‹ De la syphilis dans ses rapports avec le traumatismeChapitre 7 sur 8 · RAPPORTS DB LA. SYPHILIS AVEC LES COMPLICATIONS DK · texte numérisé non relu

RAPPORTS DB LA. SYPHILIS AVEC LES COMPLICATIONS DK

LÉSIONS TRAUMATIQUES

Nos observations sont encore en trop petit nombre pour que nous puissions indiquer le rôle que joue la syphilis dans les complications des plaies ; nous allons néanmoins en faire le cadre^ nous réservant de le remplir plus tard, si nous recueillons de nouveaux faits.

I I. — Gangrène.

Nous avons trouvé dans Cazenave un cas de gangrène qui peut être inscrite à l'actif de la syphilis.

Obs. ^6. — Il s'agit d'une femme atteinte de syphilide serpigineuse et qui pendant le cours du traitement fut atteinte de gangrène spontanée de la jambe droite. Mort au 6® jour.

« Est-ce l'effet de la syphilis elle-même, se demande Tauteur. Cette opinion vers laquelle je penche, ne peut être fixée que par des faits. Plus lard d'autres observations viendront peut-être se grouper autour de celle-ci. pour éclairer cette question aujourd'hui si douteuse (1). »

Dans l'observation suivante, la gangrène après avoir déterminé une éruption syphilitique, ne céda elle-même qu'au traitement spécifique (2) .

Obs. 57. — Un ouvrier teinturier, âgé de 42 ans, dont la cens-»

i. Ca%enave^ Annales des maladies de la peau et de la syphilis. T. 1 p. 27* 2. J. A. Moreau, Thèse citée p. 30.

litution avait été ruinée par* des excès de tout genre, est obligé d'effectuer des travaux dont il n'a pas l'habitude ; il voit sa jambe droite rougir et se tuméfier, suite de fatigue et peut-être de traumatisme. Cinq jours après, il s'était formé au centre un point noir. Trois semaines plus tard, eschare dure et sèche, grande comme une pièce de cinq francs, qui au bout de quatre jours se ramollit ; on la détache; le fond reste grisâtre, infiltré ; odeur de gangrène.

La gangrène s'étend, on applique un cautère actuel ; face du tibia à nu dans l'étendue de plus d'un pouce dans tous les sens. Les progrès de la gangrène continuèrent, alors apparurent sur diverses parties du corps des éruptions syphilitiques bien tranchées.

On remonte aux antécédents et, sous l'influence d'un traitement spécifique, un amendement notable s'opère dans Taffection gangreneuse; elle cesse de se produire ; tendance manifeste à la cicatrisation.

Sans pouvoir dire au juste ce qu'il faut attribuer à la syphilis dans les accidents survenus aux opérés des observations suivantes, nous croyons néanmoins devoir les consigner ici.

Ligatures d'artères chez des syphilitiques. Par Placide Portai, de Palerme. (// filiatre sebesio, janvier-avril 1839. Comple-rendu dans Gaz. méd. 1839. p. 298).

Obs. 58. — Homme de 29 ans, syphilitique, atteint d'un anévrysme dans le creux poplité. Inflammation et menace de gangrène du sac qui prend un volume énorme (42 pouces de circonférence). La rupture étant imminente, on fait la ligature de la fémorale dans le triangle de Scarpa.

Ouverture spontanée du sac. Issue de caillots sanguins, les jours suir vants inflammation de voisinage.

Chute de la ligature au 15"^ jour. — Écoulement abondant de matière séro-sanguuiolente infecte, de la tumeur. Ecchymoses, puis eschares

au petit orteil, à la malléole externe, au tiers inférieur de la jambe et au talon. Chute du petit orteil.

Mais Tétat s'améliore. La plaie de la ligature était cicatrisée le 25® jour ; celle de Touverturc de la tumeur se couvrait de bourgeons charnus. Cependant les eschares s'étendent, l'ulcération gagne en profondeur au point de faire songer k l'amputation. L'amélioration qui survint alors la fit différer. On cessa le panscmentà Veaupliagédénique{\) et la liqueur de Van Swieten, par suite de l'inflammation des plaies. On pansa avec le cérat de Galien. — 40 jours après l'opération toutes les plaies étaient cicatrisées, à l'exception de celle du talon, qui était entretenue par une carie du calcanéum. On la traita par le feu. Guérison complète.

Obs. 59. — Homme de 30 ans, syphilitique. Bubon inguinal qu'on ouvre au bistouri. Extirpation des glandes de Tainepar le chirurgien. Le lendemain forte hémorrhagie arrêtée par un bandage compressif. Le lendemain 2 hémorrhagies abondantes. Ligature de l'iliaque externe. Stupeur, abattement les jours suivants.

Le 3° jour nouvelle hémorrhagie par la plaie du bubon; ligature en masse. Trois jours après gangrène de l'espace inguino crural. Mort; A l'autopsie, péritonite» passée dans plusieurs points à l'état gangreneux. »

I 2 Tétanos.

Nous n'avons trouvé qu'une observation de ce genre, et encore est-elle très-ancienne.

Il s'agit d'un cas de tétanos survenu chez un syphilitique après l'amputation du bras. On fit en vain la résection de l'extrémité de l'os ; ce ne fut qu'après avoir usé de frictions

1. Machenaud, qui cite cette observation dans sa thèse {Sur la ligature de l'ar^ tère fémorale, Paris 1868) dit, page 22, que repéré guérit de la ligature en conservant des ulcères phagédéniques qui ne disparurent que plus tard. Comme on peut le voir, il n'y avait de phagédénique d'après le texte, que Veau qui servait ù faire les pansements.

— iOO —

mercurielle que l'on obtient la cessation des spasmes tétaniques.

Obs. 60. — Un homme d'armes, le seigneur de BoUon, fut aUeint au bras droit par un projectile de guerre. La blessure nécessita l'amputation du bras. Le bras guéri, la blessure entièrement cicatrisée, survint une espèce de convulsion qui, renversant la tête sur l'épaule droite et agitant fréquemment les mâchoires l'une contre l'autre, obligea le malade à tenir entre ses dents un linge qu'il mordait et broyait sans cesse. Il consulta nombre de médecins et de chirurgiens. Tous, d'un commun accord, déclarèrent que l'extrémité de l'os brisé par le projectile devait présenter une aspérité qui en irritant quelque nerf produisait la convulsion. Ils décidèrent qu'il fallait procéder à une résection de l'os et faire en sorte que l'extrémité en fût bien unie. Cette opération fut faite avec le plus grand soin. Elle demeura pourtant sans effet. Le malade continua à souffrir et perdit bientôt tout espoir de guérison.

Le hasard me conduisit auprès de lui. Il me parla de sa maladie. Il me vient à l'esprit que quelque virus syphilitique, latent, pouvait bien produire cette affection. Je lui demandai si, au moment où il avait été blessé, il n'avait pas quelque maladie vénérienne ou s'il n'en avait pas eu antérieurement. Il me répondit que quelque temps auparavant il avait eu une forte gonorrhée, qui cependant avait été complètement guérie. Cette réponse fortifia mes conjectures Je conseillai au malade de prendre des remèdes anti-syphilitiques. Il ne fit pas d'objections et se soumit volontiers à ce traitement. Après une purgation générale et une diète sudorifîquc, je lui ordonnai des frictions d'onguent mercuriel qui provoquèrent un ptyalisme. Au bout de trois jours, les spasmes et les convulsions cessèrent et le malade fut pour toujours délivré de son mal.

(Lazari. Riverii Op omnia^ Obs. 10, p. 580. Genève, 1737).

I 3. Névraljie traumatique secondaire.

Le cas suivant présente une certaine analogie avec le précédent. Une névralgie opiniâtre, rebelle à tous les remèdes ordinaires, ne cessa qu'après l'usage du traitement anti-syphilitique.

Obs. 61. — Il s'agissait d'un commerçant de la rue Chapon alteiot depuis longtemps d'un ongle incarné du gros orteil fort douloureux, et contre lequel «vaieal échoué tous les modes ordinaires de pansement,

L'aspect du mal n'offrait rien qui pât faire penser h un onyxis sy^ philitique ; le sujet, âgé de 40 ans environ, était bien portant.

L'ablation fut pratiquée avec l'anestliésie locale obtenue par 1 clher pulTérisé, La douleur primaire développée après la cessation de l'engourdissement fut vive et prolongée. La nuit fut mauvaise malgré l'application continuelle de compresses résolutives froides ; un peu de calme le lendemain pendant le jour ; retour des douleurs pendant la nuit , cet état se prolongeant avec le typiî des névralgies secondaires, c'est-à-dire avec hypéreslliésie très-prononcée sans douleur spontanée le jour et accès nocturnes violents, je prescrivis le sulfate de quinine associé à l'opium qui n'amena guère de soulagement. A la fin de la Semaine nous n'étions guèie plus avancés qu'au lendemain de l'opération ; la plaie avait mauvais aspect en dépit des détersifs variés. Toute l'extrémité de l'orteil était tuméfiée et livide, très-sensible au toucher. Je songeai alors à interroger le malade qui se rappela avoir eu jadis des accidents vénériens probablement véroliques. J'administrai sur cet indice l'iodure de potassium qui fit rapidement disparaître et les souffrances et les phcnomèui^s locaux (Verneuîl. Des névralgies traumatigues secondaires précoces. Aiài. gén. de méd. novembre et décembre 1874. Tirage à part. p. 83).

. ' ' I 4. Erysipéle.

Dans une série d'articles intéressants publiés en 1873 dans la Gazette des hôpitaux^ M. Ch. Mauriac s'est efforcé de démontrer l'influence salutaire de l'érysipèle sur les syphilides cutanées.

La meilleure analyse que nous puissions donner de ce travail a été faite par l'auteur, dans les conclusions suivantes de son mémoire.

1° Dans les cas de syphilis où les accidents consécutifs cutanés et muqueux ne sont pas compliqués de malignité et de cachexie, un érysipèle avec réaction fébrile doit être considéré comme un événement favorable ;

2^ Sous la double influence de la réaction générale fébrile et de la phlogose locale qui caractérisent cette maladie aiguë, les accidents syphilitiques cutanés et muqueux s'améliorent, se résolvent, et se réparent avec une grande rapidité ;

3^ Les médications spéciQques générales et les traitements locaux, isolés ou combinés, administrés et appliqués avec le plus d'opportunité, suivant les méthodes les plus rationnelles et les mieux appropriées à toutes les circonstances, seraient incapables de produire, en aussi peu de temps, des effets curatifs aussi remarquables que l'érysipèle;

4° L'érysipèle en moins d'une semaine peut dissiper les œdèmea durs syphilitiques résultant d'une infiltration plastique diffuse du tissu cellulaire sous-tégumcntaire, faire fondre des plaques syphilitiques confluenteset végétantes, cutanées ou muqueuses, et cicatriser les ulcères de même nature, impétigo, ecthyma, etc. ;

5® Cette influence curalive de l'érysipèle s'exerce simultanément sur toutes les lésions, quelle que soit leur distance du foyer où s'accomplit le processus local de la maladie fébrile ;

6° Bien que le résultat soit le même en apparence, au bout d'un

certain temps, il csl permis de croire que fî on pouvait suivre Jour par jour la régression des accidents morbides, on verrait disparaître d'abord cens qui se trouvent au milieu du foyer érysipiilatcnx, puis ceux qui, placés it une petite distance, peuvent encore ressentir l'action du processus loeal, et enfin ceux qui, étant fort éloignés, ne sont soumis qu'à l'inQuence du proecssus général, c'cst-i-dire de la rcactian fébrile;

7" 11 faut donc distinguer dans la vertu curative de l'crysipéle deux modes d'action qui correspondent aux deux processus dont l'associalioD constitue l'crysipéle fébrile vrai ; un mode d'action local substitutif, et un mode d'action général qui rétablit dans les coadilions d'un fonctionnement régulier la plasticité organique viciée par la maladie constilutiotinelle ;

8° Les deux processus de l'érysipèle fébrile vrai, conçus spontanément par l'organisme, ne peuvent être qu'imparfaitement imités par l'expérimentation. 11 en est de même des deux modes d'action curative spontanés qui en découlent ;

9° L'influence cnrative de l'érysipèle ne se produit pas seulement sur les accidents syphilitiques locaux ; l'état général, plus ou moins compromis par les atteintes de la maladie conslitutionncUe, s'améliore aussi avec une rapidité remarquable ;

10' Malheureusement, l'influence préventive de l'érysipèle sur les poussées ultérieures de la syphilis, ne peut pas f Ire comparée à son action curative sur les accidents existant au moment de son invasion. Quelques jours après la guérison, de nouvelles manifestations syphilitiques peuvent se reproduire, peut-être toutefois avec moins d'intensité qu'auparavant;

il" D'autres maladies aigufis, inflammatoires ou pyrétiques, peuvent avoir sur les accidents syphilitiques une action curative analogue k celle de l'érysipèle, mais sans doute pas au même degré;

12° Le danger d'une terminaison funeste, indépendamment de la nature spéciale de chaque érysipèle, provient de la malignité des

accidents syphilitiques ou de Tétat de collapsus cachectique dans lequel une syphilis grave a jeté Torganisme. Ces conditions paralysent Faction curative de Térysipèle, qui doit être alors considéré comme une complication des plus fâcheuses ;

43° L'action curative de Térysipèle signalée depuis longtemps dans le phagédénisme, provient principalement des modifications locales que la phlogose fait subir au travail ulcératif et à la nutrition des parties qui en sont atteintes. C'est surtout un phénomène de substitution ;

14° L'action curative de l'érysipélc dans les manifestations graves de la scrofule, telles que le lupus cl d'autres affections cutanées constitutionnelles et chroniques, dérive également du processus local et du processus général de la maladie aiguli, et se produit suivant le même mode que la syphilis.

Gaz. des hôpitaux. 1873. p. 602,

Nous avons vu de notre côté, en 1873, dans le service de M. Verneuil, à la Pitié, un homme atteint d'une syphilidc crustacée de la face cl qui fut pris d'un érysipèle dont rulcération spécifique fut le point de départ. L'érysipélc contribua-t-il à la cicatrisation de la syphilidc? Nous le croyons ; mais toujours est-il qu'il y eut sphacèle des paupières y et que la chute des eschares laissa à découvert des ulcérations ayant la plus grande analogie avec le rupia.

Obs. 62 — (l). L. François, 58 ans, entre le 12 mars 1873 à la Pitié, salle Saint-Louis N. 31, dans le service de M. Verneuil.

Cet homme, d'une constitution robuste, a toujours joui d'une excellente santé. Le début des accidents qui Tamëncnt à Thôpital remonte à 2 ans environ. Il s'est aperçu à cette époque que les matières fécales

(1) Rédigée d'après les notes recueillies par M. Foix, interne du service.

passaieDt avec difliciihé, que le bol fùcal cluit ihqliis volumineux, recouvert quelquefois, mais rarement, de stries glaireuses ou sanglantes.

Au coraraencemenl de 1872, il vînt réclamer à Lariboisièrc les soins de M. Verncuil, qui constata alors un rétrécissement rcclal de nature évidemment syphilitique, vu les anti'cédents du malade, et prescrivit l'iodure de polassiiim, se proposant de faire plus lard la section du rétrécissement. Mais une amélioration étant survenue, L. quilla l'hdpi- Ul pour ne pas être opéré.

Le mieut ne fut que passager, et depuis six mois environ les accidents ont été en augmcnlanl, si bien qu'aujourd'hui les stries glaireuses ou sanglantes apparaissent beaucoup plus fréqucnunent, que le bol fécal est lr6s peu volumineux, presque rubané, et que la défécation est toujours pénible et douloureuse. II eut, en outre, depuis ua mois, à deux reprises diflerenlcs, une constipation qui dura plusieurs jours el ne céda qu'à des pui^alifs énergiques.

Le toucher rectal donne le résultat suivant : â partir de 3 cent, de ToriËce anal, la muqueuse rectale est parsemée de petites granulations de consistance fihreuse de la gros^seiir k peu près d'une lentille ; ces granulations occupent presque toute la circonférence de l'intestin ; au fur et à mesure qu'on s'élève, elles deviennent plus nombreuses, plus rapprochées, si bien qu'à 4 cent. 1/2 elles sont coaleseentes et déterminent par leur présence un rétrécissement circulaire admettant â peine la pulpe de l'index. Au périnée sont deux orifices fistuleox.

il existe en outre sur la région temporale droite une ulcération k hords irréguliers, recouverte d'une croule brun-verdAlre plus épaisse au centre qu'il son pourtour ; elle a à peu près les dimensions d'nne pièce de 2 francs, maïs elle a dû avoir une étendue plus considérable. Tout autour, en effet, on voit une cicatrice récente, mince et rosée, el portant à sa périphérie quelques groupes de vésicules. Les bords de la cro&le sont du re,4te soulevés, surtout en avant, et on peut voir d'une manière Irës-manifeste la cicatrisalion s'avancer au-dessous d'elle.

Diagnostic. — Rétrécissement syphilitique da rectam avec fistules anales. Syphilide crustacée de la face.

Traitement : sirop de Gibert.

L'état du malade restait à peu près stationnaire depuis Tentrée^ ou du moins sans amélioration notable, lorsque le 28 mars survint un érysipèle de la face ayant son point de départ à la partie antérieure de la syphilide. Cette complication ne dura qu'une huitaine de jours et n eut aucune conséquence ni en bien ni en mal. La syphilide resta stationnaire, et quelques phlyctènes déterminées par Térysipèle se cicatrisèrent sans accident.

Mais le 12 avril survint un second érysipèle, ayant le même point de départ que le premier, qui envahit toute la face et le cuir chevelu, et qui détermina un œdème considérable des paupières.

20 avril, sphacèle superficiel des deux paupières supérieures. A la chute des eschares on aperçoit deux ulcérations à bords irréguliers, recouvertes d'une suppuration grisâtre ; une croûte se forme bientôt et le 24 avril leur aspect légèrement brun-verdâtre leur donne avec celles du rupia une ressemblance frappante. L'érysipèle est en pleine desquamation. Les croûtes s'épaississent et s'étendent; au commencement de mai elles occupent toute la paupière supérieure et ont à peu près le même aspect que celle de la région temporale : ce sont trois syphilides crustacées. D'un autre côté, celle-ci a diminué manifestement d*étendue. Application de cataplasmes de fécule dans le but de détacher les croûtes et de voir si elles se reproduiront.

12 mai. Les croûtes se sont complètement reproduites. A cette époque la syphilide de la région temporale est à peu près guérie. On applique encore les cataplasmes de fécule à deux reprises diflférentes sur les paupières, et avec le même résultat.

2 juin. La syphilide de la région temporale est complètement cicatrisée, mais celles des paupières restent stationnaircs. On les traite par l'emplâtre de Vigo, et sous l'influence de ce traitement local, joint au traitement général, elles guérirent rapidement, celle de la paupière

gauche au bout de 13 jours, et celle de la paupière droite au bout de . 14 jours.

Le 20 juin, les accidents de la face étant complètement guéris, et ceux du rétrécissement s'étant notablement améliorés, le malade demande à sortir. Il part avec ses fistules.

1 5. — Infection purulente.

Ici nous retombons en pleine contradiction. J. L. Petit, avons-nous déjà dit, pensait que la vérole prédisposait les blessés au reflux des matières purulentes (op. cit. p. 312).

M. Chassaignac n'est pas de cet avis. Se fondant sur 25 ou 30 opérations pratiquées sur des individus atteints de syphilis constitutionnelle et qui n'ont pas présenté d'infection purulente, il s'est demandé s'il n'y aurait pas, entre la syphilis et cette complication des plaies, un antagonisme analogue à ce qu'il avait signalé antérieurement entre la tuberculose et la fièvre intermittente. Ne voulant pas juger définitivement une question de cette importance, il fît appel aux lumières de ceux de ses collègues qui avaient été à même de pratiquer souvent des opérations chez des syphilitiques. (Bull. Soc. chir. 2'* série. T. III. 1862, p. 376).

M. Dolbeau n'avait pas été aussi heureux que M. Chassaignac, car il cita le fait suivant.

Obs. 63. — M. Dolbeau fit une amputation chez un sujet atteint de tumeur blanche du genou, et qui au moment de Topération avait des taches syphilitiques sar tout le corps, après avoir suivi toute la

série des accidents. Le malade mourut d'infection purulente. (Eod. loc. p. 377).

Du reste, comme si rexceplion confirmait ici la règle, nous avons trouvé un cas d'infection purulente observé chez un opéré du service de M. Ghassaignac.

Obs. 64.— {Gaz. hôpitaux, 1847, p. 114, n^ 27).— Végétations dites syphilitiques. Excision. Hémorrhagie. Résorption pU" rulente. Mort. — Une femme entra dernièrement à l'hôpilal de Lourcine, dans les salles de M. Ghassaignac, présentant une masse de végétations sur chacune des grandes et des petites lèvres. Le chirurgien voulut en pratiquer Tablation; mais à peine en eut-il, avec des ciseaux, réséqué une petite portion, qu'il survint une hémorrhagie tellement abondante que Ion dut renoncer à l'excision et s'empresser d'arrêter le sang en touchant légèrement les surfaces avec l'acide nitrique. A peine ramenée à son lit, la malade dit se trouver assez bien et les accidents disparurent complètement. Mais, au bout de huit jours, des accès fébriles se manifestent, affectant un type rémitlent. Des abcès se forment dans diverses parties du corps, dans l'épaisseur des parois abdominales, dans le genou droit, la cuisse, dans les parois de la poitrine. La maladie marcha avec une lenteur remarquable, et la femme finit par succomber à une résorption purulente, bien évidente aux yeux de M. Ghassaignac.

En voici une autre, dans laquelle la pyohémie fut consécutive à l'amputation du col de l'utérus.

Obs. 65. — (Seuvre. Bull. Soc. anat., 1873, p. 550). — Une femme de 51 ans entre, le 16 juin 1873, dans le service de M. Desprès, à l'hôpital Cochin, pour un épithélioma du col de l'utérus. Elle eut, en 1868, des accidents syphilitiques, syphilides papuleuses, plaques muqueuses, iritis, traces d'ulcération ancienne du col.

A son cnlrée, on constate une tumeur villeuse, végétante, da rolume d'une pomme, et dont le pédicule semble Gxé à la lèvre postérieure du col ; elle saigne facilement. Etat général satisfaisant.

Le 21 juin, M. Desprès pratique l'ablation de la lumcur à t'aide I de l'écraseur; une rondelle d'amadou caustique fut ensuite appliquée ! sur la plaie, et quelques tampons de coton furent introduits dans le Tagin pour arrêter l'écoulemeut du sang.

Le 22, dans l'après-midi, frisson intense ; fièvre assez vive et frissons répétés les jours suivants, douleurs vives dans la cuisse et dans laine du côte gauche, diarrhée, ballonnement du ventre, dyspnée. , Râles sous-crépitants dans la poitrine; affaissement complet, mort le I 3Sjuin.

A l'aulopsic, on trouve de nombreux abcès mctastatiques dans les [ deux poumons; les sinus utérins sont remplis de pus; on en trouve ' aussi 150 grammes environ dans le cul-de-sac recto-utérin.

I 6. — Diphtfiérite des plaies.

Nous n'en pouvons donner qu'une seule observation, due à Merkel.

Obs. 60. — Un homme de 26 ans est soumis aux frictions mercurielles, pendant six semaines, pour une sj-philis. Gucrison, Au bout d'un an, il est opéré d'une hydroeèlc par la méthode de l'incision. Trois semaines après, la tunique vaginale était couverte de granulations, et les bords de l'incision presque réunis, quand, subitement, il y eut un épaississement de ces bords et la plaie prit un aspect diphthéritique. Application de sublimé sur la plaie; frictions mercurielles. Guérison au bout de dix jours. (Merkel. CentraWlatt fur med. Wissenschafl, 1871, et Ârch. gén. de méd., 1872, 6° série, t. [XlX.p. 335).

Certaines complications des plaies gangrène, (tétanos,

névralgie, érysipèle, infection purulente, diphthérile) paraissent donc avoir eu pour cause la syphilis, ou avoir elles-mêmes provoqué les manifestations d'une syphilis latente.

Elles agissent donc à la manière du traumatisme.

La nature spécifique des accidents survenus n'est d'ailleurs pas douteuse, puisqu'ils ont cédé presque toujours au traitement antisyphilitique.

Si maintenant nous jetons un coup d'œil en arrière, nous voyons que les causes les plus diverses ont provoqué des manifestations d'une diathèse soit apparente, soit latente, en des points variables: une plaie, un endroit contus, dans la région blessée ou dans une région éloignée. Ces causes sont tantôt minimes (écorchures, petite plaie, ouverture d'abcès, saignées, sangsues, vésicatoire, courant d'air) ; tantôt graves (plaies par arme à feu, fractures, luxation, gangrène, érysipèle, etc.).

Dans noire introduction, nous avons essayé théoriquement de démontrer pourquoi toutes les plaies, chez les syphilitiques ne prenaient pas l'aspect ulcéreux, et pourquoi toutes les lésions ne donnaient pas lieu à des éruptions spécifiques. Les faits précédents vont donner plus de valeur à nos arguments.

Dans les cas où une lésion légère a suffi pour faire apparaître des accidents souvent fort graves et fort rebelles, le malade devait être nécessairement en tmmenencemorfttrfe. La lésion n'a fait alors qu'avancer le jour où la diathèse devait éclater.

Lorsqu'au contraire il a fallu une lésion grave pour proliroquer i'èclosion de la syphilis, il est probable que celle-ci E serait restée pendant longtemps encore à l'élat latent ; ce ■n'est qu'une modification profonde, qu'une violentesecousse 1 imprimées à l'organisme, qui ont pu la réveiller. Avec ces Icas nous pouvons ranger ceux dans lesquels ce sont des I frottements longtemps répétés qui ont été suivis d'accidents, l«t où une irritation peu intense à la vérité, mais continue, a Ipu produire à la longue les mêmes résultats qu'un trauma- Itisme grave. Nous pouvons dès lors accepter l'opinion de |.Thoman et des chirurgicQS militaires dont il parle. Ils disent «n effet que l'aspect particulier que prend une blessure, llorsque le sujet est syphilitique, n'est dû qu'à l'irritation IquB produisent les frottements qu'on ne peut éviter. Que |«elte irritation soit nécessaire quelquefois, d'accord ; mais |.ce que je ne puis admettre, c'est que les accidents ne puis- I sent arriver que dans ces conditions.

Nous avons supposé que dans les cas précédents, où les laccidents étaient survenus à la suite de graves traumaf.tismes, la syphilis, sans ceux-ci, serait restée à l'état latent pendant un temps plus ou moins long. Ne peut-on admettre maintenant que la syphilis soit neutralisée assez à UQ moment donné pour que rien ne puisse la provoquer? Que le syphilitique se blesse dans ces con filions, qu'on lui pratique une opération cliirurgicale, et il guérira comme si de rien n'était. Ces cas sont d'ailleurs les plus communs, car ce sont ces conditions qu'ont cherché à réaliser tous les chirurgiens qui, conduits à penser par leur

expérience que la syphilis pouvait entraver la cicatrisation des plaies, ont fait suivre à leurs malades un traitement approprié avant de les opérer. Telles sont, d'après nous^ les raisons pour lesquelles un syphilitique peut souvent se blesser ou être opéré impunément.

Ces données nous paraissent de la plus haute importance au point de vue de la chirurgie générale et des opérations. Pusqu'il est démontré que la syphilis peut dans certains cas imposer aux plaies une marche anormale et amener des insuccès dans les opérations, et que l'on peut éviter ces insuccès grâce à une certaine préparation du malade, nous ne pouvons qu'insister sur ce précepte, à savoir: que lorsqu'on aura un syphilitique à opérer, on devra, si Topération n'est pas urgente, prendre les précautions nécessairespour que l'opération réussisse; c'est-à-dire attendre assez longtemps pour que les manifestations delà diathèse paraissent bien guéries^ et donner en même temps le traitement anti-syphilitique.

Tout en regrettant que les observations sur lesquelles nous appuyons nos conclusions ne soient pas plus nombreuses, et faisant d'ailleurs la part de la théorie dans les idées que nous avons émises, il nous semble que l'on peut, jusqu'à nouvel ordre, admettre les propositions suivantes.

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