A DÉBUT FRANCHEMENT INFLAMMATOIRE
OBSERVATION I
Orchite syphilitique d'allure inflammatoire. — Récidive. — Guérisonpar le traitement mercuriel. — Persistance d'un noyau induré dans le bord postéro-supérieur du testicule di'oit.
(Obs. inédite de MM. Reclus et Le Prévost.)
X..., Eugène, âgé de 17 ans, est entré une prertiière fois à l'hôpital du Midi, dans le service de M. Horteloup, le Si novembre 1880. Il était atteint d'un chancre syphilitique situé dans le sillon balano-préputial, avec adénapothie inguinale. Des accidents secondaires : — roséole, plaques pharyngiennes, syphilides papulo-squameuses, — ne tardèrent pas à se montrer. Grâce au traitement, il sort guéri au bout de quelques jours.
Le 8 février 1881, il est de nouveau admis à l'hôpital, et c'est alors que nous le voyons pour la première fois. C'est un jeune homme do haute taille, brun, vigoureux. Dans ses antécédents de famille, rien de suspect. Chez lui-même, aucune trace de tuberculose. On peut voir la cicatrice du chancre dont la base est encore notable-
OBSERVATIONS
ment indurée. L'engorgement ganglionnaire persiste. Les amygdales sont couvertes d'ulcérations grisâtres, étendues, gênant considérablement la déglutition. Sur le thorax, les bras et les jambes, quelques syphilides papulo-squameuses.
Ce qui détermine le malade à rentrer à l'hôpital, c'est ' une douleur au testicule droit avec irradiations dans le cordon, qu'il a ressentie pour la première fois il y a dix jours environ, douleur telle que la pression la plus légère ne peut être supportée. La marche est presque impossible, et le moindre froissement de la glande pendant la nuit réveille le malade. Tous les points du testicule et de l'cpididyme sont également douloureux.
Le testicule droit est légèrement augmenté de volume. Son accroissement est surtout appréciable quand on le compare à celui du côté opposé. Sa consistance est plus dure, mais inégale et surtout marquée au niveau du bord postéro-supérieur, dans le point qui répond au rete teslis. Là on sent sous le doigt une petite tumeur arrondie, de la grosseur d'un noyau de cerise, faisant corps avec le testicule et soulevant l'épididyme. Du reste , testicule et épididyme sont confondus et comme soudés ensemble. Le malade nous affirme que cette tumeur est survenue en même temps que la douleur dont nous parlions.
La peau du scrotum est saine; elle n'est ni adhérente ni épaissie. La prostate est normale.
On ordonne des pilules de protoiodure, des frictions mercurielles et des bains de sublimé.
Les douleurs disparaissent et le testicule revient à son volume normal, avec persistance du noyau induré. Le malade allait sortir de l'hôpital lorsqu'il est pris de douleurs vives dans le testicule gauche. Le scrotum est rouge. Au niveau du bord postéro-supérieur du testicule il existe une induration semblable à celle du côté opposé.
ORCHITE AIGUË.
Le traitement mercuriel est continué. Au bout de quatre jours, toute trace d'inflammation a disparu à gauche. On constate toujours à droite le noyau induré. Le malade quitte l'hôpital, et y rentre trois semaines après pour une nouvelle orchite comparable à l'orchite blennorrhagique, par son intensité. Il n'existe cependant pas d'écoulement uréthral. Le scrotum est rouge et tuméfié. Le testicule droit, augmenté de volume, est le siège de douleurs vives qui s'irradient jusque dans la région lombaire. Il y a un peu d'hydrocèle.
Le malade est de nouveau soumis au traitement mercuriel et, le 26 avril, un peu plus de trois semaines après sa rentrée, il sort guéri, conservant toujours, il est vrai, une induration notable au niveau du bord postéro-supérieur de son testicule droit.
OBSERVATION II
Orchite syphilitique d'allure inflammatoire. — Guérison par le traitement mercuriel.
(Résumé d'une observation prise dans V Atlas iconographique de Ricord.)
W..., âgé de 25 ans, serrurier, est entré à l'hôpital du Midi le 25 septembre 1846. Sa constitution était bonne; ses parents étaient sains. En 1840, il contracta un chancre qui avait le gland pour siège; l'induration se manifesta bientôt et devint très prononcée. Ganglions inguinaux engorgés des deux côtés, mais indolents. Sous l'influence d'un traitement par des pilules, le chancre fut cicatrisé en trois semaines. En 1841, ulcération des amygdales et roséole confluente. Après trois semaines
OBSERVATIONS
de traitement par la liqueur de Van Swieten, l'éruption cutanée disparut. Le malade suspendit alors le mercure, et fut bientôt atteint d'une iritis double qui guérit par le traitement mercuriel au bout de cinq mois. Les apparences de la santé se maintinrent jusqu'en 1843, oti, sans autre cause que la persistance de la diathhe, le testicule droit devint tout à coup volumineux et douloureux; il y avait en même temps, du côté correspondant au testicule malade, des douleurs lombaires qui s'exaspéraient pendant la nuit.
W... entra à l'hôpital du Midi pour cet accident, et je pus constater l'état suivant : Le testicule droit avait triplé de volume, sa forme était ovoïde à grosse extrémité inférieure; il était lourd, d'une égale densité partout, et sa surface était lisse. On ne pouvait distinguer l'épididyme, mais le canal déférent et tous les autres éléments du cordon ne présentaient aucune altération. La pression occasionnait de la douleur. La peau du scrotum était normale, et l'accroissement de volume du testicule s'était effectué en moins de quinze jours. Des frictions mercurielles sur les bourses et des pilules de protoiodure suffirent pour amener la guérison de ces accidents dans l'intervalle d'un mois
Un fait important à noter et qui se rencontre quelquefois portant, c'est la brusquerie d'invasion avec laquelle le sarcocèle syphilitique s'est développé. Ordinairement insidieux dans ses débuts, lent dans sa marche, indolent de sa nature, employant des mois et même des années à parcourir ses phases, il n'attaque que partiellement un seul ou les deux testicules; mais, comme dans le cas dont il s'agit, il peut affecter le testicule dans sa totalité par une sorte de fluxion aiguë ; d'où l'on peut admettre deux variétés du sarcocèle syphilitique, l'une aiguë et
ORCHITE AIGUË.
l'autre chronique. La première variété est le plus souvent accompagnée de douleurs directes ou sympathiques faciles à confondre avec celles que détermine l'orchite inflammatoire simple, si l'on ne tenait compte des conditions dans lesquelles la maladie est née.
La seconde variété pourrait être confondue avec le sarcocèle scrofulo-tuberculeux et avec les différentes variétés de cancer du testicule, ou bien. encore avec l'hématocèle par les observateurs inattentifs. Mais la symptomatologie que nous avons établie et les signes que nous avons fait ressortir serviront toujours pour le diagnostic différentiel.
GOMME SUPPURÉE