‹ De la température du corps humainChapitre 3 sur 150 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

La brutalité du coup qui a frappe le prolesseur Paul Lgraiii a prolondément ému tous ceux qui le connaissaient et l'aimaienl. Sa mort a été un deuil public, ceux qui lui ont rendu bier les derniers honneurs savent que cette expression n'a rien d'exagéré. Lorsqu'un homme comme Lorain, jeune encore, dans la pleine possession de ses forces et de son talent, entouré de l'amitié de ses collègues, de la vénération de ses élèves, vient à disparaître subitement, il semble qu'il s'est fait soudain urr immense vide. La place inoccupée vous l'ait mieux apprécier le rang que tenait dans la science et dans votre amitié celui que l'on vient de perdre.

Nous voudrions, malgré une douleur que l'on pardonnera au plus ancien des élèves de Lorain, essayer d'esquisser dès aujourd'hui les principaux traits du caractère de celui qui pour nous fut un maître, et qui pour tous était, il y a quelques jours encore, l'espoir et l'honneur du corps médical.

Paul Lorain appartenait à l'Université de France par sa naissance, par les alliances de sa famille, par ses amitiés. Son père, proviseur du lycée Saint-Louis, recteur de l'Académie de Lyon, avait pris une large part à la préparation de la loi de M. Guizol sur l'enseignement primaire (i833). Ses beaux-frères étaient ^J. Camille Rousset, de l'Académie française, M. Wilbelm Rinn, professeur au collège Rollin; ses amis, ceux qui en petit nombre étaient reçus dans son intimité, étaient presque tous des universi-

' Celte notice a paru dans la Revue scientifique, i. IX, p. 'loç), le 3o octobre 1875.

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laires. Ce commerce journalier, qu'il a entretenu, depuis sa naissance jusqu'au terme de sa carrière, avec les membres du corps enseignant, avait donné à son esprit des habitudes de rectitude et d'honnêteté' qui furent les traits dominants de son caractère. Il y puisa ce double amour du bien et de la science qui se partagèrent sa vie.

Mais, si le milieu dans lequel il e'tait né avait développé certaines de ses qualités, Lorain a toujours eu une personnalité si nette, si accentuée, que dès le collège elle avait été remarquée. Ses camarades tenaient à son amitié et redoutaient d'exciter sa verve railleuse. Nous en avons connu plusieurs, tous avaient conservé des jeunes années de leur condisciple le même souvenir : profonde amitié mêlée d'un peu de crainte. Cet ascendant qu'il prenait sur ses émules naissait de ses facultés supérieures, et c'est sans envie, sans fatigue qu'on le subissait.

Sorti du collège, étudiait, docteur, concurrent pour les hôpitaux ou pour l'agrégation, nous le trouvons entouré des mêmes sympathies. Ses succès n'étonnèrent personne, on s'étonnait plutôt qu'ils n'eussent pas été plus rapides et plus saillants.

Pendant toute cette période de luttes, de concours, Lorain sut triompher sans se faire d'ennemis, et, lorsqu'il prit sa place au milieu des professeurs de la Faculté, i\ y acquit, naturellemeni , sans effort, fautorité qui s'impose par le talent et la modestie.

L'œuvre scientifique de Lorain est l'homme lui-même; elle est inspirée par son amour du bien et de la science. Interne à la Maternité, il est indigné de l'immense mortalité qui frappe l'accouchée et le nouveau-né. Il en fait le sujet de sa thèse inaugurale (i855) : il démontre que ce ne sont pas les mères qui seules vont prendre dans les salles d'accouchement le germe de la mort, mais que les enfants eux aussi sont atteints par l'infeclion. Doué d'une imagination vive, il résume son sujet dans une formule énergique, et il intitule son mémoire : La fièvre puerpérale rhez la femme, le fœtus et le noiweau-né.

Cette thèse est une œuvre de puissante synthèse, et cette ma-

NOTICE BIOGRAPHIQUE. ix nière d'envisager l'état puerpéral , d'en étendre les limites , et d'unir la mère et l'enfant jusque dans leurs activités morbides, est digne d'un disciple d'Hippocrate et restera une des idées modernes de pathologie générale les plus fécondes. Malgré le talent avec lequel elle est exposée, cette doctrine suscita de nombreuses contradictions; toutes les objections ne sont pas encore résolues, mais, si l'interprétation reste douteuse, le fait de la mortalité n'a pu malheureusement être contesté, et Lorain a le mérite d'avoir de nouveau appelé l'attention des médecins sur une des plaies les plus cruelles de l'histoire hospitalière. 11 u' abandonna jamais ce sujet d'études, et il y a Heux ans encore, dans le sein de la Société des hôpitaux, il appuya de l'autorité de sa parole ceux de ses collègues qui poursuivaient la destruction des grandes njaternités.

Attaché comme médecin légiste aux tribunaux de Paris, il exerça ces fonctions, de i856 à 1866, avec un talent et une loyauté que n'ont oubliés, ni les membres des tribunaux, ni les avocats, qui furent les juges et les témoins de l'expert. II avait recueilli, dans ce contact avec les criminels, une foule de matériaux et de documents qui resteront fatalement inédits, car il manque maintenant celui qui seul eût pu les coordonner et les vivifier. Les élèves en ont eu quelques aperçus ; Lorain se plaisait à leur montrer comment tous ces criminels appartiennent, malgré leur variété apparente, à certains types bien définis, comment, chez quelques-uns, les actes sont régis par des lois qui sont du domaine de la pathologie.

Un exemple fera mieux saisir la philosophie de ces remarques. Lorain avait désigné sous le nom de féminisme ou infantilisme un arrêt de développement propre aux enfants des grandes villes. Vers douze ou quinze ans, leur évolution s'arrête, les organes génitaux sont atrophiés, le corps reste grêle , féminisé, leur intelligence si précoce, celle qui caractérise le gamin de Paris, ne donne plus aucun éclat, et ils restent incapables de pensées et d'actes virils. Leurs idées s'approprient pour une part à leurs aptitudes nalurelles, et, incapables d'être hommes, il forment un noyau où

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