‹ De La Syphilis De L'EsophageChapitre 15 sur 33 · LORIE · texte numérisé non relu

LORIE

La muqueuse de la trachée, de même que la musculature et les glandes, ne montrent pas de modifications appréciables : par-ci par-là un vaisseau injecté, ainsi que quelques éléments lymphoïdes sous l’épithélium. Celui-ci est en partie conservé, en partie en desquamation post-mortem.

A la surface interne de l’œsophage, il y a sur la plus grande partie absence complète de l’épithélium. On voit une petite zone avec muqueuse intacte et papilles et une zone un peu plus grande où une mince couche épithéliale sans papilles est encore visible. Cependant, la muqueuse y est fort distendue.

Toute la paroi est profondément modifiée depuis la muqueuse

jusque dans la profondeur de la musculature et, s’il n’y avait pas encore par place des restes de la musculature striée et lisse, on aurait des difficultés à reconnaître la paroi de l’œsophage. Immédiatement au-dessous de l’épithélium il y a un tissu conjonctif néoformé très riche en cellules fusiformes et arrondies, avec des amas de lymphocytes et des infiltrations de polynucléaires (v. fig. 1). Au milieu de ce tissu on voit quelques restes de glandes de l’œsophage. La muscularis mucosae est par places bien conservée, par places disparue.

Cette infiltration à cellules plasmatiques, lymphocytes, polynucléaires et grandes cellules rondes se propage à travers toute la sous-muqueuse et détruit la musculature. À mesure que ce tissu descend dans la profondeur, il devient plus pauvre en cellules. On n’y trouve ni cellules de Sternberg, ni éosinophiles. Les glandes muqueuses sont, par endroit, dilatées et contiennent des mucosités et des cellules desquamées. La musculature, qui est par places complètement disséquée par le tissu néoformé, consiste en grande partie en fibres striées, ce qui démontre bien qu'on se trouve dans la partie supérieure de l’œsophage.

Les fibres musculaires sont en partie atrophiées: entre les fibres musculaires groupées en petits faisceaux, il y a des cellules adipeuses incluses dans les zones de prolifération conjonctive. Dans ces zones d'infiltration, on remarque passablement de vaisseaux, artères et veines. Sur l’intima des artères, il y a par places un épaississement qui peut être aussi considérable que la largeur de la tunique moyenne et peut même, dans les artères

plus petites, la dépasser, mais la lumière n’est nulle part complètement oblitérée.

Le tissu périæsophagien est pauvre en noyaux, il consiste en faisceaux collagènes denses qui sont disposés presque parallèlement. Dans ce tissu, sont enfermés des vaisseaux, des nerfs (v. fig. 2), ainsi que quelques plexus à cellules ganglionnaires sympathiques qui ne paraissent pas modifiés. Dans les fibres musculaires atrophiées, il y a une prolifération nette des noyaux; ceux-ci peuvent être, par places, fusionnés pour former des rubans de chromatine, comme cela se voit dans d’autres atrophies musculaires. On y remarque des polynucléaires en petit nombre.

Dans d’autres coupes, on voit la musculature striée et la musculature lisse; on y remarque les mêmes phénomènes, inflammatoires. Dans les parties périphériques de lulcération la muqueuse manque et le tissu sous-jacent est mis à nu (v. fig. 3). L’infiltration inflammatoire intéresse tous les éléments de la paroi jusqu'à la couche sous-épithéliale, mais est surtout prononcée dans les couches musculaires et dans la sous-muqueuse.

Près du cardia, la muqueuse de l’œsophage est bien conservée mais avec hyperémie assez marquée et dilatation des veinules. Par-ci par-là, il y a des groupes de Iÿmphocytes dans l'entourage des veines, descendant jusqu’à la muscularis mucosae.

Aülleurs, il n’y a rien d’anormal à signaler.

Résumé de l'examen microscopique.

Il confirme l'existence d’une ostéite et périostite du sternum, d’une œsophagite ulcéreuse avec périæsophagite.

L'inflammation chronique, l'absence de tout signe microscopique de tuberculose (tubercules, cellules géantes, caséification), la présence d’une endartérite oblitérante, l'absence des modifications histologiques de lymphogranulome, parlent en faveur d’une lésion syphilitique.

L'étude histologique de la phlébite oblitérante de la veine cave supérieure de ce même cas, étudiée et décrite dans la thèse du D' René Favre, permet d’insister davantage encore sur ce diagnostic (voir bibliographie).

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