HISTORIQUE
L'idée d'élargir le bassin osseux au cours des accouchements dystociques a de tout temps préoccupé l’accoucheur.
Nous rappellerons la très curieuse et désastreuse manœuvre que pratiqua d’Arbore d’'Andria (1753) alors que les pelvitomies n'étaient pas connues.
Notre maître M. Rudaux (90) rapporte que celui-ci « chez une femme enceinte avec bassin rétréci, voulut aider la nature en appuyant sa tête sur le sacrum et en tirant avec ses mains sur les crêtes iliaques. Un craquement se fit entendre, il avait fait une véritable symphysoclasie ».
Le premier procédé d’ampliation pelvienne est né en France. C’est Sigault qui en 1777 fit la première symphysiotomie après avoir proposé cette opération nouvelle dans sa thèse de 1773.
Le succès de cette première intervention fut très relatif et les symphysiotomies suivantes du fait de leur insuccès et de leurs suites malheureuses déconsidérèrent le procédé. En effet, à cette époque, la mortalité mater-
nelle et infantile était importante et la morbidité de
règle : troubles très accentués de la marche, complications infectieuses, lésions urétro-vésicales, fistules urinaires persistantes.
L'autorité de Baudelocque qui la combattit vigoureusement fit tomber dans l'oubli la symphysiotomie.
Elle n’était plus pratiquée en France alors que Morisani avec l'Ecole de Naples (Galbiati, Jacolucci, etc.) continuait à l'utiliser après avoir amélioré ses résultats. Il recommandait déjà dans son mémoire de 1863 de ne pas dépasser un écart interpubien de 6 em. afin de ne pas léser les articulations sacro-iliaques.
Pinard étudie à ce moment la symphysiotomie et la vulgarise.
A la suite de travaux cliniques et anatomiques importants, Pinard, Farabeuf et Varnier décrivent une technique parfaitement au point et établissent des lois qui restent vraies aujourd’hui. Nous verrons plus loin qu’elles conservent toute leur valeur dans la symphysiotomie sous-cutanée.
Pinard fit sa première symphysiotomie à la Clinique Baudelocque en février 1892 et fut un propagandiste fervent de cette intervention.
L'ère de la symphysiotomie à ciel ouvert commen- Gait et allait briller d’un vif éclat. De tous les côtés, en effet, on étudiait la nouvelle opération à la suite du retentissement des communications de Pinard.
La technique, précise, bien étudiée basée sur des connaissances anatomiques exactes, à laquelle se joignaient les progrès de l’antisepsie donnèrent des succès à ce
procédé à ciel ouvert.
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Cependant la symphysiotomie comportait encore des risques et les comptes rendus de Pinard sur le fonctionnement de la Clinique Baudelocque montrent que le nombre de ces interventions décroît progressivement. Ses indications devenaient plus restreintes au profit de la césarienne corporéale dont la technique s’était aussi améliorée et dont le succès allait s’assurer avec la notion nouvelle de l’asepsie en chirurgie.
La pubiotomie ou hébotomie connaît vers cette même période une grande vogue à la suite des travaux de Gigli. Après des tentatives passées inaperçues, la section du pubis avait été préconisée dès 1778 par Siebold, Aitken (1784), Champion, Stolz. Il semble que la première pubiotomie bien réglée ait été exécutée vers 1897 par Bonardi. Toujours faite à ciel ouvert, elle se perfectionne avec Calderini, Van der Velve.… etc.
En 1903, Doderlein pratique l’hébostéotomie partiellement sous-cutanée et de nombreux procédés similaires voient le jour.
Puis, avec Walcher, apparaissent des techniques de pubiotomies entièrement sous-cutanées.
Les progrès de la pubiotomie sous-cutanée profitent à la symphysiotomie. Au procédé à ciel ouvert de Farabeuf font suite, les symphysiotomies partiellement souscutanées de Carbonai (1843) de Piccinini et même un procédé sous-muqueux de Imbert (1834). Zweifel en 1906 montre les avantages de son procédé à incision sous-cutanée réduite.
Pour la première fois, Frank en 1914 décrit la sym-
physiotomie sous-cutanée que Kehrer et plusieurs
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auteurs sud-américains modifient plus ou moins heureusement. D’après Hernandez (47) ce serait Canivell qui aurait en réalité pratiqué la première symphysiotomie sous-cutanée dès 1780.
Zarate enfin, vers 1915, améliore considérablement la technique de Frank et son procédé de symphysiotomie partielle sous-cutanée intraligamentaire donne d’excellents résultats.
Bien que la symphysiotomie n’ait pas retrouvé la vogue d’antan, l’antagonisme entre la césarienne et les pelvitomies persiste actuellement, mais bien atténué. Il ne devrait pas exister, chaque opération ayant sa place respective et précise dans les indications de la thérapeutique obstétricale.
En effet, parallèlement aux procédés que nous venons de signaler, la césarienne se perfectionne d’une façon remarquable. Frank réalise la césarienne basse transpéritonéale en 1906, sa technique en s’améliorant se propage très vite les années suivantes.
En France, depuis 1921, à la suite de Schikelé, la césarienne basse est très employée et les pelvitomies ne conservent que peu de défenseurs et encore moins de pratiquants.
Nous montrerons plus loin les bons résultats de la symphysiotomie dans des cas défavorables à la césarienne. Nous décrirons le procédé de Zarate, qui semble le plus simple et le moins dangereux et étudierons ses indications et ses résultats en nous basant sur les obser-
vations de la Maternité de Paris.