ci entrent en jeu et déterminent par action centrifuge, vers les régions irritées, une hypérémie bilatérale et permanente, comme l’irritation qui en est le point de départ.
IL — Il existe, en second lieu, bon nombre d’affections oculaires bilatérales, que l’on doit rattacher à un vice général tel que la syphilis ou la scrofule, l’albuminurie et le diabète, etc. Nous avons déjà vu que les manifestations cutanées de la scrofule et de la syphilis étaient bien souvent bilatérales et symétriques; pourquoi ces deux diathèses, quand elles viennent frapper la rétine ou la choroïde, ne se conformeraientelles pas à la loi de symétrie, comme quand il s’agit du tégument externe ?
On a signalé des cas d’amaurose double, consécutive à une suppression des règles. N’avons-nous pas déjà vu le même trouble de la fonction menstruelle
déterminer des modifications diverses dans la circulation des extrémités?
Les lésions des centres nerveux s’accompagnent parfois de troubles visuels, qui, suivant leur degré, portent le nom d’amblyopie, d’amaurose, de cécité. Que la lésion initiale porte sur les conducteurs de l’impression optique {nerfs et bandelettes), sur le centre de l’impression optique {corps genouillés, tubercules quadrijumeaux^ centre optique de la couche optique) ; sur le centre de perception des impressions optiques {hémisphères cérébraux), elle frappe le plus souvent les deux rétines, et c’est en modifiant la circulation de cette membrane, qu’elle parvient dans la plupart des cas à en troubler le fonctionnement.
Voici une observation d’amaurose complète et bilatérale survenue à la suite d’une forte hématémèse, et que je crois pouvoir rattacher à un trouble de l’innervation vaso-motrice :
169e pBSERVATION
Amaurose complète et bilatérale, due a un trouble de l’innervation vaso-motricei.
Un homme de quarante-huit ans, exerçant la profession de cultivateur, entre dans le service de M. le professeur Oré, le 15 décembre 1873, pour une cécité complète.
D’après les renseignements qu’il fournit, il aurait éprouvé, il y a environ deux mois, et à la suite d’un repas pfus copieux qu’à l’ordinaire, une hématémèse abondante. On l’aurait transporté au lit dans un grand état de faiblesse, mais ayant toute sa
1 Cette observation a déjà été publiée dans la Gazette médicale, de Bordeaux, 1874.
connaissance, et ne présentant (il insiste sur ce point) aucun trouble de la sensibilité ou de la mobilité. Sa vue en particulier était encore très-bonne.
Cet état d’anémie subite et si profonde dura longtemps. Au troisième jour, vers quatre heures du soir, le malade perdit subitement l'usage dé ses yeux et cette cécité était si complète, que la lumière de la lampe, promenée devant ses globes oculaires, ne déterminait pas la moindre impression sur l’appareil de la vision. Aucun trouble dans les autres organes des sens, aucun symptôme nouveau survenu dans l’état général, n’avait précédé, comme signe prodomique, cette aggravation terrible.
Lejour de son entrée à la sallelO, jeconstataiune grande pâleur du visage, et une teinte cachectique générale. Libres dans leurs mouvements, les paupières supérieures s’abaissaient et se soulevaient avec leur rhythme ordinaire, la cornée était transparente ; la sclérotique et la conjonctive ne présentaient rien d'anormal ; les pupilles étaient très-dilatées et insensibles à l’action de la lumière. L’iris, à droite et à gauche, était réduit à un anneau. Aucune lésion apparente, à l’œil nu du moins, dans l’humeur aqueuse et le cristalin.
L’examen ophthalmoscopique fut fait avec le plus grand soin.
Du côté gauche, la pupille optique était très-pâle, mal limitée dans son contour, légèrement allongée dans le sens vertical. Le fond de l’œil présentait une coloration rouge pâle, presque grisâtre, sur laquelle tranchaient à peine les artères rétiniennes, sous la forme de petits filets excessivement déliés ; mais ces vaisseaux aboutissaient, sans solution de continuité, et sans former de coude, au centre de la saillie pupillaire, qui ne présentait pas, par conséquent, d’excavation anormale. Au reste, pas d’exsudats choro'idiens, pas de plaques d’atrophie sur la rétine, qui avait conservé partout sa transparence.
Du côté droit, on recherchait en vain des lésions plus manifestes; on ne constatait que la pâleur de la pupille et l’état filiforme des artères rétiniennes.
Le malade fut soumis à un traitement tonique, et demanda son exeat au bout de huit jours ; son état ne présentait pas la moindre amélioration.
RéfLexions. — Quelle est la lésion pathogénique qui, chez cet homme, a anéanti si brusquement la faculté de la vision dans les .deux yeux?
Le problème, il ne faut pas se le dissimuler, est complexe, et la solution, en est difficile. Tout d’abord nous pouvons éliminer toutes les affections organiques des membranes enveloppantes de l’œil et les opacités de son appareil dioptrique. Ces lésions, l’ophthalmoscope ne les a montrées nulle part : au reste, à l’exception peut-être du décollement de la rétine, elles n’amènent jamais une cécité subite, mais bien une amblyopie légère d’abord, progressant lentement, et n’aboutissant à l’amaurose absolue qu’après plusieurs jours, plusieurs mois, ou même, plusieurs années. Cette dernière raison nous permet d’éliminer encore les affections organiques ou inflammatoires du nerf optique.
Deux causes surtout peuvent amener l’amaurose avec la rapidité que nous avons signalée dans notre observation : l’hémorrhagie cérébrale ei T embolie.
Un seul caillot, situé au niveau du chiasma des nerfs optiques ou peut-être même dans les tubercules quadrijumeaux, (les seuls points où se croisent les tubes nerveux des deux nerfs, et où la même incitation retentit à la fois sur les deux yeux), ou bien deux caillot^ symétriquement placés dans les deux couches optiques expliqueraient le phénomène ; mais l’hémorrhagie cérébrale ne restreint jamais de la sorte sa: sphère d’action : ses symptômes sont plus étendus et généralement assez nets, pour nous autoriser à dire qu’ici ils n’existaient pas.
L’Amaurose de notre malade trouverait-elle, dans l’embolie, une explication plus acceptable? Remar-
quons tout d’abord, qu’une embolie double est nécessaire, la circulation du globe oculaire étant indépendante à droite et à gauche, le sang étant déjà séparé à l’origine des carotides. Mais le départ d’un point quelconque de l’économie (le cœur est normal), de deux embolus, d’égàl volume, se détachant au même moment, suivant d’abord la même route dans l’aorte, se séparant au niveau des troncs qui naissent de la crosse, pour pénétrer, l’un dans la carotide droite, l’autre dans la carotide gauche, rencontrant au niveau de chaque éperon de bifurcation deux voies, et prenant tous les deux constamment la même pour arriver enfin dans les deux artères rétiniennes et les oblitérer, est un phénomène trop complexe, un phénomène dont les conditions de production sont trop multipliées et trop livrées au hasard, pour que nous puissions en admettre ici l’existence.
Il est une classe d’Amauroses, dont l’étude est encore peu avancée, mais dont l’existence est incontestable : ce sont les Amauroses d’origine réflexe : les ophthalmies sympathiques, les troubles visuels, liés dans l’enfance à la présence de vers dans le canal intestinal, sont des exemples frappants d’une irritation plus ou moins lointaine, transmise, à la moelle par les filets nerveux centripètes et répercutée par elle sur le globe oculaire, sous forme de phénomènes vasomoteurs. Car tous les troubles sympathiques dont fœil peut être le siège consistent toujours, dès le début du moins, en troubles circulatoires. Ce n’est que plus tard, et comme conséquence de cette rupture d’équilibre entre le sang apporté par les vaisseaux, et le sang nécessaire à la vie physiologique de l’organe, que surviennent les lésions trophiques.
Pourquoi ne pas admettre, dans le fait que nous rapportons une excitation anormale des filets vasomoteurs, chargés de la régularisation de la circulation intra-oculairC; excitation qui aurait amené l’anémie de la rétine, et par elle la mort fonctionnelle de cette membrane, l’Amaurose? Cette assertion semble confirmée par le phénomène de dilatation pupillaire que notre malade présentait au plus haut degré. Trop considérable pour ne dépendre que de l’insensibilité rétinienne, ou de la paralysie des fibres circulaires de l’iris, elle n’a pu être produite que par une contraction tétanique des fibres radiées, et l’on sait que ces fibres sont innervées par le grand sympathique.
Pour ceux qui ne voudraient point admettre que ' l’Amaurose est fatalement liée à l’ischémie rétinienne, nous rappellerons l’opinion de Follin\ qui a vu des x\mauroses succéder à des troubles utérins, et dans un cas, où la guérison eut lieu au bout de quelques mois, constata une anémie de la papille, et plus tard, le retour d'une circulation plus active dans l’extrémité du nerf optique ; nous citerons enfin le fait plus probant encore que Virchow a consigné dans ses Archives, relatifà un jeunehomme, atteintd’une hydrophthalmie, qui avait amené par compression l’anémie de la rétine et la cécité, et chez lequel, la paracentèse de l’œil, en diminuant la pression intra-oculaire, permit aux artères de reprendre leur calibre normal, et avec le sang ramena la vision.
Une question reste à résoudre : quel est chez notre malade le point de départ de l’incitation morbide qui a amené la contraction des artérioles
* Dict, EnoycL, t. IIL, p. p. 536.
rétiniennes ? Vainement avons-nous interrogé les viscères ; ils étaient sains. Nous avons examiné les dents avec le plus grand soin : Hancock a rapporté dans le The Lancet de 1859 (t. I, p. 80), deux, faits intéressants de carie dentaire, à la suite desquels l’amaurose s’était montrée presque subitement sans aucun symptôme prémonitoire : nous jn’avons pas trouvé le moindre désordre.
En présence de cet examen négatif, nous n’hésitons pas à placer l’origine de l’ischémie rétinienne dans l’axe nerveux cérébro-spinal lui-même, qu’une forte hématémèse avait préalablement troublé dans son fonctionnement, et disposé par cela seul à des réactions anormales : quant à spécifier encore, et àlocaliser, soit dans le centre cilio-spinal, soit dans le cervelet \ soit dans les couches optiques, le centre de cette irradiation réflexe, nous croyons que c’est impossible, et que ce serait se lancer gratuitement dans le domaine des hypothèses.
III. — Enfin, des faits aujourd’hui nombreux démontrent qu’une irritation, partie de l’un des deux yeux, peut déterminer des troubles fonctionnels, souvent fort graves dans l’œil du côté opposé, modalité). Observamus ocalo uno sautiato, alterum malè étiambabere; item in unias ocali ophthalmiâ præcipaè graviori, Iteruma mox rubore et calore
1 « Il y a des amauroses d'origine cérébelleuse, don’; il est impossible de donner une explication rationnelle par la physiologie. On a bien supposé que ces amauroses pouvaient être dues une à compression des tubercules quadrijumeaux par quelque tumeur cérébelleuse ; mais si on les a observées dans des cas où cette compression pouvait être invoquée, on les a vues aussi là où aucune tumeur du cervelet ne pouvait cnm rimer les tubercules (Follin Ijîct. EnycL, t. p. 531).
simül perfandh. Bartliolin, Bidloo, Richter, puis Tissot et Demours, ont rapporté plusieurs exemples de ce consensus entre les deux globes oculaires. Plus récemment, cette question de physiologie pathologique a inspiré des travaux remarquables à Wardrop, Taylor, Gritchett, Lawson, en Angleterre, à Moorren, en Allemagne ; et en France, à de Brondeau, Guépin, de Nantes, Tavignot, Rondeau, etc., etc. Aujourd’hui les troubles divers que l’on voit se produire sur un globe oculaire, à la suite des lésions de son congénère, sont admis par tous les chirurgiens et sont décrits, sous le nom d’Ophthalmie sympathique, dans tous les traités classiques.
Les altérations que l’on observe dans l’Ophthalmie sympathique se rattachent toujours, dès le début, à des troubles de la circulation oculaire. Les troubles de la nutrition ne viennent qu’après. «La forme de ces altérations est généralement la congestion et l’engorgement consécutif de la choroïde et de la rétine, que Ton reconnaît aux varicosités des vasa-vorticosa, à l’injection vive de la couche chorio-capillaire de la choroïde et à la dilatation des veines choroïdiennes. De là, naissent toutes les altérations de nutrition des membranes et des milieux de l’œil, les hémorrhagies, le décollement de la rétine, les exsudais plastiques, les troubles du corps vitré, son ramollissement, sa liquéfaction, enfin, l’augmentation de sécrétion qui accroît la pression intra-oculaire et établit aussi une analogie frappante entre le glaucome, les troubles de la vue consécutifs aux névralgies, et les affections réflexes d’un œil par traumatisme de son congénère^ ».
‘ Réga, ioc. c/f., p. 318.
Brondeau, thèse, Paris, 1866, p. 73.
Mackensie avait cru trouver une explication suffisante de rOphthalmie sympathique dans la similitude de structure que présentent les deux globes oculaires. Ce n’est là que l’énonciation d’un fait, ce n’est pas une explication. Au reste, d’après la théorie de Mackensie, on devrait assister à l’inflammation isolée de la conjonctive, de la cornée, de l’iris, du cristallin, de la choroïde, quand les mêmes parties sont lésées dans un œil ; l’observation démontre le contraire.
La fusion de quelques éléments des nerfs optiques, au niveau du chiasma, avait fait penser que le consensus des deux yeux à l’état morbide comme à l’état normal avait pour agents les nerfs de la deuxième paire. C’est encore Mackensie qui soutient cette opinion : « La principale voie, dit-il, dans la dernière traduction de son Traité des maladies des yeux, par laquelle se produit l’Ophthalmie sympathique, est l’union des nerfs optiques ; il est extrêmement probable que la rétine de fœil blessé est dans un état d’inflammation qui se propage le long du nerf optique jusqu’au chiasma, et que de là, l’irritation inflammatoire est réfléchie à la rétine de l’œil opposé, le long de son nerf optique. »
La théorie du chirurgien de Glascow doit trouver son application dans quelques casd’Ophthalmie sympathique ; mais il faut bien avouer qu’elle est en désaccord avec un grand nombre de faits; elle est passible d’objections sérieuses qui ont été nettement formulées par de Brondeau :
1“ « Il faut se rappeler, dit-il, que les congestions et les inflammations constituent seulement la majorité et non la totalité des affections que la sympathie oculaire peut produire, de sorte que ce qui est vrai des
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uns, n'est pas exact pour les autres. Ainsi, quand' il n’existe qu’une simple faiblesse de la vue, sans aucun phénomène concomitant d’inflammation, disparaissant d’elle-même au bout de quelques jours, peut-on raisonnablement l’attribuer à une phlegmasie ou à une congestion des nerfs optiques ? Il me semble qu’il y aurait là une double invraisemblance : disproportion entre une cause très grave et un effet médiocrement intense, désaccord, au point de vue de la nature, entre le premier phénomène et celui qu’on veut y subordonner.
2° » L’apparition tardive des accidents sympathiques, est loin d’être un fait constant ; une observation exacte montre que leur invasion suit quelquefois de très près la blessure qui en est le point de départ ; or, si l’extension du travail inflammatoire de Tun des nerfs optiques à l’autre exige toujours un temps assez long, il paraîtra difficile d’y rattacher ces phénomènes précoces d’épiphora, de photophobie, de photopsie, etc., que nous avons tant de fois mentionnés.
3° » La facilité avec laquelle dans certains cas les premiers phénomènes disparaissent pour récidiver, ou même pour ne plus reparaître plus tard, n’est-elle pas embarrassante pour l’hypothèse d’une phlegmasie des nerfs optiques, et ne cadre-t-elle pas mieux avec l’idée d’une excitation sympathique dans le sens véritable de ce mot ? »
Il faut donc chercher une autre explication, et c’est alors que l’esprit se trouve naturellement entraîné vers l’expérience de Brown-Sequard et de Tholozan. L’irritation des nerfs centripètes^ d’une main amène une contraction réflexe des artères dans la main du côté opposé. Pourquoi une irritation, née sur l’un
des globes oculaires, ne déterminerait-elle pas dans l’autre des modifications circulatoires d’abord et trophiques ensuite? C’est, en effet, ce qui a lieu : ici, comme dans l’expérience de Tholozan, comme dans les deux faits cliniques de Mitchell et d’Annandale (éruptions cutanées des deux mains, à la suite d’une lésion nerveuse unilatérale), il y a une irrita),ion unilatérale des nerfs centripètes (nerfs ciliaires) qui la recueillent et la transportent aux centres nerveux ; là les cellules vaso-motrices la reçoivent, l’élaborent et la renvoient non-seulement vers son point de départ, mais aussi (toujours par l’intermédiaire des commissures) vers le point homologue, sous la forme nouvelle de phénomène vasculaire et trophique.
Cette opinion est soutenue par Galézowski \ Follin®, Tavignot^ Rondeau h
Peut-être existe-t-il des cas, où l’irritation initiale, transportée aux centres nerveux par les nerfs ciliaires, au lieu d’actionner les centres vaso-moteurs, agit plus particulièrement sur les noyaux d’origine des fibres optiques, qu’elle troublerait alors dans leur rôle de centres récepteurs des impressions visuelles. Cette théorie expliquerait tous les faits d’Ophthalmie sympathique où s’observent des troubles visuels, sans trouble concomitant de la circulation.
§ 2. — Solidarité des deux oreilles.
Le nerf auditif ou acoustique, nerf de sensibilité spéciale, émergd'du bulbe par deux faisceaux dis-
* Galézowski. Traité des maladies des yeux.
* Follin, cité par Rondeau, loo. cit. ,
® Tavignot. Mem. sur l’irit. sympatb. Gaz. Hôp., 1849.
^ Rondeau. Des affect, oculaires réüexes. Th. Paris, 1866, p. 71.
lincts : le premier, que l’on désigne encore soüs le ra.Gine anterieure, pénètre dans l’épaisseur du bulbe, entre le faisceau latérale! le pédoncule cérébelleux inférieur, contourne la face adhérente de celui-ci, puis se divise en plusieurs radicules qui se portent en dedans et se terminent dans la substance grise étalée sur la paroi inférieure du quatrième ventricule. La racine postérieure, contourne le pédoncule cérébelleux, sur lequel elle fait une saillie très prononcée, puis il s’élargit, se fractionne en de petits faisceaux (barbes du calamus scriptorius), pour se perdre enfin dans la substance grise du ventricule, de chaque côté de la ligne médiane (Sappey).
Selon Vicq-d’Azyr, les fibres radiculaires des nerfs auditifs se continueraient sur la ligne médiane avec celles du côté opposé : il est probable que cet habile anatomiste a pris pour les fibrilles radiculaires des nerfs auditifs des fibres nouvelles, transversalement dirigées et destinées à réunir, par les liens d’une étroite solidarité, les deux noyaux d’origine des nerfs qui président à la fonction de l’ouïe.
« Ce que nous avons dit de f œil, dit Bichat s’applique exactement à l’oreille. Si dans les deux sensations qui composent l’ouïe, l’une est reçue par un organe plus fort, mieux développé, elle y laissera une impression plus claire, plus distincte ; le cerveau différemment affecté par chacune, ne sera le siège que d’une perception imparfaite. C’est ce qui constitue l’oreille fausse. Pourquoi tel homme est-il péniblement affecté d’une dissonance, tandis que l’autre ne s’en aperçoit pas? C’est que chez l’un, les deux perceptions de même
Bichat. loc. cit. p. 18.
son,se confondent en une seule ; celle-ci est précise, rigoureuse, et distingue le moindre défaut de chant, tandis que chez l’autre, les deux oreilles offrant des sensations diverses, la perception est habituellement confuse, et ne peut apprécier le défaut d’harmonie des sons. »
La solidarité des deux oreilles existe encore à l’état pathologique. Il suffit de parcourir les traités des maladies des oreilles pour se convaincre que les affections syphilitiques ou scrofuleuses de cet appareil sont souvent bilatérales, qu’elles siègent sur le pavillon, le conduit auditif externe, la caisse ou le labyrinthe.
On a observé une surdité bilatérale dans certaines névroses et en particulier dans l’éclampsie des enfants .
Landolft a signalé un cas de surdité complète, à la suite d’une lésion unilatérale de l’encéphale. Evidemment dans ce cas, l’altération fonctionnelle de l’oreille opposée à la lésion, ne pouvait s’expliquer que par les commisures.
Une oreille malade peut-elle influencer sa congénère ?
Deux observations, que M. le D’' Guépin a bien voulu nous communiquer servent à le démontrer : la première est relative à un homme qui fit une chute sur la région auriculaire droite : ce traumatisme ' détermina une inflammation du conduit auditif externe et de la caisse du tympan. Ces accidents se limitèrent tout d’abord au côté lésé ; puis, on vit survenir, du côté opposé, des troubles manifestes de l’ouïe, qui augmentèrent peu à peu d’intensité et aboutirent finalement à une surdité qui dure encore.
La deuxième observation présente beaucoup d’ana-
‘ Follin. path. ext. 1. IV p. 180.
logie avec la précédente il s’agit d’une jeune fille qui, prise un soir de céphalalgie violente, défait brusquement ses cheveux et s’enfonce par mégarde une épingle à cheveux dans le conduit auditif externe du côté gauche. La membrane du tympan fut perforée, le conduit auditif externe et la caisse du tympan devinrent le siège d’une suppuration assez abondante. A peine ces accidents commencent-ils à disparaître du côté gauche que l’ouïe s’altère du côté opposé. La jeune malade entend à peine de ce côté.
Mueller^ avait déjà signalé cette influence d’une oreille malade sur celle du côté opposé.
« Les affections de l’oreille interne, dit-il, ne demeurent pas toujours isolées. Celui qui a perdu l’ouïe d’un côté ne la conserve pas toujours du côté opposé. » , .
§. 3. — Solidarité des glaudes salivaires.
Les organes de la sécrétion salivaire, échelonnés le long du’maxillaire inférieur, depuis la symphise jusqu’au col du coudyle, constituent de chaque côté trois glandes principales, présentant, deux à deux,une identité complète de position, de volume, de structure. Tous ces appareils glandulaires, ceux du côté droit et ceux du côté gauche, sécrètent la salive et entrent simultanément en action lorsque l’aliment, introduit dans la cavité buccale et broyé sous les arcades dentaires, a besoin de la salive pour se transformer en une pâte demi-solide, et commencer son travail d’élaboration digestive.
* Mueller, Manuel de physiologie, trad. Jourdan, 2® édition 1851, t. I, p. 706.
Il n’est même pas besoin d’une excitation bilatérale pour solliciter à un travail de sécrétion les deux parotides, les deux sous-maxillaires : l’excitation, par une substance sapide d’une moitié latérale de la muqueuse linguale détermine la sécrétion salivaire non-seulement du côté excité, mais même du côté opposé.
Cette association se manifeste encore à l’état pathologique. Lorsque la masse sanguine renferme en excès des substances étrangères, des préparations mercurielles ou de la glycose, par exemple, elle s’en débarrasse par les glandes salivaires du côté droit, comme par celles du côté gauche.
L’inflammation envahit quelquefois simultanément ou successivement les deux parotides. Il est peu de praticiens qui n’aient eu à traiter des oreillons bilatéraux. Les faits de ce genre fourmillent dans la science.
« Y a-t-il engorgement d’une parotide à droite, écrivait Adelon\ en 1828, souvent la parotide gauche s’engorge aussi. »
§ 4. — §o]ldarité des deux reins.
. Placés symétriquement de chaque côté de la colonne vertébrale, recevant leurs artères et leurs nerfs de la même hauteur de la moelle ou du grand sympathique, les deux reins doivent nous fournir un nouvel exemple de cette solidarité que nous avons déjà rencontrée entre les deux yeux, les deux oreilles, les glandes parotides. Cette association se mani-
’ Adelon. Dklionnaûe demédecioe ait. Sympathie, 1828, t. XX, p. 13.
feste dans la polyurie nerveuse, et dans ces cas qui sont loin d’être rarés, à un vice d’innervation spinale, survenant dans une névrose générale, vient annihiler la circulation dans le rein et tarir par ce seul fait la sécrétion urinaire (îschurieet anurie des hystériques).
On a observé des faits d’anurie, à la suite d’une irritation périphérique unilatérale, dans les cas, par exemple, d’uncalcu momentanément arrêté dans l’un des uretères (Barthez\ Montfalcon ^ Brown-Sequard^j. Ce dernier, dans ses leçons sur les vaso-moteurs a donné de ce phénomène une explication qui concorde parfaitement avec nos idées. « Un calcul, dit-il, arrêté dans un des uretères irrite les fibres nerveuses centripètes de ce canal ; l’irritation est transmise à la moelle épinière, qui la réfléchit sur la membrane musculaire des vaisseaux sanguins des deux reins [3" modalité des affections symétriqués), et produit une contraction, par suite de laquelle, il passe beau coup moins de sang à travers ces organes ; d’où il résulte que la sécrétion urinaire est arrêtée ou diminuée d’une manière notable. »
Tissot cite divers observateurs qui ont vu l’inflammation, le calcul, l’obstruction d’un rein, rendre l’autre inutile^
Baglivi rapporte l’observation d’une femme qui avait souffert de douleurs très vives dans un rein ; à l’autopsie on trouva ce rein intact, tandis que l’autre renfermait un calcul.
J Barthez. Science de l’homme, t. I, p. 386.
a Montfalcon. Dictionnaire en 60, t. LUI, p. 574.
* Brown-Sequard. Leçons sur les vaso-moteurs, p. 67.
Tissot. Traité des nerfs. Cité par Barlhfz, loc. cit.
§ 5. — Solidarité des deux testicules et des deux ovaires.
Sous rinfiuence d’une irritation de la muqueuse uréthrale, soit par une inflammation blennorrhagique, soit par le séjour d’une, sonde, les deux testicules deviennent souvent douloureux, s’engorgent, s’enflamment, Cette complication fâcheuse frappe souvent les deux testicules à la fois ; mais avant de demander pour cette assertion, Tappui des faits d’observation, ' nous devons rechercher quel est le mécanisme, en vertu duquel une lésion uréthrale retentit sur les appareils glandulaires, destinés à sécréter le sperme.
Nous, ne discuterons point la théorie de la métastase. Ce mot, aujourd’hui vieilli, que l’on employait pour désigner le transport d'un processus morbide d’une région sur une autre, énonce le fait de l’orchite blennorrhagique ; il ne l’explique nullement.
La théorie de l’extension, défendue par Velpeau et Ricord, peut être formulée de la façon suivante : l’inflammation dont la muqueuse uréthrale est le siège, tend sans cesse à se propager vers la vessie. Arrivée au veru-montahum, ' elle pénètre par l’intermédiaire du canal éjaculateur jusqu’aux vésicules séminales, pour descendre ensuite, le long du canal déférent, jusqu’à l’épididyme et le testicule lui-même. Cette théorie, qui a pour , elle la sensation de douleur accusée par certains malades, au niveau du canal inguinal, et, ce qui a plus de valeur encore, la consta- ' tation de visu de l’inflammation du canal déférent dans trois faits de iiécropsie (faits d’Astley Coopéré de
A. Cooper, cité par Hardy, thèse, Paris, 186'?.
Marcë\ de M. Peter®), peut être invoquée dans certains cas ; mais on doit la rejeter en tant que modalité. pattiogénique constante.
Dans un mémoire intéressant, publié dans les\ Archives de 1841, M. Aubry dit avoir exploré le, canal déférent, à la racine des bourses, immédiate-; ment au-dessous de l’anneau inguinal. Il l’a trouvé intact «né/ois^ Beaucoup de chirurgiens
ont fait la même remarque. On ne saurait dans ces cas : invoquer un processus inflammatoire qui ne se traduit par aucune manifestation subjective ou objective, et, l’on est bien obligé d’admettre l’action réflexe.
« Il n’est pas rare, dit Brown-Séquard^ qu’une , inflammation des testicules ait lieu par action réflexe.. Barras, cité par Notta® et Marotte®, rapporte des cas d’orchite due à une névralgie ilio-scrotale. Sir B. Brodie'^ mentionne un cas d’inflammation de testicule due à l’irritation de l’urèthre par un calcul. - J. Pagetdit que c’est par une action nerveuse que ) l’irritation de l’urèthre produit l’inflammation du ; testicule* »
Cette origine nerveuse de l’orchite trouve un appui ; dans ces faits d’inflammations ou plutôt de conges- : tiens essentiellement passagères que l’on observe quelquefois sur les testicules. Quel est le praticien
* Marcé, Gaz. hôpitaux, 1854, p. 597.
2 M. Peter, Union mêd., 22 nov. 1856, p. 562.
Mubry, Recherches sur l’épididym, blenn., Arch. gén. méd. 1841. ^'Brown-Séquard, Leçons sur les vaso-moteurs, p. 45.
VNotta, ioc. cit nov. p. 547. .
« Marotte, Union, médicale, 1851, p. 155.
■ Brodie, Lectures illustrative of certain ne vous .affections, London, 1837, p. 16.
qui n’a pas vu l’orchite passer, dans l’espace d’une nuit, d’un testicule à l’autre ? Un étudiant en médecine traite une blennorrhagie, datant de trois jours, par des injections astringentes. Il survient une épididymite à gauche avec des douleurs très vives et un gonflement très considérable. On recouvre le scrotum d’un cataplasme ; on applique des sangsues à l’aîne du côté correspondant. Le lendemain matin, les symptômes qu’on avait notés la veille du côté du testicule étaient complètement dissipés. M. Aubry, auquel nous empruntons ce fait, voit dans ce cas un exemple de métastase. Nous préférons, nous, l’expliquer par une action réflexe dont le centre de production se trouve dans la moelle épinière.
Rien de plus simple alors que d’expliquer l’orChite bilatérale par l’irritation des deux centres vasomoteurs intra-médullaires qui tiennent de chaque côté, sous leur dépendance, la circulation des glandes spermatiques. La mise en activité de ces centres sera simultanée si les deux orchites apparaissent simultanément; elle aura lieu successivement, au contraire, si les deux testicules s’enflamment l’un après l’autreh
Voyons maintenant les faits :
Sur soixante-quinze orchites observées dans le service de M. Gullerier, Gaussai a noté quatre cas où l’affection était bilatérale^
’ «Les épididymites doubles.d’emblée sont assez rares. On eii trouvé à peu près un cas sur trente.Ordinairement les deux côtés se prennent successivement et celui qui s’est enflammé le premier se résout rapideinent, tandis que le second suit la marche ordinaire des épididymites simples. » — Hardy, loc. cit., p. 35.
^ Gaussail, Mêm. sup l'orchite blenoorrhagique, Arcb. mêd., 1831.
Aubry a observé sept cas d’orchite double sur quatre-vingt-dix-neuf malades.
. Il n’est pas rare, dit Boyer, dans l’orchite catarrhale de voir l’inflammation se porter successivement ou presque simultanément des deux côtés h »
En 1828, quelques compagnies du 1“ régiment d’infanterie de ligne tenaient garnison sur le plateau de Mont-Louis. Les soldats étaient habitués à sortir de leurs chambres, largement chauffées, pour se livrer à des exercices pénibles et prolongés sur le champ de manœuvres où soufflait un vent glacial, venant des montagnes couvertes de neige ; puis ils rentraient, de nouveau, dans leurs chambres où les attendait une température très élevée. Ces variations constantes donnèrent naissance à une fièvre catarrhale qui détermina d’abord une fluxion sur les régions cervicale et maxillaire. 87 malades eurent, après deux ou quatre jours >de fièvre, des oreillons d’un seul côté ou des cleux ; 27 sujets sur 87 furent atteints d’orchite. 4 d'entre eux présentèrent une orchite double, consécutive à des oreillons bilatéraux’^.
Dans l’orchite varioleuse, étudiée par Béraud®, la bilatéralité semble être la règle. Dans les 11 cas rapportés par fauteur que nous venons de citer, l’inflammation siégeait à la fois sur les deux testicules.
IL ~ Les testicules ont pour analogues, chez la femmes, les ovaires. Cette comparaison est consacrée par une expression déjà ancienne qui appelle les ovaires les testicules de la femme, (testes muliebres). Gela
1 Boyer. Lrçonssur l’orcbite, Montpellier médical, 1866, p. 139.
^ Epidémie d’oreillons et d'orchites. Dogny. Acad, de méd. cité par Boyer, p. 151,
.seul nous autorise déjà peut-être à appliquer aux ovaires tout ce que nous venons de dire des testicules.
Il suffit de lire quelques-uns des mémoires qui ont été écrits sur l’histoire pathologique des ovaires, pour se convaincre que l’inflammation simultanée de ces ^deux organes n’est pas un fait rare. Les ovarites doubles sont plus fréquentes que les orchites. Béraud a signalé trois observations d’ovarite varioleuse : dans . les deux premières l’inflammation siégeait des deux côtés.
On peut voir même dans certains cas, l’ovarite, se conduisant en cela comme l’orchite, passer brusquement d’un côté à l’autre. Nous en avons observé, l’année dernière, un exemple très net, à la maternité de l’hôpital de Saint-André. Le voici :
170® pESERYATIOH '
^Trouble de l’innervation vaso-motrice dans la moitié droite du corps. — Ovarite passant brusquement d’un côté à l’autre.
,, R... (Marguerite), âgée de vingtn-deux ans, domestique, entre le 29 juillèt 1875, à la Clinique d’accouchements, et avorte le 28 d’un fœtus macéré.
Cette jeune femme a toujours joui d’une santé excellente ; elle raconte cependant que, tandis qu’elle était dans son pays (les Hautes-Pyrénées), elle a eu du côté droit du cou une tumeur goitreuse, qui a disparu, par l’application d’une pommade dont elle ne connaît pas la formule, mais surtout par l’expatriation.
Le 30 juillet, elle est prise d’un petit frisson, suivi de chaleur et de fièvre : les seins présentent un léger engorgement.
Le 31 juillet, à la visite du matin, elle accuse une douleur abdominale très violente, siégeant dans la fosse iliaque droite. L abdomen n’est pas ballonné à ce niveau, mais la pression y est
douloureuse ; la main sent comme une tumeur pâteuse et trop profondément située, pom* qu’il soit possible d’en bien préciser les contours. La face nous présente des phénomènes assez intéressants pour qu’ils méritent d’être notés. La peau delà pommette droite est fortement hypérémiée ; la pommette du côté gauche a conservé sa coloration normale. L’oreille droite est manifestement plus rouge que celle du côté opposé.
La pupille droite est moins dilatée que la gauche ; lorsqu’on abaisse les deux paupières, et qu’on les relève brusquement, on constate que le diamètre de la pupille gauche est à peu près deux fois plus grand que celui de la pupille droite. La température axillaire est de 38®8 à droite, de 3607 à gauche ; pour éviter toute cause d’errem*, inhérente à un défaut quelconque du thermomètre, j’ai changé les deux instruments de place, et j’ai obtenu les mêmes résultats. M. Labat prescrit des frictions sur le ventre avec de l’huile de jusquiame.
Le i'" août, la lièvre persiste. Le ventre est toujours très douloureux à droite. Le thermomètre placé dans l’aisselle droite donne 38'’4 ; placé dans l’aisselle gauche, il s’arrête à 37°8. Frictions, cataplasmes.
Le 2 août, à la visite du matin : la douleur abdominale s’est portée dans la fosse iliaque gauche, où la main sent, à travers la paroi un empâtement mal limité, qui est évidemment rovaire conjestionné et augmenté de volume. L’abdomen est revenu souple à droite, la palpation ne permet plus d’y constater la tumeur que l’on y ava# trouvé la veille. La température axil laire est la même des deux côtés -t- 38°. Les pupilles sont sensiblement égales.
Le 3 août même état.
Le 4 août, la douleur a complètement disparu : la paroi abdo minale présente sa souplesse ordinaire. On ne sent plus l’utérus au-dessus du pubis.
Le 6 août, la malade se lève. L’amélioration s’est maintenue.
§ 6. — iSolidarIté des dents homologues
(' Un fait qui n’est pas constant, mais qui est assez ordinaire, c’est que les dents correspondantes de
chaque côté, poussent, tombent et se gâtent en même temps.» {Tissot, Traité des neifs, t II, 11® partie,
« Une dent est-elle cariée, souvent la dent analogue de l’autre côté se carie aussi. » {Ad-elon, art. sympathie, in Dicr de médecine 4828, t. 20, p. 131.)
« L’odontalgie qui dépend de la carie d’une dent, ne reste pas limitée au lieu où se fait sentir l’irritation , parfois aussi, elle se fera sentir dans les nerfs pairs du côté opposé.» {Mueller, Manuel de physiologie, traduit par Jourdan, 2® édition 1851, t. I, p. 706.)
dans la disposition de l’atbérome artériel.
Bizot admet que les nodus athéromateux se produisent sur les parties symétriques du système artériel. Bamberger a nié cette particularité ; les faits ne semblent pas tous, il est vrai, en accord avec la première opinion, et cependant, disons-le, cette manière de voir n’a rien d’anti-physiologique : ne sait-on pas que les nerfs vaso-moteurs et peut-âÉre aussi les nerfs trophiques paraissent se détacher du rachis à des hauteurs qui sont les mêmes pour des parties homologues? qu’y aurait-il d’étonnant, dès lors, à ce que les nerfs, sous l’influence d’un trouble fonctionnel ou organique de la moelle devinssent la cause d’inflammation et par suite d’athérome, dans les vaisseaux des parties, à la nutrition desquelles ils, président? c'est à l’avenir et aux faits relevés à,ce point de vue qu’il appartient, du reste, de décider cette question. {Lécorcbé, de l’athérome. Thèse du concours 1869 p.39.)
s 8. — Üeitdavltè des deux seins.
Dans leur développement, et dans les manifestations diverses de leur activité, les deux seins suivent une vo-ie constamment parallèle. Durant de longues années, chez les jeunes enfants, ils restent rudimentaires, et comme condamnés à une vie latente. A la puberté, quand les organes génitaux arrivent brusquement à leur développement complet, quand s’accentuent chez la femme tous les attributs de sa sexualité, les deux seins participent, eux aussi, à cet élan de tout l’organisme vers une vie nouvelle : leurs mamelons deviennent plus saillants, ils augmentent eux-mêmes de volume, s’arrondissent et revêtent enfin ces formes gracieuses, pour lesquelles les anatomistes, généralement secs et arides, ont trouvé parfois de riantes couleurs. Yienne la conception : ce sont les deux seins bien souvent, qui révéleront au-dehors l’état de gravidité de l’utérus, par l’aréole noire qui apparaît autour du mamelon, et par l’écoulement d’une petite quantité de colostrum, indice précurseur d’une fonction qui se prépare. Après la parturition, quand l’appareil utérin va rentrer dans le repos, les forces organiques concentrées pendant neuf mois dans les foyers d’innervation de la moelle lombaire, vont se porter désormais sur les noyaux vaso-moteurs des organes de la sécrétion lactée.
Les deux seins s’hypérémient et se gonflent, leur surface extérieure se recouvre de marbrures veineuses et bientôt s’échappent par les mamelons les flots de lait destiné à nourrir le nouvel être.
La solidarité fonctionnelle des deux glandes
mammaires est alors intime. Nous en avons la preuve dans un fait vulgaire et qu’on s’étonne, à bon droit, de ne trouver consigné nulle part : lorsque le jeune nourrisson exerce des mouvements de succion sur un mamelon, le mamelon du côté opposé laisse écouler du lait, en dehors de toute provocation directe. J’ai tenu à constater par moi-même cet exemple singulier de phénomène réflexe. Voici les quelques notes que j’ai recueillies à la maternité de l’hôpital Saint- André :
171e PbSERVATION
P... (Marie), née à Lerme (Landes), âgée de vingt-trois ans, accouche naturellement le 16 avril 1876.
Montée du lait le 18.
La seconde fois qu’elle a donné le sein à son enfant, elle a vu le lait s’écouler du côté opposé. Elle était parfois obligée de placer sous le sein une de ses mains, qui ne tardait pas à se remplir. L’écoulement réflexe commençait et finissait avec les mouvements de succion.
Elle a nourri son enfant pendant seize jours ; elle a régulièrement constaté le même phénomène toutps les fois que l’enfant prenait le sein.
17 2e PbSERVATION
L... (Marie); âgée de dix-huit ans, née à Pau (Basses-Pyrénées), exerçant la profession de lisseuse, primipare, accouche le 5 juin à deux heures du soir
Le 6, survient la montée du lait ; elle approche son enfant du sein gauche, et, à peine ce dernier a-t-il fait les premiers mouvements de succion, qu’elle voit le lait s’écouler par le sein droit. Ce phénomène se reproduit, toutes les fois qu’elle allaite son enfant.
Le 10, à 8 h. 45 rn. du matin, je lui fais donner le sein gauche
à son nourrisson ; à 8 h. 47 m., une goutte de lait apparaît sur le mamelon du côté droit et tombe bientôt sm* la main ; elle est suivie de huit ou dix autres gouttes. On sort l’enfant ; quelques gouttes de lait s’écoulent encore par le mamelon du côté droit, puis l’écoulement s’arrête.
A 8 h. 52 m,, l’enfant est remis au sein droit ; après quelques mouvements de succion, un flot de lait s’écoule parle sein gauche ; l’écoulement persiste une minute environ après la sortie de l’enfant.
173® peSERVATION
D... (Marguerite), née à Saint-Martial (Dordogne), vingt ans, primipare, accouche le 16 juin, à 3 h. du soir.
Montée du lait le dimanche 18 juin.
Le jour même, elle remarque que lorsqu’elle donne le sein gauche ou le sein droit a son enfant, le lait s’écoule en quantité considérable par le mamelon du côté opposé. Ce phénomène persiste encore aujourd’hui et j’ai pu le constater de vhu à plusieurs reprises. Elle est obligée de se servir de pièces de linge pour recueillir le lait qui s’écoule du sein opposé à celui que tête l’enfant.
Le 24 juin, excoriations sur les mamelons. L’enfant est nourri au biberon.
174® PeserVAT ioN
L... (Elisabeth,)née à Mérignac, trente-trois ans, a nourri déjà cinq enfants. Elle à remarqué au début de chaque lactation que le lait s’écoulait spontanément par un des deux mamelons, lorsque l’enfant exerçait un mouvement de succion sur le sein opposé.
Elle accouche à l’hôpital Saint-André pour la sixième fois, le 16 juin. Montée du lait le 19 juin.
Le 24 juin, à 10 heures, je fais mettre l’enfant au sein gauche. Une minute et demie après, une grosse goutte de lait apparaît sur le mamelon droit, tombe pour faire place à d’autres, puis l’écoulement devient continu. L’enfant est mis alors au sein droit. Le lait ne s’écoule pas par le mamelon gauche.
175 * pBSERYATION
R... (Marie), née à Bordeaux, vingt-deux ans, lingère, accouche le 18 juin. Montée du lait le 19. A partir de ce jour, toutes les fois qu’elle allaite son enfant, elle constate un écoulement abondant du lait sur le mamelon opposé à celui que tête le nourrisson.
Le 22 juin, elle présente des excoriations sur les deux mamelons et son enfant est transporté à la Manufacture.
176a pBSERYATIOX
L... (Jeanne), vingt-et-un ans, primipare, accouche à la maternité de Saint-André, le dimanche 25 juin 1876, à une heure de l’après-midi. Montée du lait le 26 au soir. Elle a constamment remarqué que lorsqu’elle donne à son enfant le sein gauche, le lait s’écoule spontanément du côté droit. Je constate moi-même ce phénomène. Le 4 juillet l’écoulement 'réflexe persiste une minute environ après que l’enfant a quitté le sein.
Contrairement à nos observations précédentes', le lait ne s’écoule pas du côté gauche, quand les mouvements de succion portent sur le sein droit,
177* pBSERVATION
P... (Marie), née à Pressac (Dordogne), seize ans, primipare, accouche le 10 juin 1876. Montée du lait le 21. Le 24 juin, survient un engorgement considérable du sein gauche. Elle n’allaite plus son enfant qu’avec le sein droit ; à peine les mouvements de succion ont-ils commencé qu’un écoulement considérable de lait se fait par le mamelon gauche.
Avec les notions physiologiques que nous possédons déjà, il nous est facile de donner à ce fait l’interprétation qui lui convient. Supposons un nourrisson exer-
çant des mouvements de succion sur le mamelon gauche : ces mouvements continuels de succion, soit par le frottement des lèvres sur la peau essentiellement irritable du mamelon, soit par l’écoulement du lait hors de son réservoir naturel, devient le point de départ d’une excitation fonctionnelle pour les centres vaso-moteurs intra-médullaires, qui régissent la circulation de la glande mammaire et par suite la sécrétion du lait. Et comme il existe depuis déjà longtemps entre ceux du côté gauche et ceux du côté droit une solidarité fonctiontionnelle remarquable, les uns et les autres répondent simultanément à cette provocation unilatérale, partie de la périphérie, et la sécrétion est activée à la fois dans les deux seins. Du côté gauche, où se trouve l’enfant, le lait nouveau qui arrive remplace le lait qui part ; tandis que dn côté droit, il ne peut se faire une place dans un réservoir, déjà rempli, qu’en en chassant une certaine, quantité au dehors.
Nous avons donc ici un exemple bien net d’irritation unilatérale, actionnant à la fois deux centres sécréteurs homologues.
‘N’est-ce pas en vertu d’un mécanisme identique que la titillation d’un mamelon, chez une femme jeune et irritable, détermine presque immédiatement l’érection non-seulement du mamelon correspondant, mais encore de celui du côté opposé, qui n’a pourtant eu à supporter aucune provocation directe?
La solidarité des deux seins éclate encore dans un bon nombre d’autres circonstances : que l’écoulement menstruel, par exemple, vienne à s’arrêter brusquement, sous l’influence d’une peur, à la suite d’un refroidissement des pieds, etc. C’est très souvent par un engorgement simultané des deux seins que se tra-
duiseiitles perturbations, jetées dans l’organisme par l'Aménorrhée. On a même pu voir, dans des cas analogues, le système vasculaire se débarrasser, par les deux mamelons, du sang qu’il possède en trop ;
Amatus Lusitanus nous apprend qu’il a eu l’occasion de voir deux jeunes dames, l’une espagnole, l’autre italienne, chez lesquelles le sang menstruel sortait par les papilles des mamelonsh Ambroise Paré® rapporte l’histoire de la femme d’un vendeur de fer de Ghâteaudun qui, « au lieu d’avoir ses fleurs par le lieu destiné de nature », les rendait par les mamelles en quantité si considérable que tous les mois « elle gâtait trois ou quatre serviettes. »
Nous voyons enfin «la supérieure d'un hôpital, maigre et mince, âgée de quarante ans, d’un tempérament bilieux et colérique, se ihettre, l’an 1644, si fort en colère pendant qu’elle avait ses règles, que son sang remonta par tout son corps et passa par les mamelons. » Van der Viel®, qui rapporte ce fait, ajoute, sans doute, pour tranquilliser le lecteur, qu’une simple saignée du pied fit taire les accidents et ramena la trop « colérique » religieuse à une parfaite santé.
Nous devons nous poser une dernière question: un sein malade peut-il faire naître dans son congénère une affection analogue à celle dont-il est luimême le siège, comme nous l’avons observé pour les yeux, les oreilles, les mains, etc.? Un fait dû à M. le
* Cilé par Parrot,/oc. dt., Gaz. hebd., p. 746.
“ A. Paré, œuvres complètes, 8 e édition, Paris, 1628. — De la Génération, ch. LXII, p. 986.
“ Van der Viel, cité par Parrot, loa. cît., p. 745 .
D' Ollivier^ nous permet de répondre par l’affirmative; un enfant reçoit un coup sur le sein et voit survenir au point contus un gonflement ptilegmoneux. Au moment où ce phlegmon disparaît, il survient, sur le sein opposé, un gonflement analogue au premier. (S^ modalité pathogéniqiie des affections symétriques).
§ 9. — iSolidaritc des articulations de même nom.
Les blessures ou les affections des centres nerveux, les lésions diverses qui peuvent frapper les nerfs périphériques, déterminent parfois du côté des articulations, des poussées congestives plus ou moins fugaces ou même de véritables arthrites. De pareils faits jettent quelque'lumière sur la pathogénie, encore si obscure du rhumatisme, et le jour n’est pas éloigné, peut-être, où ces accidents articulaires, que l’on appelle rhumatismaux, parce qu’on n’a pas de dénomination meilleure à leur donner, seront regardés comme l’expression directe d’un trouble de l’innervation spinale.
Cette hypothèse où se trouve établie la relation des lésions rhumatismales avec une affection des centres nerveux, n’est pas nouvelle dans la science. En 1831, le docteur J.-K. Mitchell publie quatre observations de lésions de la moelle suivies de l’inflammation des articulations qui se trouvaient au-dessous du point lésé, et il fonde. là-dessus une théorie pathogénique
* Ollivier, Gazette hebdomadaire, n» du 30 mai 1874. — M. le Dr Ollivier, à propos de ce fait, à déjà appelé l’attenlion de la Société de Biologie, sur la solidarité de quelques organes pairs. Le savant agrégé de la Faculté de Paris prépare actuellement, croyons-nous, un travail sur cet important sujet : Nous regrettons vivement qu’il n’ait pas encore été publié ; il eût assurément facilité notre tâche, et nous aurions dû sans doute le mettre bien souvènt à contribution.
du rhumatisme, en le rattachant à une altération des centres médullairesh Le docteur Scott Alisotf publie un article dans la Lancette de 1846, sur l’arthrite de l’hémiplégie.En France Balh et Charcot^font connaître de nouveaux faits d’arthropathie consécutive aux lésions du cerveau et de la moelle. Plus récemment encore, Weir Mitchell, dans son Traité des lésions des nerfs fournit de nouveaux arguments à l’appui de la théorie nerveuse du rhumatisme.
« Dans un certain nombre de blessures de nerfs, surtout dans celles des extrémités supérieures, on observe la tuméfaction d’une ou de plusieurs articulations du membre. La nature de la lésion paraît, d’ailleurs, avoir peu d’influence sur le résultat. Je Tai vue se‘produire, en effet, après des luxations, des blessures par armes à feu, des contusions des nerfs et dans une observation intéressante du docteur Packard, l’arthropathie résultait de la compression du nerf sciatique par une tumeur. Plus récemment, dans le service de mon ami le docteur J. A. Brinton, à l’hôpital de Philadelphie, j’ai vu un homme chez qui une affection articulaire généralisée se rattachait au froissement des nerfs du bras par une luxation de rhumérus ou par les manœuvres de réduction. J’ai rencontré depuis cette époque plusieurs cas semblables et j’ai, par conséquent, tout lieu de soupçonner que ces troubles sont beaucoup plus fréquents qu’on ne Ta supposé. Dans un des cas observés, les désordres articulaires apparurent dès le troisième jour : c’était à la suite d’une blessure du plexus brachial par un
1 J.-K. Mitchell, Amérîean journ. méd. scient., vol. VIII, p. 55.
Scot Allson, Lancette, mars 1846, p. 278.
3 Bail, Rhumatisme viscéral, Paris, 1866, p. 88
* Charcot, Archives de phys\o!Gg)e, 1868, p. 15(1.
coup de feu. Deux jours après, les articulations des doigts étaient tuméfiées et douloureuses. D’ordinaire, la tuméfaction apparaît plus tard; c’est le résultat d’une névrite secondaire comme le phénomène de la peau luisante. Souvent masquée par l’inflammation générale du membre ou défigurée par l’œdème, si commun après les blessures de nerfs, la tuméfaction survit à ces manifestations et prend une importance plus grande à mesure que celles-ci s’évanouissent.
» Alors il peut arriver qu’une seule articulation soit prise, et, dans ce cas, c’est une grosse articulation, ou bien encore que toutes les articulations d’un doigt, toutes celles de la main, toutes celles du bras soient atteintes. La tuméfaction n’est jamais considérable; la rougeur est légère, la sensibilité aux moindres attouchements est extrême. Cet état persiste sans changements notables durant des semaines ou des mois, puis décline-lentement, laissant les jointures roides, augmentées de volume, et douloureuses lorsqu’on les fait agir. Assez rarement, la guérison arrive à bref délai ; le plus souvent, le résultat est une ankylosé qui défie tous les efforts et qui n’est pas améliorée par la rupture des adhérences, opérées avec le secours du chloroformé pas plus que par les manœuvres ou les appareils. Tous ces moyens échouent sans autres conséquences que d’ajouter aux tourments que font subir au malade la névralgie et l’hypéresthésie cutanée. Depuis la publication de mon Mémoire dans les Reports of the Sanîtary Commission, j’ai eu l’occasion de revoir quelques-uns de mes plus anciens malades, et je dois dire que dans aucun des cas véritablement graves dès leur origine, je n’ai obtenu d’amélioration sensible, et, qu’au contraire, la roideur et
l’impuissance devenaient chaque jour plus marquées.
. Il est donc bien clair aujourd’hui que les blessures ou les affections de la moelle, que les lésions de toute nature qui atteignent le cerveau et les nerfs périphériques; sont susceptibles de développer dans les jointures un état inflammatoire ordinairement subaigu et tellement semblable à l’arthrite rhumatismale, que l’examen clinique ne peut les différencier. Dès lors, il serait convenable de ne pas poursuivre une tentative inutile. Les théories cliniques sont réduites en poussière. La tendance générale qui s’accentue chaque jour nous porte à croire à la multiplicité des formes de l’affection rhumatismale, et nos observations apportent une nouvelle force à cette manière de voir h »
Si telle est la nature du rhumatisme, nous entrevoyons déjà, et la possibilité et. l’explication de ses manifestations symétriques sur les articulations, par une lésion siégeant à la fois dans les deux moitiés de la moelle, et à la même hauteur, sur chacune d’elles. Il n est pas rare, on le sait, de voir le rhumatisme frapper à la fois deux articulations du même nom ; ou bien, abandonnant une articulation où il s’est arrêté pendant un temps plus ou moins long, se porter sur sa congénère, avec son cortège d’accidents inflammatoires et douloureux.
Les nombreux mémoires, écrits sur le rhumatisme, renferment plusieurs faits de ce genre. Voici une observation de rhumatisme blennorrhagique, dans laquelle la marche symétrique de l’affection est. frappante. Nous l’avons rédigée sur les notes que nous a fournies le malade lui-même :
Mitchell, Loc., cil., p. 187.
178e pBSERVATION
Khumatisme aigu symétrique des cous-de-pied et des genoux.
F... (Louis), étudiant en médecine, âgé de vingt ans, contracte une blennorrhagie aiguë en février 1S74. La période inflammatoire avait totalement disparu, et l’écoulement menaçait de devenir chronique lorsqu’il éprouva, dans le cou-de-pied droit, des douleurs assez vives. Il n’en continua pas moins à marcher pendant deux jours, au bout desquels il fut obligé de garder la chambre et même le lit, les accidents articulaires ayant constamment fait des progrès. L’articulation était, en effet, très rouge et très gonflée ; la pression du doigt et surtout les mouvements qu’on cherchait a imprimer aux leviers osseux faisaient naître des douleurs intolérables. Les frictions avec Thuile de jusquiame restèrent sans effet et l’on eut recours à l’application de huit sangsues, dont les plaies saignèrent abondamment.
Le lendemain, l’articulation du cou-de-pied était dégorgée, et quelques frictions avec de l’onguent napolitain semblaient devoir faire disparaître les derniers vestiges du mal, lorsque l’articulation du cou-de-pied, du côté gauche, tomba malade. Les manifestations rhumatismales présentèrent ici 'beaucoup moins d’intensité et disparurent, par quelques frictions, au bout de trois jours.
Tout n’était pas encore fini : à peine le gonflement congestif avait-il quitté le pied gauche, qu’il se porta sur le genou droit. Cette articulation devint assez malade pour nécessiter Tapplication d’un vésicatoire, puis l’immobilisation dans une gouttière métallique.
Huit jours plus tard, le genou gauche se prend à son tour ; on y applique, comme du côté opposé, un large vésicatoire.
La gouttière métallique est enlevée vingl-un jours après son application. Les douleurs et le gonflement avaient complètement disparu, et F... commença à se lever. Une réapparition fugace des accidents rhumatismaux sur le genou droit, céda au badigeonnage de teinture d’iode.
La convalescence fut longue. La maladie avait duré en tout soixante-douze jours.
M, le professeur Denucé a bien voulu nous communiquer l’histoire d’une jeune fille qu’il traitait pour une entorse du cou-de-pied. L’affection traînait en longueur et résistait à tous les traitements, lorsque f articulation du côté opposé tomba malade à son tour et présenta tous les caractères d’une arthrite ;. les phénomènes mflammatoires furent moins intenses cependant que sur l’articulation primitivement atteinte. Les deux affections guérirent en même temps.
Signalons, en terminant, le rhumatisme noueux qui affecte une marche toujours symétrique. « La symétrie est ici la règle, dit Charcot, ainsi que l’a fait remarquer Budd ; cette observation a été confirmée par Romberg, et j’en ai moi-même vérifié l’exactitude.‘ » Le rhumatisme chronique asymétrique existe, mais il est exceptionnel.
§ 10. — Solidarité des deux, hémispbères cérébraux.
I. — La symétrie anatomique et fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux a été soutenue surtout par Bichat :
« Il est facile de prouver, dit-il, que ces diverses fonctions, communément désignées sous le nom de sens internes^ suivent dans leur exercice la même loi que les sens externes, et que comme ceux-ci, elles sont d’autant plus voisines de la perfection; qu’il y a plus d’harmonie entre ces deux portions symétriques de l’organe où elles ont leur siège.
» Supposons, en effet, l’un des hémisphères plus
( 1 ) Charcot, Leçons cliniques sur les maladies des vieillards, 2e édition 1874, p. 200.
fortement organisé que l’autre, mieux développé dans tous ses points, susceptible par là d’être plus vivement affecté, je dis qu’alors la perception sera confuse , car le cerveau est à l’âme, ce que les sens sont au cerveau; il transmet à l’âme l’ébranlement venu des sens, comme ceux-ci envoient les impressions que font sur eux les corps environnants. Or, si le défaut d’harmonie dans le système sensitif extérieur trouble la perception du cerveau, pourquoi l’âme ne percevrait-elle pas confusément lorsque les deux hémisphères inégaux en force ne confondent pas à une seule, la double impression qu’ils reçoivent?
» Dans la mémoire, faculté de reproduire d’anciennes sensations, dans l’imagination, faculté d’en créer de nouvelles, chaque hémisphère paraît en reproduire ou en créer une. Si toutes deux ne sont pas parfaitement semblables, la perception de Tâme qui doit les réunir sera inexacte et irrégulière. Or, il y aura inégalité dans les deux sensations, s’il en existe dans les deux hémisphères où elles ont leur siège.
» La perception, la mémoire et l’imagination sont les bases ordinaires du jugement. Si les unes sont confuses, comment l’autre pourra-t-il être distinct ? Nous venons de supposer l’inégalité d’action des hémisphères, de prouver que le défaut de précision dans les fonctions intellectuelles doit en être le résultat; mais ce qui n’est encore que supposition devient réalité dans une foule de cas. Quoi de plus commun que de voir coïncider avec la compression de l’hémisphère d’un côté par le sang, le pus épanché, un os déprimé, une exostose développée à la face interne du crâne, etc., de nombreuses altérations dans la mémoire, la perception, l’imagination, le jugement?
» Lors même que tout signe de compression actuelle a disparu, si, par l’influence de celle qu’il a éprouvée, l’un des côtés du cerveau reste plus faible, ces altérations ne se prolongent-elles pas ? Diverses, aliénations n’en sont-elles pas les funestes suites ? Si les deux côtés restaient également affectés, le jugement serait plus faible, mais il serait plus exact. N’estce pas ainsi qu’il faut expliquer plusieurs observations souvent citées, où un coup porté sur une des régions latérales de la tête, rétablit les fonctions intellectuelles troublées depuis longtemps à la suite d’un autre coup reçu sur la région opposée ?
» Je crois avoir établi, qu’en supposant l’inégalité d’action des hémisphères, les fonctions intelleetuelles doivent être troublées. J’ai indiqué ensuite divers cas maladifs où ce trouble est le résultat évident de cette inégalité. Nous voyons ici l’effet et la cause, mais là où le premier seul est apparent, l’analogie ne nous indique-t-elle pas la seconde ? Quand habituellement le sens est inexact, que toutes les idées manquent de précision, ne. sommes-nous pas conduits à croire qu’il y a défaut d’harmonie entre les deux côtés du cerveau ? Nous voyons de travers, si la nature n’a mis de l’accord dans la force des deux yeux. Nous pensons et nous jugeons de même, si les hémisphères sont naturellement discordants : l’esprit le plus juste, le jugement le plus sain supposent en eux l’harmonie la plus complète. »
II. Une pareille harmonie fonctionnelle a sa raison anatomique dans les commissures, que la nature semble avoir voulu multiplier dans l’encéphale : le corps
calleux, la commissure antérieure, la commissure postérieure, les fibres transversales de la lyre, etc. Ces fibres commissurantes cérébrales, plongeant par chacune de leurs deux extrémités au milieu des divers groupes de cellules homologues dans chaque hémisphère, jouent, par cela même, le rôle de véritables traits-d’union entre ces mêmes régions. Elles paraissent donc être pour chaque circonscription-de la périphérie corticale des appareils anastomotiques par excellence, qui confondent, en une résultante unique, deux impressions bilatérales; elles les fusionnent et les mettent en quelque sorte à bunisson. Ce sont au juste de véritables agents de l’unité d’action de nos deux hémisphères cérébraux. (Luys).
C’est très probablement par les fibres commissurantes, conjuguant deuxrégions corticales homologues que doit s’expliquer l’unicité dans les impressions olfactives, optiques, gustatives et auditives, si manifestement bilatérales, à leur point de départ ; pourquoi, par exemple, nous ne voyons qu’une image, nous n’entendons qu’un son, bien qu’il se forme une image sur chaque rétine, et qu’une double impression sonore ébranle les expansions terminales des nerfs acoustiques.
C’est encore en vertu d’une action simultanée et concordante des régions homologues de la substance corticale que se produisent des manifestations motrices bilatérales et parfaitement équilibrées entre elles, dans les appareils musculaires du tiers supérieur du corps. (Muscles glottiques, pharyngiens, linguaux, labiaux, etc,). « Assurément, dit Luys, il faut que les commissures soient bien multipliées et bien parfaites entre les deux régions cérébrales incitatrices de ces
mouvements, pour qu’une incitation primitivement bilatérale se résume ainsi en une résultante unique, et que, les portions droite et gauche de cette série d’appareils musculaires, conjugués ainsi sur la ligne médiane, soient incitées d’une somme d’influx également répartie à droite et à gauche. » ■
Pour les muscles des membres, cette solidarité des foyers homologues d’incitation motrice paraît ne pas exister : comme nous l’avons vu précédemment, nous pouvons à notre gré mouvoir notre jambe droite, notre bras gauche, sans que les membres correspondants se trouvent entraînés dans une série de mouvements parallèles. Devons-nous voir dans ce fait une exception à la loi de l’harmonie préétablie entre les hémisphères ? il est aussi vraisemblable d’admettre que les régions cérébrales', d’où part l’influx volontaire destiné aux muscles des membres, sont primitivement conjuguées de manière à être continuellement assosociées dans leur fonctionnement, et que ce n’est que par le fait d’une longue habitude que nous arrivons à les rendre indépendantes l’une de l’autre. On connaît les arguments à l’aide desquels Bichat a pu soutenir cette thèse. Ne voyons-nous pas de même tous les jours certains rnouvements isolés de nos doigts, primitivement associés à d’autres, acquérir par l'exercice une autonomie, fonctionnelle très marquée ?
C’est à chaque pas, dans les manifestations de l’activité cérébrale, que nous voyons intervenir les commissures, harmonisant cette activité dynamique des deux hémisphères, transportant de l’un à l’autre l’ébranlement produit par une impression périphérique unilatérale qui n’en a frappe primitivement qu’un seul, etc... Suivons,par exemple, idéalement, la mise
en activité successive des divers appareils encéphaliques d’un homme en observation devant des objets microscopiques, qui lorgne de l'œil gauche, l’œil droit étant fixé sur l’oculaire, et qui les dessine de la main droite. « On admet généralement que le principe incitateur volontaire qui provoque tes mouvements réfléchis des membres supérieurs est localisé dans les régions moyennes de la périphérie corticale, et, comme conséquence, que la main droite soutire son principe d’action des régions moyennes de l’hémisphère gauche, Dans le cas qui nous occupe, l’œil du côté gauche étant seul ouvert (comme les impressions visuelles conscientes sont entrecroisées, c’est l’hémisphère droit seul qui reçoit et qui élabore l'impression sensorielle entrecroisée. Or, comme ce n’est pas lui qui réagit pour susciter les mouvements appropriés de la main, if faut que l’impression sensorielle provocatrice de ces réactions motrices, soit répercutée en quelque sorte par contre-coup, dans l’hémisphère opposé. Il faut donc, pour pouvoir dessiner un objet, en ne le regardant que d’un seul œil, qu’une série d’actes centraux, complexes en eux-mêmes, s’accomplissent : il faut que l’impression sensorielle optique se mette, de part et d’autre, à T unisson, dans chaque hémisphère; qu'elle se propage ainsi transversalement avec toute son intensité et tous ses caractères, et qu’elle provoque, comme un véritable écho de l’impression primordiale, la réaction des zones motrices de la périphérie corticale qui lui sont immédiatement subordonnées^. »
Cette série d’actions et de réactions si merveilleusement enchaînées ont pour agents les commissures
> Loys. loc. cit., f. 415.
et leur parfait accomplissement semble pouvoir impliquer par cela même l’intégrité et la précision de ces anastomoses jetées entre deux régions homologues des hémisphères.
IIL—Les commissures cérébrales nous expliquent encore pourquoi une lésion unilatérale, quelquefois luême très limitée, provoque des déviations fonctionnelles dans l’hémisphère opposé ou même anéantit totalement l’activité cérébrale, comme on l’observe fréquemment dans les hémorrhagies encéphaliques. Ecoutons ce que dit, sur le phénomène de rictus apoplectique, le docteur Jaccoud^ ;
« Pour expliquer l’atteinte générale subie par le cerveau dans les cas d’hémorrhagie circonscrite', on a invoqué pendant fort longtemps un afflux sanguin, une congestion cérébrale subite précédant et accompagnant l’hémorrhagie ; cette interprétation est tout au plus acceptable pour quelques cas ; l’observation clinique et l’anatomie pathologique la repoussent comme fait constant. On a dit d’autre part que la pression du foyer sanguin se fait sentir nu début sur la totalité de l’encéphale, mais qu’au bout de quelque temps, la pression diminue dans le foyer, ou bien que l'organe s’y habitue ; alors les phénomènes généralisés se dissipent et font place aux phénomènes circonscrits, qui sont, eux, en rapport direct avec le foyer. Cette théorie ne me. satisfait pas davantage ; dans cette hypothèse, l’apoplexie devrait être bien plus rare, d’abord parce que cette compression générale n'est possible que clans les grands épanchements ; ensuite parce que la mobilité compensatrice du liquide cérébro-spinal
' Jaccoud. Pathologie Aulonne, t. I, p. iP3.
doit atténuer dans beaucoup de cas la pression supposée ; bien plus, l’apoplexie devrait le plus souvent suivre les phénomènes circonscrits et non pas les devancer ou marcher de pair avec eux, vu que le foyer ne peut agir par la pression sur la totalité de Tencéphale que lorsqu’il atteint un certain volume, et que bien avant cela il déchire les fibres nerveuses et produit la paralysie. Pour ces motifs, la théorie de la pression intracrânienne n’est admissible que pour les grandes hémorrhagies. Niémeyer rattache l’ictus apoplectique à la compression subite des capillaires, en un root à l’anémie cérébrale résultant de l’épanchement sanguin, et il signale, comme preuve à l’appui, J es battements exagérés des carotides, qui dénotent positivement que l’afflux du sang dans le cerveau est entravé.
» Cette interprétation nouvelle est séduisante, mais je ne la crois pas acceptable pour la généralité des faits, et d’abord elle est passible de la même objection que celle de tout à l’heure, relativement à la grandeur des foyers ; avec un épanchement abondant, qu’un admette une anémie générale du cerveau, soit ; la chose est possible, mais une telle entrave à l’affux artériel n’est vraiment pas admissible avec ces petits foyers du corps strié ou de la couche optique qui produisent bel et bien l’apoplexie, quoi qu’ils soient trop petits assurément pour comprimer les capillaires de tout l’encéphale et en causer ainsi l’anémie. L’argument tiré des pulsations carotidiennes me touche médiocrement, car ces battements ne sont pas constamment exagérés, il s’en faut, et, lorsqu’ils le sont, cet accroissement de force doit triompher aisément de l’anémie capillaire ; d’ailleurs, il serait nécessaire
avant de conclure d'être renseigné sur les pulsations des vertébrales ; cette lacune qu’on ne peut faire disparaître, a son importance. Mais ce n’est pas tout, et l’objection suivante me paraît la plus grave de toutes; pourquoi,, à volume égal,\e?> foyers delà masse blanche hémisphérique et ceux du cervelet ne produisent-ils pas l’apoplexie comme ceux des corps striés, des couches optiques ou des pédoncules cérébraux? Pourquoi cette prétendue anémie ne produitelle que l’apoplexie, tandis que l’anémie vraie, celle qui succède aux grandes pertes de sang produit l'apoplexie et des convulsions? Pour ces divers motifs, je repousse, en tant que théorie générale, l’hypothèse de l’anémie cérébrale à laquelle je préfère l’interprétation suivante : Le fonctionnement normal du cerveau est subordonné à l’activité solidaire el simultanée des deux moitiés dont il se compose ; lorsqu’une- d’elles est lésée, l’autre peut en compenser l’inertie, dans une certaine mesure, à condition que la lésion ait agi graduellement ; c’est ce qu’on observe dans les altérations cérébrales chroniques, notamment dans les tumeurs. Si la lésion est brusque, la perturbaiion, bien que limitée, retentit sur l’ensemble de l’organe dont les deux moitiés sont unies par de puissantes commissures, et anéantit par un épuisement momentané toute son aptitude fonctionnelle. Dans la maladie qui nous occupe, le cerveau déchiré reçoit un choc, qui est transmis et réflexe, de l’autre côté : ce réflexe, par lequel l’hémisphère lésé agit sur l’autre au moyen des fibres commissurales, est la véritable cause, selon moi, de la diffusion initiale des accidents ; ainsi est produite avec une lésion locale une névrolysie générale qui est l’apoplexie. »
M. Luys vient d’av'oir la preuve anatomique de cette propagation-d’un hémisphère à l’autre, le long des commissures cérébrales d’une lésion qui, primitivement unilatérale, finit par occuper les deux côtés. Dans une note communiquée à la Société de biologie, dans sa séance du 8 juillet de cette année, le savant micrographe a rapporté l’histoire d’un individu qui avait dû subir, vingt ans auparavant, l’amputation de la jambe gauche. M. Luys a trouvé une atrophie de la circonvolution frontale ascendante du côté opposé [côté droit ).côté correspondant^aucÀe) il y avait, sur la circonvolution homologue, des traces non équivoques d’un processus atrophique, qui était évidemment transmis par les fibres commissurales. C’est: l’opinion émise par M.Luys et nous l’acceptons pleinement.
§ Il . — iSolidaritè de» groupes musculaires bomologues.
11 suffit d’un simple coup d’oeil, jeté sur la topogra- ; phie des appareils musculaires, pour se convaincre que, dans leur disposition, éclate une symétrie parfaite.
M. Sappey a divisé les muscles volontaires en trois ordres :
1“ Les uns, incomparablement plus nombreux et plus volumineux, se fixent aux diverses pièces du squelette et les recouvrent ; ils constituent les organçs actifs de la locomotion ; , ;
2“ D’autres sont annexés aux organes des sens et plus particulièrement à la face ;;
3” Ceux du troisième ordre, enfin, dépendent des
appareils de la digestion, de la respiration, de la génération.
Les muscles des deux premiers groupes sont situés presque tous à droite et à gauche de la ligne médiane. ; Chacun d’eux, pris au hasard d’un côté du corps, a sou homologue du côté opposé, et nous ferons même remarquer que la partie centrale du squelette, composée d’un si grand nombre de pièces impaires et symétriques, n’est entourée et mise en mouvement que par des muscles pairs ou latéraux.
Parmi les muscles du troisième groupe, il en est beaucoup, sans doute, qui se trouvent situés sur le plan médian ; mais ne peuvent-ils pas être divisés en deux moitiés égales et superposables, recevant chacune leurs artères et leurs nerfs? Tels sont l’orbicnlaire des lèvres, les trois constricteurs du pharynx, le diaphragme, le sphincter anal, le constricteur de la vulve, etc.
De la symétrie anatomique dérive la symétrie fonctionnelle. Dans la série des muscles pairs, chacun d’eux a une action identique à celle de son homologue ; et s’il sagit des muscles impairs, les deux moitiés qui les constituent se contractent ensemble, pour concourir à un effet unique
L’étude des mouvements variés dont l’animal vivant est le théâtre, nous montre, entre la plnpart des régions musculaires homologues, une dépendance plus ou moins complète : l’indépendance est l’exception.
Ainsi, les muscles glottiques, pharyngiens, labiaux, sont tous, ceux du côté droit et ceux du côté gauche, associés ensemble dans une action commune. Leur indépendance unilatérale a cessé d’exister. Il en est
de même des muscles du périnée, et de ces immenses lames musculaires, qui constituent par leur ensemble la plus grande partie de l’enceinte abdominale.
Quelle solidarité plus étroite que celle qui existe entre les mouvements des deux globes oculaires? Les muscles droits et les muscles gauches de la langue ne combinent-ils pas merveilleusement leur jeu, dans l’acte si complexe de la phonation? Les muscles moteurs des osselets de l’ouïe ne se contractent-ils pas ensemble, pour adapter également bien des deux côtés la tension de la membrane du tympan aux qualités physiques du ^on?
Cette harmonie d’action entre les organes symétriques nous paraît moins parfaite, quand il s’agit des membres. Nous pouvons, en effet, à notre gré, mouvoir notre bras gauche, notre jambe droite d’une manière parfaitement isolée, sans que les appareils musculaires du côté opposé se trouvent entraînés dans une série de mouvements parallèles. Dans la marche, les membres d'Uncôté sont toujours en opposition de mouvement avec ceux de l’autre côté, et personne n’ignore ce fait vulgaire, qu’on éprouve même certaine difficulté à exécuter à la fois, avec les deux mains ou les deux pieds, certains mouvements en même sens.
Ce sont là des faits isolés que l’on pourrait expliquer, peut-être, par les effets d’une longuehabitudeMls ne détruisent en rien la symétrie des membres et la dépendance de leurs foyers centraux d’innervation. Cette dépendance, nous la retrouverons à chaque pas dans l’histoire clinique des appareils de la locomotion ; mais il est un fait d’observation que nous ne pouvons
‘ Lxlys- —Recherches sur le sysiè/ne nerveux cérébro-spinal, page 414.
passer sous silence, et qui l’établit, selon nous, d’une manière incontestable. Il est dû à Winslow‘ et se trouve reproduit dans l’ouvrage de Barthez^
Il est remarquable que lorsqu’un des membres symétriques a contracté, par l’habitude, une plus grande facilité d’exécution de certains mouvements, l’autre membre correspondant a acquis une plus grande facilité de produire des mouvements semblables, de sens contraire par rapport aux premiers, mais de même sens, si on les rapporte à la ligne médiane. Ainsi, sans s’y être essayé par l’exercice, on peut faire assez promptement, avec la main gauche seule, le contresens parfait des mêmes lettres et des mêmes traits de plume, qu’on s’est accoutumé à tracer avec la main droite, surtout si on laisse aller la main seule, sans la contrarier par des incitations volontaires, ou seulement par les effets d’une attention soutenue.
Le médecin célèbre de Montpellier, qui commente ce fait, en conclut que « Fidée d'une\suite de mouvements, dans un des membres symétriques, peut se répéter sympathiquement dans la partie du principe vital, présente à Tautre membre, lors même que la volonté n'y détermine pas l'imitation de ces mouvements. Remplaçons l’hypothèse trop facile et heureusement vieillie du principe vital, par l’activité des centres moteurs intra-médullaires, et nous ne serons pas loin de la vérité.
Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à l’examen comparatif des deux moitiés verticales du corps. S’il ressort de cet examen que la moitié droite l’emporte
‘ Winslûw. — Mém. Acad, des sciences, 1739.
* Barthez. — Science ne l'Homme, 3e édit. — 1858, 1.1, '387
généralement sur l’autre par l’étendue, le nombre, la facilité des mouvements qu’elle exécute, nous savons, d autre part, que Thabitude d'agir, pour un organe, modifie les conditions et les formes de son activité, et que la suprématie des membres droits sur les membres gauches doit être mise sur le compte de l’habitude, ou, si l’on veut, de l’éducation, La discordance fonctionnelle des deux moitiés symétriques du corps n’est pas native : «il est toujours vrai de dire, décrit Bichat, qu'elle est un effet social, et que la nature les a primitivement destinées à l’harmonie' d’action . »
IL — A l’état morbide, cette solidarité des membres symétriques est plus étroite encore. Le fonctionnement des appareils musculaires peut être dévié dans une double direction ; les manifestations de la contractilité peuvent s’exagérer {convulsion, treurblenaent, contracturé) ; elles peuvent être diminuées ou même abolies {paralysies motrices). Dans chacune de ces séries de faits, il n’est pas rare de voir les deux bras, les deux jambes^ ou même les quatre membres, être frappés à la fois par l’affection perturbatrice de leur locomotion.
Gententons-nous de citer :
1“ parmi les hyperkinésies, les faits de tétanie continue ou intermittente, dont M. Imbert-Gourbeyre nous a laissé une bonne descriptiom ; le tic convulsif, qui est quelquefois bilatéral, et que l'on voit souvent passer d’un côté à l’autre ; et tous ces cas de tremble-
* Bichat. — Recherches physiologiques sur la rie et la mort, Se édit. 1805, p. i7.
Imbert-Gourbeyre. — Thèse de doctorat, Paris 1844.
ment, que l’on voit se localiser aux deux membres supérieurs, principalement aux deux mains.
2“ — Parmi les hypokînésies : les paralysies saturnines, qui débutent presque toujours par les extenseurs des deux avants-bras ; cette symétrie, dans les manifestations paralytiques de l’intoxication plombique, avait déjà frappé Barthez : «On a vu très souvent, dit-il, dans la colique du Poitou, que les muscles du pouce de chaque main souffrent plus à proportion que tous les autres et s’émacient principalement dans la paralysie, qui survient à la suite de cette coliqueh »
Citons encore ces faits, malheureusement si nombreux, de paralysies des membres inférieurs, souvent d’origine réflexe, que l’on voit survenir alors dans les affections de l’utérus, de la vessie, à la suite d’un refroidissement ou d’une irritation exercée sur la muqueuse intestinale par des lombrics, etc. Qu’elle que soit la théorie que l’on adopte, pour expliquer cette mort fonctionnelle des noyaux moteurs de la moelle lombaire, qu'on fasse intervenir Vischémie de Brown- Sequard® ou qu’on se range à la névrolysie de Jaccoud®, ces cas de paraplégie ne nous montrent pas moins l’association morbide des deux membres inférieurs, et, en conséquence, la solidarité de leurs noyaux moteurs intra-médullaires.
Cette solidarité devait être portée à un bien haut degré dans ce fait que nous empruntons à Franck^ :
^ Barthez, Loc cit. p. 379.
® Brown-Sequart, leç. sur les vas.-mot.
® Jaccoud. Des paraplégies, 1864, p. 341.
* Notes sur Brown Séquard, t. II, p. 97, de la traduction deM. Berlin.
Une malade, atteinte d'hémiplégie, s’avisa de mouvoir le bras sain, en même temps qu'elle faisait des efforts , pour remuer le bras malade, qu’elle ne pouvait mouvoir seul, quelques efforts qu’elle fit. Elle recouvra, par ce moyen, le mouvement du membre paralysé. Franck ajoute qu’il a cherché ce phénomène chez d'autres paralytiques, et qu’il l’a quelquefois rencontré.
L’observation suivante n’est pas moins remarquable ; Un enfant qui avait éprouvé des convulsions dans plusieurs parties du corps avait vu ces accidents perdre peu à peu du terrain et se localiser enfin à l’extrémité d’une main. Or, lorsqu’on faisait effort pour étendre tous les doigts de cette main, la main saine était immédiatement prise de convulsions et se resserrait violemment ; se contentait-on d’étendre un seul doigt de la main affectée? aussitôt et pendant tout le temps que durait cette extension le doigt correspondant de la main opposée entrait en convulsionsi.
Ce phénomène peut, jusqu’à un certain point, être reproduit par la physiologie expérimentale ; sur un animal, une grenouille, par exemple, dont la moelle a été sectionnée, l’excitation d’une seule patte détermine parfois, dans les deux membres inférieurs, un mouvement de retrait. Que se passe-t-il dans ce cas ? Après avoir mis en jeu les noyaux moteurs correspondants, l’excitation, non encore épuisée, atteint secondairement les noyaux du côté opposé. Or, les fibres motrices, ainsi excitées consécutivement, cor-
‘ Ce fait appartient à Valsava : il est rapporté par Morgagni. Epist. anat. méd, X, n® 16
‘ Voyez encore : Jaccoud^ paraplégies, p. 120
Vulpian, art. Moelle ia dict. encycl. 2® série.
respoiident toujours à celles qui ont reçu l’excitation première et distincte ; de telle sorte que les muscles qui se contractent, dans le côté du corps non excité, sont les mêmes que ceux du côté opposé. En d’autres termes, la ligne de jonction qui réunit les appareils musculaires mis enjeu, dans les deux membres postérieurs, par une excitation unilatérale, est toujours perpendiculaire à la ligne médiane {2° loi dePflüger) \
III. — Etudions maintenant les affections musculaires d'ordre trophique, et voyons si cette solidarité que nous venons de constater, dans les manifestations dynamiques des muscles, préside encore aux phénomènes de leur nutrition. Et d’abord, qu’elle est la nature de l’atrophie musculaire?
Dès 1856, Gruveilhier, à la suite de l’autopsie du saltimbanque Lecomte dont le nom restera attaché à rhistoire de l’atrophie musculaire progressive, comme en ayant offert le type le plus parfait, écrivait que c'était dans la substance grise de la moelle épinière qu’il fallait rechercher l’origine de l’atrophie des muscles et de la dégénérescence des racines antérieures qui vont les innerver ^
Cette conclusion, à laquelle Gruveilhier n’était arrivé que par le raisonnement, devait trouver bientôt, dans un fait de Luys, une confirmation éclatante® : chez un homme de cinquante-sept ans, atteint d’atrophie
1 Pflüger. Die Sensorische Function des Rûchenmarks nebste einet neuen Lehreûber, die Leitungsgesetze der Peflexionen. Berlin, 1853.
2 Gruveilhier. Sur la paralysie musculaire atrophique.— Arch. gén. de mêd., Ve série, t. VII, 1856.
® Luys. Lésion histologique de la substance grise delà moelle. — Gaz, Méd., 1860.
musculaire progressive des membres supérieurs -(principalement du côté gauche), qui succomba dans le service de M. Hérard, à Lariboisière, M. Luys rencontra, à l’autopsie, au niveau et audessus du renflement brachial une atrophie très manifeste des racines antérieures du côté gauche. L’examen attentif de la texture de la moelle lui révéla les particularités suivantes :
A. — Enorme développement du système capillaire dans toute la portion de la substance grise correspondant au point où les racines étaient atrophiées. Les vaisseaux, en effet, étaient littéralement turgides et les globules empilés les uns sur les autres dans leur cavité. En quelques endroits, le tissu de la substance grise avait été éraillé par suite de la dilatation des parois vasculaires. Presque partout les parois des visseaux étaient entourées d’un dépôt granuleux, véritable exsudât qui n’avait pas été au-delà de la tunique externe. Dans d’autres points, l’exsudât avait franchi cette limite et se trouvait, à l’état diffus, dans la trame de la substance grise. Une grande quantité de corpuscules amyloïdes se faisait remarquer dans le tissu cellulaire de cette même substance grise.
B. — Quant aux éléments nerveux, ils étaient le siège d’une dégénérescence manifeste. Dans les racines antérieures, les tubes avaient disparu par résorption de leur contenu ; les parois seules étaient encore ça et là reconnaissables. Dans les cornes antérieures, au point correspondant aux lieux d’émergence des racines antérieures atrophiées, on recherchait en vain là présence des cellules nerveuses. Elles avaient toues disparu ; le microscope ne révéla à leur place
qu’une substance granuleuse, plus ou moins abondante, que M. Luys considère comme un exsudât des capillaires.
L’observation si intéressante de M. Luys n’est pas restée isolée dans la sience, et nous pourrions en citer quelques autres qui présentent avec elle la plus grande analogie.
C’est donc dans une lésion de forme dégénérative de la substance grise centrale, et très probablement de cette portion de la substance grise qui donne naissance aux vaso-moteurs, que réside la cause première de Tatrophie musculaire. Cette opinion trouve un puissant appui dans les trois observations de Schneevoogt^ et de Jaccoud®, où le cordon cervical du grand Sympathique, y compris le ganglion supérieur, étaient frappés d’une dégénérescence fibro-graisseuse. Elle concorde même avec le rétrécissement dès artérioles et l’abaissement thermique, qui ont été notés par plusieurs observateurs dans les membres atrophiés.
Nous concluons donc avec Duménil®, Trousseau^ Schneevoogt, Jaccoud, Jules Simon®, que les conditions pathogéniques ' de l’atrophie musculaire progressive résident dans un fonctionnement anormal des nerfs vasculaires, destinés aux muscles.
‘ Schneevoogt Nederlandscb Lancet, 1854.
^ Jaccoud. Observations de deux cas d’atrophie musculaire progressive. — Gommunicalion à la société des hôpitaux, 1864.
® Duménil, Gaz. hebdomadaire. — Ibid., 1861.
Trousseau, Clinique médicale de l’Hêtel-Dieu. Paris, 18à5, t. II. p. 551. Trousseau rattache l atrophie musculaire progressive aux fonc,tions des nerfs vaso-moteurs modifiés par une diathèse.
= J. Simon. Art. Atrophie muscul. progressive. — In Dict. de méd. et chir. prat., t. IV, p. 80.
Dès lors,nous pouvons, assimilant complètement, au point de vue de leur mécanisme, les lésions trophiques des muscles aux lésions de même ordre que l’on observe du côté des téguments, établir les premières sur les bases d’une même classification, et admettre :
t Des atrophies musculaires, d’origine centrale, par lésion primordiale des noyaux vaso-moteurs intramédullaires. [Atrophie par action directe).
2“ Des atrophies musculaires, d'origine périphérique, consécutives, à une excitation dystrophique extra-médullaire, mettant secondairement en jeu, par l’intermédiaire des nerfs centripètes, les noyaux vasomoteurs.
Les premières, qui sont les plus fréquentes, ne sauraient nous retenir longtemps. L’observation démontre qu’elles* sont presque toujours bilatérales, quelquefois régulièrement symétriques, débutant tantôt par les deux éminences thénar, tantôt par les deux épaules, etc., etc. Si l’atrophie ne se montre pas d’emblée sur les muscles homologues des deux moitiés du corps, sa localisation apparente sur un membre n’est que temporaire ; elle ne tarde pas à envahir le membre opposé. Dans le premier cas, les noyaux vaso-moteurs des muscles sont simultanément lésés dans les deux côtés de la moelle ; dans le deuxième ordre de faits, la lésion siège primitivement d’un seul côté, pour se propager ultérieurement, le long des commissures, aux noyaux du côté opposé.
C’est ici surtout que l’on peut dire que la loi de Symétrie constitue la règle.
Il nous serait facile de rapporter, à l’appui de cette assertion,de nombreuses observations, d’atrophie mus-
culaire symétrique, d’origine centrale. Nous craindrions d’agrandir inutilement les limites de notre travail, et nous renvoyons aux intéressants Mémoires publiés sur ce sujet par Gentil', Todd^ Durant ,Bezieb, Lœvenhard®, Perruchot®, Schrapf, Sabourin®, Le Brune tel®.
Nous trouvons dans ce dernier l’histoire d’un homme de quarante ans chez lequel on observa, à la suite d’une contusion de la région cervicale, une atrophie des deux bras.
Voici une observation d’atrophie des deux membres inférieurs, recueillie dans le service de M. le professeur Mabit, et dans laquelle l’affection musculaire se trouve manifestement liée à un trouble de Tinnervation spinale ;
pBSERyATION,
G... (Jean), âgé de trente ans, exerçant la profession de cocher, éprouva en 1872 des douleurs lombaires fréquentes et
* Genth. — Allgem. méd. cent. Zeit., 1854, p. 626. — Anal, in Gaz. hebdom., 1854, p. 1064.
* Todd. — Bristish méd. Journal, 1858, no 70. Analysé in Gaz. bebdom., 1858, p. 446.
“ Durand. — Thèses de Strasbourg, 1857, no 381.
Beziel.— Etude sur l’atrophie musculaire dans ses rapports avec le rhumatisme art. aigru. —Thèse de Paris, 1884, n« 146.
5 Loerenhard. — Quelques recherches sur l’atrophie musculaire progressive. — Thèse, Paris, 1867, no 213.
* Perruchot. — Observations pour servir à l’histoire de l’atrophie musculaire progressive.—These. Paris, I8è9. [Voir en pai-iiculier les observath.ns 5 et 6).
’ Schrapf. — Contribution à l’étude des formes symptomatiques de l'atrophie musculaire progressive. —Thèse; Paris, 1872, n® 433.
® Sabourin.—Airoph/e musculaire rhumatismale. — Thèse, Paris 1872, no 273.
" Le Brunelel. — Essai sur l'atrophie musculaire progressive. — Thèse, jarif, 1872, no 53.
parfois fort vives. En même temps se manifestait dans les membres inférieurs une fatigue générale, toujours progressive, qui bientôt lui rendait la marche difficile.
Ce malade n’a jamais éprouvé de douleurs dans les membres; seuls des picotements et des fourmillements continuels, localisés dans les deux pieds et les deux jambes, révélaient des altérations de la sensibilité. Il est entré une première fois à l’hôpital Saint-Ândré en 1872, une deuxième fois en janvier 1874. On l’a soumis chaque fois à un traitement tonique et à l’emploi dés bains sulfureux.
Rien ne put malheureusement arrêter la marche de l’affection, et G... est venu une troisième fois à la salle 16, réclamer les secours de l’art contre une faiblesse musculaire, qui prenait peu à peu des proportions d’une infirmité grave.
Ce qui frappait alors, dans l’état de cet homme, c’était l’amaigrissement dont les jambes étaient atteintes; la saillie des mollets mesurait 24 centimètres à droite, 23 à gauche. Tous les mouvements des pieds sur la jambe et de la jambe sur la cuisse étaient possibles ; mais le malade les exécutait faiblement. Les fourmillements du début avaient persisté, et le malade accusait constamment dans les membres frappés d’atrophie une sensation subjective de froid, parfois assez intense pour qu’il cherchât, par des frictions, à ramener la chaleur.
La peau qui recouvre la face dorsale du pied, et surtout les orteils, était constamment pâle et sèche; elle paraissait amincie et semblait reposer directement sur les masses osseuses.
La sensibilité tactile était à peu près intacte. Les deux pointes du compas de Weber étaient nettement perçues, avec un écart de 6 centimètres, à la face du pied, de 3 centimètres à la face planiaire, de 8 centimètres à la jambe.
Les phénomènes de l’atrophie musculaire, par action réflexe, s'observent fréquemment dans les névralgies. Une thèse fort intéressante a été écrite en 1860, sur ce point de physiologie pathologique, ' paj
M. Clément Bonnefm‘ Ce n’est point à une paralysie primitive du muscle, comme on l’a prétendu, qu’il faut rattacher l’atrophie : la dégénérescence musculaire a souvent existé sans qu’il y eût une paralysie évidente, ou du moins, avant qu’elle ne survînt ; elle a coïncidé même parfois à des phénomènes d’excitation de la fibre musculaire. Ainsi Notta ® mentionne trois cas dans lesquels il y avait des convulsions constantes, ou du moins fréquentes, coexistant avec une augmentation d’atrophie.
Il nous paraît plus rationnel d’admettre que les irritations permanentes dont les nerfs sont le siège, dans les névralgies, se réfléchissent par la médiation de la moelle épinière, sur les fibres nerveuses vaso-motrices destinées aux muscles. Sous l’influence de cette action réflexe, les vaisseaux des muscles se resserrent, il survient une diminution de l’irrigation sanguine, et, comme conséquence, un affaiblissement des phénomènes nutritifs. Cette théorie de l’irritation, émise et défendue par Nothnagel nous paraît être l’expression réelle des faits et nous fadoptons pleinement.
Nous devons donc maintenant, revenant au sujet qui nous occupe, nous demander si une irritation périphérique unilatérale peut actionner à la fois les centres vaso-moteurs correspondants et ceux du côté opposé, et amener ainsi des phénomènes amyotrophiques bilatéraux.
Quelques faits, empruntés à la clinique, nous permettent de répondre par l’affirmative.
‘ Bonneün.— Atrophie musculaire consécutive aux névralgies. — Thèse. Paris 1864.
* Notta. — .\rch. gén. de méd.
Nothnagel. Trophische storungen bei neuralgien (Griesinger’s Archiv. p, 8, 11, 29, 39. — Anal in Cenlralblalt.
Brown-Sequard a rapporté Fhistoire d’un malade, chez lequel des douleurs névralgiques, partant de la cicatrice d’une blessure située à l’avant-brase gauche, avait amené l’atrophie des deux bras \
M. Poncet a présenté, l’année dernière, à la Société de Biologie, un fait d’atrophie musculaire progressive bilatérale, consécutive à un coup de feu. Il s’agissait d’an soldat, âgé de trente-trois ans, qui avait reçu une balle en pleine poitrine à la bataille de Sedan. Le projectile, entré au-dessous de l’articulation sterno-claviculaire droite, était sorti au-dessous de l’épine de l’omoplate, à deux centimètres en dehors du bord spinal. La clavicule n’avait pas été fracturée. Le blessé était resté trois jours sans connaissance et s’était aperçu, à son réveil, que le bras droit était paralysé. Il avait séjourné dans plusieurs hôpitaux, où on l’avait traité par l’électrisation. Bientôt il s’apercevait que le bras gauche lui-même devenait faible, inerte et perdait enfin l’usage de ses mouvements.
Le jour où ce malade fut présenté à la Société de Biologie, il présentait une atrophie musculaire presque égale, dans les membres supérieurs droits et gauches.
• Evidemment, c’est par l’intermédiaire de la commissure auiér^eure de la moelle, établissant une solidarité entre les centres moteurs homologues, jque l’affection primitivement unilatérale, a envahi le côté opposé. « Il y a eu coup de feu, près du plexus brachial droit avec forte contusion des paires nerveuses et paralysie passagère du côté droit, puis atrophie de quelques
‘ BrowQ-Séquard. Leçons sur les vaso-moteurs. Traduction, de Beni- Barde, 1872, p. 47. Ollivier. Thèses de concours 1879, p. 126.
racines antérieures et de racines postérieures, étendue à un certain nombre de cellules des cornes antérieures de la moelle, et un petit nombre de cellules des cornes postérieures. Cette dégénérescence s’est étendue aux organes symétriques du côté gauche ; il y a eu envahissement successif, lent et irrégulier de la moelle, comme dans l’atrophie musculaire progressive de nature non traumatique. » (Poncet) ‘.
Nous rapprocherons du fait de Poncet l’observation suivante, que nous avons recueillie durant notre internat à l’hôpital Saint-André,
179e pBSERVATION
B... (Nicolas), âgé de soixante-deux ans, exerçant la profession de marin, a toujours joui d’une santé à toute épreuve. Il n’accuse aucun antécédent morbide ; il n’a jamais eu de rhumatismes, jamais d’accidents scrofuleux ou syphilitiques.
Il y a quatre mois, il travailla, pendant deux heures, à faire des trous dans une corne de bœuf, au moyen d’un avant-clou. A la suite de cet exercice, dont toute la fatigue incombe à la main droite, il ressentit dans le pouce droit et dans la région thénar du même côté, une faiblesse qui persista; trois jours après, il survint, dans les mêmes régions, des fourmillements, des crampes, des douleurs passagères. Les phénomènes s’accentuaient de jour en jour, au fui' et à mesure que les douleurs névralgiques redoublaient de fréquence et d’intensité. Au bout de trois semaines, il s’apercevait que l’éminence thénar était moins saillante que celle du côté opposé, « qu’elle maigrissait, » pour nous servir d’une de ses expressions.
Dans les premiers jours de septembre, un mois et demi, par conséquent, après le début de l’affection, des symptômes d’atrophie et de paralysie motrice se manifestèrent du côté
‘ Poncet. — Communie, à la Société de Biologie, séance du 27 mai 1875. Analy. in Gaz, hebdomaîre, 1875, p. 883.
opposé. D’après les renseignements fournis par le malade, la marche de l’affection sur ce nouveau terrain était identique à celle qu’elle avait suivie du côté de la main droite. Les douleurs névralgiques ne firent pas même défaut, quoiqu’elles fussent un peu moins intenses.
C’est le 9 décembre 1874, que B... se présenta à la consultation de l’Hôpital Saint-André. Je l’ai vu là pour la première fois, et j’ai pris sur son état les notes suivantes :
a. — Main droite (la première affectée). Les cinq métacarpiens sont dans une extension légère. La première phalange des doigts prolonge en bas la direction des métacarpiens ; la deuxième et la troisième phalange sont, au contrairOj fléchies sur la première. Les muscles de l’éminence thénar ont entièrement disparu. On sent très nettement, à travers la peau, le premier métacarpien, qu’ils ne recouvrent plus.
L’atrophie est un peu moins avancée, dans les muscles de la région hypothénar. Les espaces interosseux forment comme autant de gouttières, bien marquées sur les deux faces de la main.
L’extrémité inférieure du pouce présente une ulcération, à peu près sèche, assez régulièrement arrondie, à base encore rouge, reposant sur le derme et entourée de deux zones épidermiques très pâles. Le malade nous a raconté que quatre j ours auparavant, il avait vu survenir spontanément une petite cloche remplie d’eau, qui s’était bientôt rompue, laissant au-dessous d’elle une petite surface ulcéreuse.
b. — Main gauche. — Mêmes déformations, même atrophie. L’éminence thénar n’existe plus ; les muscles de la région hypothénar et des espaces interosseux présentent des lésions moins avancées que du côté opposé. Sur la face palmaire de la troisième phalange du médius existe .une ulcération, analogue à celle que nous avons déjà signalée, sur le pouce de l’autre main. Elle est pourtant plus grande, présente une forme allongée, mesurant dans son grand diamètre 2 centimètres et demi environ. Gomme la précédente, elle remonte à quatre jours ; elle a succédé à une bulle, cette dernière étant survenue sans cause extérieure appréciable.
Motilité. Les mouvements de flexion et d’extension des doigts
sont encore possibles, mais ils sont très faibles ; le moindre poids, le moindre obstacle suffit pour les annihiler.
Les mouvements de l’avant-bras et du bras sont normaux, bien que les masses musculaires des avant-bras présentent déjà un commencement d’atrophie.
Sensibilité. — Sur la face dorsale des doigts et de la main, la sensibilité existe encore, mais elle est manifestement émoussée. Cette anesthésie incomplète est plus marquée à droite qu’à gauche.
L’anesthésie est à peu près complète sur la face palmaire des doigts et de la main, des deux côtés. Au niveau des plaies ulcéreuses que nous avons mentionnées, il faut enfoncer profondément la pointe d’une épingle pour faire naître une impression douloureuse.
La fonction du tact est presque entièrement abolie ; après avoir fait fermer les yeux au malade, je lui ai placé sur la main un porte-plume, et quand je lui ai demandé ce qu’il soutenait, il m’a répondu qu’il ne soutenait rien.
Je lui ai placé alors un sablier en fer-blanc, de forme carrée, il m’a assuré qu’il était arrondi.
Je lui ai donné une sonnette à ressort ; il l’a explorée longtemps, avec ses deux mains, sans pouvoir jamais arriver à la moindre notion précise, touchant la nature ou même la forme de l’objet.
Enfin j’ai allumé sur sa main droite un morceau de papier ordinaire, la flamme, en contact avec l’épiderme, le brûlait manifestement ; le malade, d’abord impassible, a fini par accuser dans sa main la présence d’un corps chaud, et ce n’est qu’au bout de trente secondes, qu’il s’est senti brûler, a ouvert les yeux et a laissé tomber le corps en ignition.
D’ailleurs, il n’existait aucun trouble du côté des autres fonctions : les autres sens ne présentaient aucune altération subjective ou objective. J’ai vainement cherché des douleurs rachidiennes ; le doigt promené de haut en bas sur la série des apophyses épineuses, n’excitait en aucun point des sensations douloureuses.
Cette observation, on le voit, présente beaucoup d’analogie avec la précédente, et nous pouvons lui appliquer la même interprétation pathogénique. Chez notre malade, un filet nerveux, appartenant probablement au Médian, a été contusionné : peut-être même, à la suite de cette contusion, est-il survenu de la névrite. Quoi qu’il en soit, la région thénar est devenue comme un foyer d’irritations permanentes, qu’attestent suffisamment et les douleurs névralgiques et féruption bulbeuse, dont le tégument a été le siège. Ces irritations transportées, par les nerfs centripètes, jusque dans les centres vaso-moteurs de la moelle épinière ont été réfléchies, par ces mêmes centres, vers leur point de départ, sous la forme nouvelle de troubles circulatoires d’abord, trophiques ensuite. Dans cette deuxième partie de leur trajet, elles ont suivi les vaso-moteurs destinés aux muscles.
Cette série de réflexes s’est d’abord localisée du côté droit, mais bientôt les centres récepteurs des impressions périphériques, situées de-ce côté, ont ébranlé à leur tour, par l’intermédiaire des commissures, les centres homologues du côté opposé ; et nous avons vu survenir alors dans les muscles de la main gauche, comme une conséquence nécessaire de ce nouveau travail, le resserrement des artérioles, la diminution de l’apport des matériaux nutritifs, et finalement l’atrophie.
Ce fait nous fournit donc un magnifique exemple d’une irritation unilatérale, amenant, par une double action réflexe, des phénomènes amyotrophiques bilatéraux et symétriques.
Des faits qui précèdent nous croyons pouvoir conclure :
1" Que les appareils musculaires de la vie animale sont disposés, dans chaque moitié du corps, par groupes symétriques ;
2° Que les muscles homologues des deux côtés associent presque toujours leur jeu, pour concourir à un effet unique, et que, ceux-là même qui se contractent isolément et qui paraissent jouir d’une autonomie complète, n’en sont pas moins liés à leurs homologues par les liens d’une étroite sympathie ; ce qui a fait dire à Lordat que, pour qu’un membre ou une portion de membre acquière de la tendance à exécuter une suite de mouvements, il n’est pas nécessaire qu’il se soit disposé, par un exercice propre, mais qu’il suffit que la partie symétrique contracte l’habitude de cette chaîne d’actions^
3° Cette solidarité, entre appareils musculaires homologues, éclate surtout à l’état pathologique et, en particulier, dans les affections musculaires d’ordre trophique. On voit même des faits de traumatisme unilatéral amener, par double action réflexe, une atrophie musculaire bilatérale et symétrique (fait . de Brown-Sequard, fait dePoncet, fait personnel).
. 4" Cette solidarité trouve son explication dans les commissures qui unissent, dans toute la hauteur de la moelle épinière, les noyaux centraux droits et gauches, d’où rayonnent vers la périphérie, tous les nerfs centrifuges moteurs ou vaso-moteurs, destinés aux muscles.
* Lordat, Exposition de la doctrine médicale de Barthez, 1818, p. 187.