OBSERVATION XII
(Décrite par M. Dor, Annales de dermatologie, 1881.)
Papules syphilitiques de la conjonctive palpébrale et bulbaire.
M°° X..., quarante ans, se présente à la clinique le 20 janvier
es pee
1881. Figure parsemée de taches cuivrées., La malade avoue avoir eu, il y a quelques mois, l’accident primitif et toutes ses conséquences.
À première vue, les paupières de l'œil droit paraissent affectées de quatre chalazions, mais un examen plus exact fait reconnaître que la tuméfaction est superficielle, limitée à la conjonctive et au tissu sous-jacent, et ne pénètre pas jusqu’au cartilage tarse. Deux de ces tumeurs, longues de 7 à 8 millimètres, larges de 8 à 4, et en relief d'environ 1 millimètre, setrouvent sur le bord de la paupière inférieure, séparées par un espace d'environ 3 millimétres.
Les parties affectées sont d’un rouge vif, la paupière légèrement en ectropion à leur niveau, le reste dela conjonctive est également enflammé, probablement à cause du séjour trop prolongé des larmes occasionné par cet ectropion partiel. La sécrétion est celle d’une conjonctivite simple, il n'existe aucune excavation ni ulcération au niveau des papules.
Deux petites tumeurs pareilles siègent sur la conjonctive de la paupière supérieure, dont l’une, au voisinage immédiat du point lacrymal, a tout à fait l’apparence d’un chalazion; une seconde qui n’est visible que lorsqu'on retourne la paupière, ressemble aux papules de la paupière inférieure.
Dans l’œil gauche, les paupières et la conjonctive palpébrale sont intactes, mais en soulevant la paupière supérieure, on aperçoit, au-dessus du grand angle de l’œil, à 5 ou 6 millimètres au bord de la cornée, entre l'insertion du droit interne et du droit supérieur, dans la conjonctive bulbaire, deux petites tumeurs, l’une inférieure, ovale, longue d’{ millimètre, large de 6 à 7 millimètres, et proéminant d’1 millimètre environ; l’autre supérieure, plus petite, un peu en dehors et en haut de la première, arrondie, d'un diamètre de 2 à 4 millimètres, et haute également d’1 millimètre, semblable à une grosse granulation aplatie. Ces deux tumeurs sont constituées par un tissu résistant, lardacé, d’un jaune rosé, et recouvertes de nombreux vaisseaux très injectés. L'apparence est bien différente de celle des tumeurs des paupières de l’œil droit ; toutefois en présence des nombreuses papules ré-
AO
pandues sur le corps, on n'hésite pas à considérer ces différentes tumeurs comme identiques, et la variété de leur aspect doit tenir à la différence anatomique qui existe entre la conjonctive palpébrale et bulbaire.
Le traitement (attouchement avec le sulfate de cuivre en substance et l’usage à l’intérieur de l’iodure de potassium) a déjà amené une amélioration notable, et suffira pour obtenir la guérison de l’affection oculaire.