CHAPITRE IV
SYMPTOMATOLOGIE
La syphilis du testicule a des traits assez nettement accusés pour qu'on puisse souvent, même sans le secours des commémoratifs , affirmer la nature de la lésion. Cependant elle ne se présente pas toujours sous la même forme ; sa marche n'est pas toujours semblable et nous aurons plusieurs variétés à décrire.
La substance scléro-gommeuse peut, dans ses évolutions successives, suivre deux marches distinctes : ou bien elle infiltre la glande et la tuméfie, puis , après être restée stationnaire un temps indéterminé, elle se rétracte en provoquant l'atrophie de l'organe ; ou bien, si un traitement efficace n'a pas rendu au testicule son intégrité première, elle se mortifie, se ramollit, se transforme en masses caséeuses qui s'abcèdent et s'évacuent au dehors par des orifices que l'inflammation ouvre à travers les enveloppes scrotales.
Le testicule syphilitique évolue donc naturelle-
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ment vers la sclérose, ou vers la suppuration. Ce sont là nos deux formes cliniques. La première répond au tableau que l'on trace habituellement sous le nom d'orchite interstitielle ou de sarcocèle syphilitique. Nous l'acceptons dans ses lignes principales; mais nous relèverons çà et là quelques points qui nous paraissent inexacts ou incomplets. Puis nous insisterons sur l'épididymite de Dron, le sarcocèle infantile de la syphilis héréditaire, et sur une variété peu connue, une orchite à début brusque dont l'invasion pourrait faire croire à quelque inflammation d'origine uréthrale.
La suppuration de la gomme constitue notre seconde forme. Jusqu'ici elle n'a guère été l'objet de recherches décisives. Afin d'en démontrerl'existence, douteuse encore pour quelques-uns, nous avons recueilli le plus grand nombre possible d'observations, où il nous a été facile de puiser les éléments de notre description. A cette variété nous rattacherons certains cas de fongus bénin dont la parenté avec la syphihs est bien établie depuis les travaux de Rollet K
\ . Du Sarcocèle fongueux syphilitique. Eeclierches sur lu syphilis. Paris, ^8o8, im et 1869.
SV.MI'TOMATOLOr.lK
FORME SCLÉRO-GOMMEUSE NON SUPPURÉE
C'est la forme banale. Elle répond à l'ancienne orchite interstitielle , au sarcocèle scléreux, au testicule syphilitique proprement dit. Notre dénomination, un peu longue sans doute, a le mérite d'être plus complète et plus précise. Elle découle à la fois de l'anatomie pathologique et de la clinique ; elle nous renseigne sur la nature des altérations en même temps que sur le caractère symptomatique essentiel, celui qui imprime à la marche de l'affection les différences les plus tranchées, et qui la sépare de la forme scléro-gommeuse suppurée ou plus brièvement de la gomme suppurée.
Le « type moyen » de l'orchite scléro-gommeuse non suppurée nous offre des symptômes fort bien décrits depuis Ricord et dont le groupement, lorsqu'il existe, laisse peu de place à l'erreur. Les bourses sont plus volumineuses, surtout lorsque les deux glandes sont envahies ; les téguments souples et normaux glissent sur les couches profondes; parfois ils semblent amincis, mais alors une hydrocèle les distend. Dans son ensemble la glande est plus grosse, souvent du volume d'un œuf, qu'elle peut même dépasser;
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cependant les diamètres de l'organe conservent d'habitude leurs proportions normales.
La forme néanmoins change un peu : le testicule est aplati d'un côté à l'autre, et nous ne saurions mieux le comparer qu'à un « galet » assez épais placé de champ dans la vaginale. Gomme le galet d'ailleurs, sa consistance est extrême. Il est d'une dureté cartilagineuse et le doigt peut à peine déprimer sa surface. Celle-ci est rarement lisse. On la trouve semée, surtout quand les altérations sont anciennes, de saillies hémisphériques, comme la moitié d'un grain de plomb ou d'un pois sec appliquée contre l'albuginée, que doublent aussi çà et là et que « blindent » des lames fibreuses de production nouvelle. Il n'y a aucune douleur. On a manie » l'organe, naguère d'une extrême sensibilité, sans réveiller la moindre souffrance, et des pressions même énergiques sont parfaitement tolérées.
Il est rare de pouvoir délimiter nettement les deux parties constituantes de la glande. Elles semblent confondues en une masse unique. Il faut suivre le canal déférent comme un fil conducteur pour arriver sur l'épididyme et le reconnaître malgré ses altérations : la coque fibreuse qui l'enveloppe forme, en arrière, une saillie fort dure. Mais s'il n'est pas envahi par les produits syphilitiques , il s'étale comme un mince ruban sur la glande, et la palpation ne saurait révéler sa pré-
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seiice. Le canal déférent est presque toujours intact; cependant il est des cas où l'infiltration a augmenté son volume. La prostate et les vésicules séminales n'ont jamais, sauf peut-être dans une observation de M. Reliquet, subi de dégénérescence en relation bien démontrée avec celle de la glande génitale.
Voilà, dans son .ensemble, l'aspect de l'orchite sciéro - gommeuse non suppurée. Nous allons maintenant revenir sur les signes que nous avons énumérés, les analyser, déterminer leur fréquence et leur mode de groupement. Enfin nous étudierons leur marche et leur terminaison habituelles.
Les enveloppes scrotales sont souples d'ordinaire et d'épaisseur normale. Mais pour peu que la glande soit volumineuse ou qu'une hydrocèle remplisse la vaginale, la peau est amincie et des veines se dessinent sur sa transparence. Dans d'autres cas, au contraire, on constate une sorte d'œdème, les tuniques sont comme infiltrées, peu mobiles sur les parties sous-jacenteset rappellent, par leurs rides et leur aspect chagriné, les bourses rétractées par le froid. Nous en avons observé plusieurs cas et, récemment encore, un malade de i\L Ledentu présentait, sur un gros sarcocèlo syphilitique, des téguments épaissis et rigides.
Quelques auteurs ont fait de l'hydroccle un symptôme habituel de l'orchite scléro-gommeuse.
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Ils la signalent d'une manière particulière et lui accordent même une grande valeur au point de vue du diagnostic. Ainsi M. Gosselin * considère l'épanchement comme un des meilleurs signes pour déterminer l'origine syphilitique d'une tumeur testiculaire. M. Boursier'^, dans son excellent travail , semble souscrire à cette opinion. On s'exposerait à des méprises si l'on comptait trop sur ce caractère. Le liquide manque souvent, et, si nous en croyons nos relevés statistiques, il ferait défaut dans près de la moitié des cas.
Une distinction nous paraît nécessaire. Nous ne prétendons pas que près de la moitié des orchites scléro-gommeuses évoluent sans épanchement. Des malades nous ont dit avoir eu de l'hydrocèle, et au moment de notre examen nous ne pouvions plus la constater. Leurs renseignements pourtant étaient précis : tantôt une ponction avait été pratiquée et la sérosité ne s'était pas reproduite ; tantôt le médecin avait affirmé l'existence du liquide, sans intervenir. Il est des cas plus nets encore où l'hydrocèle s'est produite et a disparu sous les yeux du même observateur. Aussi nous admettrons que la majorité des orchites syphilitiques sont accompagnées, à une époque quelconque, d'un épanchement séreux; mais il peut disparaître