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Lancereaux, Traité de la syphilis. iSGiî

INDOLENCE DE LA GLANDE. \0i

double dp celui du côté opposé. Son épaississement était facile à constater jusque dans le trajet inguinal.

Ces explorations, très douloureuses sur une glande enflammée, difficiles même sur le testicule sain, à cause de l'exquise sensibilité de l'organe, se pratiquent hardiment lorsque la glande a dégénéré. Des pressions énergiques ne réveillent aucune souffrance. Il est des points où la douleur persiste; la dureté y est moindre, en même temps, et l'on reconnaît la consistance particulière de la substance spermatique inaltérée. C'est un segment de la glande qui a échappé à la néoplasie. Chez deux malades, que nous observons encore, la dégénérescence n'a guère envahi que le corps d'Highmore; on peut le comprimer impunément; mais ce noyau est recouvert en haut et en bas par une calotte de tubes séminifères, souples et normaux sans doute, car un pincement léger y provoque de la douleur. On peut établir, en règle générale, que la sensibilité de la glande est en raison inverse de sa dureté. Nous nous expliquons ainsi l'indolence de ces petits testicules atrophiés, perdus dans les bourses et que Ricord appelait des « haricocèles » .

Ajoutons que les altérations sont souvent bilatérales. Une glande est prise, l'autre ne tarde pas à être envahie, et c'est la dernière infiltrée qui parfois devient la plus malade. Dans une de nos

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observations, entre autres, le testicule droit commence à grossir en avril 1880. Trois mois après le gauche est atteint. Mais, tandis que le premier reste stationnaire et conserve tous les caractères de la syphilis banale, le second s'enflamme, perce les enveloppes scrotales et donne naissance à une gomme suppurée.

Cette bilatéralité, du moins à la période ordinaire 011 les malades se présentent à notre examen, nous paraît être la règle : sur 44 observations, relevées par nous, la dégénérescence existait 25 fois des deux côtés et 19 fois d'un seul. D'ailleurs, pour ces derniers faits, les désordres souvent étaient de date récente et rien ne démontrait que l'autre testicule demeurerait sain. Il n'en est pas moins vrai que, pendant de longues années, on a suivi des malades dont une seule bourse a été atteinte.

Le sarcocèle a pour conséquence des troubles dans la fonction. Néanmoins les désirs vénériens peuvent persister longtemps sans des modifications bien appréciables et les érections semblent aussi fréquentes. Plus tard, avec les progrès de la dégénérescence scléreuse, l'activité sexuelle diminue peu à peu; la sécrétion du sperme paraît s'arrêter et, si les deux testicules sont envahis dans leur totahté, l'infécondité d'abord, ensuite l'impuissance en sont le résultat fatal. Certainement, lorsque les lésions sont superficielles et se bornent à quelques rugosités de l'albuginée ou à

SAHCOCKLIi IJOULOUREUX. 103

un simple épaississement des travées fibreuses, les animalcules peuvent encore se former. Mais, lorsque la substance séminifère est étouffée de toute part, la syphilis provoque ce que M. Fournier appelle, à juste titre, une « castration sousalbuginée ». C'est peut-être un fibrome, ce n'est pas un testicule que le malade a dans sa vaginale.

Tous les auteurs s'accordent pour reconnaître à la syphilis du testicule un début insidieux sur lequel insiste M. Fournier Les désordres se font à froid et souvent c'est par hasard, peut-être à la suite d'un coup, que la tumeur du testicule est découverte par le malade. Elle lui est parfois révélée par le médecin qui la constate dans un examen général. Cette indolence particulière, cet envahissement sournois, faisaient dire à Ricord que « le chef de service devait plus surveiller les testicules de ses malades que ses malades ne les surveillaient eux-mêmes » .

Il n'est cependant pas absolument rare de rencontrer des sarcocèles douloureux. A la vérité, c'est par son poids le plus souvent que gêne le testicule. Le malade accuse surtout un tiraillement désagréable au niveau du trajet inguinal et dans les lombes, une sensation de pesanteur que l'usage du suspensoir fait parfois disparaître. Nous avons

\. FouRNiiîn, loco citdlo.

SYMPTOMATO[,OGIE.

observé des cas où la soufFrance était plus forte ; la marche, les mouvements mémo réveillaient des élancements qui de la glande gagnaient le cordon et s'irradiaient dans l'aine et la racine de la cuisse.

Dans deux faits de M. Lejeal* ces douleurs sont expressément notées. M. Lancereaux nous parle d'un malade dont le testicule fut, pendant une année environ, le siège d'élancements. Hélot et Nélaton signalent des faits de ce genre. Aussi tout en tenant un grand compte de l'indolence habituelle du sarcocèle syphilitique, nous ne devons pas ignorer qu'il existe des exceptions nombreuses.

C'est ici que. nous signalerons une variété aperçue par Ricord, mais qui n'a pas encore été, que nous sachions, l'objet d'une description spéciale. La syphilis peut prendre une allure aiguë, et c'est par une véritable orchite qu'elle débute. Ricord ^ a vu un malade âgé de vingt-cinq ans qui , trois ans après un chancre , est pris tout à coup de douleur au testicule droit avec irradiations vers la région lombaire correspondante et vives exacerbations pendant la nuit. La glande tuméfiée triple de volume en moins de quinze jours; elle est lourde, partout d'une égale densité; sa surface est lisse; la pression occasionne

d. Lejeal, Du Sarcocèle syphilitique. Thèse de Paris, dSîici. 2. Ricord, Atlas iconographique.

ORCHITE SYPHILITIQUE AIGUË. m

une grande souffrance. Des frictions mercurielles sur les J30urses et des pilules de protoiodure suffirent pour amener, en moins d'un mois, la guérison complète.

M. Letenneur, de Nantes, nous cite' un marin dont la syphilis débuta dans le testicule avec tous les caractères d'une orchite aiguë. Or le malade n'avait pas reçu de coup; il n'avait pas de blennorrhagie. D'ailleurs la castration fut faite et l'examen pratiqué par M. Ranvier ne laissa aucun doute sur la nature de la tumeur. Dans un autre cas, un homme de trente-quatre ans contracte un chancre ; au bout de deux mois les accidents secondaires éclatent. On institue le traitement syphiHtique, mais d'une façon irrégulière. •Le cinquième mois des douleurs surviennent dans le testicule, qui en deux ou trois jours double de volume et bientôt présente tous les signes du sarcocèle scléreux.

Nous trouvons deux faits analogues dans les cliniques de M. Duplay^ . Ici encore douleur vive dans la glande et gonflement rapide sans qu'on puisse incriminer une autre cause que la syphilis.. Du reste la marche ultérieure de l'affection n'est pas modifiée par* ce début inflammatoire. Nous citerons, comme exemple, l'une de ces observations où un homme de trente-deux ans est pris,

1. URTKNNicun KT Ranviich, BiiUctin de la Soc. anat. Juin 1862.

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