CAUSES OCCASIONNELLES
La dégénérescence scléro-gommeuse est donc un produit direct de la syphilis. Mais au-dessous de^ cette cause primordiale n'est-il pas quelques circonstances, d'importance secondaire, qui hâteront l'apparition du sarcocèle? Elles seront l'occasion sans laquelle peut-être la tumeur ne se fût point développée. Les travaux de M. Verneuil et de son élève L.-H. Petit nous ont appris que les syphilomes choisissent souvent de préférence les organes affectés d'une tare. La glande spermatique est-elle parfois un lieu de moindre résistance?
Nous avons déjà répondu lorsque nous avons
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essayé d'expliquer pourquoi le testicule est un des viscères le plus souvent atteint par la syphilis. Il est fatigué par les excès ; les tissus se défendent mal et la vérole trouve un terrain préparé. Tous les auteurs, de Ricord à M. Fournier, reconnaissent la valeur de cette cause occasionnelle. « Sur plusieurs malades, nous dit ce dernier, le développement du sarcocèle avait succédé manifestement à un véritable surmenage, à des prouesses érotiques immodérées. »
On trouve de rares observations oii une violence extérieure a servi de prétexte à l'évolution du sarcocèle. Nous savons que les tissus réagissent selon la diathcse de l'individu. Dans un organisme sain le coup provoquera une inflammation franche ; des néoformations tuberculeuses chez un tuberculeux ; chez un cancéreux une tumeur maligne, et quelque production scléro-gommeuse chez un syphilitique. La clinique de Langenbeck nous fournit deux cas oii l'influence de la violence extérieure sur l'apparition du sarcocèle est des plus nettes.
Les inflammations antérieures, les orchites blennorrhagiques par exemple, sont une prédisposition indéniable. « Ce sont, nous dit Ricord, les causes les plus puissantes de mise en scène du sarcocèle syphilitique. » Et pour lui, cette influence est telle, qu'elle peut intervertir l'ordre de succession des accidents. « 11 y a une sorte de changement dans l'allure^ et la marche de la ma-
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ladie qui, au lieu de commencer par le testicule lui-même, envahit d'abord l'épididyme... Nous sommes convaincus que ce n'est guère que dans les cas où des circonstances particulières ont agi sur ces organes que la tumeur se développe. »
Les chutes, les contusions, les inflammations antérieures sont donc, pour Ricord, des causes occasionnelles de grande importance; il y ajoute « la continence trop prolongée, cause qui se rencontre assez rarement». « Quelquefois la diathèse tuberculeuse, cancéreuse et scrofuleuse peut venir en aide à la diathèse syphilitique. » Certes, nous sommes loin de nier les afTections hybrides, et sur ce point il est même temps que l'esprit se tienne en éveil. Seulement, pour les admettre définitivement, il faut, non des affirmations hardies, mais des observations rigoureuses qui malheureusement nous manquent encore, et Ricord n'en apporte point à l'appui de son dire.
Malgré l'influence réelle qu'exercent la plupart de ces circonstances, les violences extérieures et les inflammations par exemple , le développement spontané de Torchite scléro-gommeuse n'en reste pas moins la règle. Il y a longtemps que Dupuytren l'a démontré et, pour lui, une tumeur du testicule qui survient sans raison chez un syphilitique doit être tenue pour un sarcocèle. Hélot va plus loin : il aurait quelque tendance à nier la valeur des causes occasionnelles invoquées par Ricord,
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« car il n'a rien observé qui puisse justifier ces données ».
La prédisposition créée par une inflammation antérieure ne lui paraît même pas absolument prouvée. « On voit certainement des malades qui ont eu des blennorrhagies bien avant l'apparition du sarcocèle... Mais souvent le testicule qui a été affecté par la gonnorrhée n'est pas celui qu'envahit la syphilis, et il n'est pas rare de voir l'orchite syphilitique, exister à droite, quand l'orchite blennorrhagique s'est montrée à gauche, comme aussi de rencontrer une affection syphilitique des deux testicules en l'absence de toute blennorrhagie antérieure. » Malgré les réserves de Hélot, nous tenons pour certaines les affirmations de Ricord.
L'action de ces causes occasionnelles, nous la retrouvons encore pour les gommes suppurées du testicule et les foiigus qui leur succèdent. Nous voyons, dans une première observation de West, que onze mois après un chancre, un individu a les bourses violemment heurtées par une baUe en caoutchouc; la glande gonfle et adhère aux téguments, la tumeur reste longtemps stationnaire ; puis, au bout de deux ans et demi, elle s'échauffe, la peau s'ulcère, une gomme s'évacue, puis un fongus apparaît. Dans un second fait, sept ans après le début de sa syphilis, un certain Langton Parcker jouait avec un homme qui lui pinça les testicules; la douleur fut si vive, qu'elle provoqua
une syncope. Une orchitc survint qui s'abcéda au bout de trois mois. Ici encore il y eut fongus.
Nous pourrions multiplier les exemples. Dans unë observation de Lawrence, les bourses avaient été contuses par le pommeau d'une selle; les deux testicules s'enflamment et suppurent et deux fongus apparaissent successivement. Le malade de M. Marc Sée avait, lui aussi, subi une violence extérieure ; il y eut orchite double et double fongus. Mais, dans tous ces faits, le traumatisme n'a qu'une influence indirecte sur la tumeur granuleuse : il détermine la formation de la gomme, et peut-être son ramollissement ; la hernie des bourgeons charnus exubérants est toute spontanée.
Voici un autre ordre de fait, beaucoup plus rare d'ailleurs, et où le fongus est directement la conséquence des causes que nous allons signaler. M. Dieulafoy, de Toulouse, nous raconte l'histoire d'un malade atteint d'un sarcocèle traité par un médecin de rencontre qui applique un emplâtre caustique : « Les enveloppes du scrotum furent détruites, et le testicule, sortant par l'ouverture, formait une tumeur granuleuse. » Ne s'agit-il pas, comme mécanisme, d'un granulome analogue à ceux que provoque, sur le testicule sain, le gangrène des bourses?
Il y a des faits moins exceptionnels. Serres, de Montpellier, a recueilli, dans le service de Lallemand, une observation que Moutier nous rapporte :
Xti KTIOI-Oflli;.
« 150 sangsues fiu'ent suceessivemeul ap|)liquées sur un testicule syphilitique: h^s enveloppes distendues ne s'en enflammèrent pas moins; elles s'ulcérèrent en deux endroits, et permirent aux parties sous-jacentes de végéter et de venir former à l'extérieur des excroissances volumineuses. » Après l'évacuation d'une hydrocèle, c'est parfois le trajet du trocart qui se sphacèle et livre passage au fongus.
Le plus souvent néanmoins, l'apparition du granulome est spontanée, et on ne peut lui trouver aucune cause occasionnelle. La hernie du testicule, elle, se produira toutes les fois que la destruction des enveloppes scrotales sera étendue; aussi le volume de la tumeur gommeuse,la distension correspondante des bourses , la généralisation des adhérences joueront-ils un rôle important. Laperte de substance est alors considérable et la glande, non soutenue, s'échappera au dehors.
Mais il est plus difficile d'expliquer pourquoi et comment se produit le fongus profond. Toutes les fois qu'une perte de substance assez large se fait sur les enveloppes scrotales , la hernie du testicule a lieu. Mais il n'en est pas de même de l'albuginée, et son ulcération ne provoque pas toujours l'apparition des bourgeons charnus exubérants. La gomme s'évacue et, au heu d'une tumeur, on peut avoir une fistule permanente comme les auteurs en citent quelques cas. D'où vient cette différence.
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ot quelle condition particulière devons-nous invoquer?
Souvent le traitement nous explique l'absence de fongus. Grâce à l'iodure, les dépôts gommeux se résorbent, la tumeur revient sur elle-même, les bourgeons charnus s'organisent, la caverne se comble ot les tissus se cicatrisent. Mais lorsque le médecin n'est pas intervenu et que la gomme évolue à sa guise, pourquoi une fistule se produirait-elle dans certains cas et non un granulome? Nous ne connaissons pas de réponse satisfaisante. Peut-être faut-il admettre que l'albuginée, peu distendue, ne réagit pas sur les tissus, pour les expulser au dehors; des masses caséeuses nouvelles ne se déposent pas dans la glande ; aussi les bourgeons ne sont-ils pas soumis à une pression continue, et ne s'engagent-ils point par l'orifice ulcéreux pour s'épanouir sur les bourses.