‹ De la température du corps humainChapitre 101 sur 150 · LIMITES DE RÉSISTANCE DES ANIMAUX \ LA CHALEUR ET AU FROID · texte numérisé non relu

LIMITES DE RÉSISTANCE DES ANIMAUX \ LA CHALEUR ET AU FROID

Les diverses influences que nous venons de passer en revue n'impriment à la température du corps que des modifications passagères et peu importantes. 11 n'en est pas de même de la chaleur et du froid excessifs. A quel moment et par quel mécanisme le chaud et le froid frappent-ils les animaux? Ce sont là deux questions qui méritent de nous arrêter. Prises en elles-mêmes, elles nous feront connaître la mort par l'insolation et par le froid. Appliquées à la théorie de la fièvre, elles nous donneront quelques notions sur le mode d'action des températures élevées survenues par le fait même des maladies fébriles.

1° La chaleur excessive peut tuer les anirnaux et l'homme. Sans remonter aux auteurs anciens, pour qui ce résultat brutal était de notion aussi vulgaire que pour nous, nous chercherons les ■ premières indications sur le mécanisme de la

mort par la chaleur dans les auteurs qui ont tenu à préciser sou mode d'action.

Boerhaave avait conclu, d'expériences mal interprétées, que, lorsque l'air ne vient plus rafraîchir le sang dans le poumon, la vie devient impossible. Il avait vu qu'un chien, un chat et un moineau, placés dans une étuve à 166° F. (76° C), périssaient, le moineau en sept minutes, et les mammifères en vingt-huit minutes environ. Mais, dès 17/18, John Lining publia des observations faites à Cbarlestown, et il montra que l'homme vivait dans cette localité à la température de Sa" C. à l'ombre, et de 5i° C. au soleil. Adanson, dans son Voyage (tu Sénégal, raconte que, pendant son séjour sur le Niger, la température de sa chambre montait, dans le jour, à ko" ou /i5° R.

En 1806 Delaroche admit que deux caractères distinguent les animaux des autres corps de la nature : i" résister au froid, c'est-à-dire, posséder une température plus élevée que le milieu ambiant; 2° résister à la chaleur, c'est-à-dire, rester à une température inférieure à celle du milieu ambiant.

Delaroche ' institua plusieurs séries d'expériences dans le but de vérifier le degré de chaleur que peuvent supporter les animaux. Pour cela les animaux furent placés dans une étuve sèche.

Première expérience. ( Chaleur supportée sans mourir. )

Un chat, un lapin, un pigeon, un bruant et une grosse grenouille furent introduits dans une étuve dont la température était de 34 à 36 degrés. A 1 heure 1 5 minutes, tous les animaux furent placés dans l'étuve.

' Influence sur l'animal de V exagération de la température extérieure. (Cl. Bernard, Chaleur animale '6'àh.)

RÉSISTANCE À LA CHALEUR

Chat 2 heures. L'animal, couchë au fond de sa cage, devient

agité; respiration fréquente.

Idem 2'' 9 5'" . . Agitation plus grande, cris plaintifs, yeux vifs

et brillants.

Idem a"" 35" . . Retiré de l'étuve, rentre bientôt dans son état

naturel.

Lapin .... i"" 50"". . Respiration s'accélérant de plus en plus. Idem â"" i5°' . . Respiration gênée.

Idem a"" 45"" . . Retiré de l'étuve, rentre bientôt dans son état

naturel.

Pigeon. ... i"" ^5" . . Devient haletant, bec entrouvert.

Idem 1'' 55" . . Très-faible. Tremblement général.

Idem 2'' 25" . . Cet état diminue peu à peu.

Bruant.. . . i"" 25" . . Agité, haletant. Cet état continue encore et

l'animal n'est remis qu'une heure après la

sortie de l'étuve.

Grenouille. 1'' 2 5". . Respiration d'abord plus fréquente, reprend

ensuite son type normal. A la sortie de l'étuve, la température de la grenouille est à 19 degrés. Mise dans l'eau froide, elle revient bientôt à son état naturel.

Deuxième expérience. {Chaleur devenue viorlelle.)

Les animaux de l'expérience précédente sont réunis le lendemain dans la même étuve qui monte cette fois de /t5 à 62 degrés. A k heures 5 minutes les animaux sont introduits dans l'étuve :

Chat 6 heures. Mort avec convulsions et troubles respiratoires.

Lapin .... 6 heures. Mort avec agitation, puis coma. Pigeon.. . . 5*" 25" . . Mort avec agitation, tremblements, convulsions.

Bruant. ... /i' 29" . . Mort avec respii-ation accélérée et agitation. Grenouille. 6 heures. Parfaitement vivante, retirée de l'étuve.

Troisième expérience. [Résistance des invertébrés à la chaleur.)

Deux bulimes, deux sangsues, deux scarabées nasicornes inàle et femelle, deux larves du même insecte, deux courli-

lières, trois punaises des bois, furent introduits dans l'étuve, dont la température était de 35 à 3y degrés.

Les bulimes rentrent dans leur coquille , et se détachent des parois de l'étuve; puis remises dans l'eau, elles reviennent à leur état normal. Les sangsues se ramassent sur elles-mêmes et restent dans cet état pendant tout leur séjour dans l'étuve. Les scarabées, d'abord très-agités, deviennent, sur la fin de l'expérience, plus tranquilles.

De ces expériences, Delaroche lire les conclusions suivantes :

Les animaux ont la facilité de résister à la chaleur pendant un certain temps, mais cette résistance n'est pas la même chez tous, ce qui fait qu'ils ne sont pas tous affectés également par la chaleur. Les animaux de petite masse succombent , après un espace de temps assez court, à une chaleur de 45 à 5o degrés. La gravité des symptômes est d'autant plus grande et la mort d'autant plus rapide, que la chaleur est plus considérable.

L'organisation de la classe à laquelle ils appartiennent établit des différences entre ces animaux. Les animaux à sang froid et les larves d'insectes supportent plus longtemps la chaleur que les animaux à sang chaud, (l'est l'inverse pour les insectes à l'état parfait.

Delaroche et Berger entreprirent sur eux-mêmes de nombreuses expériences pour déterminer le degré de température que l'homme peut supporter. De /19 à 58 degrés, l'étuve devint insupportable pour Delaroche, qui en fut malade; Berger n'en fut que légèrement fatigué. D'un autre côté. Berger n'a pu rester que sept minutes dans une température à 87 degrés, tandis que Blagden a supporté pendant onze minutes une température de 83 degrés un tiers. Tous les hommes ne supportent donc pas également la même température.

On sait d'ailleurs que la chaleur peut devenir nuisible, à des degrés moins élevés, quand elle dure longtemps.

RÉSISTANCE À LA CHALEUR

Dans un deuxième mémoire (iSi o), Delaroche e\[)li(jue le mécanisme de la résistance à la chaleur et attribue une intluence prépondérante à un fait purement physique , l'évaporation qui se produirait sur la surface cutanée et pulmonaire. Fordyce et Blagden avaient admis dans le corps vivant une cause vitale capable de produire du froid : c'est contre cette opinion que s'élevèrent Delaroche et Berger. Ils s'appuyaient sur ce fait que les animaux exposés à une température de 35 à /io° C. s'échauffaient quelquefois de 6 ou 7 degrés, et que cette augmentation n'avait de limite que la mort. Ainsi : dans une étuve sèche à à 5 degrés, un lapin séjourne une heure quarante minutes :

Avant. Apiès.

Température prise dans le rectum sur le lapiu. . . 89 ",7 43°, 8

Une grenouille placée dans la même étuve acquiert en une heure une température propre de 2 6°, 7, qu'elle conserve pendant toute la durée du séjour, qui a été d'une heure et demie. La température d'une autre grenouille exposée à une chaleur de h 6°, '2 s'est élevée à 28 degrés et y est restée stationnaire.

Pour prouver que la résistance à la chaleur était due, pour les animaux, à l'évaporation par la peau et les poumons, Delaroche examina comparativement l'influence de la chaleur sur la température des animaux et sur celle des corps bruts dont la surface entière fut humectée. Il plaça dans une étuve divers animaux, des alcarazas pleins d'eau, et des éponges humides.

Dans une étuve à 45 degrés, la température d'un lapin s'éleva de ^if,'] à /i3°,8, celle d'un alcarazas baissa de 35° à 3t°,/i, où elle resta stationnaire.

Dans une étuve à 3 6", 5 une grenouille acquit une température stationnaire de 28 degrés, et l'une des éponges atteignit 2 7 ".9, l'autre 2 7°, 6.

Delaroche en conclut que l'évaporation, produisant sur les

aicarazas et les éponges un refroidissement plus marqué que celui que l'on observe sur les animaux, est la cause de la résistance à la chaleur.

Delaroche, pour le prouver, supprime cetd;e cause de refroidissement pulmonaire et cutané, en plaçant les animaux dans une étuve humide, et il constate que la température de ces animaux s'est élevée au-dessus de celle de l'air humide dans lequel ils étaient plongés, excepté pour les grenouilles.

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