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se recrute une classe spéciale de criminels. Ce sujet a été exposé en partie, dans sa thèse inaugurale, par un de ses élèves, le docteur Faneau , mort victime de nos discordes civiles.
En 1866, maître de diriger ses travaux dans le sens de ses aptitudes, Lorain renonça à la médecine légale et se consacra exclusivement à la clinique. Nous avons souvent entendu reprocher à notre maître d'être sceptique en thérapeutique. Il nous sera facile, en montrant à quel courant obéissait son esprit, de répondre à ce reproche, que lui ont adressé ceux qui Font jugé sur les apparences. Sans doute, en présence de ces travaux qui semblaient souvent détruire plus qu'ils n'édifiaient, quelques esprits inquiets pouvaient redouter qu'il ne restât plus bientôt de l'art médical qu'un squelette. Lorain s'efforçait de faire sortir la médecine de l'empirisme, il n'acceptait pas volontiers les assertions traditionnelles ou modernes : il était difficile en fait de preuves, il les voulait palpables, évidentes. Cette défiance n'était pas chez lui l'effet de l'éducation ou des déceptions , elle était innée; il avait le culte de la vérité, et savait mettre en lumière la différence de l'a peu près et du vrai. Aussi, à sa sortie de l'internat, poussé par l'esprit de recherche, il va étudier partout où il espère acquérir quelque notion nouvelle, il s'inscrit parmi les élèves du laboratoire de M. Ci. Bernard et publie ses leçons dans le Moniteur des hôpitaux (1 855-56). Il apprend à se servir du microscope, sous la direction de M. Robin (1857). '^'^ mol, il s'adresse à tous ceux qui interrogent la nature par des procédés nouveaux, et qui tâchent ainsi de reculer les bornes de l'inconnu. On peut dire qu'avant d'être maître, avant d'avoir à diriger un service hospitalier et à faire l'éducation médicale des élèves, Lorain avait tenu à être muni lui-même d'une éducation aussi complète que le comportait l'état de la science à cette époque.
Une fois en possession de tous ces moyens d'investigation, armé pour la lutte , Lorain donne à ses travaux la direction véritablement scientifique qu'il voulait leur imprimer. Il formule ses opinions dans une brochure sur la réforme des études médicales par
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ies laboratoires (1868), et dans un article sur 1 etatde la médecine en Angleterre (1868), dont les lecteurs de la Revue scientifique n'ont sans doute pas perdu le souvenir. Dans ces deux publications, il montre combien la France s'est isole'e dans ses études, et, sans témoigner pour les résultats obtenus en Allemagne un enthousiasme exagéré, il constate que, parles recherches de laboratoire, par son outillage scientifique, te l'Allemagne a pris le pas sur la France-, c'est là, dit-il, une vérité incontestable. Les Allemands ne laissent point à d'autres le soin de le proclamer et en cela ils n'imitent pas noire exemple, en ce sens que nous sommes portés
à admirer les autres et à nous dénigrer nous-mêmes Pour
moi, plus j'admire l'Allemagne, plus je désire que la France se pique d'honneur et i-egagne le terrain qu'elle semble avoir perdu depuis quelques années (1868).
Lorain n'a pas voulu laisser à d'autres le soin d'entrer dans cette voie. Il donne l'exemple, et la même année il publie ses Etudes de médecine clinique et de physiologie pathologique sur le choléra. Toutes les l'echerches ont été laites à l'aide des méthodes et des procédés d'exactitude dont la science s'est enrichie : le thermomètre, le sphygmographe, la balance, le microscope, les analyses chimiques. Toujours la préoccupation de Lorain est de ne laisser rien à l'interprétation de l'auteur, de transformer les sensations en tracés, qui, obtenus à l'aide d'instruments exacts, font à l'erreur une part aussi restreinte que possible. Nul plus que lui n'a réussi à faire prendi"e à la méthode graphique la place qu'elle mérite d'occuper dans les études médicales. Ces procédés, lents, minutieux, qui nécessitent des épreuves multiples, pénibles pour l'observateur, lui ont fourni des résultats dont nous devons rappeler les principaux. Le poids du cholérique ne diminue pas sensiblement pendant la période algide : malgré les vomissements et les déjections alvines si répétées, l'amaigrissement du malade n'est qu'une apparence. Le poids décroît, au contraire, pendant la période de réparation, a ors que les évacuations ont cessé; mais, à ce moment, le malade urine abondamment, et l'urée est excrétée
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en grande quantité. — Les cholériques, au début, ne sécrètent pas d'urine, ils sont anuriques, puis ils deviennent polyuriques et quelquefois diabétiques. — La température des cholériques s'abaisse à la péi-iphérie du corps, et non dans les parties profondes. Sur ce point Lorain propose une théorie nouvelle sur la répartition et la compensation de la chaleur animale. — La circulation est étudiée à l'aide du sphygmographe de Marey ; de nombreuses planches marquent ses variations, et l'explication rationnelle de ses diverses formes s'en déduit naturellement. — Enfin Lorain propose quelques moyens thérapeutiques fondés sur l'expérience physiologique, et rapporte un cas de guéiison obtenu par l'injection d'eau dans les veines d'un cholérique pour qui tout espoir était perdu.
Ces conclusions ne sont pas toutes absolument neuves, quelques-unes avaient déjà été entrevues ou indiquées par MM. Charcol, Gubler, Marey. Mais ce qui constitue l'œuvre de Lorain, c'est qu'il a soumis les points dont il a abordé l'étude à une analyse si minutieuse , si rigoureuse , qu'ils sont aujourd'hui à l'abri de toute critique.
Deux ans après, Lorain donnait ses Etudes cliniques faites avec Vaide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs [Le pouls , Paris, 1870). Le rhythme, la foi^me du pouls, y sont représentés et analysés avec non moins de rigueur dans les maladies du cœur, dans les fièvres graves, les inflammations. Le dernier chapitre est consacré à la thérapeutique, principalement à l'élude de la digitale, et nous ne possédons sur l'emploi de ce médicament rien de plus précis au point de vue de l'action thérapeutique et de la médecine légale.
Faire que la médecine ne soit plus un art conjectural, tel est le but que Lorain a assigné à ses efforts, et il a réussi à donner à certains chapitres de médecine une précision scientifique. Il a développé cette idée dans une leçon insérée dans la Revue en 1870, et nul doute que nous ne devions le suivre dans cette voie, si nous voulons enfin avoir une science positive. Il y a loin, on le
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voit, de ce doule philosophique au scepticisme reproche' à nolie luaitre.
Nous passons sur un grand nombre d'articles insérés dans les revues, les journaux, les dictionnaires, sur les communications faites aux Sociétés anatomique, de biologie, médicale des hôpitaux, etc. Ce que nous voulions montrer, c'est que la caractéristique des œuvres de Lorain est la recherche de la précision, c'est qu'il ne tenait pour acquis que ce qui était devenu évident, incontestable. Ajoutons que la partie de ces recherches actuellement publiée représente une faible portion de l'immense travail dont il avait accumulé les matériaux. Désigné par l'auteur pour coordonner ceux qui n'ont pas encore vu le jour, nous acceptons cette mission, et nous nous efforcerons d'arracher à l'oubli les travaux de notre maître vénéré.
Ceux qui ont connu Lorain, qui suivaient ses visites à l'hôpital, qui allaient l'écouter et l'applaudir à l'amphithéâtre de l'École, ont tous été frappés d'un contraste étonnant entre ses écrits et sa parole. Dans les premiers rien n'est laissé à l'imprévu , tout est rigoureux, scientifique, et l'ouvrage doit à ses qualités mêmes un caractère un peu sévère. Lorsqu'il parlait, au contraire, son imagination semblait se donner pleine carrière, son langage s'animait, se revêtait des plus vives couleurs. Doué d'une facilité d'éloculion, d'une élégance de diction extrêmes, Lorain savait souligner par les expressions les plus heureuses les idées qu'il voulait graver dans l'esprit de ses élèves. D'une haute stature, l'œil vif, pénétrant, la bouche fine et spirituelle, il dominait ses auditeurs et ne permettait pas à leur attention de se perdre, il les enchaînait par sa parole. A l'hôpital, il semait à pleines mains les aperçus les plus divers, il pensait tout haut, et trouvait dans ses travaux antérieurs, dans son érudition, les éléments de la plus atti'ayante conversation. Toujours varié, séduisant, il revêtait chaque remarque de son originalité personnelle; il ne ressemblait à aucun de ses maîtres, il était lui-même, et ses observations portaient sa marque propre.