‹ De la symétrie dans les affections de la peauChapitre 42 sur 48 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

S'' modalité. -- Affections symétriques de la peau d’origine périphérique, succédant à une excitation dystrophique unilatérale.

Une lésion, siégeant sur un seul côté du corps, peut-elle déterminer des troubles circulatoires et trophiques bilatéraux? En d’autres termes, une excitation unilatérale, recueillie par les expansions terminales des nerfs centripètes, peut-elle actionner à la fois des centres vaso-moteurs du côté correspondant, et, en suivant la commissure grise, les centres vaso-moteurs homologues du côté opposé ? Tel est le problème que nous devons maintenant nous poser.

L’existence de ce fait, quand il s’agit des appareils moteurs de la vie animale, est admis aujourd’hui par tous les physiologistes.

Lorsqu’à l’exemple de Pflüger on excite les fibres d’un nerf sensible, on obtient des mouvements réflexes qui se montrent le plus souvent dans la moitié du corps correspondant à l’excitation {Loi de la réflexion unilatérale). Mais si l’excitation est plus forte et n’est point épuisée par cette première réaction motrice, elle atteint secondairement l’autre moitié de la moelle, et les muscles qui se meuvent alors sont toujours les congénères de ceux qui se sont déjà contractés dans le côté directement impressionné (Loi de SYmétrie)\

' Pflüger. Die sensoriscbe Fanetion des Ruckenmarks nebst einer neuen Lebre du Leitungsge^ietze der Beûexionen. Berlin, 1S§3.

Nous verrons plus lard comment la clinique vient corroborer, par l’autorité des faits d’observation sur l’homme malade, ces données de la physiologie expérimentale*.

Les conclusions que nous avons formulées dans le chapitre I, touchant l’analogie que présentent, dans leur disfiosition anatomique, les nerfs myo-moteurs et vaso-moteurs, nous autorisent déjà peut-être à conclure de l’identité anatomique à l’identité fonctionnelle et à faire à ces derniers l’application de la loi de réflexion bilatérale.

Interrogeons : T l’expérimentation ; 2° les faits.

1“ Expériences de W. Edward.

M. W. Edward ayant plongé une main dans l’eau à 0°, a cherché s’il survenait un changement dans la température de l’autre main. Il a vu dans, plusieurs observations, que cette main perdait environ 5°Réaumur ou 6” 1/4 cent.

Ce physiologiste avait cru pouvoir conclure de ce fait que la température du corps entier avait baissé notablement sous l’influence d’un refroidissement local. Plusieurs des auteurs qui, après M. W. Edward, ont écrit sur la chaleur animale, avaient même adopté ces conclusions.

Ce furent Brown-Séquard et TKolozanqui, les premiers, vinrent, tout en confirmant les laits d’Edward, démontrer la fausseté de l’interprétation qu’on en

1 Voir 4e partie. — Dépendance physiologique et morbide des muscles homologues.

avait faite et substituèrent à la théorie du refroidissement par rayonnement, le mécanisme de l’action réflexe.

2® Expériences de Brown-Secpiard' et Tholozan .

Brown-Séquard et Tholozan, étudiant l’influence du froid sur l’homme, ont noté qu’en plongeant une main dans de l’eau à + 8° ou à 0°, la main non immergée peut perdre de 1'® à 12°. Ils ont recherché ce phénomène dans de nombreuses expériences. Dans un seul cas, il n’y a pas eu de perte sensible de chaleur, malgré une immersion de 10’ dans de l’eau à 0°.

Dans une autre série d’expériences, Brown-Séquard a immergé dans de l’eau à 5“ au lieu d’une main, un de ses pieds, et il a observé dans l’autre un abaissement de température notable (environ 4** en 8 minutes).

Quelques années plus tard, MM. Brown-Séquard et Lombard, ont trouvé que l’irritation de la peau par le pincement produit, par une action réflexe dé même ordre, dans le membre homologue du^ côté opposé, un abaissement très marqué de la température®:

3^ Expériences de GaUenfels’.

Gallenfels a expérimenté sur les- animaux ; il a observé dès phénomènes semblables à ceux de Brown-

1 Brown-Sequard et Tholozan, Journal de Phys, de l’homme et des animaux, 1858, p. 497-502. — The medical examiner, septembre 1852. ~ Société de Biologie, 1851.

* Expériences sur l’inflaence de l’irritation des nerfs de la peau sur la température des membres. — Arci. de Physiologie normale et pathologique, 1868, t. I, p. 688.

® Gallenfels, cité par Legros, vas. mot.. Th. de concours, 1873, p. 95.

Sequard et Tholozan ; Tl a noté, en outre, qu’en pinçant l’oreille d’un lapin, les vaisseaux de l’autre oreille se rétrécissaient.

4e Expérience de Putmann*.

Putmann a produit une expérience analogue sur la grenouille. Il a vu les vaisseaux de la membrane interdigitale d’un des membres postérieurs se resserrer, lorsqu’il soumettait l’autre membre ou son tronc nerveux principal à des excitations mécaniques, chimiques, électriques. L’action de la glace a été essayée plusieurs fois. L’expérimentateur n’a obtenu qu’une fois des résultats positifs, la grenouille étant probablement moins sensible à l’influence du froid qu’à l’action des autres excitants.

Nous devons noter, en outre, que Putmann a observé les mêmes phénomènes après la section du bulbe, ce qui ruine la théorie d’un centre vaso-moteur unique qui serait situé dans le bulbe, comme l’ont soutenu Schiff, Budge, Owsjanikow.

5^ Expérience de M. Maurice Raynaud^.

Après avoir répété l’expérience de Brown-Sequard et Tholozan, M. Maurice Raynaud l’a modifiée d’une façon très-ingénieuse en opérant soit sur lui-même, soit sur plusieurs de ses élèves. Ayant surtout en

‘TAe Boston medical and surg. journal, 1870, 82e vol., n» 25, p. 472, — Analy. in centralblatt, 1872, p. 351.

M. Raynaud. Nouvelles recherches sur la nature et le traitement de l’asphyxie locale des extrémités. — Arch. génér. de Méd., 1874, février, p. 203.

vue la recherche d’une thérapeutique rationnelle à opposer à la gangrène symétrique, qui reconnaît souvent pour cause une exagération de la réflectivité médullaire, il a voulu étudier les modifications qu’apporterait à l’exercice de cette réflectivité l’influence des courants électriques.

A cet effet, il a appliqué sur la colonne vertébrale du sujet en expérience, un courant de trente éléments, et a disposé en un point du circuit un commutateur, pour avoir à volonté, soit un courant ascendant, soit un courant descendant, puis il a fait tremper l’une des mains du sujet dans de l’eau à la température de la glace fondante tandis que sur l’autre, laissée à l’ai r libre, il examinait soigneusement l’état des vaisseaux avant, pendant, et après le passage du courant.

Or, cette atteinte permanente portée au fonction- - nement de l’axe médullaire n’a nullement empêché l’abàissement de la température de se produire dans la main non immergée ; elle a toutefois modifié le phénomène, d’après des variantes que nous devons signaler: sous l’influence du courant ascendant la contraction vasculaire réflexe s’est exagérée ; le courant descendant a produit un effet inverse ; la contraction vasculaire et l’ischémie qui la suit a été diminuée ou même nulle. Il est probable que dans le premier cas il y a eu excitation, dans le second affaiblissement ou même paralysie complète du pouvoir réflexe de la moelle épinière.

Rapprochons de ces expériences, le fait suivant que nous empruntons à l’observation 5 du même 'mémoire. En prolongeant suffisamment l’électrisation d’une main, chez un malade atteint d’asphyxie locale

des extrémités, on voyait la cyanose dispai’aître, nonseulement à cette main, mais encore à celle du côté opposé, que les rhéophores pourtant n’avaient pas touchée.

« Ce phénomène, ajoute M. Maurice Raynaud, dénote entre les vaso-moteurs des deux extrémités supérieures, une étroite solidarité qui ne peut être établie que par l’intermédiaire de la moelle » .

6® Expérience de M. Vulpian

D’après M. Vulpian, on pourrait provoquer des actions vaso-dilatatrices et une élévation de température dans une main en soumettant l’autre-à une source de chaleur. Il a fait l’expérience pendant l’hiver; ses deux mains étant très-froides, s’il réchauffait l’une d’elles, au contact d’un corps chaud, d’une théière, par exemple, il constatait une élévation de tempfhature dans la main du côté opposé.

Cherchant à reproduire les expériences de Brown- Sequard et Tholozan, il n’a pu obtenir les résultats de ces derniers expérimentateurs ; plusieurs fois même, il a vu le thermomètre qu’il tenait dans une main s’élever de quelques degrés, tandis que la main du côté opposé était plongée au milieu de fragments de glace concassée. Peut-être peut-on expliquer cette divergence dans les résultats, par les conditions différentes dans lesquelles les expériences ont été faites. M. Vulpian aopéré à une température ambiante de 18®cent. ; or Brown-Sequard fait remarquer avec raison que c’est en hiver que des expériences de ce genre peuvent

’ Lee., cit., p. 201.

réussir. La main exposée à l’air, et recevant moins de sang par suite de la contraction de ses vaisseaux, ne peut évidemment se refroidir d’une façon notable qu’autant qu'elle est exposée à l’influence réfrigérante d’une atmosphère à basse température.

Dans une nouvelle série d’expériences, le savant professeur de la Faculté de Paris a remplacé l’action du froid par celle de l’électricité. Les résultats qu’il a obtenus sont en parfait accord avec l’idée d’une solidarité entre la circulation-des deux membres postérieurs, et nous ne pouvons nous empêcher de les signaler ;

M. Vulpian s’est servi dans ces recherches thermoélectriques d’un appareil très-ingénieux dont il nous donne la description dans ses leçons sur les vasomoteurs. Le galvanomètre à gros fil est muni d’un miroir plan, fixé verticalement au-dessus de l’aiguille et parallèlement à l’axe longitudinal de cette aiguille de telle sorte qu’il se meut avec elle et dans le même sens qu’elle. Une règle graduée en centimètres et en millimètres, est fixée par son milieu, au pivot d’une lunette destinée à observer à distance les déviations de l’aiguille du galvanomètre. Cette règle a sa face graduée,'située verticalement, et elle est placée audessous de la lunette, perpendiculairement à faxe longitudinal de cette lunette. Celle-ci est pourvue d’un fil vertical servant de ligne de repère.

Pour chaque observation, l’expérimentateur dispose les choses de manière que la règle se refléchisse dans le miroir du galvanomètre. Il peut alorS; à l’aide de la lunette, voir nettement les divisions de la règle graduée réfléchie dans le miroir, et noter lorsque l’ai-

guille du galvanomètre est immobile, la division qui correspond exactement à la ligne de repère. Quand l'aiguille se dévie dans un sens ou dans l’autre, le miroir se dévie nécessairement aussi, et il en est de même de l’image de la règle graduée, refléchie flans le miroir, de telle sorte que les divisions de celle-ci passent de droite à gauche ou de gauche à droite, suivant le sens de la déviation, devant la ligne de repère de la lunette. La grandeur de la déviation est représentée par le nombre de millimètres qui ont passé devant le fd de repère de droite à gauche ou de gauche à droite jusqu’au moment où s’est arrêté le mouvement de déplacement de l’image.

Pour connaître alors la signification des déviations galvanométriqués, on constate, lors de chaque expérience, le sens dans lequel le refroidissement d’une des aiguilles thermo-électriques fait dévier le miroir. On peut, en se servant de bains d’huile, à des températures connues, et, en y plongeant les aiguilles thermo-électriques, évaluer les déplacements du miroir, en degrés de thermomètre centigrade.

Voici maintenant le résumé des deux expériences de M. Vulpian :

!'■« Expérience

Chien adulte, jeune encore, vigoureux ; on l’empoisonne au moyen d’une injection de curare sous la peau ; puis lorsque la respiration spontanée est sur le point de s’arrêter (moment qui est toujours ou presque toujours annoncé par une période de mouvements d’agitation .convulsive, partielle ou plus ou moins étendue, dans les muscles du tronc, du cou et des membres), on Soumet l’animal à la respiration artificielle.

On met alors la moelle épinière à découvert dans la région

dorsale^ vers la septième ou la huitième côte. Lorsque cette opération est terminée, on prend la température du rectum et des deux membres postérieurs Ces membres avaient été détachés avant que l’on commençât l’opération. Il est 2 h. 40,

Température du rectum.... G

— membre postér'' gauche... 35“6 —

— — droit. 34°0 —

A 2 h. 45, on passe un fil autour de la moelle épinière, encore enveloppée de la dure-mère, et l’on noue le fil avec force, de façon à écraser complètement l’organe.

A 2 h. 50, on prend la température des membres postérieurs.

T. du membre postérieur gauche. 36» 2 G.

' T. du membre postérieur droit. 36“ 0 G.

Les membres antérieurs, qu’on avait touchés avant de lier la moelle épinière, et qui avaient paru froids sont maintenant chauds à la palpation. On coupe transversalement le nerf sciatique droit, vers le milieu de la cuisse et l’on met à découvert son segment cèntral pour pouvoir l’exciter facilement.

„ A 3 heures, quelques instants après cette opération, on prend la température des membres :

T. des membres postérieurs... 36“ 2 G.

T. du membre antérieur droit... 28“ 2 G.

On a introduit une aiguille thermo-électrique sous la peau du pied postérieur du côté gauche, et une autre aiguille semblable sous la peau du pied antérieur gauche ; les deux aiguilles sont mises en rapport, d’une part, l’une avec l’autre, et d’autre part avec nn galvanomètre à gros fil et à miroir.

Le galvanomètre étant bien au repos, à 3 h. 10 on faradise le bout central du nerf sciatique droit, avec un courant interrompu, très fort (appareil à charriot, pile de Grenet, maximum d’intensité). Il se fait au bout de quelques instants, une déviation lente de deux millimètres de l’image réfléchie de la règle ■graduée.

On répète cette épreuve plusieurs fois. Il y a toujours un© déviation dans le même sens, déviation qui atteint une fois qua-

tre millimètres. On a aussi, à plusieurs reprises, retiré l’aiguille thermo-électrique placée sous la peau du pied gauche, et l’on a vu, par suite du refroidissement ainsi provoqué, se produire, chaque fois, une déviation dans le même sens que précédemment, mais naturellement beaucoup plus forte; elle était d’environ douze centimètres,

La. déviation constatée, lorsqu’on électrisait le bout central du nerf sciatique droit indiquait donc un abaissement, de température dans le membre. Pour compléter le contrôle, on plonge dans l’eau chaude l’aiguille, que l’on retire encore du tissu cellulaire sous-cutané du pied postérieur gauche, et l’on voit aussitôt se produire une déviation du miroir, en sens inverse de la déviation qu’on obtenait en faradisant le nerf sciatique droit, avant que l’aiguille eût été enlevée.

On a cherché à évaluer approximativement, en divisions du thermomètre ,centigrade, la déviation du miroir qui s’est produite, dans cette expérience, lorsqu’on a électrisé le bout central du nerf sciatique. Cette division correspondait, à peu près, à un refroidissement de deux à trois dixièmes de degré centigrade.

Se^^XPÉRIENCE

Chien adulte, de moyenne taille. Curarisation et respiration artificielle.

A 2 h. 10, avant de commencer l’opération ;

T. du rectum,.... 37“ 0 C.

T. du 'membre postérieur gauche..... 18° 5 C. T. du membre postérieur droit. 18“ 5 C.

- On met la moelle à nu au niveau de l’espace qui sépara la neuvième vertèbre dorsale-de la dixième. Pendant l’opération, il y a une hémorrhagie qui fait perdre, à l’aDimal environ 100 grammes de sang.

A 2 h. 35 m., la moelle épinière est à découvert, mais intacte.

T. du membre postérieur gauche___ 19“ 5 C.

T. du membre postérieur droit-. . 20“ 5 C.

A 2 h. m., on passe un fil autour de la moelle épinière enveloppée de la dure-mère, et l’on interrompt complètement sa continuité au moyen d’une forte hgature.

T. du rectum. ;. 36® 0 G.

T. du membre postérieur gauche. 31» 0 G.

T. du membre postérieur droit. 32® 0 G.

On coupe le nerf sciatique gauche, à peu près au milieu de la cuisse, et l’on prend la température des membres au bout de cinq à six minutes :

T. du membre postérieur gauche. 36° 2 G.

T. du membre postérieur droit. 33" 6 G.

On commence alors à essayer d’obtenir des actions vasomotrices réflexes.

Deux aiguilles thermo-électriques étant mises en rapport entre elles, d’une part, et avec un galvanomètre à gros fil (et à miroir), d’autre part, on introduit l’une de ces aiguilles sous la peau du pied droit postérieur de'l’animal, et l’autre est laissée exposée à l’air sur la table. La distance entre le miroir du galvanomètre et la règle divisée, est d’environ un mètre cinquante.

Les choses étant ainsi disposées, on électrise, avec le courant maximum d’un appareil d’induction à charrîot, mis en activité à l’aide d’une pile de Grenet, le segment central du nerf sciatique gauche. Au bout de quelques instants, l’aiguille du galvanomètre se dévie, mais faiblement. Ghaque fois qu’on renouvelle l’excitation, on observe, de nouveau, une déviation dans le même sens. La déviation de l'image de la règle divisée est ordinairement de un millimètre à un millimètre et demi. Une seule fois des précautions ayant été prises pour mieux concentrer l’action du courant dans le nerf sciatique, il y a eu une déviation de deux millimètres et demi.

On a retiré à plusieurs reprises l’aiguille thermo-électrique du tissu cellulaire sous cutané du pied droit ; chaque fois on a vu que l’exposition à l’air et par conséquent le refroidissement de cette aiguille, donnait lieu à une déviation galvanométrique dans le même sens que l'électrisalion du sciatique lorsque cette aiguille était sous la peau, mais beaucoup plus considérable, comme on le conçoit bien. La dévialion galvanométrique déterminée par l'électrisation du nerf sciatique gauche, indiquait donc un refroidissement du pied droit.

On a renouvelé encore ces essais après avoir introduit dans

l’intérieur de la dure-mère spinale, au-dessus de la ligature, une sonde cannelée, à l’aide de laquelle ôn a essayé de détruire par altrition, la moelle épinière jusqu’au niveau de la troisième vertèbre dorsale. On s’est assuré après la mort de l’animal, que la substance grise et les faisSeaux postérieurs avaient été les parties les plus altérées.

On a obtenu les mêmes résultats ; mais ils étaient un peu moins marqués, ce qui peut tenir à l’affaiblissement circulatoire que cette destruction d’une grande partie de la moelle épinière a, sans doute, déterminé.

Ces deux expériences démontrent d'une façon bien nette que l’irritation électrique du nerf le plus volumineux d’un membre postérieur peut provoquer des modifications reflexes de la chaleur, dans le membre homologue du côté opposé. Et, comme ces phénomènes se sont produits dans une partie du corps entièrement séparée de la masse encéphalique et du bulhe, nous sommes bien obligé d’admettre que les appareils organiques qui ont concouru à la production de ces reflexes vasculaires, sont situés dans la moelle épinière.

M. Vulpian explique ce refroidissement « en admettant une contraction réflexe des petits vaisseaux, dans le membre où on a constaté l’abaissement de température » . C’est, comme on le voit, un effet vasoconstricteur réflexe.

Les expériences suivantes ne laissent aucun doute sur la vérité de cette assertion.

T Expériences de MM. Franck et Mosso.

A chaque systole cardiaque, les artères de la main se dilatent pour recevoir fondée sanguine que leur envoie le cœur, et la main présente fatalement une

augmentation de volume que l’on peut considérer comme l’expression directe des dilatations totalisées des vaisseaux. Après la systole, les artères se vident lentement et fa main reprend peu à peu son volume initial. On comprend sans peine que si l’on place la main dans un vase rempli d’eau et hermétiquement fermé, auquel on aura adapté un tube vertical renfermant également de l’eau dans sa partie inférieure, on verra la colonne liquide s’élever brusquement à chaque systole cardiaque (diastole artérielle) pour s’abaisser lentement pendant tout le temps que mettent les artères à écouler vers les capillaires, le sang qu’elles ont reçu du cœur. Toutes les modifications qui surviendront dans le volume de la main durant l’expérience, seront ainsi indiquées par les oscillations dè la colonne liquide. Et ces oscillations seront faciles à interpréter: tout resserrement des vaisseaux diminuant l’afflux du sang, se traduira par un abaissement du liquide dans le tube ; à une dilatation des vaisseaux, au contraire, suivie d’une irrigation sanguine plus considérable, correspondra une élévation du niveau du liquide.

Tel est le principe sur lequel reposent les expériences de Franck et de Mosso.

A. — L’appareil dont M. Franck a fait usage, consiste essentiellement en un bocal rempli d’eau et dans lequel il plonge la main à explorer : un tube vertical en verre, auquel fait suite un tube en caoutchouc, établit la communication avec un tambour à levier inscripteur ; la membrane. de caoutchouc à travers laquelle passe la main, est fixée à l’aide d’une plaque métallique. Une graduation préalable de l’appareil permet d’apprécier la valeur

absolue des changements de volume de la main dont on inscrit les variations rapides.

Or, en se servant de cet appareil, il a parfaitement noté la diminution -de volume d'une main, quand on touche la peau du dos de la main opposée avec un morceau de glace\

Nous aurions voulu rapporter ici in extenso les expériences de l’auteur. Elles sont malheureusement inédites, et nous avons dû, à notre grand regret, nous résigner à n’en signaler que les conclusions.

B. — Uappareil de M. Mosso, plus compliqué que le précédent, se compose essentiellement d’un cylindre en verre; ouvert à une de ses extrémités, pour permettre l’introduction de la main et de l’avant-bras ; un anneau en caoutchouc ferme, de ce côté, la cavité du cylindre en comprimant légèrement le bras près de l’articulation du coude. M. Mosso lui a donné une épaisseur suffisante .pour ne pas céder facilement et ne pas osciller sous l’infliiehce des variations de pression, qui peuvent survenir dans l’intérieur du cylindre.

L’autre extrémité se termine par un mince goulot : un tube en caoutchouc s’y adapte et va se terminer dans une éprouvette en verre, très légère, qui flotte dans un vase plein d’eau et qui est suspendue par deux fils de soie à une poulie. D’autre part, elle est tenue en équilibre au moyen d’un contrepoids muni d’une plume en verre, analogue à celle du kymograpbe de Ludwig. On comprend sans peine que le cylindre de l’appareil étant rempli d’eau, la moindre

1 Compte-rendu Acad, des sciences, 10 avril 1870. — Gaz, hebd., 1876 no 247. i ■;

variation dans le volume du membre immergé fera varier parallèlement la quantité d’eau renfermée dans l’éprouvette ; celle-ci s’abaissera ou s’élèvera, suivant les cas, et communiquera enfin à l’aiguille du contrepoids des oscillations, qu’il sera facile d’inscrire sur le papier noirci d’un cylindre tournant de Marey. On aura ainsi des courbes qui indiqueront exactement les diverses variations de volume qu’aura subies l’avant-bras durant l’expérience.

La disposition de l’appareil est telle que toute ascension dans la courbe correspond à une augmentation de volume, ou, ce qui est identique, à une dilatation vasculaire et vice versa*

Ces explications étaient nécesssaires pour l’intelligence des trois tracés que nous plaçons sous les yeux du lecteur et qui démontrent, de la façon la plus nette, le fait d’une contraction réflexe, survenant dans les vaisseaux d’une main, à la suite d’une excitation exercée sur la main du côté opposé. Nous les empruntons au mémoire même de M. Mosso* (p. 32,44 et 45).

D Contractioa des vaisseaux de l’avaaf-Aras droit produite en louchant, au moment G, la face dorsale de /a matin gauche, avec un morceau de glace qui n’est laissé en contact avec la peau que pendant une seconde.

R Mouvements respiratoires du thorax.

X Ascisse.

‘ A. Mosso, Sopra un nuovo metodo per scrivere i movimeati dei vas/ sanguigni nell’uomo. — Torino, 1875.

La figure 1 nous montre, dans la courbe D, la diminution de volume subie par l’avant-bras droit à la suite de l’application d’un fragment de glace sur la face dorsale de la main gauche. Le contact commence en G et ne dure qu’une seconde. .

Dans les deux autres tracés, nous voyons les vaisseaux des deux avant-bras se contracter et les deux membres diminuer de volume, à la suite d’une excitation électrique unilatérale. La figure 2 nous présente vers la fin du tracé une gibbosité due à un relâchement temporaire des vaisseaux, auquel succède bientôt une contraction. Mosso regarde ce phénomène comme un mouvement spontané des vaisseaux.

ModiflcatiOns dans le volume dSs dèuxr avadt-bras a^rès une imtation électrique de l’avant-bi'as gauche. D avant-bras droit. S avant-bras gauche L’irntation dure de A en fi sans produire aucune douleur.

Notons enfin, dans la figure 3, que la contraction réflexe des vaisseaux dans le membre immergé, est toujours en retard sur celle des vaisseaux du membre diirectement excité, qu’elle est, en outre, plus faible.

Vig. 3.

Modifications dans le Tolume des deux avant-bras après une excitation électrique de l’avant-bras gauche. L’irritation dure de A en B, en produisant une contraction musculaire et une forte sensation.

Nous avons voulu, dans le laboratoire de M. le pro fesseur Oré, répéter la plupart des expériences que nous venons d’analyser, et constater par nous-même Tinfluence d’une excitation unilatérale sur la circulation de la région homologue du côté opposé. Nous avons le regret de dire que nous avons échoué dans plusieurs de nos tentatives. En répétant, par exemple, l’expérience de Brown-Sequard et Tholozan, nous n’avons pas toujours réussi à voir baisser la colonne mercurielle d’un thermomètre que nous tenions d’une main, tandis que l’autre était maintenue immergée dans un mélange réfrigérant. A quoi faut-il attribuer cette divergence dans les résultats? nous ne saurions le dire. Voici celles de nos expériences qui nous ont fourni des résultats positifs.

i” Expérience

Le sujet de cette expérience est un malade de la salle 16, celui dont nous avons déjà rapporté l’histoire (obs. 98) Je lui fais placér la main droite sur une table, de façon qu’elle repose sur la face palmaire. Je place ensuite un premier thermomètre entre le deuxième espace interdigital, un deuxième dans le quatrième espace. Au bout de 10 minutes :

Le premier thermomètre marque.. . 34°8 Le deuxième — — ... 34®6

Je fais alors plonger la main gauche dans une cuvette remplie de glace concassée, mélangée à du sel marin.

2 minutes après je note :

Sur le premier thermomètre.

Sur le deuxième — . 34®

5 minutes après :

Sur le premier thermomètre. 33®7

Sur le deuxième — 33®9

7 minutes après :

Sur le premier thermomètre. 33°4

Sur le deuxième ....... 33®6

La main gauche est alors retirée du bain, la colonne mercurielle s’élève immédiatement.

Après 2 minutes, je note :

Sur le premier thermomètre— 34°6

— deuxième — ... 34®7

Après 5 minutes ;

Sur le premier thermomètre.... 34°8

— deuxième — ... 35®

Après 7 minutes :

Sur le premier thermomètre.... 35®

— deuxième — ... 35®2

2fc pXBÉRIENCE

Sur le même sujet, je i)lace dans le deuxième espace interdigital de la main droite un thermemètre médical à boule aplatie. Au bout de 10 minutes la colonne mercurielle est arrêtée à 33“6. ün deuxième thermomètre placé daiis l’aine, marque 36®8.

Je fais plonger la main gauche dans un bain d’eau chaude.

Le thernioffiètre de la maih droite marque :

Après, 2 minutes. 33®2

-7- il rrr. .... 34®4

Le thermomètre placé dans l’aine a. constamment marqué 36°8.

3® Î^XPÉRIENCE

Le lendemain, li février 1875, je reaouvelle l’expérience. Le premier thermomètre, placé dans le troisième espace interdigital marque 34°. Un deuxième thermomètre, placé dans le creux axillaire du côté droit marque 37°6.

La main gauche est alors placée dans le mélange refligérant.

Le thermomètre maintenu entre le et l’annulaire de

la main droite marque :

Après 1 minute. 34'?-

— 3 minutes. 32<>4,

Le thermomètre maintenu dans l’aisselle n’a pas varié.

4® pXPÉRIENCE

Le mercredi 10 mai 1876, à 3 heures du soir, je place entre l’index et le médius de ma main gauche, un thermomètre médical ; après 10 minutes, la colonne mercurielle marque

Je plonge alors ma main droite dans un bocal rempli d'eau et de glace concassée. Trois minutes après, le thermomètre ne marcpie plus que M°:

Ÿ Expérience

Le 15 mai 1876, je plape ma main gauche sur upe des boules du thermomètre différentiel de Leslie, et j’attends que la colonne de l’alcool coloré reste stationnaire. Son niveau du côté de la boule chauffée correspond au chiffre 58.

Je plonge alors ma main droite dans un vase rempli d’eau et de glace concassée; je ressens immédiatement dans toute là partie immergée une douleur cuisante et constrictive ; presque aussitôt la colonne eplorée s’élève dans le tube (du côté de la boule qui est en contact avec la main) et atteint successivement les cliiffres 55, 50, 45, 40, 35, 33. Il m’est alors impossible de maintenir plus longtemps ma main droite dans le bain et je la retire.

1/2 heure après, je renouvelle l’expérience, et j’obtiens les mêmes résultats.

6e E^^PÉrIENCE

Le 20 mai 1876, à 4 heures 30 du soir, j’attache solidement sur une des planchettes à vivisection du laboratoire, un jeune cobaye, et lui place, dans le conduit auditif externe du côté gauche, UU thermomètre à cuvette cylindrique, dont les degrés sont divisés chacun en cinq parties égales. Au bout de 6 minutes, et apres quelques oscillations la colonne mercurielle s’arrête à 38°.

Je place, alors dans l’oreille droite un cylindre de glace. Deux minutes après, le thermomètre maintenu solidement en place par mon ami, M. Fourgeaud, aide de physiologie, descend peu à peu et s’arrête après, quatre minutes à 31°4.

je ^XPÉRIENCE

Je fixe une grenouille, sur une planchette de liège, au moyen de fortes épingles. Une portion de la membrane interdigitale du côté gauche repose sur une petite fenêtre préalablement ferinée par une lame de verre.

Plaçant alors la membrane interdigitale sous le champ d’un microscope, je fixe un vaisseau et je constate une grande activité dans la circulation des globules.

J’ai manifestement constaté, à deux ou trois reprises, qu’au moment où j’appliquai un fragment de glace sur la pâte opposée, le vaisseau que j’avais sous les yeux diminuait de calibre et que la circulation se ralentissait ou même s’arrêtait.

8® Expérience

Le 10 juin 1876, j’étale la membrane interdigitale d’une grosse grenouille, sous le champ du microscope, comme dans l’observation précédente ; puis j’isole, du côté opposé, le nerf sciatique que je place sur les deux crochets d’un [excitateur.

Examinant alors la circulation, dans la patte gauche, je constate que dans certains vaisseaux les globules sont tassés les uns contre les autres, complètement immobiles. Dans d’autres la circulation se fait encore, mais d’une manière fort lente ; la progression des globules se fait par saccades isochrones aux battements du cœur.

Je fais alors passer le courant d’une petite bobine à induction ; je constate immédiatement une accélération très notable de la circulatiôn. Les globules arrêtés se mettent en marche, et dans les vaisseaux où ils circulaient encore, mais d’une manière fort lente, ils progressent maintenant avec une très grande rapidité.

Je laisse reposer l’animal pendant une demi-heure.

A 5 heures, la circulation est rapide. Le passage du courant la ralentit manifestement, en même temps que les vaisseaux semblent se resserrer.

A 5 h. 15 m., le passage du courant arrête sur place les glo-

bules sanguins. Quelquefois même on les voit, non-seulement s’arrêter, mais rétrogader par un mouvement brusque de recul.

9 e Expérience

Le 26 juin, je découvre, sur une grenouille, la moelle dorsale et je la sectionne au niveau d’une ligne transversale, qui unirait la racine des deux membres antérieurs.

Disposant alors la membrane interdigitale du côté gauche, sous le champ du microscope, je constate que toutes les fois que je fais passer un courant induit par le nerf sciatique droit, la circulation est influencée dans la partie que j’ai sous les yeux : c’est un arrêt brusque, souvent avec un mouvement de recul de la colonne sanguine. Si on se sert pour fermer et ouvrir à volonté ce courant, d’un interrupteur à levier, on voit ces temps d’arrêt se manifester avec un isochronisme parfait, avec les mouvements du levier.

loe Expérience

Le 26 juin, j’étale, comme dans l’expérience qui précède, la membrane interdigitale d’une grenouille, sous le champ du microscope, puis je dispose le courant d’un élément de Bunzen, de telle façon que l’un des pôles soit appliqué sur le sciatique, l’autre sur la patte du côté opposée

Toutes les fois que je fais passer le courant, la circulation se ralentit, et s’arrête même dans quelques vaisseaux. Il m’a été impossible de bien constater la diminution du cahbre du vaisseau.

Discussion de ces Expériences. — Conclusions

Des nombreuses expériences qui précèdent, il résulte que lorsqu’une main est plongée dans un mélange réfrigérant, la main du côté opposé se refroidit, comme son homologue, et qu’il existe ainsi, entre

les deux extrémités de même nom, une solidarité intime.

Quelle interprétation devons-nous donner à ce phénomène, noté par de nombreux observateurs et consigné aujourd’hui à titre de fait classique dans tous les traités de physiologie?

I. — Nous avons déjà mentionné l’erreur de William Edward, qui ne voyait dans ce refroidissement de la main non immergée qu’un effet de l’abaissement général de température. L’expérimentation démontre, en effet, que lorsqu’une partie du corps est plongée dans de l’eau glacée, la température générale ne subit aucune influence de ce refroidissement local. Ce fait a été mis hors de doute par les expériences de Tholozan et celles de Fleury :

Tholozan a trouvé que, malgré un abaissement de température de 10° à 18° dans une main plongée dans de l’eau à8° ou à 0°, la température de la bouche s’abaissait d’une manière à peiné sensible ou même quelquefois semblait plutôt s’élever que s’abaisser. Le plus grand abaissement qu’il ait observé a été environ un demi degré, tandis que la température de la main non immergée tombait à 1°, 5° et même 12° audessous de la température initiale. Dans une nouvelle expérience, due à Brown-Sequard, pendant l’immersion d’un main dans de l’eau à 0°, la température de l’aisselle du côté opposé, qui était de 37° 1/4 avant l’expérience, marqua 37°3 après une minute et demie d’immersion, 37°4 après cinq minutes, 37o4 après neuf minutes, 37°35 après vingt minutes, tandis que la main correspondante (main à l’air) avait perdu 3°5 de sa température.

Les expériences de Fleury parlent dans le même sens :

1™ Expérience

La température de l’air atmosphérique étant de +16", la température de mon corps prise sous la langue étant de + 38", la température de ma main étant de +35"4, je plonge celle-cipendant 30 minutes dans de l’eau dont la température est maintenue à +15". Au bout de ce temps, la température de mon corps n’a point changé, mais celle de ma main est descendue de + 35"4 à 16"5.

2® Expérience

Température atmosphérique.. 17°5

— de mon corps sous la langue. 38°

— de ma main.35"8

La main est plongée pendant 30 secondes dans de l’eau dont la température est maintenue à +15" et au bout de ce temps sa température est descendue à + 16o6. La température générale est restée à 38°.

3® Expéf^ience

Température atmosphérique... 17°

— sous la langue.... 38°

— de la main. 35"7

Une immersion d’une demi-heure dans de l’eau à 15° fait descendre la température de la main à 16°4, la température générale n'ayant pas changée

Dans une de nos expériences, tandis que la main gauche du malade, en expérience, était plongée dans de la glace concassée et que la main droite se refroi-

Fleury, Traité d’bydrofbérapie, Ire édition, 1852, p. 146.

dissait de plusieurs degrés, un thermomètre que nous avions placé dans l’aiselle est resté stationnaire. Rappelons encore que MM. Franck et Mosso ont obtenu une diminution de volume d’une main, en touchant la peau du dos de la main opposée avec un morceau de glace. Evidemment, on ne saurait invoquer ici un abaissement de la température générale, à cause de Textrème brièveté du contact du corps froidb

Il faut chercher une autre explication.

IL — Y a-t-il une modification initiale apportée par l’action du corps froid au fonctionnement du cœur, modifiant à son tour la circulation des parties périphériques?

Gette question a été longuement étudiée par Bence Jones et Dickinson. Ils ont trouvé, dans de nombreuses expériences, que les battements du cœur ne sont nullement modifiés par l’immersion des mains dans de l’eau très-froide. MM. Brown-Sequard et Tholozan, dans leurs recherches, ont obtenu les mêmes résultats. M. Franck nous apprend qu’il est arrivé aux mêmes conclusions.

Au reste, nous avons déjà vu que la section de la moelle dorsale, interrompant toute communication nerveuse entre les extrémités postérieures et les foyers d’innervation du cœur, n’empêche nullement une excitation, exercée sur l’un des deux sciatiques, de retentir sur la vascularisation et la température du membre opposé.

’ F. Fraack, Du changement de volume des organes dans ses rapports avec la circulation du sang. — Comptes-rendus de l’Inslilut, 1876. — Gaz. heb., 1876, p. 246. — Mo so, loc. cit.

III. — Enfin, nous ne saurions rattacher les modifications circulatoires et thermiques, observées dans l’extrémité non excitée, à l’action musculaire. Le phénomène, dont nous discutons ici le mode de production s’observe, avec la %ême netteté, lorsque les masses musculaires ont été paralysées, soit par la curarisation, soit par la section des nerfs qui les mettent en jeu.

Nous sommes donc amené à admettre la théorie de l’action réflexe, soutenue pour la première fois par Brown-Sequard et Tholozan et à laquelle se sont rattachés depuis tous les physiologistes qui ont répété leurs expériences. L’excitation périphérique exercée sur un des membres, soit par l’action de l’eau glacée, soit par les courants électriques, est transportée par les nerfs sensitifs jusque dans les noyaux de la substance grise, qui tiennent sous leur dépendance la circulation de ce membre. Ceux-ci entrent immédiatement en jeu, et ne tardent pas à transmettre à leurs homologues, par l’intermédiaire des commissures, une partie de ces incitations fonctionnelles qui lui arrivent en foule de la périphérie. Des deux moitiés de la moelle, rayonnent donc vers les extrémités symétriques, des excitations permanentes et de même nature, qui font contracter les petits vaisseaux de ces régions, et en diminuant la quantité de sang chaud que leur apportent les artères, à chaque systole cardiaque, déterminent, comme conséquence immédiate un abaissement dans la température initiale. Le microscope nous a permis de constater cette diminution de calibre des vaisseaux, et cet abaissement dt l’irrigation sanguine. L’on peut même, à l’aide des appareils de MM. Franck et Mosso, calculer par cen-

timètres cubes, la quantité exacte de sang dont les extrémités se trouvent ainsi privées.

Le point essentiel de cette démonstration dans le sujet qui nous occupe, est la transmission possible entre deux noyaux vaso-moteurs homologues, des incitations fonctionnelles que l’un d’eux reçoit de la périphérie et comme conséquence la solidarité vasculaire des régions homologues de la peau, établie par les commissures de la moelle.

Faits cliniques.

II nous reste maintenant pour suivre fidèlement le plan que nous nous sommes tracé, à indiquer celles de nos observations, dont le mode de production se rapporte à cette troisième modalité. Cette dernière partie de notre tâche est malheureusement trop courte. Nous aurions voulu grouper ici, à l’appui de la formule précédente, un grand nombre de faits cliniques. Nous n’avons pu recueillir que deux cas où une irritation périphérique a amené une éruption cutanée du côté correspondant, et une affection identique sur la région homologue du côté opposé. Ils sont rapportés par Weir Mitchell et Annandale, et si le vieil adage, non numeranda sed ponderanda, est encore vrai, leur authenticité et l’exemple frappant quùls nous offrent du mécanisme pathogénique que nous cherchons ici à établir, est bien de nature à amoindrir nos regrets.

Ces deux faits nous sont déjà connus ; je ne ferai que les rappeler ici. Le malade, dont M. W. Mitchell nous a laissé l’histoire, avait reçu à la bataille de Gettysburg un coup de feu qui avait intéressé le

plexus brachial du côté droit. Ce traumatisme détermina des accidents d’irritation nerveuse, et une éruption érythémateuse bientôt suivi d’eczéma, nonseulement sur la main droite, mais aussi sur la main gauche. Dans le fait de M. :Annandale, nous voyons la blessure d’un doigt amener cette variété d’érythème que les anglais ont désigné sous le nom d’aspect rouge et luisant de la peau^ sur la main correspondante et sur celle du côté opposé ; et il existait entre ces deux affections symétriques, toutes les deux réflexes, une telle dépendance que lorsque M. Syme eut pratiqué l’amputation du doigt blessé, les phénomènes circulatoires et douloureux « s’amendèrent et disparurent pour s’accroître et s’exagérer de l’autre côté. »

En dehors du tégument externe, les faits sont nombreux d’une excitation dystrophique unilatérale, amenant par double action réflexe des perturbations dans la nutrition de deux régions homologues. Nous trouverons dans la quatrième partie de ce travail, principalement pour ce qui concerne les deux yeux, les deux seins, les articulations et les groupes musculaires homologues quelques faits de ce genre.

Qu’il nous soit permis en terminant de rapporter les trois faits qui suivent :

Barthez a observé le rétablissement de la suppuration sur la surface desséchée d’un ancien vésicatoire par l’application d’un nouvel emplâtre vésicant, suê^ le point correspondant de l’autre \eôté du eorpSi

Broussais cite un fait à peu près semblable : « J’ai vu, dit-il, des rougeurs suvies d’une éruption croûteuse, sur \a jambe gauche, produites par un Uniment

ammoniacal avec lequel on avait frotté la jambe droite attaquée de paralysie' ».

Le fait le plus intéressant est rapporté par Tlieden : Il s’agit d’un malade qui était atteint de paralysie du bras droit. On appliqua sur ce segment de membre un vésicatoire ; cet emplâtre n’opéra point sur l’endroit où on l’avait placé, mais bien sur le bras gauche au lieu correspondant, où il détermina de la rougeur et des douleurs atroces pendant tout le temps qu’on le laissa au bras opposé. A la suite de cette première médication, la paralysie quitta le bras droit pour se jeter sur le bras gauche. On appliqua alors sur ce dernier un second vésicatoire dont l’action se fit sentir sur le bras droit, en déterminant les mêmes phénomènes circulatoires et douloureux que le premier avait amenés sur le bras gauche l

On sera peut-être tenté d’élever des doutes sur l’authenticité de ces faits : ce serait un tort. Quelqu’empreints qu’ils soient d’un cachet de vétusté, ils n’en sont pas moins des faits qu’il est plus sage de chercher à expliquer que de rejeter sans examen. Pour nous, ils ne sauraient trouver une explication plus rationnelle que dans la solidarité qui unit, à l’état morbide comme à l’état sain, les régions homologues de la surface cutanée.

* Broussais, ^xazaejî des doctrines médicales, 383.

^ Cité par Barthez, Nouveaux éléments de la Science de l’Homme, t. II. p. 14.

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