‹ De la température du corps humainChapitre 102 sur 150 · Idem · texte numérisé non relu

Idem

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1 /i. Greiiouilk'. , . .

Pour Delaroche, le développement du froid chez les animaux exposés à une forte chaleur est le résultat de l'évaporation, mais il ajoute qu'il ne faut pas comparer d'une manière absolue les corps vivants avec les corps bruts, et que ce phénomène est également le résultat des causes vitales qui règlent l'action du système exhalant.

ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE

Depuis ces expériences, (|iie M. Cl. Bernard analyse, et auxquelles il rend une justice très-méritée , les auteur-s qui se sont occupés de la question ont porté leur attention sur trois appareils, et ont cherché à déterminer le mode d'action de la chaleur : 1° sur le système musculaire; sur le système nerveux; 3° sur le sang.

Les premières expériences de M. Cl. Bernard datent de i8/i2, mais elles n'ont été publiées complètement que dans ces derniers mois; nous les placerons à la fin, parce que des recherches récentes complètent et expliquent les premières'.

i" Action de la clialeuv sur le système mascularve. — En 18^2, E. Brûcke^ avait cherché à expliquer la rigidité cadavérique. Il avait émis l'idée qu'il se fait dans la fibre uiusculaire une coagulation analogue à" celle qui donne naissance au caillot de la saignée, mais il ne connaissait ni la nature précise de la matière coagulable, ni l'agent de cette coagulation. Dubois-Reyinond ^ [)rouva que les muscles sont alcalins tant qu'ils sont irritables; que, dès qu'ils deviennent acides, ils perdent leur irritabilité. Cette acidité est due à l'acide lactique. W. Kûhne * reprit la question alors qu'il était préparateur de M. Cl. Bernard au Collège de France. En broyant des muscles frais, W. kûhne obtint un liquide neutre, rougeâtre, contenu des fibres musculaires. Ce liquide se coagule spontanément , mais avec une rapidité qui varie avec la température : à 1 0 degrés la coagulation n'a lieu qu'après plus de six heures;

' Nous empruntons quelques-unes de Dubois-Reymond , De^îi/w //tustu-

ces analyses à l'excellent mémoire publié luris reaclione , ulchimicis visa est , acida;

par M. Vallin (Arch. gén. (le médecine, in Moimtsberichte der Berliner Akademie ,

6° série, 1871, t. XVIII, p. 799, et i85g, p. 328.

1872, t. XIX, p. 75): Du mécanisme '' W. Kûhne, Uiitersuchungen i'iber

de la mort par la chahur extérieure. Bewegungen und Verànderungeii der coii-

- Brucke, Ueber die Ursache der Ta- tractileii Substanzen,elc.^[ii Archiv. von

desstarre: in Mùller's Arch., 1862, /?pîc/ier<, 1 8&9 , p. 7 '18. p. 178.

selon l'espèce animale ^111 a fourni le liquide, à 36, ho ou 45 degrés, -la coagulation est instantanée. Le tissu musculaire intact devient acide et inexcitable quand il est plongé dans un liquide (à réaction neutre : mercure ou huile d'olive neutre) qui, pour les grenouilles, dépasse 87 degrés, et, pour les animaux à sang chaud , est de 7 ou 8 degrés plus élevé que la température normale du corps. Pour Kûhne, la rigidité par la chaleur ne diffère pas de la rigidité cadavérique. L'examen microscopique des muscles de l'hydrophile, soumis à ces deux influences, donne des résultats identiques.

De plus, il ressort des recherches de Kûhne ce fait capital, que le degré de chaleur auquel est portée la fibre musculaire donne, s'il ne dépasse pas 3 y degrés chez la grenouille, une rigidité et une inexcitabilité temporaires; mais que, si le degré de chaleur est porté à ào degrés, la coagulation est définitive, irrémédiable.

Ce résultat est des plus importants à retenir au point de vue des applications à la pathologie ; il explique les divergences qui régnaient entre les différents observateurs, Pickford, Schiff,Wundt. M. Vallin pense toutefois que les limites assignées par Kûhne sont un peu étroites. Il a vu, dans une de ses expériences, que les deux cuisses d'une grenouille vivante étaient insensibles, paralysées, rigides, par une immersion de trois ou quatre minutes dans de l'eau à /lo degrés; le lendemain, les muscles étaient redevenus souples et excitables. Hermann' a constaté également qu'en plongeant la patte d'un chien dans de l'eau à 5o degrés, de manière à rendre l'inertie complète, les muscles redevenaient assez promptement souples et excitables.

Ce (jui est vrai pour les muscles de la grenouille l'est éga-

' Sur la nature du processus chi- cuiier le résumé donné par ce dernier

mique qui caractérise la rigidité muscu- dans sa Physiologie, p. 260-2 56. Tra-

laire, on lira avec fruit les travaux de duclion française annotée par le docteur

Ranke, Proyer, Hermann, et en parti- Onimus.

ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE

lement pour ceux des autres espèces animales, mais le degré varie avec la température propre de ces animaux. La température de 38 à /lo degrés détruit le muscle de la grenouille; celle de 45 degrés, celui du lapin, du. cliat. du chien; celle de 48 à 5o degrés, celui des oiseaux.

Ce fait de la rigidité instantanée et de la mort du muscle par une température bien inférieure à celle qui coagule l'albumine est absolu, il ne manque jamais. Il a été constaté par tous les observateurs et particulièrement par M. Cl. Bernard, qui en décrit toutes les conditions dans ses Leçons sur les propriétés des tissus vivants \ Il a été vérifié également par M. Vallin ^. Mais ce dernier expérimentateur, au lieu de placer les animaux dans une éluve, les exposait (chiens et lapins) immobiles au soleil, et la mort arrivait d'ordinaire au bout d'une heure. L'identité des résultats obtenus par M. Cl. Bernard et par M. Vallin est de nature à faire accepter leurs conclusions comme définitives, surtout parce qu'ils ne se sont pas placés dans les mêmes conditions.

Voici le résumé des expériences publiées par M. Cl. Bernard ' :

Dans une série d'expériences qui datent de i842, M. Cl. Bernard avait obtenu des résultats tout à fait comparables à ceux de Delaroche. Il a repris ces études à l'aide d'un appareil plus perfectionné*. Un oiseau, plongé dans une étuve sèche à une température moyenne de 65 degrés, est mort en moins de quatre minutes, et un lapin de taille moyenne, placé dans les mêmes conditions, est mort en vingt minutes. Les animaux ont eu d'abord une accélération de la respiration et de la cir-

' Leçons sw les pro])riétés des tissus vivants, 1866, p. aSo et 281.

- Vallin, Recherches expérimentales sur l'insolation et les accidents produits par la chaleur (Arch. gén. de méd., février 1870).

^ CI. Rernard , Leçons sur les anes-

thésiques {Revue des cours scientifiques , 1867, p. 297 et 3/19). — Influence de la chaleur sur les animaux [Revue des cours scientifiques , i87i,p. i33et 182). — Chaleur animale, p. 3/(6.

* Cl. Bernard, La chaleur animale, p. 363.

37â CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.

culation, puis ils sont morts rapidement avec de l'agitation ou dans les convulsions; à l'autop&ie, les phénomènes ont présenté le même aspect : augmentation de la température dans le rectum de 5 à G degrés au-dessus de la température normale, puis arrêt du cœur, rigidité cadavéricpie Irès-rapide et sang noir dans les artères comme dans les veines.

M. Cl. Bernard analyse ensuite l'influence de la chaleur sur les divers systèmes et éléments organicpies, muscles, sang, système nerveux, etc.

Pour le systèmr musculaire de la vie organique, la chaleur est un excitant. Lorsque la température d'un animal s'abaisse, les battements du cœur diminuent d'énergie et de nombre. (Exemple : les animaux hibernants, la grenouille engourdie par le i'roid.) Chez les mammifères soumis à l'influence de la chaleur, à mesure que la température s'élève, le cœur bat plus vite, et la circulation s'accélère jusqu'au moment où elle cesse brus(|uement et où les animaux meurent dans les convulsions. Les fdires musculaires de l'intestin, de l'estomac, des cornes de l'utérus, des uretères, réagissent de même.

La chaleur agit donc comme un excitant sur les fibres musculaires de la vie organique; de plus cette action est directe, elle ne s'exerce pas par l'intermédiaire du système nerveux, elle peut se produire immédiatement par le sang. En réchauffant la patte d'une greuouille refroidie dont les nerfs sont coupés, les battements du cœur reprennent de la fréquence. La chaleur est donc un excitant direct du système musculaire de la vie organique. Il n'en est pas de même pour le système musculaire de la vie animale, celui-ci n'est pas excité par la chaleur.

Cette action excitante a une limite, et, portée trop haut, elle fait cesser brusquement les battements du cœur. Quelle est la cause de ce phénomène? MM. Kûhne et Ranvier, préparateurs de M. Cl. Bernard, ont constaté que la myéline était coagulée.

ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE

La mort a donc lieu par l'arrêt brusque du cœur. M. Vallin ajoute que, dans plus de la moitié de ses expériences, il y avait inertie du diaphragme en même temps qu'inertie du cœur. Cette inexcitabililé du diaphragme est confirmée par les recherches d'Obernier' (animaux sacrifiés dans l'étuve) et par celles de Walther de Kiew^ (animaux exposés au grand soleil).

Les observations médicales concordent avec ces expériences. Bien qu'en général elles soient très-incomplètes sous le rapport thermométrique , dans toutes on signale qu'au moment de la mort par coup de soleil l'homme présente de hautes températures. Le docteur Roch observa, à bord du Golden Fleece, dans la baie d'Annesley, en mai i 868 , un grand nombre de cas d'insolation, dans la même journée; chez un homme qui venait de tomber foudroyé et qu'on lui apporta immédiatement, la température axillaire marquai! àb" C. ^; le docteur Bennett Dowbs à la Nouvelle-Orléans, trouva dans cinq cas /i3",9, /»2°,8, 37°,2,4o",5 et4i°,9. Le docteur Wood donne les chiffres suivants :

' Obernier, Der Hitzschlag (Insolation , coup de chcdeur, etc. ) ; Bonn , i 8(57, in-8°; VIII, lai

^ A . Waltiier de Kiew , Ueber tôdtliche Wàrmep'oâuction in thierischen Kôrpern {Bull, de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, XI, 17-92). Analyse in Med.

Centralhlatt , 1867, p. 3g). — Von der Wirkung sti'ahlender Wârrne auf den thierischen Organismus ( Vorlàiijige Mittheilung in Medicinisches Centralhlatt , 1867, p. 770-772).

^ Docteur Roch, On heat apoplexj/.

{Med. Times and Gaz., 7 juillet 1868.)

'' In Mémoire sur l'insolation , par Meissner de Leipzig {Schmidfs Jahrb. , 1869, Impartie, p. 89 el suiv.).

Consultez également les auteurs suivants ;

En 1 867, Obernier à Bonn, Passauer à Vienne, Michaëlis, avaient rapporté des cas de mort par asphyxie dans les armées en marche. En France, Moutard- Martin (Gaz. des bâp., i5, 1868); en Angleterre et en Amérique, .Iones(Lancet, h juillet 1868), VV. Maclean {ibid. , 5 août), Johnson {Brit. med. Journ., 1" août 1868), Baiimier {Med. Times, 1" août 1868), Bennet {ibid., 1 5août), iamesLLeviick {Pennsylv. Hosp. Rep., i868, I, p. 369), Bullar {Brit. med.

Journ., 22 août), W. Strange {ibid., 99 août) , Loiliot ( Gaz. des hôp. , 1 5 février 1868), ont fourni de nombreuses observations de ce genre. Le docteur Helbig a tenté ( Mémoire de Meissner) de donner la théorie de cette alfection dès i858.

Après la mort.

1™ observation ... «3 heures. Tempe'ratnre dans le thorax. . As", s C.

9' observation ... i heure.. Température dans l'abdomen . . /la ,9

3" observation ... 9 heures. Idem /j3 ,6

Le coup (le chaleur agit comme le coup de soleil; le docteur Casey ' vit un ouvrier fondeur en cuivre qui était dans le coma depuis quelque temps à la suite d'un coup de chaleur dont il mourut. Il trouva dans l'aisselle 63 degrés. Chez un raffineur frappé hrusquement et immédiatement éloigné de l'étuve, le docteur Baùmler- fit, deux heures après l'accident, les observations suivantes :

Aisselle. Recinm,

A es S" //

Aô'-aS'"... ,1 /i9°,3

Il est probable qu'observé plus tôt, le malade aurait offert une température beaucoup plus élevée.

Meissner, dans son mémoire, cherche à expliquer le processus de la mort, et il fait remarquer les phénomènes suivants : i" l'accélération et l'affaiblissement des battements du cœur, d'où résulte une circulation imparfaite à la périphérie et une accumulation du sang dans les organes profonds; 9° l'accélération et l'insuffisance de la respiration. Le mot de Wood, fièvre de chaleur, » n'est pas sans valeur.

Lewick^ a cherché, en contparant les symptômes et les lésions anatomiques du typhus et de l'insolation, à établir que celle-ci était bien réellement une maladie fébrile. Il remarque

' Docteur Casey, Case of heat fever, {Med. Times and Gai., i866, p. 26.)

° D' Raùm]er, On a case ofheat stroke ( Med. Times and Gaz. 1 868 ', p. n 8 ).

' Lewick , ftemarhs on sunstroke , in The atneriran Jovrnal of médical sciences ,

XXXVir vol., p. 60, 18,^9. Les journaux américains renferment un grand nombre d'observations d'in.solalion. Mailienreusement la température n'a été recherchée que dans un' petit nombre de cas.

ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE. 377

dans les deux maladies des symptômes communs : le pouls faible , la peau chaude, le visage et les conjonctives rouges, la lividité, les soubresauts des tendons, et, à l'autopsie, la putréfaction rapide, les pétéchies et les larges ecchymoses, le sang fluide dans les veines, la congestion veineuse du cerveau, des épanchements dans les ventricules et sous l'arachnoïde; la substance du cerveau saine ou un peu moins transparente qu'à l'état normal, les poumons présentant une infiltration hypostalique dans leurs parties postérieures et inférieures, le cœur rempli de sang liquide, etc.

Dans cinq cas, Lewick a observé 43", 4 9". 8. 4i", i, 60", 8, /i5'',5 après la mort.

Cette élévation de la température après la mort a été signalée aussi par Walther. Il aurait trouvé sur un lapin 46 degrés (rectum) au moment de la mort, et 5o° G. une demi-heure après. Walther cherche à expliquer cette élévation de température par la transformation du mouvement en chaleur, par suite de la rigidité due à la coagulation musculaire. M. Vallin n'a pas observé cette élévation post moitem.

Il semble que la rigidité du cœur ait été constatée par les expérimentateurs et par les observateurs, notamment par Wood^; enfin quelques médecins, Meissner entre autres, ont noté la faiblesse extrême des bruits du cœur. Si l'on se ra[)pelle la théorie de Kûhne, on voit également que le retour de la vie après un arrêt d'une durée notable répond à cette contracture passagère qui survient dans le muscle soumis à une température relativement peu élevée.

Quelque séduisante que soit cette théorie, est-elle constamment justifiée? M. Marey^, dans ses recherches sur la contractililé musculaire, a figuré la courbe plate et unie que trace le myographe, qui inscrit la contraction d'un muscle

' H. C. Wood , On svmtroke ( The ^ Marey, Du mouvement dans les fnnramei'ican Journal qf med. sciences , , lions de la vie; Paris, 1868, p. 3iip. 377). 358.

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