‹ De La Syphilis De L'EsophageChapitre 3 sur 33 · I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I INTRODUCTION

La syphilis, qui lèse volontiers tous les organes, n’épargne pas l'œsophage. Il faut toutefois observer que c’est une des localisations les plus rares des processus luétiques. Fournier a donné une statistique dans laquelle il constate que sur cinq mille observations de syphilis, cliniquement prouvées, il n’a trouvé que quatre cas se rapportant à une localisation œsophagienne. Plus récemment, Guisez déclare que sur huit cents œæsophagoscopies pratiquées par lui, il n’a diagnostiqué qu’une seule fois la syphilis. Ces lésions syphilitiques de l’œsophage apparaissent surtout chez les hommes dans la trentaine, et de préférence dans des cas de syphilis grave, ou non traitée.

Il n’en reste pas moins que cette localisation, quoique très rare, existe, mais son étude est de date assez récente. Il est assez curieux de voir que les auteurs anciens, qui connaissaient pourtant bien toutes les manifestations de la syphilis, n’en font pas mention. Ce n’est qu'au début du XVIIe siècle qu’un médecin eut l’idée de faire un rapprochement entre les lésions, qu'il avait découvertes dans les voies digestives supérieures, et la syphilis.

En effet, c’est Severinus (1580-1656) qui, le premier, a affirmé l'existence de lésions luétiques dans l’œsophage et il nota sa découverte en ces termes: « Cultro anatomico tradita cadavera variorum syphilide extinctorum exhibehant exulcerationes tum in trachea tum in œsophago ». Au cours du XVIIT® siècle, quelques auteurs mirent sur le compte de la syphilis des symptômes de dysphagie, ou certaines lésions constatées dans

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l’œsophage. La possibilité d’une lésion syphilitique de cet organe fut alors très discutée et même totalement niée par certains auteurs.

Ce n’est qu’à partir du travail de Follin, en 1853, que le sujet se développa et se précisa. Dès lors, une série de cas furent publiés, dont les rapports avec la syphilis sont plus ou moins certains, comme nous le verrons plus loin. Les observations sont assez nombreuses actuellement et il nous a paru intéressant de les grouper afin de les discuter.

D'autre part, malgré les autopsies qui furent pratiquées au cours du siècle dernier, nous n’avons pas été en mesure de trouver une vérification histologique des lésions constatées dans l’œsophage.

Le peu de nos connaissances saute aux yeux lorsqu'on consulte les descriptions de cette affection dans les traités classiques. Ce fait est surtout frappant quand on remarque quelles difficultés W. Fischer semble avoir eues pour rassembler les documents anatomo-pathologiques nécessaires pour son article sur les lésions syphilitiques de l’œsophage dans le grand Traité d’anatomo-pathologie de Henke et Lubarsch.

Grâce à la bienveillance qu'a bien voulu nous témoigner, au cours de notre travail, M. le Professeur Askanazy, nous pouvons aujourd’hui combler cette lacune et ce sera là notre apport personnel à cette question, déjà si bien étudiée à d’autres points de vue.

Nous allons énumérer dans le chapitre suivant le résumé des cinquante-cinq observations de syphilis œsophagienne que nous avons recherchées soigneusement dans la littérature médicale.

Nous les avons classées par ordre chronologique en notant comment dans chacune la preuve de la nature syphilitique de la lésion a été établie (réussite du traitement antiluétique, œæsophagoscopie, vérification anatomo-pathologique).

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