‹ De la syphilis tertiaire dans la seconde enfance et chez les adolescents: étude accompagnée dChapitre 2 sur 11 · EXAMEN CRITIQUE DE LA SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE · texte numérisé non relu

EXAMEN CRITIQUE DE LA SYPHILIS HÉRÉDITAIRE TARDIVE

Si l'on jette un regard sur les innombrables ouvrages consacrés à l'étude des maladies vénériennes, si l'on parcourt les publications périodiques où s'entassent au jour le jour des faits de toute nature et d'importance bien diverse, on ne peut manquer d'être frappé de la rareté des observations qui signalent l'existence de la syphilis dans la seconde enfance. Les manifestations de la vérole héréditaire, dans les premiers mois de la vie, ont été étudiées avec un soin patient par d'éminents cliniciens; d'autre part, l'infection directe de l'enfant dans l'allaitement, par la vaccination, par les modes les plus variés, a été l'objet de

nombreux et intéressants travaux, A diverses reprises, ces questions ont été portées et débattues au sein de l'Académie de médecine et des autres sociétés médicales françaises et étrangères. Mais une fois la première année de • l'existence franchie, les faits, abondants jusque-là, diminuent à tel point qu'il devient facile de les compter. La lumière ne réapparaît qu'à l'adolescence, au moment où se montre la vérole contractée régulièrement, dont l'histoire a été si merveilleusement élucidée dans notre siècle par des hommes que tous connaissent et qui, pour la plupart, sont encore nos contemporains.

Il y a là une sorte de paradoxe. Si grave que soit la syphilis héréditaire, elle guérit quelquefois; elle guérirait plus souvent encore si le petit malade recevait les soins qu'exige son état. Dans la syphilis acquise, c'est mieux; la guérison se trouve la règle. Que deviennent tous ces enfants?

On peut prétendre, non sans raison, que la syphilis héréditaire, en vertu même de la violence de ses attaques précipitées, s'épuise rapidement chez les sujets qui survivent; mais lorsque la contagion est accidentelle, n'est-il pas tout à fait logique de supposer qu'au chancre primitif, aux accidents secondaires de la maladie succéderont, eprès un intervalle de quelques années, des manifestations tertiaires semblables à celles que nous constatons chez l'adulte? Les faits nous montreront qu'il en est ainsi.

Aux approches de la puberté, il n'est pas rare d'observer sur les jeunes sujets toute une série de lésions profondes de la peau, des muqueuses, des os, dont la physionomie singulière a depuis longtemps attiré l'attention des médecins. Beaucoup ont vu là des lésions scrofuleuses ; d'autres observateurs, et des plus éminents, n'ont pas hé-

site à mettre en cause la syphilis et la clinique leur a donné raison; l'iodure de potassium, en effet, possède une action véritablement surprenante contre de semblables altérations.

Mais quelle est l'origine de cette syphilis? La réponse est des plus difficiles. Presque tous les auteurs qui ont reconnu la nature spécifique des accidents morbides que nons nous proposons d'étudier ont été d'avis qu'il s'agit de syphilis congénitale. Leurs prémisses très justes aboutissent ainsi à une conclusion beaucoup plus discutable. A peine quelques-uns reconnaissent-ils la possibilité d'une syphilis contractée accidentellement. De ce nombre sont MM. Hérard (1), Verneuil (2), Fournier (3). M. Rollet va plus loin et, dans son Traité des maladies vénériennes (4), après avoir rappelé les observati«ms de syphilis héréditaire tardive publiées depuis N. Massa jusqu'à Sperino, il ajoute avec un grand sens : « Il est probable qu'il s'agit ici de syphilis acquises qu'on a jugées héréditaires uniquement parce qu'elles n'avaient pas eu les rapports sexuels pour origine. »

Pour qu'il y ait de telles divergences entre les éminents cliniciens auxquels nous faisons allusion, il faut que les causes d'erreur soient nombreuses et d'une nature particulièrement délicate. Au premier rang nous devons signaler l'absence habituelle de renseignements sur le passé des eunes malades,

(1) Hérard, Du diagoostic différciitiel de la scrofule et de. la syphilis. (BiiU. etMém. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1865, p. 05.)

(2) A. Verneuil. Gaz. des hôp., 1879, p. lOH.

(3) A. Fournier. De la syphilis gommeuse du voile du palais. (Gaz. des hôp., 1867, p. 563.)

(4) J. Rollel, Traité des maladies vénériennes. Paiis, V. Mass^n, 1865, 1 vol. in-8, p. 972-973.

Quiconque a vu les syphilitiques, — et nous visons spécialement la clientèle hospitalière, — sait avec quelle peine on parvient à leur arracher l'aveu d'une vérole antérieure, quand l'accident primitif remonte à plusieurs années déjà. M. le professeur Fournier, dans ses Leçons sur la^syphilis tertiaire (1), analyse très finement les motifs qui les poussent ainsi à la négation obstinée. Les questions les plus adroites viennent échouer contre on ne sait quel parti pris bizarre; les malades sont en proie à une défiance insurmontable, d'autant plus difficile à vaincre qu'ils ont eu à subir plus d'interrogatoires. S'agit-il d'une femme, les difficultés ne font que croître, et M, Fournier a pu dire en manière d'aphorisme (2): « Sachez bien ceci pour votre gouverne: sauf exceptions rares, une femme n'avoue jamais la vérole, même à son médecin. )► N'oublions pas d'ailleurs que la femme ignore souvent la syphilis dont elle souffre.

Si les adultes, volontairement ou non, nous abusent ainsi, quelle lumière sommes-nous en droit d'attendre, lorsque nous avons affaire à des enfants? Les parents nient ou ignorent. Peut-être le père serait-il disposé à parler, mais le plus souvent c'est la mère qui accompagnera l'enfant, et ses dénégations seront d'autant plus trompeuses qu'elles porteront l'empreinte de la bonne foi. Qu'il s'agisse de syphilis héréditaire ou de syphilis acquise, les difficultés sont aussi grandes, quoique de nature un peu différente. D'une manière générale, nous pouvons dire que, dans le premier cas, la vérole sera souvent niée de parti pris; dans le second, elle sera plus souvent ignorée, à raison même

(1) Journal rÉcole de médecine, 1875.

(2) Alfred Fournier. Leçons sur la syphilis étudiée plus particulièrement chez la femme. Paris, A. Delahaye, 1873, 1 vol. in-8, p. 979,

de la bénignité habituelle de la maladie chez Tenfant; mais, dans un cas comme dans l'autre, le petit malade est hors d'état d'éclairer le médecin, et celui-ci est obligé de faire fond sur le témoignage des parents. Nous louchons ici du doigt un des gros obstacles qui nous empêchent d'arriver à la vérité. Que saurions-nous, en effet, des affections vénériennes antérieures de l'adulte, si nous étions réduits aux renseignements puisés dans son entourage?

La notion des antécédents nous fait donc le plus souvent défaut. Ce n'est pas tout. « La vérole vieillie a la mine honnête, » disait M, Ricord, et les caractères objectifs des lésions ne suffisent pas toujours à mettre le médecin sur ses gardes. Si la possibilité d'un accident syphilitique tertiaire ne se présente pas à son esprit, il attribuera à la scrofule notamment ce qui, en réalité, appartient à une autre maladie.

Des cas plus difficiles encore s'offriront : tel celui que M. le professeur Bouchard observa en 1873. Les altérations organiques se traduisaient par une symptomatologie si étrange que le diagnostic fut impossible, et M. Bouchard prononçait à ce sujet des paroles attristées, pleines d'une grave et pénétrante émotion :

€ Ce qu'il y a de plus triste dans cette incertitude, ou mieux dans cette ignorance, c'est que si le mal avait été reconnu, ileût vraisemblablement pu être guéri. Jene mets dans cette confession ni humilité ni effronterie. Si je regrette cette erreur, je ne crois pas avoir à en rougir. Je crois être resté fidèle au devoir du médecin, qui est d'appliquer son attention et son intelligence à faire bénéficier le malade des avantages qui peuvent résulter pour lui de la science telle qu'elle existe au moment où il réclame nos soins.

€ Dans l'état actuel de la science, je ne pouvais pas faire autre chose que ce que j'ai fait. Mais cette observation porte avec elle ses enseignements; elle me paraît capable de modifier la science. Dans un cas semblable, il pourrait m'arriver encore de me tromper; mais je n'aurais pas les mêmes excuses (1). »

En matière de syphilis, le diagnostic de la lésion locale n'a qu'une valeur secondaire, celui de la maladie prime tout. C'est ce diagnostic qui détermine impérativement le traitement auquel on aura recours : le salut du malade en dépend. Aussi l'étude que nous abordons nous semblet-elle avoir quelque importance au point de vue pratique. Notre but principal est d'appeler l'attention sur la fréquence relative de ,1a syphilis tertiaire dans la seconde enfance; mais un pareil sujet nous impose une autre tâche à laquelle nous ne pouvons nous soustraire : nous devrons rechercher si les accidents observés dérivent de la syphilis acquise ou de la syphilis congénitale. Cette dernière hypothèse est acceptée par nombre d'auteurs, et c'est elle que nous avons à discuter tout d'abord.

Les premiers observateurs de la vérole méconnurent complètement la transmission de la maladie par voie d'hérédité. G. Vella (2), en 1508, pose la question d-une manière très nette et la résout par la négative. Quarante ans plus tard, Thierry de Hery, dont A. Paré estime si fort la science et la « preud'hommîe » se prononce encore contre l'hérédité. Certes les vieux syphiligraphes

(1) Ch. Bouchard. Deux leçons sur la syphilis héréditaire tardive, insérées dans les Leçons sur la syphilis de V. Cornil. Paris, J.-B. Baillière, 1879, p. 323.

(2) Georgii Vellœ Brixiensis Physici, de Morbo Gailico opusculum Aphrodisiacus de Luisinus, Lugd.-Batax, 1728, in-fol., p. 205).

avaient bien vu des enfants infectés; mais ils incriminaient les nourrices: pour eux, le lait était le véhicule du virus, « attendu que le laict n'est que sang blanchi (1). *

Le premier auteur qui, à notre connaissance, se prononce en faveur de l'hérédité de la syphilis, est un médecin de Rouen, Jacques de Bethencourt (2). »

(1) A. Paré. Œuvres. Paris, 1585, p. 700.

(2) Jacques de Bethencourt, le premier médeciu français qui écrivit sur la syphilis, habitait Rouen et, à cette époque, qu'on ne l'oublie pas, la capitale de la Normandie était précisément le grand port où débarquaient nos hardis marins au retour du Nouveau-Monde. Il est probable que la syphilis fut importée directement d'Amérique dans cette ville et qu^un foyer d'infection s'y développa.

D^ai Heurs, pendant tout le xvi® siècle, la vérole de Rouen jouit d'une renommée incontestable et véritablement populaire. Un vieux proverbe disait : a Crotte de Paris et véroUe de Rouen ne s'en vont qu'avec la pièce. » Voici, à ce sujet, quelques textes curieux. Le Dictdes Pay9 (Recueil de 1597) après nous avoir dit :

a A Calays est le bon poisson

Et bonne moustarde à Dijon, »

nous apprend, entre autres particularités, ue

a II n'est ,..,.,..

Crote que de Paris et H an

Et vérole que de Rouan

Et, si vous ne me voulés croire

Allés y voir après vin boire. »

(Recueil de poésies françoises des xv^ et xv« siècles, morales, facétieuses, historiques, réunies et annotées par M. Anatole de Montaiglon. A Paris, chez P. Jannet, 1856, t. V, p. 116, note 2.)

Dans un opuscule extrêmement rare, imprimé à Lyon en 1539, on lit :

« Mais Verolle, la belliqueuse emperiere, comme une aultre Semiramis, quels peuples n'a-elle desjà par guerre inquiétez?.... Par quoy je dy que, si elle continue ainsi heureusement comme elle a commencé... je doulte qu'elle ne se rende tributaire briefvement tout l'universel, maulgré tous ses plus forts ennemiz..., avoir trayné après son curre triomphal plusieurs grosses villes par force prinses et rcduictes en sa

On a dit, mais bien à tort, que le malin normand n'avait parlé de cette hypothèse que sur le ton de la plaisanterie. Voici le passage auquel on a fait allusion ; c Puerulis, ac quibusdam (et si rarenter) adultioribus pudico citraque venerem contactu potest emergi. Ac nonnullis devotissimae religionis in visendis desolatis, ac indigentibus, pro bumauo (quod pie credendun) est) accidit charitate (I), » La réserve narquoise de Bethencourt ne porte , ainsi qu'on peut le voir, que sur les syphilis contractées accidentellement par des adultes en dehors de toute relation sexuelle. Sur la question de l'hérédité notre vieil écrivain est formel et, à la fin d'un chapitre où il accumule les citations de Galien et d'Hippocrate, il conclut çn ces termes : « Sani

subjection, mesmement la ville de Rouen, capitalle de Noimandye, où elle a bien faictdes siennes, comme Ton dit, et publié ses loix et droitz dififu sèment.»

6t quelques page» plus loin, Tauteur fait parler la Gorre de Rouen :

ce Sur toutes villes de renom Où l'on tient d'amour bonne guyse, Midieuz, Rouen porte le nom De veroller marchandise.

Ld fine fleur de paillardise On doit la nommer meshouen ; Au Puy d'Amour prens ma devise :

Je suis la Gorre de Rouen. »

(Le Triumphe de très haulte et puissante dame Verolle, royne du Puy d'Amours: nouvellement composé par l'inventeur des menus plaisirs honnestes. MDXXXIX. On les vend à Lyon, chez Françoys Juste, devant Nostre-Dame-de-Confort.)

(1) Nova penitentialis Quadragesima, necnon purgatorium in Morbum Gallicum sive Venereum una cum dialogo aquœ argenti, ac Ligni Gaiaci colluctantium... Opus fructiferum, a Jacobo Abethencourt Rhotomagensi medico nuper editum, quo sequentia continentur. Impressum Parisiis, typis Nicolai Sauetier, in vico Caimelitarum, sub homine sylstri (sic), 1527, 1 vol. petit in-4. De venerei morbi notis, Fj.

de sanis gignuntur, morbosi de morbosis. Hinc talis venereus morbus a pareatibus contrahi potest (1), »

Ce sont des raisons plus théoriques que positives qui poussent Bethencourt à parler ainsi; pour lui, la cause physique de la vérole est la semence altérée de l'homme ou de la femme, car, au dire d'Hippocrate, « ipsa fœmina de corpore semen emittit. » Dès lors quoi d'étonnant à ce que cette semence gâtée donne, en se développant, un produit corrompu ?

« Tandem fît morbus hereditarius, s'écriait deux ans plus tard Paracelse, et transit a pâtre ad filium... Est morbus fœdus, se ad alios propagans, alios contaminans, et magis hereditarius quamlepra... Quiqui luem Gallicam partu accipiunt, ut infantes, non possunt ab hoc contagio liberari... crescit morbus cum infante, et pro miasmatis virtute modo citius, modo tardius erumpit(2). » Et plus loin : « Morbus... virtute generativa perpétuât, et ad infantes transit conceptione et lacté (3). » La doctrine est très nette, cependant on se tromperait si Ton croyait qu'elle repose uniquement sur l'analyse minutieuse des faits. En parlant ainsi, Paracelse obéit à des considérations d'un autre ordre; pour lui, la syphilis est héréditaire, mais c'est que ses théories mystiques le veulent ainsi ; « La génération va toujours en empirant, tellement que

(1) J. de Bethencourt, ibid., De venere, ejus causis, ac effectibus, Diij.

(2) Paracelse, De Morbo Gallico, cap. 8, p. i43-144, (Aphrodisiacus sive de lue venerea in duas partes divisus, quarum altéra continet ejus Testigia in veterum auctorum monumentis obvia, altéra quos Aloysius Luisinus temere omisit scriptores etmedicos et historicos... collegit..,. D. Christianus Gothfridus Gruner... lenœ, apud Chr. Henr. Cunonis heredes, 1788, in-fol., p. 134.

(3; Paracelse, ibid. Aphrodisiacus de Gruner, p. 135.

• les derniers sont plus maladifs et pires que les premiers, parce que le mal leur a esté communiqué, et donné par leurs pères (l)é » L'auteur répète cette idée sous toutes les formes : (c La condition des enfans au regard de la santé, a esté de tout temps pire que celles de leurs pères. Ainsi Caïn et Abel ont eu moins de santé qu'Adam et Eve : et derechef eux en ont eu plus que les enfans qu'ils ont engendrez : tellement que si Dieu n'y met remède, je conjecture et pense, que le temps viendra qu'on verra des maladies du tout incurables, à cause de la communication de ce venin héréditaire. (2) »

Moins préoccupés que Paracelse de chimères astrologiques, ses contemporains et ses successeurs du xvi® siècle reviennent peu à peu à l'étude objective des faits, et, en 1551, Amatus Lusitanus (3), le premier, cite un casfortremarquable de syphilis congénitale ; du nouveau-né infecté la maladie se transmit à neuf personnes qui se trouvèrent en contact avec lui.

Brassavole (4), Auger Ferrier (5), Pierre Haschard (6),

(1) La grand chirurgie de Philippe Aoréole Theophraste Paracelse, grand médecin et philosophe entre les Alemans, traduite en françois, de la version latine de Josquind'Alhem...., par M. Claude Dariot, médecin à Beaune..,. A Lyon, pour Antoine de Harsy, 1593, in-4. Premier traicté de la seconde partie, chap. m, p. 161.

(2) Paracelse. La grand chirurgie..., second traicté de la seconde par* tie, chap. il, p. 240 et 241.

(3) Jean Rodrigue Amato, dit Amatus Lusitanus (1511-1568). Aphrodisiacus de Luisinus, p. 653.

(4) Ant. Musa Brassavole, Tractatusde usu radicis chinœ.In Aphxod. de Luisinus, Venetiis, MDLXVl.

(5) Auger Ferrier, De Pudendagrâ, gravi lue Hispanicâ, libri IL Tolosœ, apud Jacobum Colomiers, 1553, in-12.

(6) Morbi Gallici compendiosa curatio, auctore Petro Haschard o, Tn* sulano, medico«chirurgo. Lovanii, apud Johannem Waen Schotum,

RouBtel. 3

Rondelet (1), Gabriel Fallope (8), Fernel (9), Ambroiae Paré (4) prêtent à la elûctrine de l'hérédité de la syphilis Pappui de leur nom, mais ils ne a'oçeupent que des formea précoees de la maladif et noua ne sachions paa que, Para^ celse excepté, un seul de ces vieux maîtres fa^se allusion à la syphilis héréditaire tardive. Cependant, au commencera ment duxvii° siècle, noua entendons Mercuriali (5) émettre ce dangereux axiome : « Cum videritis morbumquempiam communibus remediis non curari, putate esse morbum gaU licum LOgnominatum. »

Cette théorie fait sourdement son chemin et, en 1688, Uçay (6) n'hésite pas à écrire: « C'est de lét (de la syphilis) que viennent tant de maladies héréditaires, tant de tumeurs scrofuleuses, tant de gouttes et de rhumatismes, tant de flueurs blanches aux femmes, d On le voit, ce n'es plu^ la syphilis seulement que les parents transmettent à l'enfant; la maladie s'est transformée ; en un mot, € le virus véné-f rien a dégénéré. »

(1) G. Rondelet. De Morbo Gallico. Paris, 4573.

{%) G. Fcillepe. Tractatus de marbo gallico, Pétri Aogell Agathi Maceratis opéra alque diligentiâ editus. Patairii, apud Lucaai BerteUam, 1564, cap. X.

(3) J. Ferae), De abditiarerum cau^is Ubri duQ. Parisiia, ap\id Christ, WecheUim, MDXLVÎII, — Id., de Luia veaereœ çuratione perfectiaaimâ liber. Aatuerpioe, 1579. (Ouvrage posthume publié par Vict. Giselinus) Cap. VI.

(4) Diaprés M. Diday, Paré ii*aurait connu que Tinfection au passage. Le début du chapitre XXXVII nous parait cependant très clair et fort exact 2 « Souvent on voit sortir les petits enfans hora le ventre de leur mère, ayans ceste maladie, et tost après avoir piuaieurs pustules aur leup corps. »

(5) Jérôme Mercuriali (15aO-ld06)« Medieiaa practica. Franciofurti, 1601, in^fol.

(6) Gervais Uçay. Traité de la maladie vénérleatiei.. Toulouse, i^%$f in-12»

On devait aller loin dans cette voie périlleuse. Les Astruc, les Vigarous, les Çarrère attribuejtit à la vérole dégénérée l'apoplexie et la peladç» Iça psores ei l'intermittence du pouls, la fièvre quarte et les hémorrhoïdes, les orgelets et le cancer, la passion hystérique et le staphylome. Sanchez, dans son ouvrage posthume publié en 1785 par les soins d'Andry, trouve le moyen de surenchérir encore et, dans le premier des deux chapitres qu'il consacrée la syphilis héréditaire, il ne craint pas de décrire comme symptômes de la maladie chez Tenfant les vices de conformation du canal de l'urèthre et Timperforation de l'anus. « Les enfants, ajoute-t-il, ont des vers depuis l'âge de deux ans jusqu'à la puberté, j^

Sans adhérer à de pareilles exagérations, les meilleurs esprits en subissent le contre^coup. P. Fabre, dont le livre n'est guère que le reflet des opinions de J.-L. Petit, expose en fort bons termes la doctrine de l'hérédité tardive : « On a mis en question, dit-il, si une personne ayant apporté la vérole en naissant, le ^erme de la maladie peut rester caché dans elle pendant toute sa jeunesse, et se manifester ensuite de lui'rmôme et avec le caractère qui lui est propre, dans un âge plus avancé.... Il y a des auteurs qui ont penché pour l'affirmative ; mais le plus grand nombre des praticiens a toujours pensé le contraire. Pour Fabre, tf il est extrêmement rare que le virus conserve son propre caractère, » et il admet que la syphilis dégénère alors en d'autres maladies, « comme les écrouelles, le rachitis, le scorbut, etc. (1). »

(1) Traité dps maladies YêDériennes, par M, Fabre, professeur des écQle? 4e chirurgie, quatrième édition. A Paris, chez P. Fr, Didot le Jeune^ 47ÔB, 1 vol. in- 8, p. 18 et suiv. »• La pperoière édition, bieu moins ample, portait ce titre: Essai suf les maladies vénériennes, où

Le langage de Plenck est relativement modéré :

« Quandoque virus venereum latens, dit-il, aliquot post annos ulcéra faucium, vel tineam capitis, vel scrophulas, autepilepsiam causât (1). »

Baumes (2) admet que la syphilis héréditaire se mani- . foste « tantôt pendant que l'enfant est encore dans Tutérus de la mère, tantôt au moment de la naissance, tantôt quelques mois, une année, plusieurs années même après. »

En 1845, uÀ rédacteur de la Gazette des Hôpitaux (3) voyait dans le service de M. Blache une jeune fille « dont la moralité semblait à Tabri du soupçon,» qui présentait (t des tumeurs périostiques sur l'un des tibias et à la tête, avec douleurs nocturnes. » Ce fait lui suggérait la question . suivante : « Un ascendant, parvenu à la période secondaire de la syphilis et ayant pris du mercure, pourrait-il communiquer à l'individu une syphilis tertiaire dont les manifestations auraient lieu aune époque plus ou moins éloignée de la naissance? »

Huit ans plus tard, M. Ricord soutenait en personne l'hérédité tardive devant l'Académie de médecine (4) ; il disait avoir vu < des individus nés de parents infectés présenter des symptômes de syphilis à vingt, trente, quarante ans sans avoir jamais contracté la maladie par le contact, sans jamais avoir offert d'accidents primitifs. »

i*on expose la méthode de feu M, Petit dans leur traitement, avec plusieurs consultations du même auteur. Paris, 1V58, in-12.

(1) Josephi Jacobi Plenck, Doctrina de morbis venereis. Viennae, apud Rudolphum Grœfifer, 1779, 1 vol. in-8, p. 149-150.

^^2) P. Baumes. Précis théorique et pratique sur les maladies vénériennes. Lycn, Ch. Savy ; et Paris, 1840, 1 vol. in-8, p. 189.

(3; Gazette des hôpitaux, 1845, p. 625. Voy. aussi la thèse de Prieur (Victor). Quelques questions sur la syphilis. Paris, 1851, p. 28-31,

(4) Séance du H octobre 1853.

« La syphilis héréditaire, disait M. Hardy (1) à peu près à la même époque, se montre souvent chezles enfants sous forme de syphilides. Ces accidents se montrent ordinairement quelques semaines après la naissance ; mais dans certains cas, ils surviennent beaucoup plus tard, au bout de plusieurs mois et même de plusieurs années. J'en ai actuellement dans mes salles un exemple bien curieux. Un jeune homme de 18 ans, qui assure n'avoir jamais eu de rapports sexuels, et on peut l'en croire, portait à la lèvre supérieure une ulcération syphilitique dont il est actuellement guéri. Quelle cause invoquer ici si ce n'est l'hérédité? »

La même année M. Diday faisait paraître son remarquable livre (2) et sans repousser l'hypothèse dont nous parlons, ne l'accueillait qu'avec réserve.

En d856, Nélaton (3) proposait de syphiliser une jeune fille de 18 ans atteinte d'accidents tertiaires rebelles aux médications ordinaires et qui, suivant toute apparence, avaient leur source dans l'hérédité.

Dans une leçon faite à l'hôpital Sainte Eugénie sur une malade du service de M, Bouchut, Ricord (4) revenait sur cette question ; il déclarait qu'il fallait « admettre comme une chose bien avérée les manifestations héréditaires tardives non précédées d'accidents précoces, » et il citait en exemple deux frères, âgés l'un de 40 ans, l'autre de 44 ans. « Il est des cas plus concluants, » s'empressait d'ajouter le maître.

(1) Hardy. Des syphilides. Gazette des hôpitaux, 1854, p. 518.

(2) P. Diday. Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle. Paris, V. Masson, 1854, 1 vol. in-8.

(3) Gazette des hôpitaux, 1856, p. 546.

(4] Ph. Ricord. Gaz. des hôp., 1862, p. 318.

Lors de là discussion sur la syphilife vàcciiiâlê qm passionna si vivement l'Académie de médecine, Mi Ricord affirma de nouveau que la syphilis héréditaire peut apparaître « deux^ quatre et cinq ans après la naissance (1). »

Nous nous arrêtons, car nous n'avons jamais eu la pen^ sée de faiire ici l'histolriqUie de la syphilis héréditaire tiardive, mais seulement de combler quelques lacunes dans les travaux antérieurs au nôtre (2). Les nortisqui, pn Ces deN nières années, se rattachent de près ou dé loin à cette question se trouvent dans la thèse de notte ami V. Augagneur (3).

La doctrine est constituée et les auteurs no font guère . que l'étayer à Taidede faits nouveaux. Quelques écrivains essayent de démontrer que l'apparition tardive des hianifestations de la syphilis héréditaire est sOus la dépendance de certaines conditions pathogénîqiies Spédales. t*oul: les uns, la syphilis Secondaire des parents produirait chez les descendants la syphilis secondaire et les accidents revêtiraient la forme tertiaire chez l'enfant quand le pèt-eou la mère ont des lésions tertiaires. Noiis ne voulons citer qu*une phrase de M. Ricord ; elle résume tout ce que d'autres bnt développé depuis :

« Ce qui influence là formé et répncj[Ùe de la manifestation des accidents qui doivent survenir cbe* l'ènféint, c'est la période à laquelle là syphilis était arHvéé tiiei \ei parents à l'instant de la génération (4) ».

(1^ Bulletin de rAcadémie de médecine, 1865.

(2) Jules Gressent. Des manifestations tardives de la syphilis héréditaire. Thèse de doctorat, Paris, 1S74',

(3) Victor Augagneur. Etude sur la syphilis héréditaite tardive. Th. de Lyon, 1879.

(4) Philippe Ricord. Clinique iconographique de Thôpital des Vénériens... Paris, Just Rouvieir, 1851. Planche XV, quateir, p^. 4.

M« Màtimilien Z^itel <1) ^eaB« qu« l'apparitioii tardive dé!i ïitéidôkit& è'oteéi^ine en général lorsque la tsyphilis ëat latente che2 l^is j^âreûts.

L«& faità Hé nou^ peîmtêttent pas d'adhérer à ces ëéduifiàiiteft hypothèses* De» syphilitiques en proie à une vérole réeente produisent des enfants chet léi^qUel^ la maladie évolue avec une rapidité beaucoup plus grande que chéries géniteurs^ et iceuit-ci en Sont encore aux formes précoces que leur descendance a déjà succombé aUic lésions viscé* raies les plus profondes.

D'autres fois» le père ou la mère-, porteurs d'actidents tertiaires ou mêrtie délivrés en apparence de îa vérole, donnent le jour à des enfants chez lesquels oh cobSliâte les érythèmes spécifiques et les Iliaques muqueuses. Et enftu, un grand nombbe d'individus qui se trouvent dans ce dernier cas oht deï5 enfants qui sont et rfefetetoht parfaitement sains.

te Les traileméhts subis par les paihents peuvent aussi, ajoute M. Ricord (2), retarder, empêcher ou modifier les manifestations chez rèhfaiit. » Nôush^y Contredisons point; cependant nous ne croyons pas que le retard produit par le traitemeht institué chez les parehtë ekcède quelques s^ mâihésétsi, les pi^feihiérs mbiS de la Vie èc'ôùlèë, h'oUs voyons l'enfant se développer et grandir normalement^ nous le regardons comme indemne-. L'observation attentive dés faits nous autorise à tenir ce langage, ainsi que ri'ôus le verrons plus tard.

Nous nous trouvons ici en présence d'une autrequestioà, et, ià première Vue, elle hbUS semble d*uné hâtUré étV.ttige.

\\) Max. Zeiissl. Allg. Wiéhfet médit. ZeitUttlj, l^td, nUmérôs 50 et^i.

(2) Ph« Ricord. Clinique iconographique, ibid.

La syphilis des parents engendre-t-elletoujours la syphilis chez les enfants ? Nous avons vu que l'hypothèse du «virus dégénéré » était très en faveur au siècle dernier ; on aurait tort de croire qu'une erreur aussi fondamentale a complètement disparu de nos jours. Dans ses annotations au livre de Hunter(l), M. Ricord admet que* les accidents tertiaires chez les parents n'ont d'influence sur l'hérédité qu'en transmettant aux enfants non plus la syphilis constitutionnelle caractéristique, mais fréquemment le germe aussi fâcheux et presque aussi redoutable des scrofules. » Plus tard, le maître delà syphiligraphie française, pour désigner les manifestations morbides dérivées de la syphilis héréditaire, inventa le scrofulate de vérole (2). Le mot est joli et il a fait fortune. MM. Maisonneuve et Montanier (3) appliquèrent aux mêmes accidents la dénomination de scrofuloïdes, et M. Devergie (4), dans son Traité des maladies de la peau, les appelle des scrofulo-sjrphilides.

La syphilis héréditaire, d'après Veiel(5), Erasmus Wil-

(1) John Hunter. Œuvres complètes traduites de Tanglais sur Tédition du D' J.-F. Palmer, avec des notes par G. Richelot. Paris, Labé ; FirminDidot frères, 1838-1842, 4 vol. in-8. (Le Traité de la syphilis, annoté par George-G. Babington et par Ricord, se trouve dans le deuxième volume, p. 145 et suiv.), t. II, p. 582. Cf. Ricord. Gaz. des hôp., 1838, p. 331.

(2) Ricord. Gazette des hôpitaux, 1862, p. 318. a Venereo-scrophulosis, disait Plenck, mercurius tuto dari potest. » Plenck, op. cit. Viennœ, 1779, p. 156.

(3) J.-G. Maisonneuve et H. Montanier. Traité pratique des maladies vénériennes, contenant un chapitre sur la syphilisation. Paris, Labé, 1852, 1vol. in-8.

(4) Alph. Devergie. Traité pratique des maladies de la peau, 3^ édition. Paris, V. Masson, 1863, 1 vol. in-8.

(5) Veiel. Mittheilungen ûber die Behandlung der Chronischen Hautkrankheiten in der Heilanstalt fur Flechtenkranke, in Canstatt. Stuttgart, 1862, p. 104.

son, E. Wagner, Baerensprung (1), conduirait tantôt au lupus, tantôt à la scrofule. Plus récemment encore, M. A. Doyon a admis l'influence lupigène de la syphilis congénitale.

Pour Baumes (2), cette dégéûération du virus syphilitîque ne se produirait qu'à la seconde génération. Alors «les phénomènes morbides, résultat de la transmission héréditaire de la syphilis affectent d'autres formes, d'autres organes, de manière à se confondre avec les effets que peuvent produire d'autres dispositions, d'autres diathèses, telles que la diathèse scrofuleuse, la disposition dartreuse. » Les vues que M. Henry Lee expose dans le System of surgery de Holmes (3) ne diffèrent pas beaucoup de celles de l'auteur lyonnais.

a Sommes-nous tout à fait certains que la syphilis héréditaire semblable à la goutte et à quelques autres maladies ne peut passer par dessus plusieurs individus ou par dessus une génération et réapparaître chez les descendants sous des formes modifiées 1:»

De pareilles théories sont en opposition avec ce quecous enseigne la saine pathologie. Quelle que soit l'autorité des homnles éminents (4) qui les mettent en avant, nous ne

(1) Voy. Isidore Neumann. Traité des maladies de la peau, traduit sur la 4® édition et annoté par les docteurs G. et E. Darin. Paris, A..Delahaye, 1880, 1 vol. in-8, p. 421.

1 2) P. Baumes, op. cit. Lyon et Paris, 1840, p. 174,

(3) Henry Lee, art. Syphilis (A system of surgery theoretical and practical in treatises by varions authors. Edited by T. Holmes. Second édition. London, Longmans, Green and Co 1869, 5 vol. in-8, t. I, p. 457.

(4) Tout le monde sait la place qu'occupe M. Ricord dans Técole française. Quant à M. H. Lee, il est a facile piinceps of British syphilographers, » ainsi que le dit The Lancet de 1862.

saûHorîà y S'ôUisci^ife ; lioUé ftè ëft\ifit)h» aSSifflllef- la syj^hilis â la goutte. Quel rapport peut-il exister entre là goutte ou làsci-ôfulé, maladiè&de nutrition, et là *àyphlliéi maladie cyclique, contagieuse et parasitaire (1)?

Lfes faits du moinis doUnêht-ils à ces liypothèàes hâfeardeUsîBS quélqUiB apparetitie de riailson? Voitî éôlu{ qUfe cite M. Lee (2) àl'appiii de son opîUlôn; Noufe Vé t^ej^î^bdUiàotis Sans commentaire.

* Ufa homme avancé èii âgé que je connfeis&feis pour l'avoir vu dtttts un hôpital de LondïièS avait eu autfiefôîs dés Sj^mpiômfeS de syphili&;i Une de seà filles pWsèUtA vtefs ba dix-^ëptième oU sa dix'-huitièmô aUhée ùnè érujptibU de la peau qui tUt traitée par la sâlsepatéille; Uh déâéâfils^, bien qu'il se fût souvent exposé à la contagion, ft'aVâit jamais contracté ]af6i:me coUstitùtionnellé de la sy|)hllîé. €e fils se maria et eut des efafahtfe. QUfelqufetéittpSftprèi àà feiUme portait feur lé corps UneérUption qui fut sujijposéédehàture vénériënfae et céda j^rortiptément auit téttièdës âhtifeyphilitiques. Enfin, il préSéhtà lui-même %l Ife dérfaiéir dé tbUs, Une érUptiôh exaétëthéUt semblable à telle dfe àâ fenime. » M. Léé croit qu'il ià'agit d'UUe formé mitigée de la syphilis héréditaii-e, dont l'éruptiou cutanée était la première manifestation visible.

Laschewitz se demande aussi quelque part si la vérole ne peut se transmettre sans contamination nouvelle aux petits-fils et auxarrière-petits-fils, mais il fae se proUoface pas nettement. M. Davasse(â), lui, admet cette possibilité

(l)Klebs. Pragetmediz. Wochensschrift, III^ 41, 1878;

(2) Henry Lee, art. Syphilis in A System of surgery de Holmes^ t, I, p. 457 et 458.

(3) Jules Davasse. La syphilis, ses forknei, son unité. Paris, J.-B. Baillière, 1865, 1 vol. in-8, p. 366-369.

de ia syphilis vraie àûSL pétits^fils à travers âne géliéra<tion saine et, pour expliquer les accidents dont souffrait une jeune fille de 16 ans, il ne trouva rien de mieux que de faire remonter à la grand'mère la responsabilité de la maladie* Pure affirmation; Tombre d*uoe preuve ferait mieux notre affairé.

Veiel (1), avons-nous dit, regarde la syphilis héréditaire comme une cause de lupus-, mais son opinion ne repose pas sur des bases bien solides. Sur cinquante-sept cas de lupus, il n'a pu constater que onze fois la syphilis, chez le père ; lui-même d'ailleurs (2) reconnaît l'inutilité du traitement aûtisyphilitiqUCi

Hebrà, Virchow (3), Moriz Kaposi (4)^ Isidore Neamânti (5)i ont combattu l'influence lupigène de la syphilis congénitale et avec beaucoup de force. Trousiseau \6) s'éle- Vait aussi contre « ces généralisations aventureuses où l'imagination se substitue à l'observation, et où toutes les mâuifeâtâtions morbides se confondent dans un^ pathôgéhie arbitraire. »

Qu'on nous comprenne bien : nous admettons feans diffi*culte que les parents syphilitiques donneront souvent ikaissànce à defe enfants malingres et chétifs, en qui la nutrition

(1) Veiel, op. cit., p. 104.

(2) Veiel, ibid.,p. 105.

(â) ïl. Virchow. Pathologie des luineurs, traduit de l'allemand par Paul Afbbssohn. f rad. wVufe par l'auteur. Paris, Gertoeir-Baillièré, 1869, t. II, p. 484.

(4) Ferdinand Hebfa et Klônz Kapoisi, Tfaité dfes maladies de la peau, Vtkû. et aùA. par lé b^ A. Doyôii. Paris, 1869-1878, 2 vol. in-8, t, II, )p. 425.

{1^^ is. Neumànn. Traité des maladies de la t)eau, trad. et ann. par G. et E. Darin. Paris, 1880, p. 421.

(d) À. ïrousseau. Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris, troisième édition. Paris, J.-B. Baillière, 1868, 3 vol. in-S, t. III, p. 297.

souffrira et qui, àraisonde cette misère organique originelle seront plus facilement que d'autres, la proie de la tubercu* lose. Mais de là aux hypothèses que nous combattons, il y a loin ; ce n'est plus à une combinaison bâtarde de scrofule et de syphilis que nous avons affaire; la vérole a disparu et nous nous trouvons en présence des ruines qu'elle a laissées. Pour nous servir des paroles mêmes de M. Ricord, « il n'y a pas de demi-virus ; il i^y a pas de demivérole (1). » D'autres maladies auraient pu produire les mêmes désordres. En un mot, la détérioration de l'organisme peut être le fait de la syphilis comme de la tuberculose, du diabète ou de la goutte, mais elle n'est ni le diabète, ni la goutte, ni la tuberculose. C'est un résultat.

Revenons à l'hérédité tardive de la syphilis. L'autorité et le talent de la plupart des hommes qui s'en sont constitués les défenseurs la recommandent assez à l'attention et, pour le dire en passant, nous ne lui sommes nullement hostile. Dans Texamen que nous allons en faire, nous essayerons d'apporter tout le soin et toute l'impartialité dont nous sommes capable. Cela dit, nous pénétrons immédiatement dans le détail des faits.

A quel âge apparaissent, chez l'enfant, les accidents de la syphilis congénitale? Voici ce que nous apprennent les statistiques les plus diverses : dans l'immense majorité des cas, la syphilis héréditaire débute dans les trois premiers mois de la vie (2). Pour Mahon, lés accidents pou- Ci) Ph. Ricord. Gazette des hôpitaux, 1847, p. 18, (2) Voj. Doublet. Tableau plus développé et plus étendu de la maladie syphilitique chez les enfants nouveaux-nés. (Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, 1785, t. LXIII). W. Nisbet, First Unes of the theorj and practice in venereal disease. Edinburgh and London, 1787, in-8. Huguier, Bulletin de TAcadémie de médecine,

valent n'apparaître qu'au cinquième mois (1). MM. Trousseau et Lasègue, dans un mémoire riche défaits et d'idées, publié en 1847 (2), indiquaient pour limite extrême le septième mois et Trousseau, à la fin de sa carrière si remplie, maintenait les dates qu'il avait notées autrefois et ne craignait pas de parler de la « douteuse authenticité des faits qui échappent à la règle (3). » Pour Cullerier (4), les symptômes de la syphilis congénitale ne se montrent jamais plus tard que la première année. M. Parrot admet la possibilité de Tapparition des accidents jusqu'à l'âge de deux ans.

En 1864, M. Roger lut un intéressant mémoire à la Société médicale des hôpitaux. « Réunissant, dit-il, à mes 14 observations, où la date des premiers accidents a été notée, 158 cas de M. Diday, 28 de Méric, où cette date est également donnée, et 49 de Mayr (5), je suis arrivé à un total de 249 cas... Cette limite du troisième mois ne fut dépassée que chez 32 malades... La limite extrême a été une seule fois seize mois, et une seule fois deux ans... D'où cette conclusion que, si le médecin n'a point de renseigne-

(1) P,-A -O. Mahon. Recherches importanted sur Texistence, la nature et la communication des maladies syphilitiques dans les femmes enceintes, dans les enfants nouveaux-nés et dans les nourrices. Paris,

(2) A. Trousseau et Ch. Lasègue. De la syphilis constitutionnelle des enfants du premier âge. (Archives gén. de médecine, 1847, 4® série, t. XV, p. 145 et suiv.

(3) A. Trousseau. Clinique médicale de THôtel-Dleu de Paris, 3^ éd. Paris, J.-B. Baillière, 1868, t. Ill, p. 298.

(4) Bull, de la Société de chirurgie de Paris, 1853-1854, t. IV, p. 571.

(5) Ainsi que le fait remarquer avec raison M. Vidal (Thèse d'agrégation, 1860, p. 49), le tableau de Mayr n'indique que l'époque à laquelle les petits malades ont été vus pour la première fois et non la date du début des accidents.

ments sur la source où la syphilis a été puisée, ou sMl doute de l'authenticité de ces renseignements, il pourra, s'en rapportant au calcul des probabilités, décider que la syphilis infantile est héréditaire ou acquise^ suit>ant qu'elle se sera manifestée avant ou après le troisième m,ois de la uie(l). »

Toutes les recherches faites depuis lors n'ont réussi qu'à confirmer Inexactitude de ces conclusions et, chose remarquable, plus le contrôle est rigoureux, moins nombreuî^ sont les cas qui échappent à la règle.

Voici une statistique due à M. le D*" Simas, de Lisbonne; elle porte sur 216 cas de syphilis héréditaire.

Dans 27 cas, les accidents ont apparu le !•'' mois.

Sur 53 cas observés par M. R. William Dunn(2) au Farringdon Dispensary, la syphilis apparut 17 fois dans le premier mois de la vie.

(1) Henri Roger. Etude clinique sur ia syphilis infantile. (Mémoires delà Société méd. des hôpitaux de Paris, 1864, p. 18).

(2) R. William Dunn. Cases o£ infantile syphilis. (British médical Journal, 1865, t. 11, p. 600)*

21 fois dans le 2\ 10 — 3%

Le cas 41 concerne un enfant de 16 mois; mais ii s'agit d-une récidive; la première manifestation des symptômes avait eu lieu à 5 mois.

Les observations qui ont été publiées dans la thèse de M. Madier-Champvermeil (1) et recueillies à TAntiquaille mentionnent toutes que la syphilis s'est montrée chez Fenfantdans les trois premiers mois de la vie.

Les recherches deM.Raflnesque (2) ont donné à peu près les mêmes résultats. 14 fois sur 16, la vérole a fait son apparition entre 15 jours et 3 mois ; deux fois seulement le troisième mois a été dépassé»

Dans un travail important publié en 1876 (3), M. iCas* sow^itz ne réunit pas moins de 400 cas de syphilis héréditaire observés par lui de 1854 à 1868. Voici ses conclusions : « La première éruption syphilitique de l'enfant apparaît presque exclusivement dans le cours des trois premiers moi s ; sous ce rapport on a 53 0/0 pour le premier mois, 32 0/0 pour le second, et 15 0/0 pour le troisième*

Ces statistiques groupées ensemble atteignent un total de 966 cas, et cependant bien peu échappent à In règle.

(1) Ch. Madier-Champvermeil. Des syphilides palmaires et plantaires, étudiées spécialement dans la syphilis héréditaire. Thèse inaugurale, Paria, 1S74, p« âd.

(2) Q. H'sifinesque. Contribution à Tétude da la Syphilis infantilCé (Archives de tocologie,1874, p. 321 et suiv.).

(3) M. Kassowitz. Die Verethung dtv SjphilU. Wieii^ 48704

Nous sommes certain que le chiffre de ces derniers se réduirait encore si nous pouvions les analyser un à un ; nous sommes plein de défiance en présence des observations anormales. Nous croyons, par exemple, qu'il s'agit d'une syphilis acquise chez cette petite fille dont parle M. Jules Simon (1). Elle jouit de toutes les apparences d'un état général des plus satisfaisants, elle tette bien et se développe à merveille. < Ce qu'il y a de plus étrange >, c'est que les accidents ont apparu à sept mois.

En présence d'un fait semblable, dont la physionomie rappelle si bien la syphilis accidentelle de l'enfant et si peu la vérole congénitale, nous nous demandons sur quoi M. J. Simon s'appuie pour incriminer l'hérédité : « La mère est de fort belle physionomie. Rien n'indique dans la gorge, le cuir chevelu, le cou, la peau et les accouchements antérieurs, qu'elle soit infestée par le virus syphilitique. »

M. Fernand Lalesque(2) a.publié l'année dernière un cas de syphilis héréditaire apparue à l'âge de 14 mois. La mère était syphilitique. (Depuis quand?) Les manifestations consistaient en plaques muqueuses confluentes des •

organes génitaux, de l'anus et de la région péri-anale. Sur le cou et plus spécialement à la nuque, éruption papuleuse; ganglions monilifortries du cou et des aines. Tous les organes paraissaient sains.

On interroge avec soin le système osseux; les os du crâne sont absolument indemnes; pas d'ostéophytos, pas de déormation. Intégrité absolue des os du tronc et des mem-

(1) J. Simon. Conférences thérapeutiques et cliniques sur les maladies des enfants. Paris, aux bureaux du Progrès médical, 1880, in-8, p. 211-212.

(2) F. LaleBque France médicale, 1879t p. 778.

bres Le petit malade a maigri, il est cependant encore robuste et fort.

Encore un fait qui ressemble si peu à ce que nous connaissons de la syphilis héréditaire! Nous pourrions en citer d'autres plus ou moins analogues, mais nous en avons assez dit pour justifier notre parole de tout à Theure : Les faits qui font exception à la règle sont encore moins nombreux qu'on ne le prétend.

Eh bien ! la syphilis héréditaire dite tardive ne serait pas rare ; elle serait fréquente même, si nous admettions sans examen les faits qu'on a cités à l'appui de cette hypothèse. M. J. Hutchinson, à peine arrivé au milieu de sa carrière professionnellejen aurait observé sur un seul organe, l'œil, soixante-quatre cas (1). Cette considération suffirait déjà à nous mettre sur nos gardes.

Sommes-nous du moins en possession d'une série de faits bien choisis qui s'enchaînent les uns aux autres et nous conduisent, par une progression régulièrement décroissante, de la syphilis héréditaire des premiers mois de la vie à la syphilis héréditaire de la puberté? En aucune façon. Il y a là une lacune énorme que toute la diligence des partisans de la syphilis congénitale à manifestation tardive n'a pu combler. En vain les observations se multiplient-elles : nous sommes moins avancés que jamais. Combien, parmi tous ces faits, répondent aux conditions que M. Diday demandait très légitimement en 1854, dans son Traité de la syphilis des nouveau-nés? Nous ne craignons pas de le dire : beaucoup ne supportent pas l'examen.

(1) Jonathan Hutchinson, On the différent forms of inflammation of the eye conséquent on inherited syphilis. (Opthalmic Hospital Reports, vol. I, p. 191, 226; vol. II, p. 54, 258).

Roussel. 3

Pour le'prouver, nous nous bornerons à prendre une série de sept observations publiées autrefois par M. Victor de Méric (1). Si nous choisissons ce nom entre vingt autres, c'est que l'homme excellent qui le portait était un savant distingué et que l'autorité dont il jouissait en Angleterre était considéiable.

Nous passons sur le premier fait qui concerne un enfant de 13 mois; pn peut admettre à la rigueur qu'il s'agit d'une vérole congénitale. Mais pouvons nous voir une syphilitique héréditaire dans la petite fille âgée de 14 mois dont nous parle la seconde observation? « La mère était saine à la naissance de l'enfant, et celle-ci était âgée de neuf mois, quand la mère fut infectée par son mari. » M. de Méric suppose que l'enfant avait reçu de son père le germe de la vérole. Est-il besoin de dire que le chemin suivi par le virus a été beaucoup plus simple, et que, pour nous, Je père a contagionné sa femme, et celle-ci son enfant?

Le troisième cas ne prouve rien.

Le quatrième se rapporte à une petite fille de 2 ans et 3 mois. « La mère était âgée de 38 any, lorsqu'elle se présenta au German Hospital^ en janvier 1854. Elle racontait qu'elle était en bonne santé en juin 1853, lorsqu'elle sentit . qu'elle avait du mal à la vulve. Bientôt elle s'aperçut que la grande lèvre droite formait une tumeur dure sur laquelle apparut une ulcération. » Ainsi la mère aurait eu un chancre induré de la vulve, alors que sa petite fille avait déjà 1 an et 9 mois, et la vérole chez l'enfant serait héréditaire. Une pareille supposition est absolument inadmissible.

(1) Victor de Méric. On licreditary syphilis. LettsomiaD lectures delivered before the médical Society of London. (The Lancet, 1858, t. Il, p . 298 et suiv.

Nous sautoQs ici brusquement plusieurs années, nous passons sans traasition à Tâge de 8 ans, et cette laCunedoit nous rendre défiants. Mais voyons les faits.

Observation I. • *'

Plaques muqueuses anales. Mère syphilitique.

(5e fait de M. de Méric) (1).

Éliza H..., âgée de 43 ans, mariée, et son fils, âgé de 8 ans, malades externes du Royal Pree Hospital, 11 septembre 1855.

Etat de. la mère. Plaques muqueuses à la face interne des joues.

Histoire, — * Depuis six mois, elle présentait ces lésions ainsi qu'une ulcération du voile du palais. Elle avait été mariée à dixneuf ans et avait eu six enfants avant de contracter la maladie de son mari. Elle eut d'abord une grosseur et un écoulement purulente Elle était alors grosse de deux mois do l'enfant qu'elle nous montre aujourd'hui. Elle fut traitée, mais les pertes blanches continuèrent jusqu'à l'accouchement. L'enfant est maintenant âgé de huit ans.

Elle a eu depuis un autre enfant âgé de 22 mois, que je n'ai pas vu et qui présentait à sa naissance des vésicules sur le dos. Elles séchèrent rapidement, et depuis rien n'est apparu qu'une légère éruption sur le scrotum. Comme je n'ai pas vu l'enfant, je ne range pas ce fait parmi ceux qui appartiennent à la syphilis. Les enfants nés avant la contagion sont bien portants. La mère a eu une iritis et des ulcères profonds à la bouche, qui ont disparu depuis quelque temps.

Le petit malade amené aujourd'hui est de bonne mine et de belle complexion. Il ne présente absolument rien sur le corps, si ce n'est qu'à la région anale, où l'on voit (11 septembre 1856) deux papules muco-cutanées à la marge de l'anus. Il n'a jamais eu d'autre mal qu'un léger gonflement derrière l'oreille.

Traitement mercuriel.

En novembre, les papules ont complètement disparu et l'on se borne à prescrire, pendant quelque temps, le sirop d'iodure de fer.

(1) V. de Méric. Loc. cit., p. àOOé

Nous nous refusons encore à voir, dans ce cas, une vérole héréditaire, et la syphilis de la mère qui est incontestable nous paraît de date beaucoup plus récente que ne l'indique l'observation. Nous nous refusons à considérer comme un syphilitique héréditaire un enfant « de bonne mine et de belle complexion » chez lequel la vérole se manifeste pour la première fois à l'âge de 7 ans, sous forme de deux plaques muqueuses de l'anus. Combien la contagion directe est plus probable ! Ne constate- t-on pas sur la mère des plaques muqueuses de la bouche ?

Le sixième fait concerne un jeune apprenti sculpteur, âgé dé 12 ans, de mine intelligente, qui couchait habituellement avec un garçon de 14 ans. Nous ne voulons pas insister sur ce cas, parce que l'existence de la syphilis n'y est d'abord nullement évidente ; puis M. de Méric lui-même ne le donne qu'en faisant toutes ses réserves.

Voici la septième et dernière observation :

Observation II.

Plaques muqueuses anales chez un garçon de quinze ans (1).

Michel M..., âgé de 15 ans, maJade externe du Royal Free Hospital, vu en avril 1855.

Etat au moment de l'admission. Une papule muco-cutanée de chaque côté de la marge de Tanus, de la grandeur d'un demischelling et d'une demi-couronne. Testicules et pénis remarquablement petits.

Histoire (donnée par le père). Les papules existent depuis six mois. Un an avant son mariage (il y a dix-sept ans), le père contracta un chancre pour lequel il fut traité au Royal Free Hospital,

(1) Victor de Méric, eod, loc, p. 300.

Depuis il a toujours présenté, à des intervalles variables, des éruptions, des ulcères, des iritis, etc. Sa femme a eu plusieurs enfants ; Taîné (le malade actuel) a quinze ans, le plus jeune en a deux. Tous ces enfants ont été plus ou moins maladifs, à Texception de celui qui est amené aujourd'hui et qui est resté bien portant jusqu'au moment de l'apparition de ces muco-papules cutanées La mère n'a jamais eu de symptômes de syphilis.

Traitement mercuriel modéré; sur les papules, pommade astringente. Le malade, après cette première visite, n'est plus revenu à l'hôpital.

Une syphilis héréditaire qui se traduirait pour la première fois à Tâge de 15 ans et uniquement par deux plaques muqueuses anales! Il est bien d'autres exemples, cités à Tappui de la syphilis héréditaire tardive, qui ne supporteraient pas plus la discussion que ceux de M. de Méric; mais nous nous dispenserons de la tâche ingrate de les critiquer. Tous les auteurs, d'ailleurs, n'ont pas eu le soin de laisser subsister dans leurs observations des preuves manifestes de l'origine acquise de la syphilis. C'est à d'autres arguments que nous devons maintenant avoir recours.

Oui, la syphilis congénitale est fréquente, et nul n'est aujourd'hui tenté d'imiter Hunter et de nier une vérité aussi claire que le jour ; mais aussi une mortalité effrayante pèse sur les nouveau-nés syphilitiques. < Or, on voit peu souvent, dit notre vieux Paré (1), les enfans naiz avec ceste maladie, recevoir guarison : mais ceux qui l'acquièrent par teter ou autrement estansj a grandelets, sont quelquefois guaris. »

(1) Les œuvres d*Ambroise Paré, co2\seiller et premier chirurgien da Roy. Divisées en vingt huict livres, avec les figures et portraicts tant de Tanatomie, que des instruments de chirurgie et de plusieurs monstres. Reveuês et augmentées par Tautheur. Quatriesme édition, A Paris, chez Gabriel Buon, lî)87, in-fol., p. 734,

Trousseau (1), il y a quelque vingt-cinq ans, était moins rassurant encore et déclarait la maladie constamment mortelle.

L'assertion de Trousseau est certainement exagérée ; à force de soins et surtout quand la mère consent à nourrir son enfant, on sauve un certain nombre de ces petits malheureux. C'est l'opinion de M. Gailleton(2), deM. Dron(3), de M. Parrot (4). Pour M. Jules Simon (5), « un quart environ des enfants atteints de syphilis et traités par le mercure etriodure de potassium peuvent échapper à la mort. » Sur 12 enfants dont l'histoire est consignée dans un substantiel mémoire de M. Dron (6), 7 meurent, 4 sont rendus à leurs parents ou à Thospice, et nous savons trop quel a dû être leur sort, 1 guéri allaité par une chèvre. Notons que ces enfants se trouvaient dans de bonnes conditions puisqu'ils étaient — hélas! — allaités par des nourrices saines.

M. Violet (7), dans sa thèse, constate que, sur 40 nouveau-nés syphilitiques observés par M. Gailleton, 33 sont morts et 7 seulement ont guéri. C'est là une série moyenne, et il est des années, à l'Antiquaille, où Ton est moins heu-

(1) A. Trousseau. Gazette des hôpitaux, 1854, p. 359,

(2) Société des sciences médicales de Lyon, octobre 1873. (Lyon médical, 18 janvier 1874, p. 104.)

(3) Ach. Dron. Même recueil, p. 105.

(4) J. Parrot. Progrès médical, 1878, p. 1.

(5) J. Simon. Conférences thérapeutiques et cliniques sur les maladies des enfants. Paris, 1880, p. 214.

(6) Achille Dron. Propagation de la syphilis par les nourrices ; mode particulier de transmission de cette maladie par la nourrice au nourrisson dans l'allaitement. (Lyon Médical, 1870, t, IV, p. 512 et 600). Tirage ù part. Paris, 1870, 32 p. in-8.

(7^ M.-J. Violet. Etude pratique)! de la syphilis infantile. Thèse de doctorat. Paris, 1874, p. 58.

— séreux. En 1876 (1), sur 13 enfants affectés de syphilis héréditaire et soignés à l'Antiquaille, 4 ont guéri, 9 sont morts. < Les guérisons ont été observées chez les enfants bien allaités par leur mère. »

L'année 1877 (2) est plus favorisée. 8 enfants sur 18 guérissent. Au contraire, l'année 1878 (3) est meurtrière; on compte une guérison seulement, et 12 morts sur 13 malades.

On voit tout de suite quel vide considérable crée la mort parmi la jeune population syphilitique, et si nous mettons en regard les chiffres qui représentent le nombre des enfants accidentellement infectés, observés à la même époque et dans le même service (4), nous verrons, résultat assez inattendu, qu'il restera dans la circulation générale moins de sujets héréditairement infectés que de sujets contagionnés directement pendant leur enfance.

Voici ces chiffres :

Année 1876.

Syphilis acquise (enfants de 2 à 12 ans) 7

Guérisons ? • "

(1) Hospices civils de Lyon. Compte moral administratif de Texercice 1876 présenté au Conseil général d'administration des hospices civils de Lyon par sa commission executive. LyoD, 1878, p. 65.

(-2) Hospices civils de Lyon. Compte moral administratif de Texercice 1877. Lyon, 1878, p. 62.

(3) Le Compte administratif de l'exercice 1878 n'avait pas encoie paru au moment où nous recueillions les éléments de notre travail ; mais, grâce à Tobligeance de M. Dron, nous avons pu en consulter les documents manuscrits.

(4) Compte moral administratif des hospices civils de Lyon, exercices 1876, 1877 et 1878.

Année 1877.

Enfants atteintsdesyphilisacquiseaprèsla naissance 10

Sur lesquels ont guéri 9

Le dixième est mort, non des conséquences de la syphilis, mais du croup.

Année 1878.

Syphilis acquise 7 cas.

Guérisons 7 —

Mais ce n'est pas encore la vérité tout entière et le nombre des syphilis accidentelles est certainement plus élevé que ne semble l'indiquer le tableau ci-dessus. La vérole acquise de l'enfant, à raison de sa bénignité, passe souvent inaperçue, et nous aurons à insister sur ce point dans le deuxième chapitre de notre étude.

D'autre part, nous pouvons nous demander comment se comportent, au point de vue des accidents ultérieurs, la syphilis héréditaire et la syphilis acquise. On a suivi un certain nombre des enfants qui ont survécu aux atteintes de la vérole congénitale. La plupart de ces privilégiés ont cessé, après un traitement sérieux et au bout d'un temps plus ou moins long, de présenter des phénomènes morbides et ont été considérés comme radicalement guéris. Les autres ont eu des récidives, mais dans un délai qui ne dépassait pas quelques mois, et ces récidives se sont montrées de plus en plus bénignes; la maladie se terminait, pour ainsi dire, par épuisement (1), si bien qu'on a vu des syphilis primitives sur de jeunes sujets rachiiiques.

(1) Voy. Thèse de Violet, p. 53. — Thèse de Madier, p. 56.]

Les enfants qui sont accidentellement devenus syphilitiques remplissent au contraire toutes les conditions requises pour l'éclosion ultérieure d'accidents tertiaires. Chez eux, les premières manifestations de la vérole sont bénignes, souvent méconnues, et, par suite, combattues d'une manière insuffisante quand toutefois elles sont combattues. Or, on ne saurait trop le répéter : une vérole non traitée s'achemine naturellement à l'état tertiaire. « La véritable, la grande cause de la vérole tertiaire, dit M, le professeur Fournier, c'est l'absence ou l'insuffisance du traitement dans la première période de la diathèse (1). » L'enfant ne saurait échapper à la loi.

Nous l'avons dit déjà; nous n'avons, dans cette question, aucun parti pris, et si nous ne croyons guère à la syphilis héréditaire tardive, nous sommes convaincu de la possibilité d'accidents tardifs de la vérole congénitale; mais dans ces faits rares, nous exigeons qu'on nous montre l'existence de manifestations morbides à une époque rapprochée de la naissance et la présence certaine de la syphilis chez les parents ; si cette preuve ne peut être fournie, le corps de l'enfant devra porter les traces indéniables du passage de la vérole héréditaire.

Dans tous les autres cas, l'hypothèse a'une infection accidentelle nous semble devoir se substituer avec avantage à celle d'une syphilis congénitale tardivement apparue. D'ailleurs les indications consignées dans beaucoup de cas ne nous satisfont point toujours. Ce n*est point assez en vérité de signaler dans les antécédents des parents tantôt « une maladie vénérienne, » tantôt « un chancre »,

(1) Alfred Fournier. Leçons sur la syphilis tertiaire. (Journal l'Ecole de médecine, 1875, p. 3).

d'autres fois < un écoulement contagieux, > La rigueur de la science contemporaine ne saurait se contenter de pareils renseignements. Cela dit, il ne nous en coûte nullement de convenir que le diagnostic rétrospectif de la vérole n'est pas aisé, quand on est obligé de l'asseoir exclusivement sur la déclaration des personnes soupçonnées.

La mention de l'existence ant rieure de la syphilis chez le père ou la mère ne nous suffit même point. L'observation démontre que,*loin d'être fatale, l'hérédité de la vérole est plus rare qu'on ne Vimagine. Un très grand nombre de syphilitiques donnent le jour à des enfants sains, lorsque la maladie est ancienne ou qu'elle a été sérieusement combattue. Nous ne verrions certes pas tant de chancres primitifs dans les hôpitaux, si la maladie passait aussi volontiers des géniteurs à leur descendance; car, ne nous faisons point illusion, la vérole est extrêmement commune dansnos grandes villes ; parmi la population pauvre notamment, il serait difficile de trouver des couples dont l'un ou l'autre membre n'a jamais présenté d'accidents vénériens.

Eh bien ! nombre d'observations dites de syphilis congénitale tardive ne signalent même pas l'existence de la vérole chez les ascendants ; quelques-unes, par surcroît, notent que le père et la mère prétendent n'avoir jamais eu de symptômes syphilitiques. Il faut à tout prix échapper aux capricieux témoignages des intéressés et trouver une base plus solide à nos jugements ; c'est ce que nous avons essayé de faire. De l'étude patiente et attentive que nous avons entreprise, il est résulté pour nous cette conviction que la plupart des cas de syphilis héréditaire tardive dépendent de la syphilis acquise. Les lésions que présentent les jeunes sujets dont nous nous occupons nesontquelesmani-

festations éloignées d'une vérole fortuitement contractée dans le bas âge.

Encore une remarque. Quelques faits cités à l'appui de l'hypothèse que nous combattons mentionnent triomphalement l'état de virginité du sujet; il semble que la présence de l'hymen réponde à toutes les objections. Pour nous, l'intégrité de cette membrane n'a aucune signification. D'abord, les enfants sont le plus souvent infectés par une voie extra-génitale; puis, chez les victimes d'attentats à la pudeur, qui ne sait que la membrane virginale reste intacte dans la presque totalité des cas ?

Parfois la virginité des filles pubères n'est que vaginale. M. Diday trouva un jour Taccident primitif sur la cuisse d'une demoiselle de 19 ans, physiquement vierge. D'autres fois l'introduction du membre viril a pu être complète sans que Thymen se déchirât (1). Parent-Duchâtel et n'a-t-ilpas cité d'ailleurs un certain nombre de cas de persistance de l'hymen chez les prostituées (2) ?

L'intégrité de la membrane hyménéale n'est donc pas un argument à invoquer en faveur de l'origine congénitale de la syphilis; nous venons de le montrer en quelques mots.

(1) Alph. De^ergie. Traité de médecine légale, 1. 1, p. 539. ^2^ A.-J.-B. Parent-Duchatelet. De la prostitution dans la ville de Paris, 1. 1, p. 202. Redfern Davies, The f.ancet, 1859, t. ÏI, p. 7.

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