PREMIÈRE PARTIE
§ Température du corps de l’homme en santé.
Dès la plus haute antiquité les médecins et les philosophes ont remarqué que l’homme et les animaux possèdent une chaleur souvent supérieure aux corps qui les environnent, et qui, par conséquent, ne leur est point empruntée. Ne sachant comment expliquer ce phénomène, ils ont admis l’hypothèse de la chaleur innée, qui a régné pendant plusieurs siècles et qui est presque parvenue jusqu’à nous.
Tout en étant d’accord sur le fond, les partisans de la chaleur innée ne s’entendaient pas complètement sur le lieu de son origine; Aristote admettait que le sang s’échauffe dans le ventricule droit, et Ga-
lien prétendait que la chaleur innée provenait du ventricule gauche. L’imagination venant en aide à Thypothèse, il y eut des auteurs qui affirmèrent que, chez un animal vivant, la température du cœur est assez élevée pour causer une sensation pénible à celui qui toucherait imprudemment cet organe avec la main.
La température du corps de l’homme a été l’objet de recherches multipliées; pendant le moyen âge, et jusqu’à Descartes qui osa introduire l’esprit de libre examen dans la science, les chimistes admettaient, à l’imitation de Van Helmont (1599), que la chaleur humaine était due à un mélange de soufre et de sel volatil du sang opéré dans le cœur ; ou bien, avec Sylvius (1636), à une effervescence née au contact du chyle et de la lymphe.
Aux erreurs des médecins du xvii® siècle succédèrent les opinions des iatro-mécaniciens : selon eux, l’intensité de la chaleur développée dépend de la vitesse de la circulation, du nombre des globules du sang, de l’étroitesse des vaisseaux, de l’état de rigidité et de tension de leurs parois. Hâtons-nous d’abandonner ces hypothèses
mal fondées pour aborder les travaux de Lavoisier.
Peu de temps après la découverte de Poxygène par Priestley, notre illustre Lavoisier entreprit ses recherches sur la respiration. Dans un mémoire intitulé : Sur la nature du principe qui se combine avec les métaux pendant leur calcination et qui en augmente le poids il constata que le gaz obtenu en décomposant Poxyde de mercure par la chaleur (Poxygène) entretient et même active la combustion des corps, qu’il est plus propre que Pair ordinaire à entretenir la respiration des ani maux.
Deux ans après, il publia ses Expériences sur la respiration des animaux^. Dans cette même année, Lavoisier lut devant l’Académie des sciences son immortel mémoire sur la combustion en général^, 11 ne voulut pas quitter ce sujet sans appliquer sa doctrine à l’explication des phénomènes de la respiration et posa en ces termes la théorie