DE LA FRÉQUENCE DE LA SYPHILIS ACQUISE CHEZ LES ENFANTS
Mais, nous objectera-t-on, la vérole communiquée est si rare dans l'enfance ! Trousseau, alors qu'il était médecin à rhôpital Necker et bien placé pour observer la syphilis infantile, disait un jour dans une de ses leçons qu'il n'avait vu, chezlenouveau-né, qu'un cas d'infection accidentelle. Il n'est pas de médecin aujourd'hui qui n'ai tété plus favorisé que Trousseau ; néanmoins l'idée de la rareté de la syphilis dans l'enfance persiste dans beaucoup d'esprits : nous voudrions ici montrer qu'elle est au contraire fréquente à cet âge.
Dès son entrée dans la vie, l*enfant est menacé. Nous ne voulons pas parler de l'infection au passage, bien qu'elle soit admise par des hommes tels que MM. Ricord etDiday : aucun fait ne force la conviction, et M. RoUet se prononce formellement contre elle. Mais près du lit de misère se tient l'accoucheuse et c'est là une première source de contagion. Au rapport de Burgesius, une sage-femme gâtée infecta trente-cinq familles (1). Dans une épidémie dont M. Bardinet a lu la relation à l'Académie de médecine (2), la vérole avait pour point de départ le doigt d'une sage-femme. L'honorable directeur de l'Ecole de Limoges porte à plus
(1) Voy. aussi sur le mal de Sainte-Euphémie, J. Rollet, Recherches cliniques et expérimentales sur la syphilis, le chancre simple et la blennorrhagie. Lyon et Paris, 1861, in-8, p. 123.
(2) 14 avril 1874.
de cent le nombre des personnes infectées. Chez quelques nouveau-nés, l'éruption se montra plutôt que chez les mères et M. Bardinet, très frappé de cette circonstance, incline à penser que la syphilis leur fut transmise directement par le contact de l'accoucheuse.
Quinze ans auparavant, un autre professeur de Limoges, M. Bleynie, avait été témoin d'un fait analogue dans l'arrondissement de Rochechouart (Haute-Vienne). « Les premières victimes étaient les enfants. La sage-femme avait l'habitude quand un nouveau-né perdait son cordon ombilical de bien frictionner la petite plaie avec deux doigts imbibés de salive. Or , la malheureuse était atteinte de syphilis. Un grand nombre de personnes furent infectées avant qu'on eût découvert le mal. »
L'enfant est ensuite remis aux mains de sa nourrice, et nous nous trouvons en présence de la transmission de la syphilis par l'allaitement, question des plus importantes, dont nous ne devons envisager ici qu'un des côtés : l'infection du nourrisson par la nourrice. Les anciens historiens de la syphilis avaient parfaitement observé ce mode de contagion et, au milieu du xvi* siècle, nous en rencontrons un fort bel exemple dans Amatus Lusitanus. Rien n'y manque, non pas même les contagions par, ricochets. Une nourrice, infectée par un enfant syphilitique, donne la syphilis à son mari et à deux enfants du voisinage.
Observation III.
Syphilis héréditaire chez un enfant. Mort, Neuf personnes infectées
consécutivement (1).
Quidam morbo Gallico infectus fuit, et multis adhibitis remediis ita bene valuit ut sui et aliorum judicio sanus evaserit. Interpositis
(1) Amatus Lusitanus. De Morbo Gallico et Gallica Scabie Epis-
vero' dcccm annis uxorcm duxit, cujus uxor, mulier castissima duos pucros intra quinque aiinos optima temperatura, et cornpositione prfeditos peperit; septimo vero anno alterum peperit mas-^ culum, sed Gallica scabie infectum. Nam illa optime semper se habuit, sed prope nares versus labia, antequam pucrum istum infectum peperisset, ulcuscula passa erat, dcmum post partum maie sensit, et ubera grumis quibusdam illis infecta fuere, ita ut puoro lac darc non fuerit possibile. Oommissus igitur fuit puer nutrici, qusQ intra paucos dies infecta fuit, et a puero prsedictam scabiem Gallicam contraxit, quae quum cum marito coiret, illum infecit,. immo vicinarum suarum alii duo pueri, quibus lac dederat, infect! fuere, a quibus matres morbum traxerunt: demum hac conta- . gione novem intra men^ïem infecti fuere ; sed puer intra mensem post ortum suum obiit.,.
Vers la même époque, Thierry de Hery indiquait très bien ces syphilis par ricochets (d). « Ce que entre autres advient es jeunes enfans, quand ilz tetcnt nourrices enta- • chées de telle maladie. Qui est chose bien à noter pour les accidens presque irréparables qui naissent quasi tous les jours, voire en Tendroit des honnestes femmes, vertueuses, et le plus souvent de grand estât et réputation, lesquelles (faisant acte de vraye mère) veulent estre nourrisses de leurs enfants : et pour aide et soulagement prennent une nourrice, laquelle ayant la vairolle la donnera à l'enfant, l'enfant à la mère, et la mère au père. Le semblable advien-
toleô du8C, ex Centuria prima Medicinalium curationura excerptœ. In Aphrudisiacus, sive de Lue venerea... Opus alj Aloysio Luisino..., novissime collectum. Lugduni Batavorum, 1728, 2 tomes en 1 vol. in-fol. T. I, p. 653 et 654. Epistola secunda.
(l)La méthode curatoire de la maladie vénérienne, vulgairement
appelée grosse vairolle, et de la diversité de ses symptômes, composée par Thierry de Hery, lieutenant général du premier barbier chirurgien du Roy. A Paris, par Matthieu David, 1552, petit in-8, p. 19.
dra par emprunter nourrisses, et faire tctcr ron enfant à autres une, ou deux fois seulement. »
Le fait dont Ambroise Paré nous a laissé une relation si piquante est le commentaire parfait des paroles du vieux Thierry. Il a été si souvent rappelé, que nous éprouvons quelques. scrupules à le reproduire encore ; le naïf et charmant français du grand chirurgien nous servira d'excuse.
Observation IV.
Enfant infecté par sa nourrice. La vérole passe à la mère, au père
et à deux autres enfants.
En cest endroit je veux bicQ reciter caste histoire. Une honneste et riche forame pria son mary qu'il lui permist d'cstre nourrice d'un sien enfant : ce que luy accorda pourveu qu'elle print une autre nourrice pour la soulager à nourrir l'enfant. Icelle nourrice avoit la verolle, et la bailla à l'enfant, et l'enfant à la jnère, et le mary à deux autres petits enfants qu'il faisoit ordinairement boire et manger, et souvent coucher avecques luy, non ayant cognoissance qu'il fust entaché de ceste maladie. Or la mère considérant que le petit enfant ne profitoit aucunement et qu'il estoit en cry perpétuel, m'envoya quérir pour cognoistre sa maladie, qui ne fut difflcile à juger, d'autant qu'il estoit tout couvert de boutons et pustules, et que les tetins de la nourrice estoyent tous ulcérez: pareillement ceux de la mère, ayant sus son corps plusieurs boutons : et semblablementlepère, et les deux petits enfans, dont l'un estoit âgé de trois et l'autr-o de quatre ans. Lors declaray au père et mère qu'ils estoyent tous entachez de la verolle, ce qui estoit provenu par la nourrice: lesquels j'aytraicté, et furent tous guaris;
(1; Les œuvres d' Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien du Roy.... Reveuës et augmentées par l'aiitheur. Quatriesme édition. A Paris, chez Gabriel Buon, 1585, 1 vol. in-fol. Dixnenfiesme livre traie-» tant deia grosse verolle, dicte maladie vénérienne, chap. II, p. 701.
reste le petit enfant qui mourut: et la nourrice eut le fouet sous la custode, et Teust eu par les quarrefours n*eust esté la crainte de deshonnorer la maison.
Mundinus Mundinius (1) vit « muiierem quamdam lue gallicâ refertissimam, quœ duos misellos infantes ex Pictatis vocato Orphanotrophio infecit, quos lactandos assumpserat, unde paulo-post marcidi et putrefacti periere. »
Ouvrons Rosen de Rosenstein (2) : « Un homme infecta sa femme; l'enfant qu'elle portoit en fut atteint, il gâta sa nourrice; et elle, ses deux enfans. Nous avons vu, ces dernières années-ci, à Stockholm, une nourrice gâter, sans qu'on y songeât, l'homme, la femme, trois enfans, et deux garçons de boutique, dans une des bonnes maisons de la ville... »
N'était sa longueur, nous eussions aimé reproduire ici une belle observation de J. Hunter. Elle perpétue, il est vrai, une erreur de ce puissant esprit; mais elle fait honneur à sa probité scientifique et la relation est digne de l'homme. En voici du moins la substance (3). Un enfant donne à sa nourrice un chancre du sein, suivi d'accidents secondaires. La pauvre femme infecte un second nourrisson
(1) De Morbo GaUico, libri V. a Mundino Mundinio Philosophe et Medico (Eustachius Rudius).Venetiis, 1604,apudDamanium Zenarium, iD-4, lib II, cap. i.
(2) Nils Rosen de Rosenstein. Traité des maladies des enfans, ouvrage qui est le fruit d'une longue observation... Traduit du suédois, par M. Le Febvre de Villebrune. A Paris, chez Cavelier, 1778, in-8, p. 539.
(3) John Hunter. Œuvres complètes, traduites de l'anglais sur l'édition du D' J.-F. Palmer, avec des notes par G. Richelot. Paris, 1838- 1842, t. II, Traité de la syphilis (notes de G. Babington et de Ricord), p. 659-661.
qui, confié à une autre nourrice, l'infecte à son tour ; celle-ci transmet la syphilis à son propre enfant déjà sevré. Comme elle n'avait plus de lait, on lui retira son nourrisson, qui va porter la vérole à une troisième nourrice.
Un des contemporains de Hunter, observateur très sagace, n'avait eu garde de méconnaître une pareille source d'infection. « S'il m'est permis, disait Benjamin Bell (1), de m'en rapporter à ce que j'ai vu, je dois croire que, quand les parents ont la maladie vénérienne sous une forme constitutionnelle, leurs enfans peuvent la gagner et la gagnent en effet fréquemment, et communément les ulcères que ces enfans ont dans la bouche produisent la même maladie sur les mamelles de leurs nourrices : bien plus, celles-ci la communiquent ensuite à d'autres enfants, et ces derniers à d'autres nourrices. J'ai vu si souvent des faits de ce genre si bien constatés, et suivis de conséquences si fâcheuses pour ceux qui en ont été les innocentes victimes, que je suis étonné qu'un praticien expérimenté (2) paraisse élever des doutes à ce sujet. » Vers la fin de l'ouvrage (3), Bell en rapporte un exemple intéressant.
Les faits se multiplient et se ressemblent d'une façon désespérante. Dans Portai (4) on lit une observation de « phthisie vénérienne » avec « pustules cutanées » chez un
(1) B Bell. Traité de la gonorrhée virulente, traduit sur la deuxième édition anglaise et augmenté d'un grand nombre d'observations..., par Fr.-M. BosqiuUon. A Paris, au Collège national de France, anX-1802, 2 vol. in-8, t. II, p. 222.
(2) C'est de Hunter qu'il s'agit.
(3) T. II, p. 606-607.
(4) Antoine Portai. Observations sur la nature et le traitement de la phthisie pulmonaire. A Paris, chez les citoyens Du Pont, 1792, L'an premier de la République française, 1 vol. in-8, p. 329,
Roussel. 4
enfant, « héritier présomptif d'un royaume, qui fut infecté par sa nourrice ; il était alors âgé de 19 mois. »
L'observation suivante est peu connue et nous la donnons d'autant plus volontiers qu'elle est due à l'un de nos maîtres, M. le professeur Bouchacourt. Bien que nous ayons changé la disposition de plusieurs phrases, la reproduction est fort exacte. Notons la date : 1841. L'école du Midi régnait en souveraine et elle le méritait à bien des égards. Son chef, M. Ricord, niait résolument la contagion des accidents secondaires.
Observation V,
Enfant syphilitique héréditaire. Infection consécutive de sa nourrice
et des deux enfants de cette femme (1).
La femme Ch..., âgée de quarante-deux ans, est mère de quatre enfants; l'aîné, qui a douze ans, vit encore. EU o n'a jamais été malade et semble fort bien conservée pour son âge... Son dernier enfant, âgé d'un an environ, est venu à terme bien portant, et n'a rien éprouvé de fâcheux jusqu'à l'âge de huit mois... Ce fut peu après, c'est-à-dire le 14 octobre 1840, qu'on donna à la mère l'enfaut F... à nourrir; il était âgé de deux mois, et le 10 décembre 1.^40 les parents le reprenaient pour le donner à une autre nourrice.
Il avait, au dire delà nourrice Ch..., la face commeenfiée et couverte de boutons, un écoulement par les fosses nasales; il ne pouvait crier. Les fesses présentaient des cicatrices violacées encore récentes. On l'avait d'abord mis en nourrice à Condrieux; il fut repris au bout de deux mois ; les parents assurèrent que la
(1) A. Bouchacourt. Consultation médicu-légale sur un cas de syphilis communiquée de Tenfant à sa nourrice par Tallaitement, (Revuemédicale françî^ise et étrangère de J.-B. Cayol, 1841, t. II, p. 228- 235).
nourrice s'enivrait. Mais le médecin du pays affirme que cette première nourrice était tombée malade; elle a eu des ulcères aux deux seins, des glandes engorgées au col, à la tête. Elle subit un traitement sur la nature duquel les renseignements me manquent...
Six semaines après que la femme Ch... eut donné le sein à son nouveau nourrisson, de petites pustules^ puis des crevasses et des ulcères apparurent autour du mamelon gauche ; les glandes de Taisselle s'engorgèrent; une, entre autres, devint dure et douloureuse. Les crevasses s'élargirent, et les ulcères qui en résulté rent firent le tour de la base du mamelon. Peu de jours après, l'enfant Ch... se trouve atteint de pustules à la face, autour delà bouche ; il est pris d'une ophthalmie blennorrhagique ; plus tard [il a des pustules au bras, sur le dos, à la nuque, à la poitrine, au pourtour de l'anus. Dès lors, la nourrice s'inquiète, rend l'enfant , qu'on lui avait confié... La fille aînée de la femme Ch..., âgée de douze ans, qui touchait et embrassait maintes fois dans le jour l'enfant F..., ne tarda pas à être prise d'ime 'plaie à la bouche avec une infiammation assez vive...
Vers la fin de décembre, deux médecins sont consultés : l'un est M. Gen&oul, ancien chirurgien en chef de rHôtel-Dieu(de Lyon); l'autre M. Leriche, jeune praticien distingué. Tous deux prescrivirent un traitement anti- syphilitique pour la mère, son nourrisson et sa fille aînée : il consiste en pilules de sublimé, bains avec la même substance ; protochlorure de mercure, etc. Sous l'iufiuence de ce traitement, les symptômes s'amendent chez les trois malades. L'enfant de douze ans est bientôt guérie. Chez le petit garçon, les pustules se dessèchent et se cicatrisent ; celles des environs de l'anus suivent la même marche; l'ophthalmie s'arrête aussi.
L'observation VII d'un mémoire de M. Bouchut (1), publié en 1849, concerne une femme, qui prend un nour-
(1) E. Bouchut. Mémoire sur la transmission de la syphilis des nouveaîi-nés aux nourrices. (Mémoires de la Société de biologie, 1849, p. 144). — Voy aussi Cusack, The Dublin Quaterly Journal, 1846,
p. aa-j).
risson. Elle en reçoit la syphilis et la transmet à son propre enfant.
Waller(l), qui a beauconp fait pour établir la contagioû des accidents secondaires, cite plusieurs faits analogues.
Dans les deux exemples suivants, la vérole ne se contente pas d'une victime; plusieurs personnes, enfants et adultes, sont successivement frappées par la maladie.
Observation VI (2).
Enfant syphilitique. Transmission de la maladie à sept personnes.
Un soldat rentrant dans ses foyers communiqua la syphilis à sa femme. Elle devint mère d'un enfant qui en offrit, peu de jours après sa naissance, les symptômes. Il avait notamment des ulcères à la bouche et mourut.
La nourrice à qui on le confia reçut la même maladie, dont elle ne guérit que par le mercure. Un enfant à qui elle donna le sein fut atteint de la même affection, qui lui fit courir de grands dangers. La mère de cet enfant ne tarda pas à offrir des signes de. vérole constitutionnelle très intense.
Une jeune fille de 18 ans, à qui ce dernier enfant avait été donné en garde, eut, par suite de ses rapports avec lui, des pustules d'abord à la bouche, puis à la vulve. Le mercure lui rendit la santé.
La mère du dernier enfant avait pris un autre nourrisson. L'affection se développa chez lui et il infecta sa sœur, une fille de 10 ans, qui le soignait et qui, par suite probablement de baisers, offrit des symptômes à la bouche d'abord, et plus tard aux parties génitales.
(1) Waller. Du caractère contagieux de la syphilis secondaire. (Prager Vierteljahrsschrift, 1851, t. I, traduit par Axenfeld dans les 'Annales d^s mal. de la peau et de la syphilis, 1850-1851, t. III, p. 174).
(2) Fdcen. (jazzetta med. Lombarda, mai 1849.
La mère de ces deux enfants-là, âgée de 50 ans, ayant avec eux des rapports fréquents, contracta elle-même des symptômes, pour la guérison desquels un traitement antisyphilitique fut nécessaire.
Observation Vil (l).
Deux nourrices infectées par un nouveau*né syphilitique. Elles transmettent la maladie à leurs maris et à leurs enfants.
En mars 1844, M. Petrini soigua un enfant adultérin qu'on avait confié à une nourrice de la campagne. Ses parents étaient restés nconnus ; seulement on avait appris que sa mère avait la vérole constitutionnelle lorsqu'elle lui donna le jour. Très faible et mal développé, cet enfant fut bientôt affecté d'ulcères dans la bouche et rarrière-bouchf et de taches cuivrées sur tout le corps.
Il mourut à trois mois. La nourrice, accusant la mauvaise qualité de son lait d'être la cause du dépérissement de ce nourrisson, le donnait souvent à allaiter à deux de ses amies, deux sœurs, qui étaient aussi nourrices. Au bout de peu de temps elles offrirent toutes deux des ulcères au mamelon, puis aux parties génitales avec des douleurs ostéocopes, Elles communiquèrent des ulcères à leurs maris. Enfin, voyant que leurs propres enfants, jusqu'alors sains et robustes, allaient en s'affaiblissant, ces deux femmes prièrent M. Petrini de les examiner. Celui-ci, sûr de la moralité de ses deux clientes, s'aperçut sans peine de l'origine du mal. Les deux enfants de ces deux femmes, malgré les remèdes mis en usage, succombèrent par suite d'ulcères à la bouche ou au gosier, et de tubercules profonds...
Vers la même époque, la Gazette des Bôpitaux insérait une observation fort intéressante de Cazenave(2), « Si Ton résume cette observation, dit l'auteur, dans laquelle il
(1) Petrini. Il Raccogliatore medico, juillet 1850. Cité par M. Diday.
(2) Cazenave. De la contagion de la syphilis congéniale. (Gaz. des h6p.,1851, p. 405).
nous a été permis de voir, d'examiner, de suivre tous les individus qui y jouent un rôle, excepté le second nourris^son, on voit une nourrice saine, allaitant depuis trois mois un enfant sain aussi, puis recevant un nouveau nourrisson malade; et, à partir de cette époque, l'infection du premier nourrisson retiré chez sa mère, l'infection de celle-ci, d'une petite sœur, et enfin la nourrice enceinte devenue malade aussi, et mettant au monde un enfant également infecté. »
Dans le fait suivant, la contagion syphilitique prend les allures d'une petite épidémie: c'est ce que nous avons déjà noté plusieurs fois.
Observation VIII (1).
Origine : syphilis congénitale. — Quatre enfants et plusieurs adultes
infectés par la suite.
Un enfant trouvé de Bruxelles fut placé à Alsemberg, chez la femme Hauwaert. Elle prit, au bout de quelque temps, mal aux seins, et, comme ils s'engorgeaient, elle se fit téter par son fils, âgé de 10 ans; il y réussit si bien, que plusieurs autres femmes, dans le cas d'utiliser son talent, s'adressèrent à lui pour le même office. Plusieurs furent infectées de cette manière, entre autres la femme Demol, qui contracta des ulcères au sein ; nourrice ellemême, elle communiqua à son enfant, qui la tétait, des excoriations aux lèvres et dans la bouche. Comme elle ignorait la nature de ses ulcères, elle donna accidentellement le sein à Tenfant de sa sœur, la temme Deraw. Peu de temps après, celui-ci eut des chancres à la gorge et des pustules syphilitiques sur le corps ; sa mère eut également des chancres aux seins et à la gorge, et des pustules humides à la vulve et près de l'anus. Sa fille aînée, en portant à sa
(1) Journal de médecine de Bruxelles. — V. Rollet. Recherches sur la syphilis. Paris et Lyon, 1861, p. 289 et 290.
bouche la cuiller avec laquelle elle donnait de la bouillie à son jeune frère, s'infecta aussi et contracta des ulcères à la gorge. Le mari, en cohabitant avec sa femme, gagna des pustules plates et un chancre dans la gorge.
M. Seutin, passant dans cette commune et informé de Tàffection qui en ravageait plusieurs habitants, soumit toutes les personnes infectées à une enquête sévère et minutieuse. Il en conclut que l'auteur ne pouvait être que le fils Hauwaert, victime, ainsi que sa mère, du nourrisson venant de l'hôpital. Effectivement, le fils Hauwaert ayant été examiné, fut trouvé porteur d'un vaste chancre induré à la gorge et d'une perforation du palais, suite d'un ulcère rongeant*
Dans un cas de M. Bergeret(l), la filière de la contamination est curieuse à suivre. Un enfant, né de la femme C..., meurt à 7 semaines de la syphilis constitufionnelle. Or, 1b femme C... avait pris cette maladie d'un nourrisson qui la tenait d'une voisine, la femme N... Celle-ci l'avait contractée d'un entant qui s'était infecté en tétant la femme P..., contaminée elle-même par un nourrisson étranger.
Un mémoire de MM. Doyon et Dron (2), publié en 1854, contient plusieurs faits intéressants.
Dans la thèse de M. Viennois (i) nous voyons un nourrisson donner à sa nourrice un chancre induré de la mamelle suivi d*accidents secondaires. Il meurt; pour dégorger ses seins, la nourrice se fait téter par sa fille âgée de
(1) Moniteur des hôpitaux, 1853. Cité par P. Diday. Traité de syphilis des nouveau-nés, p. 39.
(2) Adr. Doyon et Achille Dron. Observations sur la syphilis de DouTeau-nés et des enfants à la mamelle. (Gazette hebdomadaire de méd. et de chir., 1854, p. 488 et 508).
(3) Alexandre Viennois. Recherches sur le chancre primitif et les accidents consécutifs produits par la contagion de la syphilis secondaire Thèse de doctorat. Paris, 1860, p. 45.
dix ans. Bientôt la pauvre enfant présente un chancre induré de la lèvre inférieure.
Une dame, rapporte M. Rollet (1), allaite son enfant. Pour faire les bouts de sein, on recourt à une femme du voisinage qui pratique plusieurs fois la succion. Quelques semaines plus tard apparaît un chancre de la mamelle suivi de symptômes secondaires. Puis la petite fille présente à son tour un chancre de la lèvre.
Autre exemple emprunté à M. Roger (2). Une femme contaminée par \xn nourrisson, que la direction des nourrices lui avait confié, transmet la maladie à un second enfant qu'on crut pouvoir lui remettre après la mort du premier.
Mais les faits sont innombrables. Prenons un mémoire de M. Dron (2), publié d*abord dans le Lyon médicaU nous voyons, page 7 : Marie Mondière, infectée par son nourrison. Elle contagionne à son tour son mari et son petit garçon.
P. 9. — Jeanne Devaux, contaminée par un nourrisson, infecte son mari, accouche d'un enfant qui meurt au bout d'une semaine, infecte ses deux enfants âgés l'un de 3 ans, l'autre de 13 mois. Ceux-ci transmettent la vérole à une jeune domestique de 18 ans.
P. 22. — La femme Sousqui, contagionnée par un eijfant
de la Charité de Lyon, donne !a syphilis à un second nour- . risson, à son mari et à sa fille, âgée de 13 ans.
vl) J. RoUet. Recherches cliniques et expérimentales sur la syphilis. Lyon et Paiis, 1861, p. 269.
(2) Henri Roger. Etude clinique sur la syphilis infantile. (Mémoire de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1864, p. 9).
(3) Achille Dron. Mode particulier de transmission de la syphilis au nourrisson par la nourrice dans l'allaitement. Paris, 1870, 32 p. in-8^.
. Ce tirage à part est incomplet ; on devra se reporter au texte primitif.
P. 23. — Catherine Gentis contracte la syphilis par Tintermédiaire d'un nourrisson et infecte son- propre enfant en l'allaitant (1).
P. 26. — Antoinette Saltarin entre comme nourrice chez le comte X.., Deux mois après elle a des chancres du sein et transmet la vérole à un enfant qu'elle est appelée à nourrir dans une autre famille. •
P. 27. — La femme Meunier succède à Antoinette Saltarin comme nourrice chez le comte X... Cette nouvelle nourrice prend la syphilis comme celle qui l'a précédée, entre dans une autre maison et y infecte une petite fille de 2 mois.
P. 28. — Anne B... donne le sein à l'enfant d'une de ses parentes, prend un chancre de la mamelle et transmet la vérole à son propre enfant. (Observation empruntée à la thèse d'Audoynaud, Paris, 1869, obs. V.)
Le mémoire original, dans le Lyon médical (2), contient encore deux autres observations. La première concerne une femme X..., de Préaux (Ardèche). Infectée par un nourrisson syphilitique qui meurt peu de temps après, elle se fait téter, pour dégager ses seins, par trois nouveau-nés ap« partenantà des voisines, et les contagionne ainsi que son propre enfant. Les trois mères ne tardèrent pas à devenir syphilitiques à leur tour.
La dernière observation du mémoire de M. Dron se rapporte à une femme X..., d'Ambérieux (Ain). Elle prend la vérole d'un premier nourrisson, là transmet à un second,
(1) Ce fait se trouve déjà dans le Mémoire de MM. Dojyon et DroD, cit plus haut.
^2) Achille Dron. Propagation de la syphilis par les nourrices
(Lyon médical, 1870, t. IV, p. 512 et 600;.
à son mari et à son enfant. Confié à une autre nourrice, le deuxième nourriaon lui donne la maladie.
Ecoutons M. le professeur Fournier : « Je soigne en ce moment toute une très honorable famille dont voici la triste histoire en deux mots. Une nourrice infectée de syphilis arrive dans un jeune ménage. Bien entendu, elle contagionne aussitôt l'enfant qui lui est confié. Cet enfant, dont la maladie est méconnue tout d'abord, contagionne à son tour: 1® sa mère ; 2° sa grand'mère; 3° et 4° deux bonnes de la maison, filles absolument irréprochables, vierges ;5° la. jeune mère enfin, quelques mois plus tard, contagionne son mari (1). »
Voici un autre fait non moins déplorable (2) : « Un enfant âgé de quelques jours est reçu dans une crèche. Sain d'apparence, il est confié à une nourrice qu'il infecte bientôt. Cette nourrice, qui allaitait en même temps un autre nourrisson, contagionne cet enfant qui ne tarde pas à mourir. Elle prend alors un troisième nourrisson, lequel contracte la syphilis à son tour et meurt. Une autre nourrice, amie de la précédente, ayant par obligeance donné trois ou quatre fois le sein à ce dernier enfant, reçoit de lui la syphilis. Cette même nourrice, alors, infecte son nourrisson. »
« Et ainsi de tant et tant d'autres faits analogues que je pourrais citer (3"^. »
Nous avons vu nous-même bien des cas de ce genre, car ils surabondent. En voici deux que nous avons observé à
(1) Alfred Fournier. Nourrices et nourrissons syphilitiques. Leçons professées à Thôpital Saint-Louis, Paris, V. Adrien Delahaye, 1878. 95 p. in-80. P. 57.
(2) Alf. Fournier. Ibid., p. 58.
(3). Alf. Fournier. Ibid, p. 9.
TAntiquailIe, dans le service de M. le professeur Gailleton.
Le 16 juin 1875, toute une famille se présente à M. Gailleton. Le père a sur le gland un chancre induré en voie de cicatrisation et des plaques muqueuses à Tanus et sur le scrotum. L'enfant, âgé de douze mois, porte à la commissure labiale une plaque muqueuse opaline type. Il a en outre des plaques muqueuses sur les fesses et au fond Je la gorge. La mère présente une éruption secondaire du cuir chevelu, un vitiligo syphilitique du dos et du tronc, forme rare de la maladie, des plaques muqueuses à la bouche et à la vulve, et sur le sein gauche une cicatrice qui offre encore une certaine dureté. Or, voici ce qu'elle nous apprend :
Quelques jours après l'accouchement, elle était au lit. Une femme étrangère qui attendait un nourrisson vint la prier de lui prêter son enfant à allaiter et lui donna trois fois le sein. Cette femme malheureusement était malade ; elle avait pris la vérole d'un premier nourrisson et l'avait transmise.L'enfant ainsi contaminé avait donné lasyphilis à sa mère et celle-ci à son mari.
Trois jours après, le 19 juin, dans le même service, nous pouvions voir une autre femme avec son enfant. Elle s'était chargée d'un nourrisson, avait été infectée par lui et avait ensuite contagionné son mari et son petit garçon.
Nous avons laissé de côté beaucoup d'observations plus ou moins semblables à celles que nous avons rapportées ; nous en avons dit assez et nous nous tiendrons pour satisfait si le lecteur reste convaincu que, loin d'être rares, des faits de cette nature se présentent journellement, pourainsi dire.
Dans quelques-unes des relations qui précèdent, nous
avons VU la maladie simuler une petite épidémie. Le mal s'étend parfois à des villages entiers et il nous serait facile de trouver, dans les anciens auteurs, nombre de récits de ce genre. La nature de TafFection reste souvent méconnue, parce qu'il s'agit surtoutde [a syphilis des innocents, J.'Ra.nlin (1) nous a laissé de l'épidémie de Nérac une relation qui témoigne bien de l'aveuglement obstiné que les médecins d'alors gardaient en face de l'évidence même. Nous la reproduirions volontiers, malgré sa longueur, si on ne la trouvait presque tout au long dans un mémoire de M. Railet (2) et dans la thèse de M. Viennois (3).
Au dire de Vercellone (4), une ville entière lut infectée parce que « plures mulieres, misericordia motœ, ubera dederant binis infantibus exposititiis, qui Lue erant infecti. »
« Everhaers, médecin hollandois, rapporte qu'une femme, honnête d'ailleurs, et qui ignoroit son mal, gâta nombre de femmes et d'enfans, eu prêtant son ministère pour tirer le sein des femmes qui venoiont d'accoucher, et leur faire ainsi le mamelon. Le D'Bilguer fait mention de semblables exemples dans son Traité de l'hypochondriacie (1). »
(1) Joseph Raulin. Observations de médecine où Ton trouve des remarques qui tendent a détruire le préjugé, où l'one (sic) est sur l'usage du lait dans la pulmonie avec une dissertation... A Paris, chez Moreau, 1754. 1 vol. in-12.
(2) J. Rollet, Recherches cliniques et expérimentales sur la syphilis. Lyon et Paris, 1861. P. 126.
(3) Alexandre Viennois. Thèse de doctorat. Paris, 1860. P. 53 et su IV.
(4) De Pudendorum morb. cap. IV, p, 205.
(5) Rosen de Rosenstein. Traité des maladies des enfants, ouvrage qui est le fruit d'une longue observation et appuyé sur les faits les plus authentiques. Traduit du suédois par M. LeFebvre de Villebrune. A Paris, chez Cavelier, 1778. 1 ;vol. in-8o. P. 539. — Voy, aussi Barry, Médical Essays and observ. T. 3, p. 323.
Du récit fort intéressant que F. Bourgogne (1) donna, en 1825, de l'épidémie de Condé, l'infection presque fatale de l'enfant, lorsque la nourrice est malade, ressort avec la même force. « Les nourrices, disait Nicolas de Bléghy, ne sauraient allaiter leurs nourrissons sans leur donner la vérole, quand elles en sont atteintes.
«ACondéjUne femme prêtait son ministère, soit pour formerparlasuccionlemamelondes nouvelles accouchées, soit
pour dégorger leur sein d'une surabondance de lait... Cette femme vint à contracter la syphilis et fut affectée, entre autres accidents, d'ulcérations buccales... » Douze ou quinze femmes furent contaminées ; mais les infections consécutives nous intéressent davantage : «Presque toutes les femmes qui gagnèrent ainsi la syphilis la communi— quèrent à leurs enfants ; quelques-uns de ces enfants transmirent le mal, avant qu'il fût découvert, à des nourrices auxquelles on les avait confiés ; plusieurs de ces nourrices gâtèrent également leurs propres enfants à qui elles donnaient le sein concurremment avec le nourrisson infecté ; bien plus, des enfants sains, qui se servirent des vases que les nouveau-nés infectés touchèrent de leurs lèvres, contractèrent également cette dégoûtante maladie (2). »
La syphilis peut se transmettre de la nourrice au nouveau-né par d'autres modes que l'allaitement. Dans les
(1) F. Bourgogne. Considérations générales sur la contagion de la maladie des enfants trouvés à leurs nourrices, suivies... Lille 1825. Nous n'avons pu, à notre grand regret, nous procurer cet opuscule et nous citons d'après le résumé qu'en a donné M. le professeur Fournier dans ses Leçons sur la syphilis chez la femme, p. 53-54.
(2) Sur ces épidémies locales provoquées par l'arrivée dans un village d'un nourrisson malade, voyez encore Amilcare Ricordi. Sifilide da allattamento e forme iniziali délia sifilide. Milano, 1865.
soins de propreté qu'exige le nourrisson, les doigts souillés d'une femme infectée peuvent porterie virus sur la peau ou les muqueuses de l'enfant. Bien souvent, comme on sait, « c'est avec la salive que les nourrices nettoient les orifices naturels des petits innocents confiés à leurs soins (1). »
Les deux enfants dont les observations vont suivre furent contagionnés, — la chose est du moins probable, — par une femme à laquelle leur mère les avait remis en garde.
Observation IX et X (2).
Syphilis communiquée à deux enfants par leur garde. Roséole, plaques muqueuses. Mort de Tun des enfants par diphtbérie. Autopsie.
La première fois que je vis cet enfaut (un petit garçon de 2 ans 1/2) dans mon service, le 20 mai de cette année, il était affecté: 1° d'une roscole sypliilUique disséminée sur tout le corps et parfaitement caractérisée ; 2o die 'plaques muqueuses^ dont quelquesunes ulcérées, au pourtour de l'anus et sur la peau du scrotum, avec adénite inguinale. Il y avait en même temps adénite cervicale, sans trace d'éruption quelconque dans le voisinage.
La mère de cet enfant, ne pouvant l'avoir avec elle à cause de son travail (elle est ouvrière chez une blanchisseuse), le confia, il y a quatorze mois, à une garde, et bien portant alors, sans aucuns boutons (nous dit-elle), sans aucune maladie actuelle ou antécédente : c'est un mois environ avant l'admission à l'hôpital qu'elle se serait aperçue des ulcérations de l'anus et de l'éruption.
La mère et la garde, avec le petit malade qu'elle portait dans ses bras, se présentaient à nous ensemble : elles furent interrogées et examinées avec soin. La mère, dont la tournure n'inspirait qu'une confiance fort médiocre, assura n'avoir jamais été atteinte
(1) Henri Roger. Mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1864, p. 15.
(2) H. Roger, De la syphilis chez les enfants ; faits et réflexions. (BuH. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1863, p, 429 et suiv.)
d'affection syphilitique ; et, en effet, un examen complet nous sembla l'innocenter (le père, quoique militaire, n'aurait pas eu non plus la syphilis, du moins à en croire le rapport de sa femme).
Quant à la garde, elle protesta également de sa parfaite santé; or, elle portait au front une très belle corona venerù, et, à la partie supérieure de la jambe droite, une syphilide des plus manifestes, constituée par de grosses papules d'une teinte cuivrée, des squames et même quelques tubercules; l'éruption était sèche en ce moment, de plus, depuis une fausse couche faite il y a deux ans, elle éprouvait des douleurs ostéocopes au niveau du sternum et du tibia, et depuis six mois elle suivait un traitement que je pensai devoir ôtre antivénérien.
Un traitement spécifique fut institué (liqueur de Van Swieten, 5 grammes par jour ; bain de sublimé, à 2 grammes tous les deux jours).
Sous l'influence de ce traitement, l'amélioration fut rapide. . et la guérison pouvait être regardée comme très prochaine, lorsque le 18 juin, c'est-à-dire après quatre semaines de séjour àThôpital, où régnait la diphthéritc, ce petit garçon fut pris de fièvre et de diphtérite nasale et sous-cutanée (derrière les oreilles), presque aussitôt ses parents voulurent absolument l'emmener...
... L'enfant fut ramené à Thôpital au bout de quelques jours... ... La mort survint quelques jours après, et fut hâtée par une broncho-pneumonie ultime.
A V autopsie.,, on ne trouva, dans les organes, aucune altération spécifique.
(Il s'agissait bien évidemment d'une syphilis acquise et l'autopsie négative au point de vue des lésions viscérales, confirmait cette hypothèse. Mais d'où venait la contagion?M. Roger voyait, à proximité de l'enfant, des manifestations syphilitiques en pleine activité; c'était donc sur la garde «vieille et sale femme tout imprégnée de vérole » que devaient tomber et que tombèrent en effet ses soupçons. L'apparition de la maladie chez la sœur de ce petit garçon, confiée à la même personne, vinrent changer les soupçons en quasi-certitude.
Voici l'observation do la petite fille, c'est la troisième du mémoire de Roger (1).)
(1). H. Roger, p. 436.
Au commencement du mois de septembro 1863 est revenue, à l'Hôpital des Enfants, le jour de ma consultation, la mère du petit garçon dont l'histoire est rapportée plus haut; cette fois elle amenait sa petite fille, âgée de 11 mois,*aifect6e de syphilis Cette enfant, en bon état à sa naissance, et n'ayant aucune trace d'éruption à la peau, ni de coryza, fut confiée à la même garde qui avait déjà son frère aîné. Il y a quatre mois, au commencement de juin (la mère n'a pu indiquer au juste l'époque), on s'aperçut de l'existence d'une éruption disséminée sur tout le corps : cette éruption était une roséole spécifique^ avec accompagnement de plaques mvqueuses à l'anus et d'adénite inguinale.
Un traitement spécifique fut prescrit par mon interne, M. Martineau (de qui je tiens ces détails, et qui, ayant Tesprit frappé de cette syphilis survenue chez un second enfant confié à la même garde syphilitique, examina la mère avec soin et la trouva saine comme la prcnïière fois). Quand je revis cette petite fille, elle était dans le même état (aucun traitement n'avait été fait); je donnai à la mère le conseil de faire soigner son enfant à Nocker...
Dans la maison de la nourrice, il -n'est pas qu'elle seule qui prenne soin de l'enfant. Cullerier l'oncle dut un jour présenter un rapport médico-légal sur un fait qui mérite, vu sa date, de ne pas tomber dans l'oubli. Le voici :
Observation XI (1).
Enfant d*un an. Syphilis communiquée par une sœur de lait.
Rapport médico-légal.
11 y a environ trois mois, le président de la cour des vacations renvoya devant moi, sur la demande du conseil des parties, une nourrice avec son nourrisson, pour constater leur état. Je fis le rapport suivant :
(l). Michel Cullerier. Observations sur la contagion syphilitique, dans les rapports des nourrices avec les nourrissons. (Journal général de méd., de chir. et de pharm. 1816. T. LV. p. 33-36.
Certifie avoir trouvé sur Mme C..., femme M..., nourrice,
lo quelques taches d'un brun clair sur les seins ; 2® d'autres taches à peu près de la même couleur, dont quelques-unes avec de minces pellicules sur le côté droit ; 3<» trois à quatre taches comme les précédentes, avec un petit tubercule à la partie postérieure du cou ; 4° sept à huit petites taches, éloignées les unes des autres, sur différentes parties du corps ; et que ces taches unies, ces taches pelliculeuses, ce tubercule sont des signes probables de Texistence de la maladie vénérienne, passée à l'état de maladie consécutive. J'ajoute que ladite nourrice m'a déclaré avoir eu des ulcérations à la bouche et aux seins, mais que je n'en ai aperçu aucune trace.
Certifie que l'enfant des sieur et dame L..., nourrisson de la susdite M..., âgé d'environ un an, a : 1» un ulcère superficiel et rond à l'intérieur de la lèvre supérieure près le frein ; 2^^ un autre ulcère à peu près rond, de deux à trois lignes de diamètre, situé au pé- ' riné, avec engorgement de cette partie ; et que ces ulcères présentent le caractère de maladie vénérienne primitive.
Certifie enfin que, n'ayant pu contater l'état de la maladie dans ses commencements, soit sur la nourrice, soit sur son mari, soit sur l'enfant, soit sur ses parents, il m'est impossible de déterminer absolument si l'enfant a donné ou a recula maladie.
Les pleurs, les gémissements de la nourrice m'avaient intéressé en sa faveur ; mais les symptômes consécutifs présentaient du doute, que je cherchai à lever. Je fis venir chez moi les père et mère, sur lesquels il ne se trouva ni signes présents de maladie, ni cicatrices de maladies antérieures.
Lors de la première visite, la nourrice m'avait dit qu'une de ses filles, âgée de 14 à 15 ans, avait du mal à la gorge, qu'elle supposait aussi gagné en embrassant le nourrisson . Je regrettai de ne pouvoir l'examiner : elle était restée à la maison, distante de 7 à 8 lieues de Paris.
Environ trois semaines après, le nourricier et sa fille, me furent amenés par l'homme d'affaires. Le premier parut sain; la bouche de la jeune personne examinée, je trouvai les deux amygdales ulcérées. Je portai mes recherches aux parties génitales, et je vis sur ' la grande lèvre gauche une grosse pustule tuberculeuse. Si je m'étais arrêté là, je n'aurais pas eu de raison de croire que la maladie venait plutôt de cette fille que du nourrisson, parce Roussel. 5
que l'un pouvait l'avoir donnée à Tautre, ou en n^angeant, ou en embrassant ; mais, ayant examiné l'état de la vulve, je découvris qu'il y avait quelques ulcérations à Tintérieur des petites lèvres, que la membrane hymen était déchirée, et que l'entrée du vagin était d'une largeur qui supposait de fréquentes introductions. Enfin, la jeune personne confirma par ses aveux une chose qui ne laissait aucun doute à la vue ni au toucher. D'après cette découverte, il me fut démontré que l'enfant avait du mal à la bouche par suite des embrassements réitérés de la fille, et au périné probablement, pour l'avoir nettoyé avec la salive, comme je l'ai vu faire plusieurs fois à des nourrices. Je ne donnai connaissance de ma découverte ni au père, ni à son conseil ; mais je demandai que cette jeune fille fût visitée, et son état bien constaté par mon confrère Dubois avant de la recevoir dans l'hôpital des vénériens, où on désirait la placer. On ne s'est plus présenté chez moi.
Les dangers qui menacent l'enfant chez sa nourrice sont parfois d'une nature particulièrement délicate. Pour en achever le tableau, nous empruntons à Trousseau ses paroles indignées :
« Il est des nourrices qui, pour obtenir le silence et le repos de l'innocente créature dont une mère confiante leur a livré le berceau, ont recours à des attouchements profanateurs, à d'odieuses caresses. Ces femmes, aux instincts dépravés, portent sur les parties génitales des enfants, et surtout des petites filles, des mains qu'elles ont souillées sur elles-mêmes. La plus légère excoriation a bien vite donné accès au poison » (1).
Le langage de Trousseau n'exprime pas des craintes chimériques. M. Ricord (2) disait quelques années plus tard : « J'ai bien vu un petit Israélite de 17 mois qui avait attrapé
(1) Trousseau. Gaz. des hôp., 1857, p. 506.
(2) Ricord. Gazette des hôpitaux, 1862, p. 318.
une uréthrite aiguë dans des rapports sexuels avec sa nourrice. Cette femme en fit l'aveu. »
C'est aussi par d'ignobles pratiques que la vérole fut inoculée à une enfant de 18 mois, dont nous empruntons l'histoire à M. Ricord.
Observation XI l (1),
Plaques muqueuses chez une enfant de 18 mois. Syphilis communiquée dans des tentatives de coït.
Mie... (Julie), âgée de 1 ans 1/2. On n'a pas de détails très exacts sur les antécédents. Les parents disent n'avoir jamais eu d'affection syphilitique, et que la maladie doit avoir été communiquée par des voisins auxquels on laissait l'enfant en garde. En effet, la femme chargée des soins do propreté de cette enfant se trouvait, ainsi que son mari, infectée de chancres.
Aujourd'hui la jeune fille paraît forte et bien constituée ; ses membres sont développés plus que de coutume à cet âge ; les parties génitales paraissent avoir été refoulées par des essais de coït. Du reste, tout démontre l'existence d'une surexcitation normale. Déjà le système pileux est développé sur le mont de Vénus et au pourtour de l'anus.. (Habitudes de masturbation.)
On remarque assez profondément à la vulve quelques ulcérations affectant Taspect de chancres transformés et des tubercules muqueux ulcérés; à l'anus, se montrent de larges plaques de tubercules muqueux ; enfin, à la commissure des lèvres, on remarque des papules muqueuses fendillées en divers sens.
La période de Tallaitement est terminée, l'enfant rendu à sa famille : d'autres périls l'attendent. Nul doute que les
(1) Ph. Ricord. Traité pratique des maladies vénériennes ou Recherches.... sur l'inoculation appliquée à l'étude de ces maladies. Paris, Just Rouvier, 1838. 1 vol. in-8«. p. 488-489.
baisers du père ou de la mère en puissance de syphilis ne servent souvent de véhicule au virus. Les mêmes usten^ siles de ménage, cuillères, fourchettes, vases de toute sorte, servent à tous les membres de la famille, et là où une surveillance incessante serait de rigueur, on rencontre trop souvent un laisser-aller et une négligence que l'ignorance seule peut faire excuser. Les exemples ne nous manquent point.
Observation XIII (ij.
Histoire d*uiie affection syphilitique, communiquée de la mère à Tenfant par des baisers sur la bouche ou par des vases communs à l'un et à l'autre.
Mme S..., âgée de 38 ans, d'une forte constitution, éprouva pour la première fois, dans le mois de mai 1809, des symptômes d'affection vénérienne. Une gonorrhée et des chancres sur la langue et le voile du palais se développèrent en même temps, et furent d'abord abandonnés à eux-mêmes ; trois mois après il se manifesta un chancre considérable à la grande lèvre du côté droit : c'est alors que le mari présente les premiers symptômes d'infection. Cependant le mal n'était combattu par aucun médicament, et faisait des progrès rapides : un enfant de 3 ans que la mère embrassait souvent sur la bouche, et qui mangeait et buvait dans les mêmes vases, ne tarda pas à présenter des chancres aux lèvres et sur le bord de la langue ; cinq semaines après il s'en développa quatre considérables au voisinage de Tanus, et plusieurs autres plus petits, ainsi que quelques excroissances au pli de l'aine.
L'usage de la liqueur de Van-Swiéten a fait disparaître successivement ces symptômes chez les parents ; mais des circonstances ayant empêché jusqu'à présent le traitement de l'enfant, les symptômes syphilitiques conservent toujours leur première intensité..
(1) Bertin. Traité de la maladie vénérienne chez les enfants nouveaunés, les femmes enceintes et les nourrices A Paris, chez Gabon,
MDCCCX. In-So.
« En 1847, écrit Waller (1), trois femmes furent admises, àpea de jours d'intervalle, dansune division des vénériens. E]les présentaient des exsudations sur la face interne des lèvres, aux angles de la bouche et sur la langue, avec des plaques muqueuses aux parties génitales, du catarrhe vaginal et des cicatrices de chancres. Toutes trois amenaient avec elles leurs enfants, âgés de deux à trois ans, chez lesquels on constatait les mêmes phénomènes du côté de la membrane buccale et des plaques muqueuses aux parties génitales ; deux de ces enfants avaient en outre un exanthème syphilitique maculé sur tout le corps. Les. mères avaient contracté des ulcérations primitives seulement après l'accouchement et même après le sevrage; elles avaient eu ensuite la syphilis secondaire. La maladie ne pouvait donc être héréditaire chez les enfants. »
Dans une observation, traduite de la. Lancette anglaise(2), nous voyons un mari contagionner sa femme. Les quatre enfants ne tardèrent pas à présenter les signes de l'infection syphilitique : plaques muqueuses, etc.
Observation XIV (1).
Enfant de 7 ans. Chancre S3rphilitiqae de Tamygdale communiqué
par l'intermédiaire d*une cuillère.
En 1859, H. C..., âgé de 40 ans, contracte un chancre induré vers le milieu du mois de juin; ce chancre, qui avait présenté tous
(1) Waller. Du caractère contagieux de la syphilis secondaire. (Traduit par Axenfeld, dans les Annales de Cazenave, t. II, p. 176- J 78).
(2) Gazette des hôpitaux, 1849, p. 290.
(3) Alexandre Viennois. Recherches sur la contagion de la syphilis secondaire. Thèse de doctorat. Paris, 1860. P. 66.
les attributs du chancre infectant, était cicatrisé pour quelques jours, lorsque le malade se présenta de nouveau, avec une belle plaque muqueuse de la lèvre supérieure. Ce malade qui n'avait pas eu de rapport sexuel avec sa femme depuis les rapports dans lesquels il avait gagné son chancre, ne se privait pas de Tembrasser sur la bouche. Celle-ci contracta au mois d'août deux chancres à la fois, un sur la lèvre supérieure, l'autre sur la lèvre inférieure
près de la commissure gauche Trois semaines plus tard, elle
présentait des signes non équivoques d'accidents secondaires, consistant en une roséole syphilitique, puis plaques muqueuses sur les piliers du voile du palais.
Un des enfants s'étant servi de la cuillère de sa mère, au moment où elle avait des plaques ulcérées de la gorge, prit un chancre infectant de l'amjgdale droite, qui fut suivi d'accidents constitutionnels. Cet enfant était âgé de 7 ans et robuste.
Le frère de celui-là prit aussi la syphilis, mais je n'ai pu me procurer sur lui aucun détail.
'' Observation XV (1).
Syphilis secondaire chez un enfant de 7 ans, communiquée par la ihêre.
Un beau petit garçon de 7 ans était couvert d'une éruption qu'on ne pouvait méconnaître : c'était un psoriaris syphilitique. On notait aussi l'engorgomcnt des ganglions occipitaux ; le gosier était injecté et ce petit garçon, si bien portant, était rapidement devenu cachectique. On ordonna deux grains de a grey j^owder » (2) deux fois par jour et il revint à la santé en moins de trois semaines. Sa mère qui l'amenait était elle-même affligée d'une éruption semblable. Elle avait aussi des ulcérations à l'intérieur des lèvres et des joues, et souffrait beaucoup de douleurs rhumatismales.
Son mari lui avait donné l'accident primitif un an auparavant.
(1) WeedeQ Cook, The Communicability of secondary syphilis. /'The Med. Times and Gaz., 1860, t. I, p. 563).
(2) Poudre grise. Préparation mercurielle très usitée en Angleterre dans la thérapeutique infantile.
Quand le chancre fut cicatrisé, les accidents secondaires de la syphilis apparurent. Elle subit un traitement et guérit. Depuis six semaines elle présentait de nouvelles manifestations.
L'enfant couchait avec sa mère et naturellement celle-ci avait l'habitude de Tembrasser. Un mois après la réapparition de la maladie chez la mère, Tenfant était atteint.
Florent Cunier (1) parle d'un nouveau-né qui portait un chancre primitif de la paupière inférieure. La mère avait contracté une gonorrhée compliquée de chancres, quelques jours avant son accouchement, qui a été prématuré. Elle présentait encore au moment où la vit l'auteur les accidents primitifs de la vérole (2).
Nous avons vu nous-méme à Saint-Louis, dans le service de M. le professeur Fournier (mai 1880), une petite fille de vingt-deux mois, atteinte de plaques muqueuses ulcérées de la vulve. La mère avait été contagionnée par son mari six mois après l'accouchement et l'enfant était âgé de dix mois quand elle présenta sur l'aile du nez un chancre syphilitique.
Dans les classes pauvres, la misère amène souvent une malsaine promiscuité. L'enfant partage le lit des parents ; de là de nouvelles chances de contagion que Sydenham avait déjà signalées. « J'ai vu à l'hôpital Necker, dit Trousseau dans une de ses cliniques (3), un petit garçon de quatre mois ayant des chancres. Sa mère qui avait un chancre et des flueurs blanches avait l'habitude de le prendre pendant
(1) Fl. Cunier. Recherches statistiques sur les maladies oculaires que Ton observe le plus communément dans la province de Brabant (Annales d'oculistique, 1846, t. XVI, p. 208).
(3) Trousseau. De la syphilis congénitale. Gaz. des hôp,, ^855, p. 497.
la nuit dans son lit pour lui donner à téter. Lenfant, dont les cris étaient apaisés, se rendormait les fesses placées sur le ventre de sa mère, et, comme il avait quelques petites écorchures, il s'inocula le pus qui s'écoulait de la vulve. >
Le regrettable fait suivant donna lieu à des poursuites judiciairf s. Nous l'empruntons à la thèse de M. Violet.
Observation XVî.
Petite fille de 6 ans, contamiaée par son père. Ordonnance
de non-lieu (1).
Marie X..., âgée de 6 ans environ, d'une forte constitution, rose et fraîche, est conduite par la police à l'hospice de T Antiquaille dans Tétat suivant:
Plaques muqueuses très abondantes à la vulve, à Tanus, au périnée et même à la partie inférieure de l'abdomen. Mêmes lésions dans la bouche, le gosier. Pas la moindre trace de chancre nulle pari et point d'autres accidents.
Les nymphes sont tuméfiées. Léger écoulement muco-purulent du vagin. Pas d'uréthrite. Intégrité de l'hymen.
La rumeur publique accusa le père de cet enfant. Il fut arrêté, reconnu en puissance de syphilis et écroué. Mais protestant de son innocence, c'était, disait-il, en faisant coucher la petite fille dans le lit unique qu'il possédait, pour la préserver du froid, que peutêtre elle avait pris sa maladie.
La question fut portée devant une commission à laquelle M. le D*" Gailleton vint prêter le secours de ses lumières. Elle décida que rien, dans l'état des parties malades, ne prouvait que l'enfant avait subi des violences criminelles, le gonflement des nymphes et l'écoulement vaginal pouvant s'expliquer par une inflammation par
(1) M. J. Violet. Etude pratique de la syphilis infantile. Thèse de doctorat, Paris, 1874, p. 28.
propagation, dont le poini do départ était dans la grande quantité de plaques muqueuses, et qu'il n'était pas contraire à la science d'admettre que la petite Marie ait pu contracter la syphilis par le fait de coucher dans le même lit que son père infecté de plaques muqueuses.
On comprend, en effet, que la présence d'écorchures préalables sur le tégument si fragile de l'enfant, le contact prolongé des nuits . et la façon de se coucher de l'enfant, qui pour se garantir du froid se tasse en quelque sorte contre le corps voisin, puissent constituer des causes occasionnelles d'une certaine importance.
Aussi, sur la foi du rapport des médecins, le père de la petite Marie fut Immédiatement mis en liberté.
Le père et la mère ont été reconnus sains ; mais d'autres membres de la famille ont avec Tenfant des rapports plus ou moins directs. Les observations qu'on va lire prouvent assez que le péril n'est pds imaginaire.
Biett citait souvent dans ses cours « l'exemple d'un commerçant qui, à la suite d'un baiser lascif, contracta un chancre dont ii ne s'aperçut pas. Sur le point de partir pour un voyage, il embrassa sur la bouche sa nièce, jeune enfant de 12 ans, qui fut atteinte quelques jours après du même symptôme (1). »
Dans le fait suivant que rapporte Bertin, il s'agit d'une enfant née d'un père et d'une mère qui avaient toujours joui de la plus parfaite santé.
(i) P.-L. Aiphée Gazenave. Traité des syphilides ou maladies vénériennes de la peau. Paris, Labé, 1843, 1 vol. in-8, p. 109. M. Ricord (Gaz des hôp., 1858, p. 503) et l'un de ses élèves, M. Buzenet (thèse de doctorat, Paris, 1858, p. 12) attribuent cette obseivation, avec quelques variantes, à Van Swieten. Nous préférons suivre la version de Cazenave qui avait vécu dans Tintimité de Biett. D*ailleurs, nous n'avons pas retrouvé ce fait dans Van Swieten.
- Vf -
Observation XVIL
Syphilis communiquée à une petite fille par sa tante. Chancre de la grande lèvre gauche, suivi d^accidents constitutionnels (1).
La mère accoucha d'une fille le 15 mars 1808. Cet (sic) enfant fut attaquée à Tâge de 4 mois, d'un chancre à la partie supérieure et interne de la grande lèvre gauche
Un bubon considérable se manifesta à l'aine du même côté, et se termina par la suppuration. Bientôt les cuisses et les jambes de cet enfant se couvrirent de pustules. Cependant la mère continua à l'allaiter impunément, jusqu'au 22 janvier 1809, cinq mois après l'apparition du premier symptôme de la maladie. A cette époque une rhagade se manifesta, d'abord, au sein gauche, et peu de temps après elle fut attaquée d'ulcères à la gorge et d'un engorgement considérable des glandes du col ; enfin des pustules tuberculeuses tout à fait semblables à celles de l'enfant se manifestèrent sur les jambes, les cuisses et les bras avec des phlyctènes au col... (Traitement mercuriel.) Tous les deux sont sortis le 10 juin 1809, avec les apparences d'une bonne santé.
Je n'ai rien négligé, continue Bertin, pour me procurer sur le mode d'infection de cet enfant les renseignements les plus positifs. J'ai souvent intcrrosfé la mère; et à des intervalles assez éloignés. J'ai fait venir chez moi le père. Je l'ai questionné et examiné avec la plus grande attention. Non content de cela, je me suis transporté à Crétcil, près Charenton, sans en prévenir leî> parents; je me suis adressé aux voisins et aux personnes qui avaient avec eux quelques rapports : tous m'ont donné les meilleurs témoignages sur les mœurs et la conduite du père et de la mère : mais on me répéta ce que m'avait déjà dit la mère, auparavant, que cet enfant était confié à une tante attaquée de syphilis, qu'elle l'embrassait souvent, et qu'elle lui présentait quelquefois le sein pour apaiser ses cris; enfin, qu'elle lavait les parties génitales de cet
(1) Bertin, Traité de la maladie vénérienne chez les enfants nouveaunés, les femmes enceintes et les nourrices. Paris, 18Ï0, p. 77-80,
enfant avec de l'eau qu'elle avait mise auparavant dans sa bouche pour la tiédir.
J. Vose Solomon ^1) a rapporté le cas d'une petite fille de 8 mois, qui portait depuis quinze jours un ulcère à bords indurés, situé à l'extrémité interne de la paupière inférieure. Ce chancre lui avait été communiqué, probablement dans un baiser, par sa lante, alors en pleine éruption secondaire.
Six semaines après l'apparition de lulcère, l'enfant présenta aux fesses, aux grandes lèvres, aux commissures de la bouche, des accidents constitutionnels.
Quelque temps après,la mère eut au sein un chancre suivi de- symptômes syphilitiques secondaires.
Observation XVIII.
Syphilis secondaire chez un garçon de sept ans, infecté
par son oncle (2).
David G-..., âgé de 7 ans, fut confié à mes soins le 16 mars 1866 pour une éruption syphilitique papuleuse siégeant sur le cou et le tronc et pour des tubercules humides du scrotum. L'affection remontait à six mois. Le pénis était intact. Les parents étaient tout àfaitsains et n'avaient jamais eu )a syphilis.
Mais l'enfant avait couché avec son « oncle John », malade de la même manière. Un rétablissement rapide suivit Tadministration de l'iodure de potassium.
Il est probable qu'ici la syphilis a passé de l'oncle au neveu, car c'étaient deux compagnons de là pire espèce,
(1) British médical Journal, 1863, p. 236.
(2) Bryant. The Med. Times and Gaz., 1872, t. II, p. 39.
Le 20 avril 1844, un médecin anglais, Acton, lisait à la Société médicale de Westminster l'observation ^l) d'une petite fille de 8 ans, atteinte de condylomes syphilitiques • des bords de l'anus et d'une éruption cutanée. On ne retrouve aucune trace de l'accident primitif. Les parents sont parfaitement sains. Ils racontent seulement que leurs quatre enfants couchent dans le même lit, et qu'un des frères de la petite fille, âgé de 12 ans, a présenté, un mois auparavant, une éruption semblable ainsf que des condylomes à l'anus. La mère affirme que sa petite fille ne la quitte jamais et elle ne peut attribuer la maladie à aucune tentative criminelle.
Quant à la vérole du jeune garçon, il est impossible d'en découvrir l'origine. •
Nous retrouvons dans la Gazette des hôpitaux de 1844 (2) un fait qui présente quelque analogie avec le précédent. Ce qui le recommande surtout à l'attention, ce sont les réflexions fort sensées qui l'accompagnent.
« Nous avoDs vu à Thôpital des Enfants, dit le rédacteur anonyme de la Gazette, un petit garçon de 6 ans, qui a des pustules plates au pourtour des lèvres et des végétations à l'anus. Ce pauvre enfant couchait avec son frère, âgé de 19 ans, coureur de filles. Ce cas déplorable nous a fait songer à l'impossibilité d'avoir des antécédents des malades lorsqu'il s'agit d'accidents syphilitiques. Que ce garçon, dans un temps plus ou moins éloigné, soit pris d'accidents équivoques, s'il n'a pas été lui-même et par son fait infecté, il répondra négativement aux questions
(1) Reproduite dans les Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. II, p. 95.
(2) Gaz. des hôp., 1844, p. 430.
du chirurgien. Il ne s'ensuivra pas moins qu'il aura éprouvé l'influence de la syphilis. »
M. Drysdale (1; cite le cas d'une jeune fille de 19 ans, qui fut mordue à la lèvre par un enfant à la mamelle atteint de syphilis héréditaire; elle infecta plus tard sa sœur âgée de 13 ans avec laquelle elle couchait.
Observation XIX (2).
Enfant de 22 mois. Chancre induré de la paupière inférieure. Transmission de la syphilis à sa sœur âgée de six ans. Chancre de la joue. Accidents secondaires consécutifs.
Un enfant de 22 mois présenta un chancre induré à la face interne de la paupière inférieure de Tœil droit, près de l'angle externe. Sa nature ayant été méconnue à Torigine, on n'examina pas les ganglions. Mais à la seizième semaine, survinrent des accidents fébriles suivis d'une éruption sur Tabdomen et la poitrine.
L'éruption gagna les autres parties du corps; puis, lorsqu'elle commença à décroître, survinrent des syphilides sur la langue et à la face interne de la bouche. L'ulcère de la paupière subit une transformation qui lui donna les mêmes caractères. Il fut impossible de savoir comment l'inoculation s'était produite . L'examen des parents fut négatif.
Si le diagnostic avait pu être douteux, il eût été confirmé par ce fait qu'une sœur de l'enfant, âgée de 6 ans, malgré les recommandations d'éviter tout contact, et qui ne furent pas écoutés, contracta un chancre delà joue gauche, avec engorgement ganglionnaire, roséole, etc.
(1) Charles R. Drysdale. The Lancet, 1869, t. II, p. 639.
(2). F. R. Sturgis. Two Cases of syphilis... (The American journal of the med. Sciences. 1873, n» 129, p. 102-106. Rev. des se. med. de G. Hayem, 1873, T. 1, p. 814 et 815.
Observation XX (iniédite).
Syphilis acquise chez un enfant de deax ans. Transmission de la maladie à deux autres enfants^ ses oncles, et aux grands parents.
Aimé-Philippe Al..., âgé de 2 ans. Entré à l'Antiquaille le le^ février 1878, service de M. Achille Dron .
L'accident primitif a débuté il y a six mois sur la lèvre. Actuellement plaques muqueuses très ulcérées à Tanus, aux commissures des lèvres, au gosier.
14 février. Rougeole grave. Adynamie. Pneumonie double. Mort le 23 février.
Cet enfant a donné la syphilis à ses oncles. L'observation du premier, âgé de 4 ans et 1/2, se trouve plus loin.
Le second, âgé de 6 ans, entre le môme jour dans le service de M. Aubert, pour des plaques muqueuses de la bouche, de la gorge et de l'anus.
Lagrand'mère, infectée^à son tour, communiqua la syphilis à son mari,
^Observation XX f (inédite).
Syphilis acquise. Chancre du voile du palais. Plaques muqueuses des
lèvres et du gosier.
Jean-Marie Se..., âgé de 4 ans 1/2, entré le 1er février 1878, à TAntiquaille, service de M. Dron.
La syphilis a été communiquée à cet enfant par son neveu. L'accident primitif a débuté au fond de la bouche, à gauche, sur le voile du palais. Forte adénopathie en arrière de la branche montante gauche du maxillaire inférieur. Plaques muqueuses aux commissures des lèvres et au gosier.
Rougeole confluente, mais bénigne, contractée dans le service.
Sort le 25 mars, guéri par la liqueur de Van-Swieten.
Si nous soitons du cercle de la famille, nous rencon-
trons immédiatemeni toute une classe de personnes. qui en font partie pour ainsi dire : nous voulons parler des serviteurs de tout ordre et de tout emploi. Les enfants ont avec eux des rapports de tous les instants et, dans l'état actuel de nos mœurs, que d'enfants ont plus souvent affaire à leur bonne qu'A leur mère ! Le médecin se rappellera que c'est là une des sources possibles de la contagion. En voici des exemples.
Observation XXII (1).
Accidents secondaires. Deux jeanss filles infectées par une servante
syphilitique.
Le fait suivant, qui s'est présenté à un de mes amis, en 1787, à Edimbourg, prouvera qu'il est des cas où l'infection a quelquefois lieu d'une manière peu commune.
Il fut consulté pour deux jeunes filles dont il connaissait parfaitement les parents, auxquels il donnait ses soins comme médecin. L'aînée avait 12 ans, la cadette 10; elles avaient toutes les deux des ulcères et ries dartres dans différentes parties du corps, sans aucun mal aux parties génitales. La mère ne s'en était aperçue que depuis peu de temps. Mon ami crut d'abord que ces dartres étaient vénériennes ; mais sachant, comme médecin de la famille depuis un nombre d'années, que le père et la mère étaient en bonne santé, et qu'ils n'avaient jamais eu ni l'un ni l'autre d'affections vénériennes , il fit d'exactes informations, et trouvant que ces deux filles étaient parfaitement innocentes, que d'après le rapport de leur mère elles n'avaient aucune affection vénérienne locale, il demanda si elles n'avaient point couché avec quelque personne infectée : la mère répondit (ju'elles n'avaient couché que dans leurpro-
(1). F. Swediaur. Traité complet sur les symptômes,, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiques, A Paris, an VI de la République française (1798, v. style). 2 voK in-S». T. 2, p. 7 et 8. On sait que Swediaur vint se fixer à Paris au commencement de la Révolution et y mourut en 1824.
pre lit, excepté quelquefois depuis peu avec une servante qu'elles aimaient beaucoup; et qui paraissait fort saine. On appela la servante, et on lui demanda, en présence de sa maîtresse, si^elle n'était pas malade, si elle n'avait pas quelques maladies sur la peau; elle nia effrontément qu'elle en eût aucune.
Mon ami communiqua ses soupçons à la maîtresse qui fit déshabiller la servante en sa présence. On vit alors, sur différentes parties de son corps, des taches croûteuses non équivoques, et en examinant plus particulièrement la tête, on aperçut une coronaveneris très complète.
La servante disparut sans qu'on en ait jamais entendu parler, et on traita, par l'usage du mercure, les deux enfants qui furent guéris en quelques semaines.
Observation XXIIl.
Petite fille de deux ans» Syphilis communiquée par une bonne.
Plaques muqueuses (1).
Dans une respectable famille bourgeoise, une fille, enfant de 2 ans, d'une bonne santé,présente des. plaques muqueuses aux deux grandes lèvres, au périnée et au pourtour do l'anus. Le père et la mère assurent n'avoir jamais eu de maladies vénériennes; les autres enfants, au nombre de huit, se portent bien et ont toujours joui d'une parfaite santé. En recherchant la cause de cet accident, on découvre que la bonne, admise dans la maison depuis trois mois seulement, porte des plaques muqueuses au coin de la bouche et à la face interne des lèvres, sur la langue, les amygdales et le voile du palais; il existe chez elle des points isolés couverts d'une exsudation solide; on trouve des plaques muqueuses sur les grandes lèvres, et sur la fourchette la cicatrice distincte d'un chancre. C'eslT cette personne qui soignait presque exclusivement l'enfant, le.quel contracta ainsi la syphilis secondaire.
(1) Waller. Du caractère contagieux de la syphilis secondaire (trad. par Axenfeld, dans Us Annales des maladies de la peau et de la syphilis, t. II, p, 177 et 178).
Observation XXIV.
Chancre induré de la langue chez un enfant de dix-huit mois infecté
par une bonne (1).
Le 14 avril 1877, se présente chez le D' Pournier une femme G..., qui vient consulter pour son enfant, âgé de 18 mois.
Bien portant quelque temps auparavant, il lui est survenu, raconte sa TÙère, un petit bouton sur la langue. L'examen de cet organe permet de constater, au niveau de la pointe, et sur la face supérieure, une ulcération de la grosseur d'un petit pois, de couleur grisâtre, et dure au toucher.
L'enfant présente, en outre, une adénopathie rétro- génienne, bilatérale, mais plus marquée à gauche.
On diagnostique : chancre induré de la langue.
Interrogée, la mère affirme n'avoir jamais eu de manifestation syphilitique. On fait venir le père, qui répond également n'avoir jamais eu d'accident, A l'examen, effectivement, on ne découvre rien chez Tun comme chez l'autre. Mais la mère nous apprend que son enfant est très souvent confié aux soins d'une jeune bonne, depuis quelques mois à la maison. On fait venir la bonne, chez laquelle on trouve des plaques muqueuses à la commissure des lèvres et dans la gorge. Elle raconte qu'elle est malade depuis quatre à cinq mois.
L'enfant avait été contaminé, par suite de l'habitude de fourrer ses doigts dans la bouche des personnes qui l'approchaient, et de la bonne en particulier, et de les sucer ensuite.
»•. On ordonne de faire prendre à l'enfant de la liqueur de Van- Swieten. Depuis, il n'a pas été revu.
Un élève de M. le professeur Fournier,M. Hulot (2), dans
(1) A. Pontet, Contribution â Vétude de la syphilis infantile acquise. Thèse de doctorat, Paris, 1878, p. 15.
(2) Albert Hulot. Quelques observations de chancres extra-génitaux. (Annales de dermatologie et de syphiligraphie, t. X, p. 29, observation XIII).
Roussel. ^
un travail intéressant, a cité l'observation d'un jeune enfant de 22 mois, qui portait un chancre du cou, à quelques centimètres au-dessous et en arrière de l'apophyse mas^ toïde gauche. La syphilis lui avait été communiquée par une bonne, atteinte de plaques muqueuses. A son tour, l'enfant infecta sa mère, qui eut un chancre de l'amygdale droite.
Après les domestiques, il convient de placer les çpiployés d'ordre divers qui peuvent approcher V^nf^nt et le çof^ta^ gionner à l'occasion, C'est oe qui arriva dans un cas dont fut témoin M. le professeur Richet et que M. Ricord rap-iporte dans ses Lettres sur la syphilis (1).
« Il s'agissait d'une petite fille d'un négociant de Pfi^ris, encore confiée aux soins de §a ^o^rrice et qui était i^ffççtée d'ulcérations syphilitiques des régions nno-génitaleên Les parents étaient parfaitement sains et la nourrice absolu«> ment bien portante, quoiqu'elle eût pu être soupçonnée. On en était à se demander d'où pouvait provenir la contagion, lorsqu'on apprit qu'un commis de la maison, actuellement malade, avait l'habitude d'asseoir cette enfant à nu sur ses mains, souvent souillées, et qu'il n'avait pas touijours le soin de laver.»
Parfois c'est au sein d'une famille voisine que l'enfant ira chercher la syphilis; et l'on sait combien dans les classes populaires, les relations de voisinage sont fréquents et intimes. Une petite fille de neuf ans, dont M. Dowse (2) a rapporté l'histoire, avait été ainsi contagionnée.
(1) Pli . Ricord. Lettres sur Ifi syphilis adressées ^ M. le rédacteur eil chef de rUnion médicale. Troisième édition. Paris, J[,-Èl. BailUère et fils, 1863, 1 vol. gr. in-18, p. 201.
(2) Dowse. Clipical Society of London. (Thç Lfmcet, 1877, t* I|
— sa —
Nous re]evoas encore, dans l'ouvrage déjà cité de M. Roi- Jet (4), un fait très çurieu:?t à ce point de vue. L'enfant dont il s'agit était âgé de 15 mois et avait été embrassé dans une maison voisine par une prostituée ; infecté, il transmit la vérole à ses deux frères , à ses deux sœurs et à &a grand'mère
M. Fl. Cunier (2) parle d*un enfant qui présentait « des accident^ aecondairesàun chancre primitif de lu paupière » et qui avait contracté la syphilis dans des circonstances presque semblables. Ce chancre « était le résultat des baisers d'une prostituée {féllatrix) chez laquelle il venait de se manifester des chancres primitifs à l'orifice de la bouche. »
On sait avec quelle facilité les maladies contagieuses et parasitaires se propagent parmi les enfants. Leur agglomération dans les écoles, les collèges, les hôpitaux, les jeux qu'ils organisent avec leurs petits camarades, la tendance singulière qu'ils ont à mettre en commun leurs jouets et en général tous les objets qui sont à leur usage, voilà des causes qui expliquent parfois l'origine de la contagion syphilitique (3),
« Il nous souvient d'avoir vu, dit M. Pontet (4), à l'hospice des Enfants- Assistés, dans le service du D» Guéniot, un petit garçon de 6 ans, scrofuleux, qui avait contracté la syphilis en embrassant une de ses petites voisines de lit, syphilitique, »
(1) J. RoUet. Recherches cliniques et expérimentales sur la syphilis, p. 286-237.
(2) Flariont Cunier. Recherchées statistiques. (Anitales d'oçulistique, 18W. t, XVI, p. 208),
(3) Voy, sur la Syphilis de^ écoliers mi récent inêmaire de M. Ë. GuiiU (Meçaorabili^n, XXlV, p» ^« 1879).
(4) Alfred Pontet. Thèse dt Paris, 1»Ï8, p, 14.
Nous avons déjà enregistré un certain nombre de faits dans lesquels la contagion s'était opérée médiatement. Ils ne sont point rares chez les enfants, et nous en trouvons un exemple dans un auteur de la première moitié du xvi' siècle, AntoniusPracantianus : « Vidi ego, dit-il, semel tantum hoc modo contractum a puella septem annorum, quœ pelliceam vestem cujusdam infectœ mulieris induerat. »
Pour Montanus, la chose est aussi hors de doute et il déclare sans ambages : « Si quis cum laborante hujusmodi morbo , quique pustulas habuerit , dormierit eisque vestimentis ac rébus quibus ipse utitur, usus fuerit, facile infici. ^
Nous allons en donner quelques exemples.
Observation XXV (2).
Petite fille infectée par un enfant que nourrissait sa mère. Syphilis transmise à quatre autres petites filles, probablement par Tintermédiaire d'un verre à boire.
Le fait qui m'a le plus frappé se rapporte à une petite fille qui avait des plaques muqueuses à la bouche ; elles lui avaient été communiquées par un nourrisson que sa mère avait pris. Cette petite fille fut mise en sevrage aux environs de Paris, dans une de ces maisons de campagne où Ton abandonne à peu près les enfants quand on veut en nourrir d'autres, moyennant salaire. Dans cette maison de sevrage, il n'y avait qu'un verre en étain pour six petites filles. Je ne sais si ce fut là l'intermédiaire, mais quatre qui étaient
(1). Antonius Fracantianus, Vicentinus, de Morbo Gallico liber. (Aphrodisiacus sive de Lue venerea... opus... ab Aloysio Luisinonovissimé coUectum, Lugd. Batav, 1728 p. 834),
(2). A, Vidal (de Cassis). Traité des maladies vénériennes. Paris, Victor Masson, 1853. 1 vol. in-S® p. 522.
auparavant très saines furent affectées de plaques muqueuses à la bouche, aux parties génitales, un mois après Tarrivée de la nouvelle pensionnaire, dont j avais constaté Tafection syphilitique avant son départ pour la campagne.
Observation XXVI (1).
Nouveau-Dé infecté par l'intermédiaire d*un biberon amorcé par une
femme syphilitique.
Un enfant naît dans une bonne famille de Paris; il est sain et rien dans son état ne fait soupçonner une diathèse quelconque.
On le confie à une nourrice, et un mois et demi après, il est couvert de boutons.
M. Foumier, consulté, déclare que l'enfant est atteint de syphilis.
La mère et le père, examinés avec soin, ne présentent rien sur aucune partie du corps ; le père déclare, même sur l'honneur. quMl n'a jamais eu de maladies vénériennes , pas même de blennorriiagie,
La nourrice, examinée à son tour à plusieurs reprises, ne présente absolument rien: M. Fournier ne se décourage pas et finit, à force de patience, par trouver la véritable coupable.
C'est une ou^Tière qui travaillait dans la maison au moment où la nourrice commençait à donner à téter à Tenfant, et dont les lèvres (atteintes d'accidents secondaires) avaient servi à amorcer le biberon.
(1). J. H, Audoynaud. Etude sur la syphilis communiquée par l*a11aitement avec considérations médico-légales. Thèse de Paris, 1869. p. 21-22.
Observation XXVII (i).
Chancre induré de la vulve chez une enfant de sept semaines communiquée par l'intermédiaire d*une éponge.
Le 20 décembre 1866, la nommée R... (Marie), âgée de 7 semaines, nous est amenée p.ar sa mère. Cette enfant présente sur la grande lèvre gauche, et à la face interne, une ulcération arrondie, reposant sur une légère élevure des parties, et maintenant indurée. Cette ulcération, d'où s'écoule un peu d'humeur, est comme taillée à Tévidoir, son fond se continue avec la périphérie ; elle offre de 10 à 12 millimètres de diamètre. Une légère couche de pulpe grisâtre en recouvre la face profonde.
La partie centrale est un peu saillante ; on dirait une espèce de bourgeon charnu. Il existe un œdème assez prononcé de la lèvre correspondante. Quant à la face interne de la lèvre droite, bien qu'elle soit en contact avec le chancre, elle ne présente ni rougeur, ni érosion. Dans la région inguinale, double pléiade ganglionnaire, plus marquéo du côté gauche, où l'on peut sentir un ganglion plus volumineux et plus dur.
Après un oxamen minutieux, M. Fournier diagnostique : cTian^ cre induré' de la vulve. D'autres médecins de l'hôpital, appelés à donner leur avis, confirment ce diagnostic.
Le père eî la mère de l'enfant, questionnés, affirment n'avoir jamais eu la vérole. Examinés en détail, ils ne présentent effectivement aucune manifestation syphilitique. Tout ce (|ue sait la mère, c'est que l'enfant, née à la Maternité, a été nettoyée, lavée par une infirmière, avec une ôponpre ayant déjà servi dans la salie pour d'autres enfants qui, ajoute-t-elle, « avaient du mal par tout le corps. »
Au moment où elle se présente à la consultation, elle raconte
(1). Alfred Pontet. Contribution à l'étude de la syphilis infantile acquise. Thèse de doctorat. Paris 1878. p. 10-12. Service de M. A. Fournier. Voy. un fait analogue dans la Gaz. des hôp. 1865, p. 178.
que c'est depuis Vingt joufs qa*elle à tti appftfâilre ft la grande lèvre gauche de son enfant un petit boutoti, q\A à*w6ù1fiit lentement, et i'ulcél^ peu de jdtOT pltis tard (1).
En 18?9, à la Société de médecine publique et d*hygiène professionnelle (2), M. Lagneau citait le fait suiTant i
Une AouiriGe sfline f amena à la cattipagiié uli petit Parisien qui, peu de temps après, présenta des accidents syphilitiques. Cette femme devitit malade, ainsi que son jeune enfant. Plusieurs mois après l'arrivée du nourrisson infectéj la fille atnée de cette nourrice, enfant de six ans enTiron, s'étant servie des cuillères employées par eette femme pont elle et pouf le notlrfissotl, fut elle-même at«> teinte de syphilis.
Observation JtXVtlI (1).
Ëafant de trois ans infecté par l'intermédiaire d'une brosse à dents.
B«.. (A.)t garçon de 3 ans et de saine apparence, m'était amené le 3 avril dernier au Blachfriars Rospital for Dièeaseê of the shin pour une éruption qui s'était montrée sur le ventre qnelqctes jours auparavant et avait envahi rapidement les parties voisines.
En le faisant déshabiUer, je vis les téguments couverts d'une sjphilide secondaire bien manifeste, de forme papuleuse. L'éruption, distribuée sjmétriquement, était limitée au tronoet avait absolument respecté la tête et les membres. Les amygdales étaient volumineuses, la gorge rouge, mais non ulcérée. Sur le dos de la langue, existait une érosion circulaire, entourée d*une auréole vas-
(1). Huguier. (Soc* de chir. 1844) a rapporté un fait semblable.
(2). Séance da 22 janvier 1879. (Revue d*hjgiène cft de police sani- Uire« 1879 p. 131).
(3). E. Bucbanan Baxter. A case of syfilitic inoculation by a toothbrush. (The Lancet, 1879, 1. 1. p. 768.)
culaire, qui eût logé un grain de chèiïevis. Il n'y avait pas d'autres accidents constitutionnels.
Un examen attentif me conduisit au diagnostic de chancre primitif.
Précisément à l'angle de la mâchoire inférieure, à gauche, je découvris un ganglion engorgé, gros comme une noix, et d'une dureté pierreuse.
Aucune des autres glandes lymphatiques n'était gonflée |d'une manière appréciahle. L'inspection des gencives et de la face in** terne des joues ne révélait cependant rien d'anormal.
Je pris la mère à part et l'interrogeai ; j'appris que, six ou sept semaines auparavant, elle avait puni l'enfant pour avoir sucé la brosse à dents de son père. Celui-ci avait alors « la bouche ulcérée. » Je priai la mère de quitter ses vêtements, et je constatai que la poitrine et les épaules étaient recouverts d'un exanthème maculeux, assez confluent, syphilitique, sans nul doute, et dont l'apparition remontait à deux mois ; mais cette femme en était si peu incommodée, qu'elle n'avait encore demandé aucun conseil.
L'enfant recouvra promptement la santé sous l'influence du perchiorure de mercure, donné à petites doses. L'éruption pâlit, le ganglion perdit de sa dureté et diminua de volume.
Dans qicelques années d^ici, it se développera probablement chez ce petit garçon des symptômes d'un caractère embarrassant pour V observateur qui ne connaît pas l'intéressant épisode de son histaire pathologique auquel nous assistons.
Dans un fait qu'a cité M. le professeur Hardy, l'infection s'était produite par l'intermédiaire d'une dragée. Il s' agissait, il est vrai, d'un adulte; mais on comprend que le cas eût pu se rencontrer chez un enfant.
Les agents médiats de la contagion peuvent être de nature très variée, et Ton s'étonne même que les accidents de ce genre ne soient pas plus fréquents, avec la tendance irrésistible des enfants à porter à la bouche tout ce qui attire leur attention.
Observation XXIX (inédite).
Plaques muqueuses des commissures labiales, de la face interne des joues- et du voile du palais. Syphilis communiquée par une embouchure de cornet à piston.
Benoît Tho..,, âgé de 9 ans, entré à l'Antiquaille le 13 novembre 1878, salle Saint-Mathieu, n® 10, service de M. Aubert.
Le père, âgé de 40 ans, nie tout antécédent syphilitique. La mère, âgée de 35 ans, a eu avant son mariage une ûUe qui s'est toujours bien portée. Mariée depuis treize ans, elle a fait trois fausses couches; Tenfant actuel est le seul qui soit arrivé à terme.
Jusqu'àFâge de 7 ans, ce petit garçon a joui d'une bonne santé. Il y a dix-huit mois, ayant trouvé une embouchure de cornet à piston recouverte de vert-de-gris ,il la porta à ses lèvres. Les parents attribuent à cette imprudence tous les accidents qui survinrent quelques jours après. En.le débarbouillant, la mère s'aperçut qu'il avait de chaque côté de la bouche plusieurs plaques blanchâtres. En môme temps elle remarqua un engorgement des ganglions cervicaux du côté droit.
Quelques semaines se passèrent sans qu'on instituât aucun traitement. Cependant le mal ne guérissait pas. Les parents allèrent consulter un médecin qui conseilla de l'huile de foie de morue, du sirop de raifoi*t iodé et un collutoire.
Depuis le début de Taifection, les parents n'ont pas cessé de prodiguer à Tenfant leurs caresses habituelles et ni Tun ni l'autre n*ont contracté la syphils.
Aujourd'hui, le malade présente un gonflement assez marqué des deux lèvres. On remarque de petites croûtes aux deux commissures. Sur la face interne des joues et à la partie postérieure du voile du palais se trouvent plusieurs plaques muqueuses.
Les cornées sont intactes ; cependant sur l'œil droit, on voit un petit point trouble. Les dents, quoique un peu irrégulièrement plantées, sont saines. Les incisives présentent toutes trois crénelures.
Prescription : 2 pilules par jour avec protoiodure de mercure, 2 centigrammes. Localement on touche les plaques muqueuses avec le nitrate acide de mercure.
Le 23 novembre. Amélioration très grande.
Le 18 janvier 1879. Le malade sort guéri des manifestations de la syphilis.
M. Tédenat, aujoufd'hui professeur agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier*, nous dit avoir vu en 1879# 6 l'Antiquaille, un enfant de deux ou trois ans porteur d'un chancre induré de la lèvre supérieure et de plaques Muqueuses en diverses régions du corps. La contagion s^était aussi opérée par l'intermédiaire d'un instrument de musique; seulement le père de l'enlant avait de^ plaques muqueuses labiales et ^instrument lui apparteûait. La res* semblance étrange de ces deux cas nous fit penser d'abord que nous avions affaire à un seul et même malade. Mais il nous est impossible de faire concorder les dates très précises qui nous sont fournies^ et il semble bien qu'il s'agisse de deux faits différents.
L'observation que nous venons de rapporter ûoiiS conduit naturellement â la communication que M. Galîppef fit, il y a deux ans, à la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle (1) sur la transmission possible de la syphilis par certains jouets d'enfants, tels que : sifflets^ flageolets, trompettes de toute forme, etc^ Les industriels» ambulants (en argot parisien, camelots) qui vendent ces objets montrent à l'acquéreur la manière de s'en servir et Ton sait que leur moralité est sujette à caution. Un autre danger peut venir du public qui essaye avant d'acheter et rejette dans la masse le jouet qui ne convient pas. La note
(1) Séance du 22 janvier 1879.
intéressante de M. Galippe ne contient malheureusement aucun fait clinique.
Certains usages populaires, certaines pratiques religieuses ont ouvert quelquefois une porte d'entrée au virus syphilitique. Nous ne les mentionnons que pour mémoire : le tatouage est tombé en désuétude (1); d*autre part, le consistoire israélite de Paris a modifié les rites de la circoncision de manière à la rendre innocente pour l'enfant. A M. Ricord remonte l'honneur de cette réforme.
Des opérations chirurgicales telles que la saignée (2), la sacrification (3), ont été le point de départ de plusieurs endémo-épidémies de syphilis. Il y a quinze ans, un spécialiste trop fameux inocula la vérole à nombre de personnes par le cathétérisme de la trompe d'Eustache (4) et les victimes ne furent pas toutes de» adultes.
Dans le même ordre d*idées nous devons signaler un autre mode de transmission de la syphilis qui a suscité de nombreux travaux et a été l'objet, à diverses reprises, de discussions magistrales, notamment au sein de l'Académie de médecine (1);
<1) Voyez cependant une série de 14 cas observés récemment par MM, les docteurs Maury et Duiles, de Philadelphie, dans TAmerican Journal of médical sciences, i878, t. I.
(2) Lue svenerea phlebotomo infecto inducta. (Ephemeridura Academiox Cœsareox Leopoldino-Carolinox naturox Curiosorum, decuria prima, ann. V, obs. LI, p. 93).
(3) Lues venerea per scarificationem plus quam in septuaginta homines simul propagata(lbid., Scholion, p. 94). Voy. aussi sur la maladie de Bruno, en Moravie (1578), J. Rollet, Recherche» cliniques et expérimentales sur la syphilis, le chancre simple et la blennorrhagie. Lyon et Paris, 1861, p. 134.
(4) Fait» de Gubler, Vigla, Fournie, Gosselin. Ricord, Fournier, Hillairet, Lortet, etc.
(5) Voy. les Bulletins, années 1863-1869.
nous voulons parler de la transmission de la syphilis par la vaccination.
L'historique de la question a été parfaitement exposé dans un mémoire de M. Viennois (1), et il serait oiseux d'y revenir. Depuis les derniers débats de l'Académie de médecine, de nouveaux faits ont été produits, surtout à l'étranger. M. Hutchinson vit, en 1871, (Jeux séries de cas de syphilis communiquée par la vaccination. La première comprenait 13 personnes, 10 furent infectées ; dans la seconde série, 9 personnes, sur 26, eurent des symptômes incontestables de syphilis secondaire. Le Bulletin de la Société médicale de la Suisse romande nous apprend qu'en 1878, sur 26 jeunes filles de 12 ans soumises à la revaccination, 12 furent infectées et plusieurs membres de la Société présents à la séance prirent la parole, à la suite de cette communication, pour affirmer que des faits analogues s'étaient présentés à leur observation.
Le mal ne s'arrête pas là, et dans les relations de syphilis vaccinale qui nous ont été données, nous voyons que le nombre des personnes atteintes par ricochets dépasse souvent celui des sujets primitivement inoculés parla lancette de l'opérateur. Ainsi la première série de Lupara nous montre 23 enfants, victimes directes de la vaccination ; mais € les mères de ces enfants, qui, pour la plupart, les allaitaient elles-mêmes, contractèrent la syphilis par cette voie... Un certain nombre d'entre elles communiquèrent le mal à leurs maris. Des pères et des mères, il s'étendit à d^ autres membres de la famille» à des enfants impubères des deux sexes, quelquefois à des familles entières... »
(1) Alexandre Viennois. De la transmission de la syphilis par la vaccination. (Archives gén. de méd., 1860, t. I, p. 641-671, t. II, p. 39-48, 297-323).
Dans la seconde série de Lupara, 11 enfants vaccinés contractèrent la vérole ; ils la donnèrent à- leurs mères et celles-ci la transmirent à 11 nourrissons.
Nous ne nous appesantirons pas davantage sur ce sujet ; de pareilles épidémies se produisent d'une manière intermittente, et nous nous sommes imposé la tâche d'insister principalement sur les causes qui agissent avec continuité. Il faut ranger ici les attentats à la pudeur : les crimes de ce genre sont incontestablement une des sources les plus fréquentes de la syphilis infantile. Nous ne saurions mentionner tous ces faits : il n'est pas do médecin qui n'en ait observé plusieurs ; nous nous bornerons à signaler quelques-uns des plus singuliers.
L'attentat à la pudeur est parfois commis par des sujets très jeunes; chaque année, dans notre pays, une soixantaine d'enfants sont cités devant les tribunaux correctionnels dont ils sont justiciables, à raison de leur âge. Mais que de faits de cette nature restent ignorés ! Ces petits êtres savent se taire et effrontément mentir, et bien simple qui se flatterait de leur arracher malgré eux un aveu, par douceur ou par menace. Sans parler des natures précocement perverses, il est certain que nombre d' enfants^ avant la puberté même, ont des curiosités qu'il est bien difficile de qualifier de criminelles, mais qui sont toujours bien étonnantes pour l'observateur. Nous avons vu à TAntiquaille un affreux petit bossu qu'on dut faire passer de la division mixte de M. Dron, où son âge l'avait fait admettre, dans celle de M. A.ubert. Il poursuivait de ses obsessions une petite fille qui se trouvait dans le même service.
Dans la thèse de M. G, François (1), on lit qu'un enfant
(1) Gustave François. Essai sur le paraphimosis. Thèse de doctorat, Paris» 1874, p. 20.
da huit «ta» fie doqna un paraphimo^is, à la suite d^ ma< nœuvres coupables avec uue petite lille du môme âge»
Certes, dans de pareille» conditions, 1^ transnâa^on d'une maladie vénérienne est chose tout à fait rare; ou en trouverait cependant des exemples. Dans Tob^ervatioA qui suit, l'affection communiquée ^ été la blçnnorrhagie; mais on comprend que, si le petit garçon dont nous rapportoM l'histoire se fût trouvé en présence de la' yérole, il Tçût contractée de mêmç et d'une façon très» peu innocente.
Observation XXX. (Inédite.) A^e : 9 |ins. Blennorrhagie.
Etienne Quill..., âgé (Je 9 ans, entré le 19 juin 1879 à TAntiquaille, salle Saint-Mathieu, no98, service de M. Aubert.
La mère est morte depuis longtemps; le père est bien portant.
Cet enfant a toujours joui d'une bonne santé. Il y a quinze Jours, il eut un eoït avec une petite fille do 7 ans, en ce moment à TAatK quaille, service des Chs^zeaux, où ou la traite pour une blen^or*' rhagie que lui a communiquée un individu en la violant au mois de mars dernier.
Deux jours après ce coït, Tenfant souffrait en urinant et il arriv • aujourd'hui avec un écoulement du canal de Turéthre qui taohe le linge en jaune verdâtre. Depuis hier, la miction n'eat pilua dQ^lQU▼ reuse, mais l'écoulement est toujours assez abou^apt. Le pyépuce est long ; eu l'écartant, on fait sourdre une grosse goutte de pus.
Prescription : opiat au copahu et au cubèbe.
Le 21 juin. Anesthésie à Téther et circoncision.
Sort le 13 août. Plus de suintement.
Ce n*est plus de blennorrhagie, mais bien de syphilis qu'il s'agit dans le fait suivant.
OBSfRVATIOlf XXXI (1).
Plaques muqueuses des grandes lèvres. Ulc^rfition des amygdales et de la voûte palatine. Irruption sur les bras et le corps. Syphilis acquise.
Une petite fille âgée de 10 ans, appartenant à d'humbles maik> honnêtes et i^epeetablea parents était admise à Thôpital Saint- Barthélémy, dans le service de M. Lawrence, le 19 juillet 186Û. Elle présentait \xw série de tubercules nauqueux sur les deux grandes lèvres , des excoriations au périnée et à la marge de Tanus. 11 existait en même temps une ulcération des amygdales et de la voûte palatine. L'enfant avait de plus une éruption secondaire sur les bras et sur le corps.
La i^ère ne savait absolument rien« mais la petite fille avoua qu'elle avait euua rapport sexuel (carnal concexion) avec son cousin, gçirçon de quatorze ans, et qu'elle avait sans doute été contaminée par lui.
Il ne semblait pas y avoir eu pénétration ; l'hymen était entier et son ouverture n'avait que le diamètre d'une plume d'oie. C'était d'ailleurs uqe petite fille vigoureuse et bien développée de toute Ç^aoière.
Eïile fut traitée à la manière habituelle par de petites doses de « grey powder » et par d'autres médicaments, 'et son état s'améliora rapidement.
De semblables faits sont exceptionnels, nous le répétons ; mais il n'en est plus de même des attentats à la pudeur conamis sur les enfants par des adultes. Si nous QQASulton^ la statistique des crimes commis ^nnu^llem^nt en France, publiée par les soins du miuist^re d^ la jus*tice (2), nous trouvons que les accusations pour attentats
(1), XbeL^ncet, 1860, t. 2, p. 239 et 240.
(2). Cofpptç f^énijsA d^ V^cl¥>Aii^i^trAtioii de la justice çtiçainélle an
à la pudeur exercés sur des enfants, avec ou sans violence, montent en l'année 1875 au chiffre de 837 ;
Année 1876 — 908;
En prenant la moyenne de ces quatre années et en tenant compte des acquittements, nous voyons que, chaque année, 701 personnes sont reconnues par le jury coupables de viol et d'attentat à la pudeur sur des enfants.
Cela ne nous dit pas malheureusement combien de fois la syphilis a été communiquée par le fait d'un attentat à la pudeur,
Un certain nombre de considérations nous portent cependant à croire que les crimes dont nous parlons sont fréquemment suivis d'affections vénériennes. D'abord, et nous ne serons contredit par personne, les auteurs de ces abominables tentatives obéissent souvent à un préjugé aussi bizarre qu'odieux; ils sont persuadés que les approches d'une jeune fille vierge auront pour effet de les guérir de la syphilis(l). Guersant fils (2), Toulmouche font la même remarque que Parent-Duchâtelet, et M. Tardieu(3) se range complètement à cet avis.
Autre indice. Le département du Rhône figure, sur le
France pendant Tannée 1875 présenté au président de la République par le garde des sceaux, ministre de la justice. Paris, imprimerie nationale. 1877. 1 vol. in-40.
Année 1877. Paris. 1878. Année 1878. Paris 1879. Année 1879. Paris 1880. (Dernier volume paru).
(1). A. J. B. Parent Duchatelet. De la proMitution dans la ville de Paris... 3« édition. Paris, J. B. Baillière, 1857. 2 vol. in-80. t. 2, p. 49
(2). Guersant. Gaz des hop, 1842, p. 107.
(3). Ambr. Tardieu. Etude médico-légale sur les attentats aux mœurs. 4« édition. Paris, J. B. Baillière, 1S62, in-S«. p. 89-90.
tableau que nous avons sous les yeux, pour 13 accusations en Tannée 1876, soit, avec la réduction des acquittements, 11 condamnations. Or, nous constatons que, dans cette même année, il est entré à TAntiquaille 6 petites filles syphilitiques à la suite d'un viol, et nous n'oserions pas affirmer que toutes les victimes ont été vues dans le service de M. Dron.
Le département de la Seine compte, chaque année, de 96 à 116 attentats à la pudeur. Combien sont suivis de syphilis? Un dépouillement minutieux des registres de l'hôpital de Lourcine, où une salle spéciale est affectée aux jeunes filles de moins de quinze ans, nous permettrait peut-être de fixer approximativement ce chiffre. Nous n'avons pu nous procurer les renseignements nécessaires. Parent-Duchâtelet, dans son livre sur la /'rostitMtion(l), a donné quelques indications qui ne peuvent nous servir bien utilement. Nous y voyons que le nombre des enfants reçus à Lourcine de 1834 à 1844 a été de 1,698, et de 1,435 pendant la période de onze ans qui s'étend de 1845 à 1855. Malheureusement les enfants nés à Lourcine et ceux qui sont venus du dehors sont inscrits sous la même rubrique ; puis le rapport des syphilis aux blennorrhagiesn'y est pas indiqué.
Il faut aussi se garder de croire que tous les attentats à la pudeur commis sur des enfants sont connus et punis. Un court mémoire de M. Letulle (2), publié en 1878, renferme quatre observations de chancre infectant delà vulve chez des petites filles et, dans tous les cas, la syphilis est la conséquence d'un acte criminel. Un seul de ces quatre
(1) Parent-Duchâtelet. De la prostitution dans la ville de Paris... 3® édition. Il, t. p. 62-66.
(2) France méd., janvier 1878.
Roussel. 7
faits cependant a donné lieu à des poursuites : circonstance qui nous frappe vivement.
L,es attentats à la pudeur ne sont pas toujours commis sur des filles; le 15 avril 1861, la Cour d'assises des Côtesdu-Nord condamnait à six ans de réclusion une fille de 21 ans qui, atteinte de syphilis, avait attiré dans son lit un enfant de 5 ans et l'avait infecté. Elle aussi avait cédé au préjugé dont nous parlions tout à l'heure; elle avait été poussée à sa criminelle action par l'idée qu'elle se guérirait 4c en se mettant en rapport avec un homme qui n'aurait eu aucun commerce avec les femmes. »
Les crimes de ce genre revêtent parfois une forme plus révoltante enirore et de petits garçons ont reçu la syphilis à la suite d'actes contre nature. Ces faits sont moins rares qu'on ne pense (1). En voici des exemples.
Observation XXXII*
Pédérastie* Syphilis consécutive. La victime transmet la maladie
à son frère (1).
Nous avons vu à laconyultation de Biett, à l'hôpital Saint-Louis, un cas remarquable qui trouve naturellement sa place ici. Un jeune enfant envoyé par sa mère à recelé alla jouer dans les champs aux • environs de Paris. Là il fut saisi par un homme qui, par force et par promesses, finit par le faire servir à de hideuses manoeuvres. Bientôt au pourtour de l'anus se développèrent des pustules plates. Couché dans le même lit que son jeune frère âgé seulement de six ans, il voulut, suivant Texpression du pauvre petit, lui faire man-
(1) Voy. les paroles de Roger, de Béhier et d'autres membres de la ciété médicale des hôpitaux, (Gaz. hebd., 1863, p. 477.
(2) P.-L. Alphée Cazenave. Traité des syphilides ou maladies Téné<^ iennes de la peau. Paris, Labé, 1843, in*^ p. 122 et 123.
ger de son mal^ et il lui passa sur la bouche le doigt imprégné du liquide qui baignait ses pustules. Tous deux furent amenés à la consultation, le plus jeune portait au côté gauche de la bouche un tubercule ulcéré, et l'aîné offrait àTanus des pustules plates et des végétations en crêtes de coq, etc.
Observation XXXIII.
Syphilis chez deux petits garçons consécutive à des actes
contre nature (1).
Deux petits garçons qui sont frères, Tun âgé de six ans, lautre de huit ans, sont amenés, le 6 mai 1846, à Thôpital du Midi. Le plus jeune porte des plaques opalines aux commissures des lèvres ;rainé a des papules humides et des végétations à Tanus. Ces deux enfants qui sont atteints de ces symptômes depuis plusieurs mois, ne présentent aucune trace de chancre. Les parents, qui sont en parfaite santé, ne peuvent donner des renseignements précis sur le début de cette maladie, qu'ils ont vu paraître sans en soupçonner la cause et qui ne leur a inspiré quelque crainte, qu'après avoir obtenu de leurs enfants l'aveu qu'un homme inconnu avait exereé sur eux de coupables manœuvres.
M. le professeur A. Fournier, dans sa thèse de doctorat (2), parle d'un enfant entré à l'hôpital du Midi pour des symptômes de syphilis secondaire. Il avait subi quelques mois auparavant des approches a prœpostera venere.
(l)Léoii Bassereau. Traité des affections de la peau symptoma tiques delà syphilis, Paris, J.-B. Baillière, 1852, 1 vol. in-8, p. 366. (2) Alfred Fournier. Thèse de Paris, 1860, p. 12.
Observation XXXIV.
Enfant de six ans. Dilatation infundibuliforme de l'anus. Plaques
muqueuses anales et buccales (1).
MmeX..., âgée de 30 ans, me présenta, sur la fin d'octobre 1859, un enfant de 6 ans, qui arrivait de nourrice, et qui avait sur tout le corps une syphiiide papuleuse des plus manifestes. Mme X..., la mère de cet enfant, n'avait jamais souffert, pas plus que son mari, du plus léger accident syphilitique. Désireux de connaître la cause de la maladie de Tenfant, j'examinai avec soin Tanus ; outre qu'il était bordé d'une couronne de plaques muqueuses, cet orifice présentait une dilatation évidente infundibuliforme. Dans la bouche, on trouvait seulement quelques rares plaques muqueuses. Je prévins Mme X... delà maladie de son enfant et du danger auquel elle s'exposait en continuant de Tembrasser...
La contagion eut lieu cependant.
Ces hontes, hélas ! ne sont pas nouvelles, et notre époque n'en a pas le triste privilège. Brassavole disait déjà (2) : 4c Si quispiam puer a turpissimo in moribus homine fuerit subagitatus, et illi in ano et circa anum pustulœ contingant morbum Gallicum esse judicato. »
M. Tardieu le fait remarquer avec tristesse dans sa belle Etude médico-légale sur les attentats aux mœurs (3) : « Les liens du sang, loin d'opposer une barrière à de coupables entraînements, ne servent trop souvent qu'à les favoriser. Des pères abusent de leurs filles, des frères abusent de
(1) E. Lancereaux. Traité historique et pratique de la syphilis. Deuxième édition. Paris, Germer-Baillière, 1873, in-8, p. 78.
(2) Antonius Musa Brasavolus, Ferrariensis, De Morbo gallico liber« Dans l'Aphrodisiacus de Luisini.
(3; 5e édition, Paris, 1867. p. 51.
leurs sœurs, » et le regretté professeur avoue que ces faits s'oflFrent en nombre croissant à son observation.
La vérole est parfois la conséquence de ces rapports incestueux ; il en est ainsi dans un cas rapporté par M. Pontet. La jeune fille, âgée de treize ans, avait été violée par son propre frère et en avait reçu la syphilis.
L'observation suivante n'est pas moins révoltante.
Observation XXXV.
Syphilis commuDiquée par un frère aîné vraisemblablement
a a prœpostera venere. » (1).
Le nommé G... (Alfred), âgé de 14 ans, entre, le 14 janvier 1863, à Thôpital des Enfants-Malades, salle Saint-Louis, n® 7. Il y a huit jours qu'il s'est aperçu de petits boutons à l'anus et dans la rainure interfessière. Ces boutons se sont vite ulcérés ; ils sont douloureux avec démangeaison, et empêchent l'enfant démarcher; lorsqu'il va à la selle, il ressent une vive cuisson.
Il couchait avec son frère aîné, avant que celui-ci, âgé de 19 ans, entrât à l'hôpital du Midi (il y a huit jours), et il a dû être infecté par ce frère, ainsi qu'un troisième phtsjeime qui n'est pas venu à Vhôpital^ et qui a été soigné chez le père ; il dit ignorer lorigine de son mal; mais l'anus se dilate assez facilement; il semble qu'il y ait eu tentative de pédérastie. De plus, des plaques muqueuses entourent l'anus et occupent la rainure interfessière. Le pli de l'aine présente de chaque côté de nombreux ganglions, volumineux et douloureux à la pression. Il n'y a point de lésions à la gorge, point d'éruption cutanée, ni de pléiade ganglionnaire cervicale. — Je fais passer en chirurgie le jeune syphilitique.
Enfin, dans bien des cas, l'infection sera certaine, et ce-
(1) Henri Roger. Etude clinique sur la syphilis infantile. Mém. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1864, p. 16, obs. VI.
pendant il y aura impossibilité de découvrir la source de la sjrphilis. On rencontre, à chaque pas, des observations de cette catégorie (1). Nous n'en publierons que trois encore inédites.
Obsbryation XXXVI (inédite).
Age : 3 ans. Syphilis acquise.
Anaïs Col , entrée à TAntiquaille le 22 juin 1878, service de
M. Dron.
Syphilis prise en nourrioe ; l'enfant était âgée de 2 ans et demi* Mode de contagion inconnue.
Actuellement: plaques muqueuses ulcérées des lèvres. Larges papules sur la langue « Plaques muqueuses du gosier*
On prescrit la liqueur de Van Swieten.
§ort le 6 août 1878, encore en traitement.
OBSjERVATiotf XXXVII (inédite).
Age : 15 mois. Chancre syphilitique de la^rerge.
André- Antoine Mar..., âgé de quinze mois, entré le 5 avril à l'Antiquaille, service de M. Dron.
Chancre syphilitique à la base de la verge. Induration, adénopathie médiocre.
L'origine de ce chancre est inconnue.
Sort le 29 août 1878. L'ulcération est guérie. Il n'y a pas eu d'autres manifestations syphilitiques pendant le séjour de Tenfant auj Chazeaux.
(1) Voy.la thèse de Pontet. Paris, 1878, p. 7 et 8.
Observation XiXVIIÎ (inédite).
Age : 9 ans. Chancre primitif de la face interne de la joue.
Plaques muqueuses labiales.
Jean Char...., âgé de 9 ans, entré à l'Antiquaille le* 31 octobre 1879, salle Saint-Mathieu, n» 1, service de M. Àubert.
Père et mère bien portants. Trois sœurs en bonne santé.
Ce petit garçon vient de passer un an à la campagne, chez son oncle; il en revient aujourd'hui avec des plaques muqueuses de la commissure labiale gauche qui se prolongent dans l'intérieur de la bouche du même côté ; on trouve à l'angle de la mâchoire quatre ganglions variant du volume d'une noisette à celui d'une petite noix. La mère prétend que depuis deux ans son enfant a des glandes au cou ; mais elle pense que c'est peut-être à l'école du village qu'il a contracté ce mal à la bouche.
11 semble que l'accident présenté par le petit malade est le chancre primitif, qui s'est transformé m situ et s'est accompagné à son voisinage immédiat et à la commissure labiale de plaques muqueuses. En effet, si l'on examine l'intérieur de la bouche, on voit une surface assez régulièrement arrondie, un peu saillante, de deux centimètres environ de diamètre, à centre encore un peu érodé, à périphérie recouverte d'un épiderme opalin; la face interne de la lèvre inférieure présente immédiatement en avant de ce chancre une large plaque muqueuse à surface opaline entourée d'un liseré rosé. La commissure porte encore une certaine plaque muqueuse saillante, qui en cerne complètement le pourtour et se continue sur la face muqueuse des deux lèvres sous forme de plaque opaline et de fissures aboutissant au chancre.
En promenant le doigt sur la lésion et en la saisissant autant que son siège le permet, on sent une consistance ferme, une induration réelle.
On prescrit:
Gargarisme au chlorate de potasse.
26 novembre. Les surfaces sont complètement cicatrisées ; les tissus s'assouplissent; l'adénite persiste. Absence complète de roséole.
13 décembre. Absence de roséole. Gingivite avec léger déchrnement des gencives. — On suspend Tadministration du protoiodure.
20 décembre. Le malade présente, sur le dos de la main droite, deux pustules et six sur la face : une sur le front, une sur l'aile droite du nez et quatre sur la lèvre inférieure. Une de ces dernières a un fond qui rappelle l'aspect d'une plaque muqueuse.
27 décembre. Persistance des pustules. Les croûtes commencent à sécher. Deux pustules ont apparu sur le pouce et l'index gauches.
3 janvier 1880. Trois nouvelles pustules sur la lèvre inférieure. La roséole fait toujours défaut.
6 janvier. Nouvelles pustules à la base de l'annulaire gauche.
17 janvier. Aucune éruption sur le tronc. Les pustules de la main ne sont pas encore guéries ; celles de la face sont sèches.
Tous les auteurs Tont reconnu, le nombre des jeunes filles atteintes d'accidents syphilitiques dépasse de beaucoup celui des garçons. Dans l'hypothèse de la syphilis héréditaire, ce fait reste absolument inexpliqué; si Ton adopte, au contraire, notre manière de voir, rien de plus facile à comprendie : les attentats à la pudeur, en effet, sont infini ment plus fréquents sur les petites filles. Ce n'est pas tout; oji aura peut-être remarqué que la plupart des enfants innocemment contagionnés sont des filles encore; il y a, nous semble-t-il, à cela deux raisons. Une raison anatomique d'abord : la vulve présente une surface éminemment propre à Tinoculation du virus, et les soins de propreté ramènent souvent en cette région des doigts et des linges qui peuvent être malpropres. En second lieu, la petite fille se plaît aux caresses et volontiers on les lui prodigue; le garçon, lui, peu friand de baisers, se dérobe et court à ses jeux turbulents.
Nous avons déjà noté dans le précédent chapitre la bé-
nîgnité relative de la syphilis acquise dans l'enfance. Cependant un optimisme exagéré serait tout à fait hors de saison: le traitement antisyphilitique est nécessaire. Dans les épidémies de vérole que nous avons signalées plus haut, la maladie est presque toujours méconnue au début; aussi les cas de mort ne sont-ils pas rares. Une lettre de M. Pacchiotti à M. Cerise (1) sur les vaccinés de Rivalta est fort instructive : « Dans un petit villae^e de 2,000 âmes (Rivalta), sur 63 enfants vaccinés, 46 deviennent syphilitiques et 7 meurent, car on ne se doutait pas de la nature syphilitique de la maladie, et il n'y eut pas de traitement spécifique. Mais aussitôt que ce traitement est adopté, l'amélioration est évidente, et 4 enfants presque mourants reviennent peu à peu à la vie. »
M. Roger (2), chez une petite fille de deux ans, infectée par sa mère, put observer simultanément un chancre induré de la lèvre supérieure, une roséole et des plaques muqueuses, et enfin des exostoses multiples. C'était là une véritable syphilis galopante.
Une jeune fille de 9 ans, observée par M. Dowse (3), avait pris un chancre de Tavant-bras en soignant un nouveau-né syphilitique. Elle fut emportée en quelques mois pai une vérole maligne, malgré Tadministration du mercure et de l'iodure de potassium.
Cescas malheureux ne détruisentpas la règle. La syphilis acquise des enfants est bénigne en général.
(1) Insérée dans TUnioD médicale de 1862 et reproduite dans la Gazette hebdomadaire de méd. et de chir., 1862, p. 132 et 133.
(2) H. Roger. Bulletin de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1863, p. 432-433.
(3) Dowse. Clinical Society of London, 11 mai 1877. (The Lancet^ 1877, t. I, p. 842.)
Parmi les accidents secondaires les plus fréquents, nous devons signaler l'engorgement des ganglions lymphatiques et l'exubérance, parfois surprenante, des plaques muqueuses. La roséole, les éruptions secondaires de forme papuleuse ont été assez souvent signalées pour que nous soyons convaincus que leur rareté relative tient à ce que le médecin a été appelé trop tard. D'ailleurs, comme on sait, pourvoir la roséole, il faut la chercher.
Nous avons noté avec soin, chez un de nos malades (obs. XXXVIII), une éruption pustuleuse qui nous paraît présenter quelque intérêt. On peut, enefiPet, se demander sii chez un enfant toujours plus ou moins disposé aux éruptions suintantes et impétigineuses, ces pustules ne consti • tuent pas une forme anomale de syphilides. Nous ne faisons que poser la question, faute de pouvoir l'approfondir
Dans une observation de M. Letulle (1), l'enfant contaminée présenta une éruption de <k larges bulles entourées d'un liseré rosé. »
Les accidents dits de transition, les accidents tertiaires font-ils défaut dans la syphilis infantile acquise? Rien, a priori^ n'autorise à les nier; mais il y a mieux : l'observation prouve qu'ils existent et nous en avons rassemblé plus loin un certain nombre d'exemples.
Avant de clore ce chapitre et d'aborder l'étude des lésions profondes de la vérole chez l'enfant, nous tenons à faire une dernière remarque. La syphilis infantile acquise, à raison de l'obscurité qui cache fréquemment son origine, à raison de sa bénignité habituelle, court grand risque
(1) Maurice Letulle. Etude sur le chancre infectant de la Tulve chez Tenfant. (France médicale, 1878, p. 81.)
d'être méconnue, surtout lorsqu'elle se rencontrera dans une famille honorable. Le médecin, en pareille circonstance, devra se rappeler que les caractères propres de la lésion priment tout et qu'aucune considération ne saurait prévaloir contre le diagnostic objectif posé par lui.
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