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Deux principes fondamentaux et irrécusables justifient la recherche de la chaleur propre des malades et font même un devoir de la constater en établissant la valeur de l'examen thermométrique :
En premier lieu, en effet, à l'état de santé, l'homme possède une température qui reste à peu près constamment égale dans tous les cas, à tous les âges, dans toutes les conditions et sous toutes les influences, pourvu, toutefois que celles-ci ne le rendent pas malade.
Outre ce premier fait de la température constante de l'homme sain, il en est un autre non moins important : c'est la variabilité de la température de l'homme malade ; en d'autres termes la chaleur propre d'un individu malade s'écarte souvent du niveau habituel de la température à l'état de santé.
PROPOSITION S FONDAMES TALES .
La température du corps humain, dans ses parties internes ou sur des points de sa surface complètement recouverts et protégés, présente à l'état normal une moyenne qui varie de 57° à 57° 5 (=29°, 6 — 50° R.), suivant l'endroit ou a été pratiquée la mensuration. Ainsi, dans le creux axillaire bien fermé, elle est en général de 57° ; dans le rectum et dans le vagin elle atteint quelques dixièmes de degré en sus.
La température normale de l'homme sain peut être considérée comme à peu près invariable et constante, quoique, dans le courant de la journée, elle présente quelques variations spontanées, mais celles-ci dépassent rarement un demi-degré chez le môme individu. Certains états anomaux, en tant qu'ils ne constituent pas encore des troubles morbides, aussi bien que les influences extérieures qui n'ont pas immédiatement altéré la santé, peuvent produire des écarts de température un peu plus considérables, mais ils sont toujours insignifiants et ne doivent pas entrer en ligne de compte.
Lorsque la température de la cavité axillaire s'élève au-dessus de 57°, 5, (50. R.) ou descend au delà de 56°25 (29°R), ces variations, qu'elles soient survenues spontanément ou qu'elles aient été produites par toute autre influence, n'en sont pas moins toujours très-suspectes. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels que l'on peut considérer comme normal un écart de température plus grand encore.
Une température conservant son niveau normal et se maintenant en équilibre sous les influences diverses est-habituellement l'indice d'une bonne santé.
Tout individu présentant une température normale n'est pas nécessairement bien portant, mais celui dont la température
dépasse ou n'atteint pas les limites de la normale peut être considéré comme malade.
La température des malades a aussi sa limite définie et infranchissable. — Les différentes températures observées chez l'homme vivant se meuvent dans un cycle de 12 à 13 degrés. C'est-à-dire entre 44°, 75 (55°, 8 R.), terme extrême exprimant la température la plus haute observée pendant la vie et à peu près 52° (25°, 6) comme limite la plus basse, qui, du reste, ne me paraît pas avoir jamais été atteinte.
Mais il est excessivement rare que le niveau thermique dépasse 45° (54°,4 R.) et descende au-dessous de 55° (26°, 4 R.).
Ainsi donc, abstraction faite des cas absolument exceptionnels, la température de l'homme vivant n'oscille, même dans les maladies les plus graves qu'entre 55° et 42°,5 (28° — 54°,4R.).
Les modifications thermiques ont toujours une cause et une signification. — Leur début, leur intensité, leur marche et leur disparition même fournissent de précieux renseignements.
Un certain nombre d'écarts de température peuvent déjà être soumis à des lois rigoureuses (Ttiermonomie pathologique) ; mais celles-ci deviennent parfois méconnaissables, parce que, dans les maladies encore plus que dans l'état de santé, la température est le résultat 'de facteurs multiples différents et en partie opposés les uns aux autres.
En dehors des processus plus ou moins morbides dont le corps humain peut être le siège, il est en outre des influences accidentelles agissant sur le malade et des circonstances accessoires qui peuvent aussi modifier sa température.
Les influences qui ne troublent en aucune façon la température chez un homme sain peuvent exercer sur elle une action manifeste
lorsqu'il existe un état physique morbide, que ce dernier ait ou non produit des modifications thermiques antérieures. La variabilité de la température selon les influences extérieures est donc un signe d'un trouble pathologique.
En constatant des variations thermiques qui dépassent le niveau normal habituel on peut ainsi reconnaître ou confirmer l'existence d'un état morbide souvent encore latent, chez des sujets jouissant en général d'une température moyenne constante.
Les écarts de température peuvent se borner à certaines parties du corps qui sont le siège d'un processus morbide, tandis que la température générale ne subit à peu près aucune modification.
Ces écarts thermiques limités aux parties attaquées n'ont pas une grande signification pratique. Ils consistent tantôt en une élévation très-faible dépassant rarement un degré, tantôt en un léger abaissement de la température d'un endroit plus ou moins circonscrit.
Ces modifications topiques sont sans exception compliquées d'autres phénomènes sur lesquels on peut fonder un jugement à la fois plus sur et plus rapide et qui sont, par conséquent, d'une valeur plus grande au point de vue pratique. -
La température générale du corps (chaleur propre du sang), telle qu'elle est indiquée par le thermomètre appliqué sur des parties superficielles, mais parfaitement abritées et ne présentant aucune lésion locale, cette température générale, dis-je, est l'expression d'un ensemble de processus qui, d'une part, produisent de la chaleur (processus chimiques — oxydations — échanges nutritifs) et qui, d'autre part favorisent la déperdition du calorique (réfrigération par différents appareils, — transformation de la chaleur en mouvement).
Quelque multiples que soient les combinaisons de ces divers processus, quelques variables et changeantes que puissent être leur
action et leur intensité, quoiqu'ils soient soumis enfin aux éventualités les plus nombreuses, l'expérience prouve cependant que, non-seulement le résultat final, c'est-à-dire le degré de température reste à peu près au même niveau à l'état sain, mais aussi que les écarts thermiques dans les maladies constituent le moyen relativement le plus sûr pour contrôler et apprécier le degré d'altération de l'organisme.
Les modifications de la température coïncident, il est vrai, avec d'autres troubles fonctionnels et organiques, mais aucun d'eux ne se laisse déterminer et mesurer avec la même précision et la même exactitude que la température.
Aucun ne retrace aussi fidèlement le tableau de la maladie et n'est aussi conforme à son évolution morbide : il n'en est pas de moins accessible aux influences accidentelles et aux différentes circonstances accessoires qui peuvent survenir ; enfin, les modifications de la température précèdent très-souvent tout autre phénomène et se manifestent avant même que la maladie ne devienne appréciable à l'observation.
§ io.
La température générale du corps peut rester normale dans les maladies ou bien subir, soit une augmentation, soit un abaissement, et présenter en outre une répartition inégale suivant les différents points.
La température normale ne doit être regardée dans les maladies que comme un signe relatif; elle permet d'exclure d'emblée certaines formes morbides, mais n'autorise jamais à poser un diagnostic précis et définitif.
L'abaissement de la température au-dessous de son degré normal ne se rencontre d'une façon persistante que dans un petit nombre d'états morbides ; mais elle peut se montrer passagèrement dans beaucoup de conditions, soit favorables, soit fâcheuses.
Il en est presque de même pour l'inégale distribution de la température à la surface du corps, quoique cette dernière ait une signification plutôt favorable.
L'augmentation anomale de la température fournit les éléments les plus précieux et les plus importants pour le diagnostic et le pronostic.
Les conditions anomales do la température, pourvu qu'elles ne soient pas trop éphémères, sont ordinairement en connexion intime avec certaines modalités générales de l'organisme.
Une rapide augmentation de la chaleur du tronc coïncidant avec un refroidissement ou une température normale des mains, des pieds, du nez et du front, se rattache habituellement à de vives sensations de froid (Frisson fébrile) .
Une élévation de température plus ou moins continue et assez considérable pour atteindre ou dépasser 58°, 5 (58° R) est le plus souvent compliquée de sensations subjectives de chaleur, de lassitude, de soif, de céphalalgie, puis d'accélération du pouls et, après une durée plus longue, de diminution du poids du corps (Chaleur fébrile) .
Une diminution considérable de la chaleur des extrémités et du visage ou des autres parties découvertes du corps avec une température du tronc élevée ou même basse est souvent compliquée de petitesse du pouls avec altération des traits, sentiment de faiblesse, tendance à la syncope, sueurs profuses mais localisées de préférence aux parties froides de la peau (Collapsus) .
La grandeur des écarts de température, leurs connexions et leurs changements dans le cours d'une maladie sont dans bien des cas, déterminés par la nature même de celle-ci, quoiqu'elle soit souvent modifiée par des causes accidentelles.
Ce fait est d'autant plus vrai que les processus morbides sont plus typiques et mieux développés. — A beaucoup de formes spéciales de maladies correspondent des types thermiques fixes. — Telles sont les formes morbides que l'on peut aussi, pour d'autres raisons, appeler typiques. Par contre, il en existe d'autres qui sont
atypiques et dans lesquelles la température manque de régularité.
La limite de la typicité et de Yatypie n'est cependant pas nette et sans transition: un certain nombre d'affections morbides se tiennent pour ainsi dire sur la limite et sont plus ou moins approximativement typiques.
Nous rangeons dans les formes morbides sûrement typiques, c'est-à-dire parmi celles où le type caractéristique est facile à reconnaître dans presque tous les cas et ne présente aucune déviation importante : le typhus abdominal, le typhus exanthématique, la fièvre récurrente, la variole, la rougeole et la scarlatine, la pneumonie primitive croupale et lobaire et les fièvres paludéennes au début.
Le groupe des formes morbides approximativement typiques se laisse moins exactement délimiter : on peut encore, il est vrai, en abstraire des types caractéristiques, mais ceux-ci sont déjà en partie effacés et déformés et leur régularité n'est parfaite que dans certains stades de la maladie. Cependant nous citerons: la varicelle, la roséole, la lièvre éphémère, la pyémie et la septicémie, l'érysipèle de la face, les inflammations catarrhales aiguës, l'angine tonsillaire, le rhumatisme polyarticulaire aigu, l'ostéomyélite, la méningite de la base et de la convexité, la méningite cérébrospinale, les oreillons, la pleurésie, la tuberculose aiguë, les névroses à issue fatale, dans leur dernière stade, et la trichinose.
Un troisième groupe comprend les maladies qui, sous d'autres rapports, montrent, il est vrai, un type déterminé, mais qui ont d'ordinaire une marche apyrétique et clans lesquelles cependant la fièvre quand elle survient, suit habituellement un cours régulier; ici se placent en premier lieu : le choléra, l'empoisonnement aigu parle phosphore, la stéatose aiguë généralisée, la syphilis.
Dans les maladies généralement atypiques, il peut y avoir de temps en temps ou dans des cas spéciaux, quelques analogies passagères avec les formes typiques. C'est ce qui se voit dans la diphthérite, la dysenterie, la péricardite et la péritonite, ainsi que dans les cas de suppuration aiguës et chroniques, et de phthisie.
Quelques formes morbides spéciales ne montrent d'ordinaire qu'un seul et unique type de température : ce sont les formes monotypiques. D'autres présentent plusieurs types subordonnés à leur intensité et à certaines conditions particulières : formes pohjtypiques ou pléotypiques. Grâce à la thermométrie, il est aisé de reconnaître et d'apprécier plus exactement qu\à l'aide de tout autre moyen d'observation, le type des formes morbides [quand il existe isolé] et de mieux analyser les cas où le type est multiple et complexe.
Les maladies pléotypiques franches, avec accentuation bien marquée de chacun de leurs types, sont : la variole, le typhus abdominal, la scarlatine, la pneumonie, les fièvres intermittentes paludéennes.
Un pléotypisme plus étendu encore, mais avec des formes plus effacées, se rencontre dans les maladies dont la marche n'est ellemême qu'approximativement typique.
, Toute forme morbide, quelque fixes que soient les types, peut présenter dans certains cas des écarts et des irrégularités qui dépendent de conditions individuelles durables ou temporaires, d'influences extérieures accidentelles ou thérapeutiques pouvant exercer une action favorable ou nuisible, ou bien enfin de complications intercurrentes. Ces irrégularités ne sont pas illimitées et leur caractère aussi bien que leur étendue peuvent toujours être déterminés. C'est par la thermométrie qu'il est permis de les juger, de les préciser nettement et de les rapporter à leurs véritables causes.
C'est encore par son utile intervention qu'il est possible de déterminer le moment précis où un état morbide devenu passagèrement irrégulier reprend son cours normal et son caractère propre.
L'observation isolée et unique d'une élévation de température anomale (quelque grand que soit l'écart entre celle-ci et la température ordinaire de l'homme sain) ne suffit pas à elle seule pour faire reconnaître la nature d'une maladie ; elle indique seulement :
1° Que l'individu est malade ;
2° Qu'il a de la fièvre, si l'élévation de la température est notable ;
3° Que sa vie est en danger, si les températures sont extrêmes.
On peut attribuer aux températures isolées (prises dans l'aisselle) la signification suivante, tout en ne la considérant que comme purement conventionnelle :
A. Températures très-basses et de beaucoup au-dessous de la normale. — Températures de collapsus (au-dessous de 56° (28%8'R.j:
a. Collapsus profond, léthal, très-algide, au-dessous de 55°, 5 (26\8R.);
b. Collapsus algide,— de 55°, 5 à 55° (26°,8 à 28°R.). Dans ce cas, le péril est extrême, mais la vie peut être conservée;
c. Collapsus modéré, — de 55° à 56° (28° à 28°, 8 R.). Celui-ci n'offre pas en lui-même de danger.
B. Températures normales ou presque normales :
a. Température sous -normale, =: de 56° à 56°, 5 (28°, 8 à 29°,2R.).
b. Température normale confirmée, == de 56°, 6 à 57°, 4 (29°, 5 à29°,9R.).
c. Température sous-fébrile, == de 57°, 5 à 58° (= 50° à 50°, 4R.) ,