INFLUENCE DES LÉSIONS TRAUMATIQUES SUR LA SYPHILIS
Le traumatisme, affection locale^ agissant sur Torganisme de façon à provoquer des manifestations d'un état général morbide resté jusqu'alors latent, possède incontestablement une action pathogénique quelconque. C'est ainsi, par exemple, que nous avons vu des rhumatisants, en bonne santé depuis plusieurs années, être atteints d^un rhumatisme articulaire aigu» quelques jours après une fracture. Quelle est cette force excitatrice du traumatisme ? Nous n'en savons rien ; rien ne l'indique, ni le pouls, ni le thermomètre ; mais si nos moyens d'investigation sont incapables de la mesurer, il faut néanmoins reconnaître qu'elle existe. L'état traumatique n'est donc pas défini, on ne sait pas comment il agit, mais il agit, puisqu'il provoque des manifestations d'un état général ; il apporte de profondes modifications dans l'économie, il 1 ébranle, et la diathèse réveillée ne tarde pas à se montrer sous la forme qui lui est propre. Pour la syphilis en particulier, il ne tient aucun compte ni de la division classique en périodes, ni de la gravité variable de cette diathèse ; il agit aussi bien dans la période tertiaire que dans la période secondaire, dans la forme bénigne de la vérole que dans sa forme grave;
U ne reconnaît aucune des distinctions que nous avons admises dans notre introduction.
Les lésions traumatiques ont agi en effet de plusieurs façons sur la syphilis, dans les observations que uous rapportons plus loin.
1. Chez des individus n'ayant actuellement aucune manifestation syphilitique, le traumatisme a fait naître des accidents spécifiques tantôt dans la région blessée, tantôt dans un point assez éloigné, tantôt enfin l'éruption s'est étendue à une partie du corps plus ou moins grande.
2. Chez des individus qui s'étaient blessés plus ou moins longtemps avant d'avoir la syphilis, celle-ci a choisi pour se manifester, et souvent avec plus d'intensité qu'en tout antre point, la région qui était le siège d'une cicatrice, le [tïcus minoris resistentiœ.
I i. — Manifestations syphilitiques dans la région Cessée.
Quelques-unes de nos observations antérieures pourraient videmraent rentrer dans ce chapitre : ce sont celles dans Besquelles la blessure, survenant chez un individu dont la lliatbêse était manifeste ou à l'état latent, a pris les carac- Sres d'une ulcération syphilitique. Telles sont les là premières observations, où la syphilis s'est manifestée au bout H'un temps plus ou moins long au point blessé ; telles sont enjpre celles dans lesquelles des tumeurs gommeuses ont été luises pour des abcès simples, et ouvertes, et celles dans qitelles. la syphilis, paraissant, momentanrâieat guériat
on a pratiqué une opération qui a donné lieu à de nouveaux accidents. En voici d'autres dans lesquelles la lésion traumatique elle-même n'a pas pris de caractères particuliers ; mais des accidents sont apparus dans la région blessée.
Obs. 34. — (Joum, complém, du dict. des sciences méd,^ t. VII, 1820). Dans un a Essai sur le fongus de la dure-mèrei^ par Philippe de Walther, prof, à l'un, de Bonn, on trouve» à la page 119, Tobservation suivante :
Clara Riedliu, née en 1766, éprouva à lage de 7 ans une fièvre aigué, dont je n'ai pu apprendre ni la nature, ni la durée. Les règles parurent à 15 ans, et, l'année suivante^ elle épousa un soldat, avec lequel elle eut, dans l'espace de 9 années, 10 enfants, dont 6 vivent encore. Elle a soutenu, jusqu'au dernier moment, n'avoir jamais eu la vérole; mais son nez était entièrement détruit, sauf un petit moignon informe, par un ozène dont elle avait été atteinte 19 ans auparavant. Cet ozène, après avoir été traité sans succès par plusieurs médecins, céda enfin à l'usage de pilules (mercurielles sans doute) et de décoctions sudorifiques que prescrivit un chirurgien de campagne. La malade attribuait bien l'origine de cet ulcère à un coup qu'elle avait reçu sur le nez et à un érysipèle qui survint ensuite ; mais son genre de vie et la nature de Taffection ne permettaient pas de douter qu'elle ne fut vénérienne. Je trouvai aussi, dans les aines, les cicatrices de bubons qui avaient suppuré.
En 1809. un soldat lui donna un grand coup de poing sur la partie postérieure dn pariétal droit. Elle tomba par terre et ce ne fut , qu'au bout d'ua laps de temps assez long qu'elle put, avec beaucoup de peine, se rendre chez elle. 11 s'éleva, sur l'endroit où elle avait été frappée, une petite proéminance qui fit peu à peu des progrès. Au bout d'un an, ayant fait une chute, cette tumeur heurta contre un pieu et grossit, dès lors, plus rapidement. En peu de mois, elle acquit le volume du poing. La malade n*y ressentait point de douleur ; elle
! Touchait indiS'ér(!ininent sm- 1 uii cl l'autre côté, et sa santé n'était poinl d'ailleurs allérée. Sur l'avis d'un chirurgien, elle lit, pendant qnelquelemps, des frictions sur sa tumeur; mais, voyant qu'elle n'éprouvait aucun Koulagement, elle vint me consulter durant l'été de 1811.
A celte époque, la tumeur était exactement circonscrite, arrondie, mais irrégiilière à sa surface; elle siégeait à la partie posiérienre de l'os pariétal droit, et s'étendait un peu à gauche en suivant la suture sagillale. La peau igui la couvrait était un peu plus rouge que de coutume, Klle-rnème était renitente, mais inoHasse. On n'y apercevait ni Ductualion, ni pulsations. Les mouvements qu'on remarquait en elle, et qui ne consistaient ni en une élévation et un abaissement altematlTs, ni dans une extension suivie d'affaissement, étaient peu considérables par rapport à son volume et à sa masse, et pouvaient être comparés k rébranlemcnt qu'on observe dans toutes les parties du corps garnies de gros vaisseaux tjui, au moment de la diastole, impriment une secousse à toute la masse de l'organe. Il était également impossible de la faire glisser dans aucun sens, ni de la faire rentrer en partie dans le crâne. Je ne pus sentir au-dessous d'elle ni une ouverture au ci-âne, ni in plus forte raison un rebord frangé à cette ouverture. Les os du cràue ne présentaient, en cet endroit, qu'un gonflement qui s'ètcndail même un peu jusqu'aux parties voisines. Du reste, la tumeur était tout-à-fait indolente; ou pouvait la comprimer avec assez di: force sans causer de douleurs k la malade. Il n'y avait qu'une forte pression et surtout une tentative de réduction qui fussent douloureuses, maïs elles ne causaient ni stupeur, ni abolition de la sensibilité, ni paralysie.
Je recommandai h la malade de tenir la tumeur légèrement couverte et de la laisser d'ailleurs en repo.-;. Durant l'automne de la même année, elle s'y donna, pour la seconde fois, un coup; la tumeur s'enflamma et une phlogose érysipélateuse s'empara de toute la face,
iclpalement du cdté gauche. La malade eut la âçvre pendant quel-
qnes jours; elle éprouvait de violentes doulGuris, lantôt dans les membres et tantôt k la région épigaslriqiie.
Cependant, la tumeur grossit beaucoup, et commença dès ce moment i. se ramollir. C'est vraisemlilabli;meot alors que se forma, dans sou Ultérieur, et par suite du coup, l'abcôs que j'y trouvai en faisant l'ooverture du corps. Vers le mâme temps, la thyroïde augmenta beaucoup de volume, et elle resta tuméfiée jusqu'à la mort. Le 20 décembre, la malade fll une chute sur la glace: elle se fractura le féniur droit au tiers inférieur de sa longueur. Ou l'admit dans l'bôpital de Landslial; mais quoiqu'on eût réduit la fracture sur-le-chaiiip, et qu'où eût maintenu tes bouts de l'os en contact par l'application d'uu bandage convenable, la réunion ne s'opéra cepeudanl pas, U se forma une fausse articulation, et la cuisse devînt plus courte, lorsque, au bout de 3 mois d'un traitement infructueux, on enleva le bandage. Comme la malade ne pouvait plus ni marcher ni se tenir debout, il lui était trèspénible de rester toujours couchée, k cause de ta gène que lui causait sa tumeur. Celle-ci augmenta peu k peu de volume; elle était taalAt plus, tanlât moins douloureuse. La malade y ressentait un battement continuel, semblable a celui qu'aurait produit la pulsation de plusieurs artères ; l'oeil gauche s'enflammait souvent, et les veiniîs du côté gauche de cou ei de la nuque se dilataient de plus en plus i Le 9 mars 1812, Clara voulant se retourner, elle et les assistants 1 entendirent un fort craquement, k la suite duquel elle ressentit ano. I vive douleur dans l'épaule gauche. Ou vît alors que la clavicule ëlait fracturée dans son milieu. Persuadé, d'après ee qui s'était déjà passé fc la cuisse, que cette nouvelle fracture ne se consoliderait pas, je l'abandonnai à elle-même, me contentant de donner an bras une direction Idle, que les bouts fracturés furent rapprochés, autant que possible, l'un de l'autre, ils ne se réunirent point, et cependant la malade fut, au bout de quelques semaines, en état de remuer librement le bras. Suilement elle ne pouvait pas le lever. Elle passa encore trois mois dans cet état. La tumeur de la tête et le gonflement de la thyroïde fi^ir.
saient de lents progrès. Cependan: lu inj.ni.TP étail de temps en temps fort douloureuse : la peau qui la couvrait devenait de plus en plus rouge et livide ; le gollrc gênait beaucoup la respiration, toutes les fois surtout, que sans cause connue il survenait une affection d'apparence calarrhale. Le 1"'' août, la malade fui réveillée de bonne heure par de violentes douleurs.de tète, principalement au front et à l'occiput ; il lui semblait que sa tète allait s'ouvrir en deux ; depuis lors ses forces allèrent en baissant : elle perdit l'appétit, et sa respiration devint de plus en plus difficile : enfin elle mourut le '2 1 aoùl, dans le marasme le plus affreux ; la vetlle encore, elle avait sa connaissance, l'usage de tous ses sens et le libre exercice de tous les mouvements volontaires.
Ouverture du corps. Le pariétal gauche présentait un trou irrégulièrement arrondi, de 4 pouces dans son plus grand diamètre, et frangé sur les bords; les os du crâne étaient amincis dans son pourtour, mais, plus loin, tous, et surtout le frontal, étaient plus épais que de coutume. Le Irou était rempli par une masse molle et très-riche en vaisseaux, dont la moitié supérieure formait la tumeur visible au-dehors, mais qui était encore à peu prés aussi volamineuse dans l'intérieur du crâne, de sorte qu'elle comprimait avec beaucoup de force le lobe moyen et une partie du lobe postérieur du cerveau. La voûte de l'hémisphère avait disparu en cet endroit, et le cerveau était comme coupé obliquement. La masse fongueuse adhérait, en haut, au périoste, en bas, au feuillet extérieur de la dure-mère, et, dans.lecoutour de l'ouverture, aux bords frangés del'os. Ellen'était pas seulement adhérente au périoste, mais ses vaisseaux et même la partie non injectable de sa substance se continuaient avec celle membrane : il en était de même de ses rapporta avec le feuillet externe de la dure-mère ; le feuillst Interne de celle-ci était sain. Les vaisseaux de la méninge augmentaient de volume aux approches du fongus dans lequel ils s'introduisaient. Les franges des bords de l'ouverture des os du crâne s'enfonçaient aussi dans cette masse, el y tenaient avec tant de force qu'elles semblaient faire partie de sa propre substance ; on voyait claire-
ment qae le fongus était solidement fixé dans Touverture, et qu'il était impossible de Ty faire rentrer, ni de Ten faire sortir. Sa substance paraissait n*étre qu'un composé de tissu cellulaire et de vaisseaux très-dilatés ; mais il y avait^ dans son intérieur, une cavité pleine de sang grumelé et d'un pus de mauvaise qualité ; la substance du cerveau était saine, et seulement un peu plus molle qU'k Tordinaire. Il y avait une double fracture non guérie à la clavicule gauche. Le périoste était encore enflammé et épaissi, et formait une sorte de capsule autour des deux fausses articulations. L'articulation sternale de la clavicule était à peu près dans le même état morbide que celui où le genou se trouve chez les personnes atteintes de tumeur blanche ; les ligaments étaient épaissis et fongueux ; l'articulation contenait le même mélange de sang caillé ou d'ichor que le fongus de la duremère ; la fracture du fémur était dans le même état ; les deux bouts de Tos étaient nécrosés, le périoste était très-épaissi, fongueux et semblable au feuillet externe dégénéré de la dure-mère ; il formait autour de la fausse articulation un sac rempli du même fluide que celui qui vient d'être décrit.
L'interprétation de ce fait est assez embarrassante.
La tumeur de la région crânienne était-elle un fongus de la dure-mère, comme le dit Walther ?
Le résumé des faits va nous l'apprendre. Une chute, chez une femme certainement atteinte de syphilis, détermine la production d'une tumeur qui n'augmente d'abord • que lentement. Au bout d'un an elle est irréguUére, rénitente, mollasse, sans mouvements d'expansion, nonréducsible, ne causant aucun phénomène cérébral à une forte pression. Sont-ce là les caractères d'un fongus de la duremère. Non certes. Un nouveau coup accélère la marche de la tumeur ; elle devient fluctuante, et ce n'est que plus tard que des
symptômes annoncent l'existence de nombreux vaisseaux dans son épaisseur. Lapeau s'amincit et s'enflamme; épuisée la malaJi; meurt enfin, toujours sans avoir présenté desymptômes cérébraux.
A l'autopsie on trouve, sauf les nombreux vaisseaux, les mêmes caractères dans le loyer du prétendu fongus que dans ceux des diverses fractures. Or il est à présumer que les os fracturés ont été à un certain moment le siège de carie bmilée, de gommes qui ont déterminé l'aOïiiblissement et la rupture de l'os. La tumeur dn crâne ne serait donc autre chose qu'une gomme ayant siégé primitivement, selon toute probabilité, entre l'os el le périoste ; cette gomme a envahi le tissu osseux d'une part et le cuir chevelu de l'autre, et, après avoir détruit le pariétal, est arrivée à la face externe de la dure-mère où elle s'est arrêtée. Il n'est pas probable qu'elle eût respecté le feuillet interne de cette membrane si elle eut débuté par le feuillet externe. Quant à la production des nombreux vaisseaux qu'elle renfermait elle s'explique facilement. L'irritation constante entretenue dans une région aussi riche en vaisseaux que la suture sagittale, où l'on rencontre, à la face profonde du péricràne les ramifications des artères temporales, auriculaires postérieures el occipitales, et iinlreladure-mércetroscellesdela méningée moyenne, n'a pu que provoquer le développement de ces vaisseaux, aidé encore par le peu de résistance que leur opposait le tissu même de la tumeur.
Il nous paiail donc évident que tes chutes répétées eu un point du crâne y ont détermlué, puis activé la formation
d'une tumeur gommeuse, dans laquelle se sont développés consécutivement de nombreux vaisseaux. Le traumatisme a bien agi ici comme came déterminante de la gomfne.
Il est assez probable aussi que la syphilis était pour quelque chose dans l'épaississement général des os du crâne, mais nous n'osons pas ajouter que le traumatisme en était la cause occasionnelle.
Obs. 35. — Chez une malade de la salle Sainl-Foy (service de M. Bazin à Thôpital Saint-Louis), atteinte d*une roséole spécifique, deux écorchures de la jambe ont donné naissance à des pustules d*ecthyma présentant tous les caractères d'une éruption syphilitique (Schweich. Thèse citée, p. 33).
Obs. 36. — (Cazenave, Traité des syphilides, p. 536). Homme ayant présenté antérieurement des symptômes non équivoques de syphiUs. Douleurs au bras gauche, application d'un vésicatoire.
Le vésicatoire sécha, mais le malade s'aperçut qu*à sa place se développaient des croûtes et des ulcérations qui ne se cicatrisèrent plas et ne firent au contraire qu'augmenter.
Obs. 37. — Dans la séance de la Société de chirurgie du 8 avril 1868, M. Verneuil présenta au nom tle M. Louis Thomas (de Tours), une observation de fracture du tibia chez un syphilitique et à la suite de laquelle il survint des gommes . autour du siège de la fracture. On fit suivre au malade un traitement ioduré. Guérison.
Malheureusement cette observation n'a été publiée à cette époque ni dans les Bulletins de la Société de chirurgie ni dans les principaux journaux de médecine, et nous n'avons pu la retrouver.
Obs. 38. — (Cazenave. Annales des mal. de la peau et de la syphilis, T. III. p. 160).
M. Ghausit rapporte Tobservation suivante.
Un homme de 29 ans eut en février 1843 deux chancres iudurés
KO gland, puis 8Dr la Tace externe des bras et sur les épanles ime éruption de petits boutons coniques rouges, nombreux, accidente pour lesquels il subit un traitement mercuriel. — Au bout d'un mois les chancrcâ étaient guéris, mais l'értiptioa syphilitique ne disparut qne plus tard. Trois semaines après, ulcérations au voile du palais, à la voûte palatine et à la face interne des joues. Nouveau traitement mercuriel pendant six semaines. Guérison des ulcérations.
Six mois après l'apparition des chancres, le malade se lit, par accident, une émrchure légère sur le Ao^ du nez. Au lieu de se cicatriser la plaie s'enQamma, devint rouge, gonflée sur tes bords; extension erysipélatense de l'inllammation qui céda bienti^t à un traitement antiphlogislique; mais le nez resta un peu rouge et excorié. Un mois après cet accident, il s'y éleva une petite tumeur qui acquit en quelques jours le volume d'un petit pois. Un médecin consulté crut devoir l'inciser. La tumeur s'enflamma et suppura. Bientùt le uez devint rouge, et plusieurs autres tubercules apparurent et se groupèrent autour du premier.
En août '184V le malade entre à Saint-Louis. Ce ne fut qu'après un traitement anti-syphiiilique suivi avec perscvérance pendant plus d'une année qu'il put sortir guéri en décembre 1845.
Ods. 39. — Sur une jeune lîlle atteinte de syphilis, Huguier vit des phénomènes syphilitiques apparaître du côté de l'iris et de la peau, après s'être expo.se à un courant d'air qui développa une ophthalmie. {Bull. Soc. chir., 1851, V^ série, T. II, p. 52).
Mackenzie admet aussi que. chez des sujets prédisposés, un traumatisme léger suflit pour dctermincr l'iritis.
u Bien qne cette afTection, dit-il, soit indubitablement le résultat de l'action syphilitique et qu'elle débute souvent sans aucune cause excitante appréciable, elle est souvent amenée, comme d'autres symptômes secondaires et notamment l'ulcération de la gorge, par l'exposition au froid. Des coups légers sur l'œil, un excès de Iravad el l'intempérance semblent, dans d'autres circonstances, avoir aidé au dévelop-
nent de cette afiection, qu'on peut en conséqiieace considérer, moinsdaii bcaucou|)decas, comme l'elTet de causes externes agissant sur une constitution soumise a l'ialoxicatinn vénérienne.'! (Mackenzie. Trailé pratique des maladies de l'œil, i' éd. 1857, irad. par Warlemontet Testclin. T. II, p. 23.)
Obs. 40. — (Cazcnave. Annales des maladies de la peau et de la syphilis, T. i, 1844, p, 93).
Brûlure chez un syphilitique. Eruption coiijluente de syphilides tuberculeuses.
G..., garçon de magasin. Antécédente vénéxiens peu précis. Pas de traitement mercuriel.
Pendant quinze à seize ans, après deux blennorrhagies, G... n'éprouva rien, absolument rien, ni à la peau, ni à la gorge, qui ait fixé son attention. Sa santé ne fut troublée en aucune façon jusqu'à l'année dernière, époque où il lui survint une petite tumeur, probablement gommeuse, dans la région lombaire.
Au mois de décembre 184^, une goutte d'acide sulfurique à 66° lui tomba sur la joue gauche. Une petite tumeur succéda à la brûlure ; à cûlc d'elle, il s'en développa d'autres semblables qui, bientôt, couvrirent la joue entière.
Lors de son entrée k l'hftpital, le 12 juillet 1843, G... n'avait eu recours qu'à des cataplasmes et des lotions d'eau blanche. Le mal semblait s'aggraver sans cesse sous l'influence de ces applications ; il était d'ailleurs dans l'état suivant : toute la joue i>aucbc, depuis une ligne qui unissait l'angle externe du l'œil à la commissure gauche des lèvres, jusqu'à l'oreille et laèmi: une grande partie de l'oreille, étaient couvertes de tubercules durs, saillants, arrondis, d'un aspect luisant, d'une couleur roug;e spéciale, se rapprochant parfaitement cette fois de la couleur cuivrée. Les tubercules étaient irrégulièrement groupés sur les surfaces malades ; quelques-uns étaient ulcérés et recouverts de croules épaisses, noirâtres, iiJhercntes : un petit nombre dépouillés de leurs croûtes laissaient voir une ulcération grisâtre, pro-
fonde, à bords assez nettement découpés. Toute la suriace malade,
d'ailleurs, présentait de la manière la plus évidente cette teinte spéciale qui est le caractère pathognomoniquc des affections de celle nature. C'était une sypliilide tuberculeuse en groupe, ulcérée, survenue à l'occasion de la brûlure par l'acide siilfurique. Je soumis le malade à l'usage du prolo-iodure de mercure et d'une décoction de salsepareille; on s'abstint de toute espèce de tonique. G.., prît le premier jour cinq centigrammes de proto-iodure de mercure; la dose fut portée successivement à dix puis à quinze centigrammes par jour. G... ne ressentit aucune espèce d'incommodité. L'amélioration fut rapide. Le 15 août, il ne restait plus que quelques croûtes sèches à bords adhérents, et comme froncés de dedans en debors, ce qui annonce toujours un travail de cicatrisation avancée de la surface recouverte. Les tuberonles avaient entièrement disparu, en ne laissant d'autre trace qu'une cicatrice assez, exactement arrondie, peu déprimée, blanche dans quelques points, bleuitre dans quelques autres. Le traitement fut continue quinze jours encore, et G... sortit le l""" septembre parfaitement guéri,
Obs. 41 (Personnelle). — Piqûre du pouce. — Nécrose de la première phalange. — Ulcérations sficcessives sur la face dorsale de la main et du poign t.
B... Noël, 57 ans, journalier, entre à la Pitié, salle Saint-Louis n* 61, le 19 décembre 1872.
Il y a 10 ans cet homme s'est pique le pouce de la main droite avec une tringle en fer enduite de vernis. Son pouce s'est tuméfié, est devenu douloureux: de la plaie est sorti constamment du pus. .lusqu'en 1869 le malade est resté sans soins chirurgicaux : il suivait les conaeils de ses camarades. 11 entra alors à la Pitié, dans le service de H. Richet, et depuis parcourut plusieurs hôpitaux Saint-Louis, Cocbin, Lariboisière, sans jamais guérir complètement. Son mal s'améliorait an bout d'un certain temps, il reprenait alors son travail, puis, quand les accidents intlamuiatoîres reparaissaient, il entrait k l'bdpital.
Depuis quatre ans il lui vient de temps en temps, à la main et aii poignet, surtout à leur face dorsale, de petits boutons, qui grossissent, atteignent le volume d'une petite olive, prennent l'aspect de gommes sous-cutanées, et se ramollissent. De là de nombreusesincisions dont les cicatrices sont encore très-apparentes. A Lariboisière, M. Vemeuii soupçonna la syphilis, l}ienque le malade n'avouât pour tout antécédant vénérien qu'une chaude-pisse contractée dans sa jeunesse, et fit prendre à B... de riodure de potassium.
 cette époque il sortit spontanément plusieurs petits os du pouce, et l'état du malade s'était assez amélioré pour qu'il pût reprendre son travail quand il quitta cet hôpital.
A son entrée à la Pitié, le pouce était lumétié, rouge, douloureux, ainsi que toute la face dorsale de la main et du poignet. A la place des incisions de la face dorsale de la main et aux orifices des fistules du pouce, étaient des croûtes épaisses et grisâtres qu'on fit tomber à l'aide de cataplasmes, et qui laissèrent à découvert des ulcérations ayant tontes le même aspect ; de dimensions variables, elles sont superficielles, abords irréguliers, et de niveau à peu près avec le reste de la surface dorsale; de leur surface rougeâtre s'élèvent de nombreuses papilles hypertrophiées dont quelques-unes ont de 3 à 4 mill. Les cinq doigts présentent une rétraction que Ton attribue à la présence de gommes dans les gaines des fléchisseurs, à une certaine époque.
Gomme traitement, on ordonne des cataplasmes, de l'onguent napolitain et de l'eau blanche sur la main, des frictions mercurielles à la face interne des cuisses, des bains de sublimé, et à l'intérieur du sirop de Gibert.
Vers la fin du séjour du malade on fit sur les papilles plusieurs applications d'acide chromique qui furent très-douloureuses. On n'en fît pas assez pour obtenir un résultat appréciable. Le malade sortit quelques jours après, le 11 mars.
A cette époque, le pouce a un volume double du volume normal, mais ne présente plus ni douleur ni inflammation ; la face dorsale de
-vola main et du poignet est seutemeot rouge, recouvole decroAtes mtiftn
nombreuses et moins épaisses qu'à l'entrée.
[1 s'est formé, à l'éminence thèDar, un petit bouton qni a suivi la même marche que les précédents et qui acluellemenl constitue un tubercule du volume d'un gros pois, au sommet duquel est une ulcération .
Obs. 42 [Personnelle). — Syphilis restée latente pendant 67 ans. iMxation de l'épaule. Formation de plaques de rupia sur la région delloidienne.
Un vieillard de 88 ans, di.' petite taille, maigre, vint en juillet 1871 dans le service de M. Verneutl à Lariboisière pour une luxation de l'épaule datant d'un an environ. En examinant la région malade, tous les assistants Turent frappés de voir sur la face externe du bras, audessus des insertions inférieures du deltoïde, plusieurs croules d'un vert fonce, noirâtres par places, très-épaisses, saillantes, de forme arrondie, ayant environ les dimensions d'une pièce de KO centimes, et entourées d'un cercle rouge, coulcar chair de jambon : en un mot des plaques de rupia.
En interrogeant cet homme, noua apprîmes que vers l'âge de 20 ans il avait eu des chancres à la verge, qu'on lui avait fait prendre des pilules et de la tisane de salsâpareille pendant un mois ou deux, et que depuis il n'.tvait jamais été malade. Unde ses enfants, homme d'une quarantaine d'années et très-robuste, raccompagnait ; il nous affirma qu'à sa connaissance son père uvait toujours joui d'une bonne santé, et que lui-même ni personne dans sa famille n'avaient jamais en d'accident pouvant se rapporter à la syphilis.
Les plaques de rupia étaient survenues de la manière suivante : quelque temps après la luxation et après des tentatives de rédaction restées infructueuses, il vint sur le moignon de l'épaule un bouton qne le malade gratta : il en résulta une plaie qui s'ulcéra, s'agrandit, et Ee tïttiuvrit d'une croûte ; puis survinrent successivement daulres bou-
— suions qui crevëreoL et suivirent la même marche. Inutile d'ajouter que
M. Verneull h'issu la luxation Ain^hstaluqtio; il conseilla seulement défaire prendre de Tiodiire de potassium au malade.
Obs. A^B.—' Frottements répélés sur la région sternale. Gomme{'!) de celte région gui s'ouvre sponltinémenl. Ulcération serpigineuse eonsécutive d'aspect syphilitique. Négation de tiiul antécédent spécifique. Guérison par le traitement mixte.
Le 8 août 1873 entre k l'hftpital S' Louis, dans le service du D' Guiboul, un homme de 59 ans, exerçant la profession de labletier, laquelle consiste à travailler les cornes d"animauj; avec un instrument que l'on appuie sur le devant de la poitrine. Taille élevée, extérieur robuste. Négation de tout aulOcédeQi syphilitique. Vaste ulcération de 60 cent, de circonférence sur le devant du thorax. Aspect impossible à décrire « tant on trouve de crasse et de restes de pommades Il sur i'nlcération .
Dix-huit mois auparavant, apparition d'une tumeur au point oii le malade appuie son ciseau sur la poitrine ; ouverture spontanée, issue d'un petit verre de put^. « Ce que le malade appelle un abcès, dit M. Brière, pourrait bien avoir été une gomme syphilitique. L'instrument qu'il emploie dans sa profession aurait été la cause occasionnelle et déterminante de cette manifestation d'une diatlme jusque-là restée latente et ignorée. »
Des soins inintelligents favorisent l'extension de l'ulcère qui au début avait à peu près les dimensions d'une pièce de 5 francs. Le centre se cicatrisa un moment, mais les bords devinrent serpigîneux.
Dès l'entrée à l'hàpital on appliqua sur l'ulcération des calaplas de fécule qui la nettoyèrent, et au bout de quelques jours les parties ulcérées étant k nu, M. Guibuut se prononça pour une affection syphilitique serpigineuse. Les doutes qui pouvaient tester dans l'esprit de ses élèves sur la nature du mal ne lardèrent pas à s'évanouir. En effet le malade ayant été soumis à un traitement mixtepar le proto-io-
dured'hydrargyre, etl'iodure de poiassium, la guérisonde celle ulcéralion qui dep,' 58 mois ne faisail que s'accroître fut complète en 15 jours. (Léon Briëre, Gaz. desHôp. 1873. p. 858).
Obs. m. — (Notes recueillies dans le service de M. Verneuil par M, Ledoux). Syphilis datant d'au moins 4 ans. Contusions à la face dorsale des pieds. Ulcérations syphilitiques à la face latérale des orteils. — Un homme de 20 ans entre k la Pitié au mois de janvier 1873 pour des ulcêralions des orteils. A la face, interne du 2' orteil gauche est nue ulcération de 4 à 5 mill. de profondeur, s'étendant jusqu'à la commissure qui est elle-même ulcérée, à surface d'un rouge foncé et recouverte d'une couche peu abondante de pus grisâtre, à bords taillés à pic. sinueux et de couleur cui\Tée. L'orteil est tuméfié et violacé, mais peu douloureux, même pendant la marche.
Au pied droit, à la face interne du 3° orteil, se trouve une autre ulcération absolument semblable à la précédente par ses caractères estérieurs; elle est aussi peu douloureuse.
Cefi deux ulcérations ont pour cause une contusion produite, k gauche, par un cheval qui a marché sur le pied du malade, et â droite par une caisse assez lourde qui es) tombée aussi sur te pied. La contusion n'a pas été assez, forte pour empêcher le malade de marcher, mais 15 jours environ après les ulcérations se manifestèrent.
Telle n'est pas la marche ordinaire des accidents consécutifs à une contusion. Ceux-ci commencent par une mortification de la peau, puis il se forme une cschare qui tombe, et alors commence la suppuration de la peau mise k nu . Les ulcérations ne sont donc pas ici des ulcères simples consécutils à une contusion. En outre le malade a des signes non équivoques d'une syphilis antérieure.
Il présente en elTct un engorgement des ganglions inguinaux de chaque côté. Ceux-ci sont indurés et forment une pléiade ganglionnaire très -manifeste. Or, les contusions du pied ne provoquent en général qu'un engorgement des ganglions verticaux . A la verge, il y a
de petites saillies papalenses qae 1 on ne peut comparer qu^à des accidents secondaires de la syphilis.
Enfin, à la face antérieure des jambes et des cuisses du malade, on peut constater la présence de taches brunâtres qui^ au dire de celui-ci , durent depuis bientôt 4 ans. Ce sont évidemment là de ces taches dites syphilitiques.
Gela, joint aux caractères objectifs des ulcérations des orteils, permet d'affirmer qu'on a affaire à des ulcérations syphilitiques dont rinvasion a été provoquée par des contusions sur la face dorsale du pied. Ce sont bien des manifestations tardives delà syphilis secondaire, car on sait que ces accidents affectent souvent les commissures naturelles, celles des orteils en particulier. Un peu de charpie sèche sur les ulcérations et le sirop de Gibertàrintérieur firent tous les frais du traitement.
Obs. 35. — Contusion du tibia chez un syphilitique. — Développement d'une exostose au point blessé.
Le nommé X. . 22 ans, contracta avec la fille L. un chancre induré du frein en mai 18G9. II n'y fit pas d'abord grande attention, et continua ses rapports pendant plusieurs jours, mais cette ulcération finissant par Tinquiéter, il consulta. L'induration était manifeste, la pléiade des ganglions existait des deux côtés.
Traitement mercuriel ; n'accuse pas de roséole. Vers la fin d'août, chute des cheveux; un peu d'angine produite par quelques plaques muqueuses. Traitement sévère; un mois après, à la suite d'un bain, éruption d'ecthyma d'une gravité extrême sur le dos et les membres ; le traitement mixte la fait disparaître vers la fin de janvier, mais, malgré les bains de sublimé, il reste une coloration caractéristique des cicatrices, connue sous le nom de taches syphilitiques.
Voici la partie intéressante de l'observation : cet homme sous l'influence d'une diathèse, se trouve soumis au traumatisme, il se heurte fortement et perpendiculairement la jambe contre ces cerceaux en fer qu'on trouve à la partie moyenne d.es tables rondes en marbre. Le coup
est assez violent, eLcoinme il reproduit perpi>u<liculairmnenl Téloffe du panlaloQ a cédé à cet endruit-là.
On constate au milieu du tibia, k la partie antérieure, une plaie de deox i. trois ceallmélres, peu profoude, et produite par éraillure, arrachement.
L'os était sensible ; plaie lavée, compresses d'eau alcoolisée en permanence. La position s'y joint. Deux jours après, le malade allait beaucoup mieux, mais la plaie avait pris sur les bords une petite teinte ecchjmotique, presque cuivreuse. Le troisième jour, ou sent l'os, c'esttt-dire l'épine du tibia, au-dessus de la plaie, faire une légère saillie. Une exostose aussi grosse qu'un petit œuf se développa, et, donnant l'éreil, fit administrer l'iodure de polassiam ; elle siégeait à un centimètre au-dessus delà plaie. Cette partie du tibia avait porté ta première.
(J. A. Moreau. Influence des diatkèses (scrofule et syphilis) en chirurgie. Thèse de Paris, juillet 1872, p. 25.
Obs. 46 (personnelle). ^ — Syphilis antérieure. — Traumatisme. — Syphilides successives au voisinage de la cicatrice.
G,.., Jean, 37 ans, journalier, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Augustin, n" 1 bis le 28 avril 1870. D'après lui, il n'aurait jamais eu la vérole; ce n'estqu'avecbeaucoup de peine que l'on apprend qu'il a eu autrefois, ily a 6 ou 7 ans. quelques végétations à la base du
Liées avec un fil de soie, elles sont tombées et ont laissé une petite ulcération, sans tendance à s'élargir, et qui, pansée avec de l'onguent gris, guérit en quelques jours. Il n'en reste aucune trace appréciable.
A peu près en même temps, écoulement, qui fut coupé net avec une boisson composée d'un selier de vin additionné de la poudre de deux cartouches.
Mauï de gorge de temps en temps. S'enrhume facilement. Actuellement voit enrouée. Il pouvait à peine parler il y a un mois. L'examen de l'arrière-boncbe ne démontre rien. — Il y a un au, éruption de pe-
tits boutons roages. peu élevés et assez larges. Bains sulfureux. Pommade sulfureuse. Guérison en 8 jours.
n y a 3 ans, (*x)up à la tète. La peau du front et du cuir chevelu est fendue verticalement dans Tétendue de 5 à 6 centimètres. Réunion avec du taffetas gommé. Au troisième jour, cicatrisation complète. Quelque temps après, survient près de la cicatrice un petit bouton qui augmente peu à peu de volume, s'ulcère et laisse une plaie. Pansement avec un peu de papier gommé. Cicatrisation en 5 à 6 jours.
Pendant 2 ans, alternatives d'ulcérations et de cicatrisations dans une étendue de deux centimètres environ sur les côtés de la cicatrice de la blessure primitive. Depuis un an, les ulcérations persistent.
AciuelUmeni^ on voit sur la peau du front une cicatrice linéaire, verticale, très-nette, dont la couleur se confond avec celle de la peau, commençant à 3 centimètres au-dessous de la racine des cheveux, au milieu desquels elle se perd. Elle sépare deux ulcérations. Celle de droite, ronde, présente les dimensions d'une pièce de 20 centimes ; celle de gauche est plus étendue, à bords sinueux, taillés k pic et légèrement décollés, tandis qu'à droite ils se continuent insensiblement avec la peau. Surface grisâtre recouverte d'un peu de pus; la coloration des bords est cuivrée, devient rouge peu k peu et forme autour des ulcérations une auréole rougeâtre. On dirait des gommes ulcérées. Autour sont des squames épidermiques. D'autres ulcérations siègent dans les cheveux; elles sont recouvertes de croûtes grisâtres, et masquées par les cheveux agglutinés par le pus.
Les ganglions cervicaux sont engorgés.
A prendre, 1 gr. d'iodure de potassium par jour.
Le 10 mai l'ulcération située k droite de la cicatrice est guérie, celle de gauche a diminué de moitié. 2 gr. d'iodure de potassium.
Le 12 il n'y a presque plus rien ; les croûtes du cuir chevelu tombent peu k peu. Le malade sort sur sa deinande.
On lui conseille de prendre, matin et soir, une cuillerée k bouche de la solution suivante :
Muro de potassium. ... 40 gr.
Eau 1000
I 2. — Manifestations sijphiHtiques à distance.
M. Verneuil a publié <!d 1871, avuc beaucoup de détails ei des cODimentaires furt inléie^sanU une observation remarquable dont voici le résumé.
Obs. 47. — Uonims de 53 ans. Syphilis ancienne. Nécrose du caleanéum. Extraction du sécpieslre. Inflammation des gaines tendineuses. Amputation de la jambe. Inflammation des lambeaux. Cicatrisation très-lente, complète au bout de 5 mois seulement. Formation d'une tumeur gommeuse des ganglions du pli de l'aine correspondant. Ramollissement et ouverture de cette tumeur. Ulcération envahissante. Dt'nudation de l'artère fémorale. Fissure du vaisseau. Hémorrhagic mortelle.
u Je ne suis pas éloigné de croire, dît M. Verneuil, que la pcrlurbalion générale apportée chez ce malade par deus opérations successives, q :e l'irrllatioii lente transmise immédiatement au système lymphatique et qu'enfin la suppression du foyer de phlegmasie chronique siégeant dans !e calcanéum ont réveillé la diathèse syphilitique endormie ou languissante, et ont par là causé l'engorgement ganglionnaire inguinal. > {Adénopathie tertiaire. Arch. gén, de niéd,, octobre 1871, p. 407. et sq.)
Obs. 48. (personnelle). — Antécédents syphiliHques incertains. Ablation d'un testicule. Apparition d'une gommedu tibia pendant la cicatrisation. — L. Jules, ^7 ans, entre à la Pitié, salle Saint- Louis, n'* 16, le 7 janvier 1875. Cet homme, d'une bonne sanlé habituelle, présente une tumeur du testicule droit, dont le début remonte k 4 ans. Cette tumeur s'est développée sans cause connue, elle a d'abord marché lenlemeni, sans douleurs, ni altération delà santé générale.
Il y a quelques mois, elle s'est accçue subitement, et à Tenlrée elle était dure, bosselée, indolente cependant. II nie tout antécédent vénérien. On diagnostique un sarcocèle du testicule, et comme il n'y a pas d engorgement ganglionnaire au pli de Taîne, on pratique la castration le 15 janvier 1875. La plaie, pansée avec de Teau phéniquée fut blafarde, recouverte de gros bourgeons mollasses dans les premiers jours, mais ne présenta en réalité rien de spéciGque. La cicatrisation marchait bien, lorsque 5 semaines après l'opération se manifesta sur la crele du tibia gauche, h 7 cent, environ de l'articulation tibio-tarsienne, une périostose qui atteignit le volume d'une petite noix. Cette tumeur ayant tous les caractères d'une gomme syphilitique, il est probable que celle du testicule était de même nature et que la castration a été la cause déterminante de la manifestation tibiale. On donne de l'iodure de potassium k l'intérieur et on fait sur la jambe des frictions avec l'onguent napolitain.
Au 10 mars la tumeur reste stalionnaire.
S 3. — Manifestations syphilitiques s'étendant à une partie plus ou moins étendue de la sm^ face du corps.
Obs. 49. — (Gazenave, Traité des syphilides, p. 530). — Femme. Antécédents syphilitiques non douteux. Six ans après la guérison, il apparut, à la suite du travail de l'accouchement, et après quelques symptômes généraux, une éruption qui envahit toute la surface du dos de la malade. Cette éruption était caractérisée par des tubercules syphilitiques auxquels succédèrent des ulcérations.
Ce fait serait assez exceptionnel, si nous en croyons Gibert. Il dit en effet :
a Une circonstance assez curieuse des suites de Taccouchement chez les femmes vénériennes, c'est la disparition que nous avons signalée des syphilides, surtout des symptômes génitaux. (BiilL Acad. de Méd, T.XVJL 1851, p. 156).
Obs. 50. — Homme de 23 ans, Plaie du bras par arme à tea. qui gUL-rit trés-dlflJcilcmcnt. Il survient subitement un exantlième syphilitique de tout le corps, à l'exception du bras blessé. Le malade a Été infcctù en 1809 ; il a été alteinl d'une iritis syphilitique en 1870. L'auteur suppose que le bras a été exempt de manifestations spécifiques par suite de l'oblitération des lymphatiques ou de leur compression par les tissus indurés avoisinanls. (MerkeJ. op. cit.).
Nous poii\'ons rappeler ici le cas de Cazenave, dans lequel une application de tartre stibié sur la peau délertnina une éruplioii de sypliilides sur divers points du corps (Obs. 7).
La lecture de ces observations nous parait des plus instructives. Nous y voyons des contusions dans des régioas oti les os ne sont recouverts que par des parties molles de peu d'épaisseur, crâne, tibia, sternum, donner naissance à des gommes du périoste ou de l'os. Tantôt ces contusionssont violentes, et une seule suffit pour provoquer la manifestation syphilitique (Obs. 34, 44, 46), tantôt ce sont des frottements répétés qui amènent le même résultat (Obs. 43).
Dans l'Obs. 37, une fracltire du tibia provoque une éruption de gommes; dans l'Obs. 42, c'est une luxation de l'épaule qui est suivie de bullesde rupia; puisnous voyons des opérations successives amener uneadénopathie tertiaire inguinale (fait deVerneud, Obs. 47), Tablalion d'un testicule provoquer une gomme du tibia (Obs. 48), un accouchement, une éruption étendue de syphilides tuberculeuses, (Obs. 49), enliri une plaie par arme à feu, un exanthème syphilitique généralisé. Mais à côté de ces grands trau-
matismes, n'est-il pas remarquable dé voir desimpies écorchures, (Obs. 35^ 38), un vésicatoire, une application d'huile de croton, un courant d'air, une brûlure très-peu étendue, une piqûre du pouce, provoquer les mêmes accidents ? Il faut bien admettre que la syphilis n'était pas neutralisée au même degré dans tous ces cas. Dans les uns, d'ailleurs, ce n'est qu'au bout d'un certain temps que la syphilis s'est réveillée, et presque toujours alors le traumatisme avait été grave; dans les autres, au contraire, où la lésion avait été pour ainsi dire insignifiante, c'est presque subitement que l'éruption spécifique s'est manifestée. Ilest bien évident que dans ces derniers faits la syphilis n'aurait pas tardé à se réveiller spontanément, et que dans les premiers il se serait encore écoulé un temps assez long avant l'apparition spontanée des accidents. Nous reviendrons du reste sur ce pomt.
Nous ferons remarquer encore que ce sont presque toujours soit des manifestations tardives de la période secondaire, soit des accidents tertiaires, qui se sont montrés dans ces observations. Sur un total de 18 cas nous avons en effet, un cas de rupia, un d'ecthyma, trois cas de syphilides tuberculeuses, et huit de gommes ; dans cinq autres cas l'espèce des ulcérations n'était pas indiquée.
Enfin, dans tous les cas où le traitement a été administré, les accidents ont guéri, sauf chez la malade de l'Obs. 34, qui à la vérité était dans un triste état ; dans l'Obs. 41 aussi nous n'avons obtenu qu'une amélioration de l'état du malade.
Nous avons vu dans B<rtre historique que» d'après Mer-
kel, les plaies, même graves, n'étaient pas influencées par la syphiliSj que celle-ci n'agissait que quand l'infection s'était produite peu de temps avant le traumatisme, — enfin que les manifes talion s de la syphilis qui suivent le Iraumalisme sont ordinairement cnlances. Si cette dernière assertion peut être admise, nous avons vu qu'il n'en est pas de mémo des deux autres.
Nos observations confirment, au contraire, l'opinion d'Ambrosoli, qui pensait que les lésions, même les plus légéresj suffisaient à réveiller la syphilis.
I 4. — Observations dans lesquelles la syphilis s^est localisée en nn point qui avait été autrefois le siège d'une lésion traumaiique. ,
Les cinq observations quisuiventsontassezcurieuses. Del- 1 i,ech fait une rhinoplaslie chez niî syphilitique ; l'opération réussit bien ; quelques mois plus tard la cicatrice est détruite 1 par une ulcération ; Delpeclise rappelant les antécédents de son opéré, lui donne du mercnreet le guérit. Le cas de Blan- 1 din n'est pas moins intéressant. Ce chirurgien croit opérer / un cancer, qui récidive ; une seconde opération est jugée impossible par l'étendue du mal, mais l'iodure de potassium la rend bien plus inutile, en amenant la guérison. /
Le malade deM. Verneuil, vient à l'hûpital pour un écra-i sèment du gros orteil ; il a en même temps des chancres dont il ne dit rien ; il sort guéri quant à son pieil ; mais quelques semaines plus tard arrivent les iiccidents secondaires qui se manifestent d'abord, et avec plus de violence que partout ailleurs, sur la cicatrice du gros orteil.
L'Obs. 55 a assez d'analogie avec la précédente. Un enfant de 7 ans est atteint d'un abcès sous-périostique du tibia. Devenu jeune homme, il contracte la syphilis, et lorsque la période des gommes est arrivée^ l'une d'elles, probablement la première, va se fixer sur le tibia anciennement affecté.
Merkel avait probablement observé des faits analogues, car il dit que les manifestations traumatiques de la syphilis s'observent au niveau de la cicatrice.
Ici, comme dans les cas précédents, les accidents guérissent encore par le traitement spécifique.
Obs.51. — Delpech, cUniq.chir. de Montpellier. TU, 1828, p. 23Detsuiv. — Delpech pratiqua le 9 mai 1821, une rhinoplastie chez un sujet, dont le nez avait été détruit par une ulcération syphilitique. A la fin du mois de juin, la cicatrisation étant complète et la restauration satisfaisante, le malade quitta l'hôpital. Dix mois après, douleur près du point le plus élevé de la cicatrice ; les parties molles s engorgent et se recouvrent d'une teinte rouge de laque ; il se forme iin bouton sur la cicatrice elle-même et un ulcère lui succède, s'étend peu à. peu, et détruit la partie supérieure de la cicatrice ; suintement abondant, ichoreux, purulent, d'une grande fétidité (p. 248). L'aspect de l'ulcère n'avait rien de caractéristique ; mais prenant en considération les antécédents de son opéré, Delpech, qui le voit six mois après l'apparition de ces accidents, pense que la syphilis est la cause de tout le mal et administrée mercure. Les progrès de l'ulcère furent bornés dès le 20° jour, et au bout de 3 mois de traitement les douleurs avaient entièrement cessé, la rougeur des environs était efifacée pour la plus grande partie ; une cicatrice solide couvrait les deux extrémités de l'ulcération. La guérison fut parfaite, mais très-lente, car elle demanda encore 9 mois de traitement.
Faisant allusion k cetle ob^rvation, Sanson dit : a Dans un cas de rhlnoplaslie pratiquée par Delpech, sur un sujet vérole, il a vu le trajet des lils prendre l'aspect des ulcères syphilitiques. » (Sanson, des avantages et des inconvénients delà réunion immédiate des plaies. Tbèse de concours, 1834, p. 20). Ce n'psl pas tout-;i-fait exact, puisque c'est la ciealricc dle-iui)me qui, aprùs sa formation complète, s'est détruite et ulcérée en partie.
Obs. 52. — Tmneur syphilitique du voile du palms et de l'amyjdale prise pour un cancer. Ablation par les ligatures multiples. Récidive. Gitérison par Viodure de potassiuin à l'intéi'ieHr.
Blandin opéra par des ligatures mulliples une ciioruic ulcération à base indurée occupant la moitié droite du voile du palais, sou pilier antérieur, et l'amygdale correspondante. Le malade guérit, mais quelque temps après l'ulcération reparut et cet homme, jiigé inopérable parBIandin lui-même, fut envoyé ii Bieèlre comme incurable. Là il fut confié aux soins de M. Maisonncuve qui, d'après quelques soupçons d'affection syphilitique ancienne, le soumit à l'usage de l'iodure de potassium. La guérison fut complète en très-peu de temps.
Celle observation ayant été rapportée de différentes manières par plusieurs auteurs, et avec des indications bibliographiques inexactes, nous croyons devoir rectiSer ces indications.
M. Demarquay a décrit le procédé employé par Blandin dans rUnion médicale, 23 mars 1848, et plus tard, en 186:2, à propos d'une autre obsei-vation lue k la Société de chirurgie, il donna les résultats de l'opération. (Bull. Soc. chir, 1862. 2' série T. lil, p. 467) M. Richet parle aussi de ce malade, qu'il a vu opérer à l'IliUel- Dieu. {Traité d'Anat. mêd. chir. 3' éd. 1860. p. 403-404).
Ofls. 53 {Personnelle). — Ulcération stjphUiliqmi. 1« d'um;
cicatrice récente; 2* des fosses nasales, donnant lieu à des épietaxis.
P. François, 48 ans, menuisier, entre k Lariboisière le 1®^ mai 1869, pour un écrasement du gros orteil droit. Il sort guéri le 12 juin.
Il présentait en même temps un chancre à la verge. Après sa sortie, il a pris des pilules et a pansé son chancre avec une pommade,
6 semaines après il eut sur le corps une éruption de taches rouges qai disparurent au bout d'un quinzaine de jours. Ses cheveux ne tombèrent pas.
Vers le 20 septembre sont apparues les manifestations suivantes, pour lesquelles il est rentré à Thôpital le 7 octobre.
Plaques muqueuses sur les orteils du pied droit ; syphilides pustuleuses sur la face dorsale du pied et sur la jambe du côté droit, et une sur la jambe gauche; au coude gauche, une plaque de syphilis papuleusc; plaques muqueuses à la pointe de la langue.
L'attention se porte surtout sur la face dorsale du gros orteil droit qui, dépourvue d'ongle par l'écrasement antérieur, est le siège de végétations ayant la forme de gros bourgeons charnus pressés les uns contre les autres, de couleur violacée et entourés de plaques muqueuses: il semble que la syphilis ait profité d'un point du corps ou la vitalité était encore faible pour s'y manifester plus énergiquement qu'ailleurs.
Onobsen^e en outre chez ce malade un fait très-curieux. Depuis son entrée il a été pris d'hémorrhagies nasales très-intenses et trèsrebelles, se répétant jusqu'à 5 et 6 fois par jour. Dans la prévision qu'elles étaient causées par des ulcérations syphilitiques siégeant dans les fosses nasales, on prescrivit de l'iodure de potassium qui ne produisit aucun effet. On lui administra alors du sirop de bi-iodure de mercure ioduré qui arrêta peu à peu les hémorrhagies, en même temps que son actiqn se faisait sentir favorablement sur les ulcérations du pied et de la jambe.
Le 20 oclobre, les hémorriiagics ont cessé euliêremcnt ; des crofiles se formeat sur ks ulcâres, qu'on paase avec de la charpie et du ccrat. A l'intérieur lemalade prend unccuilli'réEdc sirop de bi-iodure ioduré.
27 octobre. — La croûte du gros orteil est tombée, l'ulcère reparaît comme auparavant. Les ulcérations de la langue sont tonjours douloureuses et ne tendent pas îi se cicatriser ; 2 cuillerées de sirop par jour.
Le 28. — Deux nouvelles hémorrbagies nasales arrêtées avec de l'eau froide.
3 novembre. — Epistaxis peu abondante; de petites ulcérations apparaissent à l'entrée des fosses nasales. La partie inférieure des ailes et du dos du nez est rouge, indurée, légèrement enflée, ainsi que les pommettes .
L'ulcération du gros orteil est touchée avec une solution de nitrate d'argent au 10". Bientflt le sirop de Gihert devient aussi inefficace chez ce malade que l'a été l'iodure de potassium. Les accidents syphilitiques font chaque jour de nouveaux propres. — Indurations violacées aux pommettes, sur les pieds, ces dernières très-nombreuses et tendant k s'ulcérer. Apparition de psoriasis, d'un blanc nacré, au-dessous du coude gauche et du coude droit. Deus ou trois cpistaxis par jour.
On suspend le sirop de Gîbert. — Frictions à la face interne des cuissesavec A grammes d'onguent mcrcuriel.
15 novembre. — Les épîstaxis n'ont pas cessé. Plaque de psoriasis au coude gauche, sèche, d'un blanc nacré, ayant atteint les dimensions d'une pièce de S francs en argent. Au coude droit, 4 plaques plus petites. A la fore;; dorsale du poignet gauche plusieurs petites induralions violacées. Ces éruptions n'ont pas le caractère ordinaire des accidents syphilitiques, tant par leur marche que par leur aspect. En outre, on remarquera, chez m malade, l'inefficacité du traitement induré et du traitement mi vte. On se demande si. chez lui, une autre diaUièse ne donnerait pas ont manifcslations syphilitiques ces caractères insolites. D'après certains signes un peut croire à l'herpctisme.
1. Depuis longtemps, aux mois de mars et d'octobre, il lui pousse par tout le corps de petits boutons rouges qui lui causent de vives démangeaisons.
2. II y a trois ans, il a eu au côté gauche un zona caractérisé par une éruption de petits boutons rouges, formant une demi-ceinture. Les boutons ont duré pendant un mois et n'ont laissé ni cicatrice ni névralgie. Il n'a jamais eu ni névralgie ni rhumatisme. On prescrit des granules de Dioscoride.
18 novembre. — Les ulcérations offrent déjà une amélioration sensible. Depuis quelques jours, plus d'épislaxis.
22 novembre. — Epislaxis. Rien les jours suivants.
l^*" décembre. — Les indurations et rougeurs des pommettes ont presque disparu. Le psoriasis des coudes s'écaille. Les ulcérations du pied sont en voie de cicatrisation. Quelques ulcères à la partie inférieure des fosses nasales.
15 décembre. — Le psoriasis des coudes a maintenant une teinte cuivrée. Les ulcérations du pied sont guéries ; celles de la jambe ont fait place à des cicatrices sans perte de substance, mais dont la coloration pâle tranche sur celle plus foncée de la peau voisine.
24 décembre. — Apres la visite, épistaxis très-abondante ; apparition d'un érysipèle de la face partant probablement d'une des ulcérations nasales.
23 décembre. — Émélo-cathartique. On cesse les frictions d'onguent mercuriel.
2 janvier. — La face est redevenue naturelle.
8 janvier. — Le malade demande à sortir. Les ulcérations des fosses nasales persistent, ainsi que le psoriasis des coudes.
On prescrit au malade un traitement mixte. Prendre chaque jour :
4** Une pilule contenant 5 centigrammes de proto-iodure de mercure.
2^ Un gramme d'iodure de potassium.
Le l*"" février, le malade revient à la consultation. Il a suivi exactement le traitement prescrit. Il n'y a plus rien à la face. Les épis-
taxis ne sont pas revenues. La cicatrisation du gros orteil persiste. Pas d'amélioration aux coudes, gonflement des jambes, qui sont variqueuses.
Obs. 54. (persoaùelle). — Plaie de la jambe par arme à jeu chez un syphilitique ; guérison,puis ulcération ne guérissant que par le traitement spécifique,
Paul V.37 ans, fort, bien bâti, fut blesse par un éclat d obus le 17 janvier 1871. La plaie, très-grande et assez profonde, occupait environ la moitié inférieure de la face postérieure de la jambe. On le pansa avec delà charpie imbibée d'eau phéniquée. Vers le mois de juillet la plaie était cicatrisée.
En juin 1872, il entra à ThôpitalLariboisière, salle Saint-Augustin; sa plaie s'était rouverte et présentait à peu près les dimensions d'une pièce de 5 francs. On appliqua pendant quelques jours des cataplasmes, puis de la charpie imbibée d'eau phéniquée, puis on fit un pansement aux bandelettes. Le malade resta six semaines à l'hôpital; la plaie ne guérit qu'un mois environ après sa sortie.
En janvier 1873, la plaie se rouvrit une seconde fois ; elle eut bientôt cinq centimètres carrés en étendue, mais elle s'agrandit encore, lentement il est vrai, mais d'une façon continue. Le malade vient le 24 mars à la Pitié. La plaie avait ^ alors une surface d'environ huit centimètres carrés, à fond grisâtre, fongueux, à bords irréguliers, violets, boursoufflés ; douleurs très-vives dans les chevilles. M. Yerneuil soupçonne de syphilis le malade dont voici les antécédents à cet égard. Il eut, il y a 20 ans, une chaudepisse qui dura un mois ; depuis il n'éprouva aucun accident, mais Cullerier, qui le soigna à cette époque, lui fît prendre, pendant dix-huit mois, une cuillerée à bouche de sirop de salsepareille iodurée par jour.
M. Verneuil prescrit l'application de cataplasmes sur la plaie, et à l'intérieur un gramme d'iodure de potassium par jour. En 4 ou 5 jours les douleurs cessent.
Le 3 avril, la plaie est bien détergce, la peau n'est plus enflammée au voisinage; pansement aux bandelettes de Vigo. On continue Tiodure à l'intérieur.
Le 41 avril, la plaie est rose, moins profonde, ses bords sont encore un peu saillants mais non plus violacés ; comme étendue, elle a diminué de moitié. Plus àz douleurs. Même traitement.
Le malade revient à la consultation tous les huit jours, et Ton peut constater les progrès rapides que fait la cicatrisation ; le 23 mai la . plaie, très-superficielle, n'a plus que deux centimètres de long sur 7 à 8 millimètres de large.
Quelques semaines plus tard nous avons revu la plaie, qui était complètement guérie depuis plusieurs jours.
Obs. 55. — Abcès sous-périostiqiie dans Venfance; syphilis 20 ans plus tard. Gomme de la région malade autrefois, — Un jeune homme de 27 ans, qui, à l'âge de 7 ans, avait eu un abcès sous-périostique du tibia, était complètement guéri depuis près de 20 ans, lorsqu'il gagna la syphilis. — La maladie, malgré les soins qui lui furent donnés par M. Fournier, devint par la suite très-grave, et bientôt ce jeune homme présenta, h la partie supérieure du tibia, une douleur atroce avec gonflement : c'était une gomme qui suppura. La syphilis avait choisi pour se fixer, le point faible, le locus minoris resislentiœ. On a depuis longtemps remarqué que les altérations syphilitiques sont beaucoup plus graves sur les membres inférieurs, chez les individus afiectés de varices. (Verneuil. BtilL Soc. Anal, nov. 4874. p. 775).