CHAPITRE VI
PRONOSTIC
La syphilis du testicule ne saurait, à aucun titre, compromettre les jours des malades; elle peut être, tout au plus, « l'expression d'une vérole forte » dont quelque autre manifestation provoquera la mort; mais en lui-même le sarcocèle ne menace que l'intégrité de la fonction.
On cite, il est vrai, des cas où la glande spermatique, atteinte une première fois par la vérole, est devenue le siège d'un cancer. Bien que rares, ces observations existent et l'on pourrait en réunir quelques-unes. Ricord a relaté le fait d'un malade qui, guéri d'un sarcocèle, présenta, six mois plus tard, un encéphaloïde du même organe. Il fut opéré, mais il y eut récidive et mort. M. Fournier a vu, chez un de ses clients, un cancer « de la pire espèce » envahir un testicule que venait de quitter la syphilis.
Mais ces observations que prouvent-elles, sinon que la tumeur maligne, manifestation de la dia-
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thèse, choisit, pour se localiser « un lieu de moindre résistance ». Le testicule, altéré par un premier assaut, devient un terrain favorable où les éléments morbides pourront éclore et se développer. Le sarcocèle syphilitique n'est point la cause du cancer, il a tout au plus déterminé le siège de son apparition. Sans l'orchite antérieure peut-être le néoplasme naîtrait-il ailleurs.
La gravité de l'orchite syphilitique réside donc tout entière dans les. troubles de la fonction. Si les altérations sont unilatérales, le testicule indemne supplée à l'insuffisance de son congénère. Il n'y a là rien de spécial, et de tout temps on a su qu'une seule glande assurait la puissance et la fécondité. Mais si les deux testicules sont atteints, ou s'il n'existe qu'une seule glande, et qu'elle soit envahie par la syphilis, que va-t-il se passer? Plusieurs cas se présentent :
Le traitement n'est pas intervenu ; les glandes sont atrophiées. Il n'existe plus d'espoir; la spermatogénèse est éteinte sans retour; on a deux organes inertes, deux fibromes; c'est la castration sous-albuginée de M. Fournier. Hamilton nous cite l'observation d'un homme de trente-six ans dont les deux testicules atteints d'orchite syphilitique subirent la transformation fibreuse, ce qui entraîna une impuissance absolue.
Cette atrophie a pu se produire malgré un traitement rigoureux. Un malade de Ricord, cinq ans
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après l'évolution d'un chancre, vit apparaître un double sarcocèle. La tumeur était dure et recouverte de tubercules résistants ; les érections étaient presque nulles; pas de désirs, pas de rêves, pas d'éjaculations. Le chirurgien intervient; les testicules diminuent. « Mais ce n'est plus une simple résolution, c'estune atrophie; ils restent durs sans élasticité et ne recouvrent plus leur fonction. »
Les observations n'en sont malheureusement pas rares. Nous avons examiné de semblables testicules ; le microscope a révélé leur structure. Le tube séminifère a disparu, transformé en un cordon fibreux. D'ailleurs la clinique avait déjà démontré l'inutilité de ces glandes que Ricord appelait « haricocèles », véritables moignons appendusau canal déférent. « J'ai été consulté, écrit Vidal de Cassis, par un de mes confrères qui avait vu le parenchyme de ses testicules se fondre pour ainsi dire sous l'influence de la syphilis ; il ne restait plus des deux côtés qu'une portion de l'épididyme; l'impuissance était complète. »
A côté de l'atrophie il y a la suppuration de la glande ; des gommes peuvent se ramollir, s'évacuer au dehors et ne laisser dans l'albuginée que quelques débris informes du testicule. Un fongus n'est pas nécessaire pour amener ce résultat; mais le granulome peut accompagner aussi cette destruction du parenchyme. Une de nos observations en fait foi : sous nos yeux, la tumeur s'est fondue,
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et lorsque le dernier bourgeon se cicatrisait, on ne trouvait plus, dans les bourses trop larges, qu'un petit moignon de la grosseur d'un pois.
Heureusement ces graves terminaisons deviennent tous les jours de plus en plus rares. Le médecin est appelé à temps ; la syphilis est en puissance, mais l'atrophie et la suppuration n'ont pas encore eu lieu. En général les désirs sont à ce moment affaiblis; mais ils persistent. Il se peut même que la spermatogénèse continue et que des animalcules se forment dans les tubes séminifères.
Dans une pièce anatomique que nous avons eue sous les yeux, M. Ed. Brissaud a pu constater le fait : il s'agissait d'un testicule scléro-gommeux. En un point de la glande, au pôle supérieur, le parenchyme était sain; les canalicules s'étiraient facilement; ils étaient dilatés et, à leur centre, on distinguait au microscope des cellules de diverses formes, où il était facile de reconnaître les divers stades que parcourent les spermatozoïdes avant d'atteindre leur entier développement.
Virchow partage cette opinion : « L'orchite syphilitique, qu'elle suive la marche d'une simple induration ou qu'elle prenne la forme gommeuse, est une affection importante. Quand elle envahit le testicule tout entier, il en résulte naturellement une aspermie, mais seulement monolatérale. Si la dégénérescence n'est que partielle, le testicule affecté pourra encore fonctionner par ses parties