SÉCRÉTION DU SPERME
saines. C'est ce qui explique comment, malgré l'existence d'un sarcocèle, il peut y avoir encore sécrétion de sperme fécondant. »
L'orchite, bien que partielle, peut cependant tarir la sécrétion et « décourager la spermatogénèse », comme nous disait M. Broca. Yirchow no as cite des observations de Lewin où, malgré l'intégrité apparente d'une portion du parenchyme, il n'y avait pas d'animalcules. Trois fois sur six cette absence a été constatée ; aussi faut-il admettre <( un trouble fonctionnel profond » qui retentirait sur les tissus réputés sains. L'évolution des spermatozoïdes se trouve arrêtée.
Les animalcules peuvent se former encore dans les tubes et la liqueur n'en perd pas moins son pouvoir fécondant : ce n'est pas tout que la sécrétion se fasse; l'excrétion ne doit pas être entravée. Un territoire du testicule est respecté; les cellules y évoluent, le spermatozoïde est parfait; il faut encore qu'il puisse gagner l'épi didyme, le canal déférent et les vésicules. Or il y a bien des chances pour que la voie soit obstruée, en un point, par quelque dépôt syphilitique.
C'est ainsi que les choses se passent sans doute, lorsque de grandes portions du parenchyme sont inaltérées, bien que cependant le sperme ne contienne pas d'animalcules. Il existe quelque part une digue vers le rete testis, au niveau des cônes, en un point du long canal tortueux, dont l'enrou-
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lement forme Tépididyine. Il faudra que l'iodure de potassium résorbe l'obstacle pour que l'élément fécondant puisse arriver jusque dans les vésicules séminales.
Il est certain que le traitement peut rendre la puissance et la fécondité, à qui l'orchite syphilitique les avait fait perdre. Il y a quatre ans que nous observons un ingénieur portugais, atteint d'un double sarcocèle, survenu insidieusement. Les tumeurs avaient envahi les testicules d'une manière si sournoise, que le patient ignorait leur existence et crut pouvoir se marier. Au bout de deux ans, point de grossesse encore chez sa femme. Sur notre avis, il prit de l'iodure de potassium; bientôt le parenchyme de la glande s'assouplit, et il en est, pour l'heure, à son deuxième enfant.
M. Gosselin a depuis longtemps fait des expériences directes. Dans ses annotations au livre de Curling, il raconte l'histoire d'un officier « qui avait un double sarcocèle et qui n'avait plus, depuis quelques semaines, ni érections, ni désirs vénériens. Je fis faire des frictions sur les bourses, avec l'onguent mercuriel; je prescrivis l'iodure de potassium, jusqu'à concurrence de 5 grammes. Six semaines après, les érections et les éjaculations avaient reparu, et j'ai pu m 'assurer que le sperme renfermait une grande quantité de spermatozoïdes, agités de mouvements.
» J'ai eu, ajoute M. Gosselin, l'occasion de con-
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stater, surun autre sujet, la présence de spermatozoïdes, après la guérison d'un sarcocèle syphilitique bilatéral par l'iodure de potassium à haute dose. Ces faits confirment donc une opinion avancée par Vidal de Cassis, dans un Mémoire lu à la Société de chirurgie, savoir : que les sujets atteints d'une double orchite interstitielle peuvent retrouver leurs facultés viriles. »
Vidal va plus loin. Il signale des cas où, lorsque l'une des deux glandes a été atrophiée, la glande indemne, — ou guérie, — se développe, grossit, devient plus active, et fait à elle seule autant de besogne que les deux, lors de leur intégrité primitive. A l'appui de sa thèse, il cite un militaire à qui un chirurgien de l'armée enleva un testicule, pour une tumeur qu'on crut de nature maligne. Le congénère s'affecte plus tard; l'iodure de potassium est prescrit et l'organe revient peu à peu à l'état normal; seulement son volume est plus considérable, et les désirs vénériens sont plus grands.
Un cantonnier de cinquante ans contracte un chancre ; au bout de quelque temps le testicule gauche grossit, puis devient douloureux, et atteint le volume d'un gros œuf de poule, tandis que le testicule droit s'atrophie peu à peu. L'iodure de potassium est administré à la dose de 6 grammes par jour, la glande gauche diminue; sa consistance est moindre et bientôt elle a repris son aspect primitif.
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Toutefois le testicule reste plus volumineux qu'une glande normale et les désirs vénériens sont revenus, à telle enseigne, qu'au bout d'un mois le malade consultait de nouveau pour une blennorrhagie qu'il venait de contracter.
« Voilà des faits, conclut Vidal de Cassis, qui prouvent que le testicule et ses fonctions peuvent être conservés dans leur intégrité, après la guérison du sarcocèle syphilitique. Ils m'autorisent même à admettre l'hypertrophie testiculaire dans les mêmes circonstances. » De toutes ces observations, de ces exemples accumulés, il résulte que la fonction troublée et même abolie par la syphilis peut reparaître. Mais de quelles modifications l'organe est-il le siège? Pouvons-nous admettre que le parenchyme reprend son intégrité première? Les examens qu'on a publiés ne nous mettent pas à même de répondre à cette question.
Nous savons bien qu'une glande dure, bosselée, indolore, peut, après administration de l'iodure, devenir souple, sensible et lisse ; il semble, aux doigts explorateurs, qu'on palpe un testicule sain. Nous savons encore que des examens nécropsiques paraissent confirmer la possibilité de la « restitutio ad integrum ». « Nous avons vu, nous dit Ricord, ce résultat complètement obtenu chez un sujet qui a succombé dans nos salles, à une affection syphilitique constitutionnelle très ancienne, et dont
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le testicule, atteint plusieurs mois auparavant, était revenu à l'état normal. »
Un pareil examen no nous suffit pas : nous voudrions plus de détails et surtout les investigations du microscope. Les dépôts cellulaires peuvent avoir disparu ; le tissu scléreux peut s'être assoupli, et, à l'œil nu, on ne découvre rien d'incorrect. Mais latrame délicate des tubes séminifères n'a-t-elle point subi quelque profonde altération ? Les cellules sont-elles normales et capables encore de mener à bien l'évolution du spermatozoïde ?
Malgré des affirmations catégoriques et l'appui que semblent leur prêter les faits cliniques dont nous venons de parler, nous ne croyons guère au retour complet à l'intégrité primitive; et pour peu qu'on ait vu au microscope les lésions de l'orchite scléro-gommeuse, on est tenté de rejeter très loin l'idée d'une telle régénération du parenchyme glandulaire. Nous expliquerions autrement que par la « restitutio ad integrum » le retour des animalcules.
Voici ce que nous en pensons. Il existe des cas nombreux où l'orchite syphilitique a tari la production de spermatozoïde ; le parenchyme alors a été envahi dans sa totalité. Les altérations ont été profondes et l'épithéhum ne donnera plus naissance aux animalcules. Les tissus peuvent redevenir souples et reprendre leur apparence normale, l'iodure de potassium a conjuré l'atrophie, mais il n'a pu
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créer à nouveau un épithélium germinatif. L'infécondité sera permanente.
D'autres fois, une portion du parenchyme reste inaltérée et peut être encore le théâtre d'une genèse plus ou moins active. Mais les voies d'excrétion sont oblitérées par du tissu conjonctif nouveau ou par quelque dépôt gommeux. A l'entrée de l'épididyme, sur un point du canal on trouve un obstacle que l'animalcule ne franchit pas. Il y a encore infécondité ; mais celle-ci peut n'être que passagère.
En effet, les animalcules formés dans les portions inaltérées de la glande ont pu reprendre leur exode ; sous l'influence du traitement, les tissus nouveaux, les dépôts gommeux qui constituent la digue infranchissable, se sont résorbés; la voie est redevenue libre et les spermatozoïdes, mêlés aux autres éléments, gagnent les vésicules séminales, et fournissent, à chaque éjaculation, un liquide désormais fécondant.