‹ De la température du corps humainChapitre 32 sur 150 · SANCTORIUS · texte numérisé non relu

SANCTORIUS

leurs recherches sur les maladies aiguës fébriles, le choléra, le diabète, la phthisie, les urines, etc. ^

La légende a fait de Sanctorius un personnage presque ridicule, un original. Les médecins eux-mêmes ne lui ont point conservé la place qu'il mérite de tenir dans l'histoire. Boerhaave et le xviif siècle l'ont admiré. C'était un physicien physiologiste.

Sanctorius a étudié l'action de la chaleur et de la sueur sur le poids du corps.

Aph. 68 ^ : Frigus externum prohibet perspirationem in dehili, quia ejus calor dissipatur, m robusto vero miget; calor enim od imum retrahiiur, duphcatur, et deinde natura roboratur, quœ deitide perspirabilis pondus e vestigio absumit, et corpus fit, et sentitur levius. (Le froid extérieur empêche la perspiration chez les faibles, parce que la chaleur leur est enlevée; chez les forts, au contraire, elle l'accroît, parce que leur chaleur se retire à l'intérieur, se double, d'où accroissement de force et rapide perte de poids par la perspiration insensible, et ainsi le corps devient plus léger.)

C'est surtout sur ce passage , calor enim ad imum retrahitur, duplicatur, que l'attention doit se porter; c'est la théorie de la plus grande production de chaleur dans le bain froid, qui semble si nouvelle à nos contemporains : un homme se brûle davantage dans le bain froid, parce que, pour maintenir sa chaleur propre à un degré constant, il est obligé de produire

' Pesées médicales. — La balance la plus simple est un fauteuil équilibré pour un certain poids, de façon que son poids opposant (plateau) ne varie pas, et qu'on obtienne l'équilibre en ôlant ou rajoutant des poids au fauteuil lui-même. Ces poids feront parlie de la niasse même du fauteuil et seront à la portée de la main. C'est la méthode liàbituelle renversée. Il s'agit de faire varier non le plateau mais

la bascule, c'est-à-dire d'alléger ou d'alourdir celle-ci jusqu'à équilibre, quand le corps à peser y est installé. Autrement dit, c'est le système de la tare, bien plus commode et pratique.

^ Sanctorii Sanctorii de statica medicina aphorismorum sectionibus septem etc., édition P. Noguez, Parisiis, apud Nafaiem Pissot, mdccxxv, 1. 1, p. 122.

Voir la planche qui représente Sanctorius dans sa balance.

une plus grande quantité de calories, il se dépense, il se brûle.

Sanctorius avait déjà remarqué que deux influences bien distinctes, en apparence, font varier le poids du corps, l'exercice des muscles et celui de la pensée. Byasson , dans une tbèse récente et bien accueillie dans la science, a repris cette démonstration. Il a prouvé que c'est par les urines et non par la perspiration cutanée, ainsi que le pensait Sanctorius, que se fait cette déperdition.

Sanctorius explique ainsi les influences qui font varier la dénutrition :

Duo sunt exercitia^, alterum corporis, et alterum animi : corporis évacuât sensihilia excrementa; ammi, insensibilia magis et prœcipue cordis et cerebri ubi sedet animns.

Aph. 1 5 : Nimia animi qmes magis prohibet perspirationem , quant corporis.

Apb. i6 : Animi exercitia, quœ maxime faciunt exhalare spiritus, sunt ira, pericharia.

Apb. 6, De ammi ctffectibus : Nthil magis reddit liberam perspirationem quam ammi consolatto^.

Action des bains sur la chaleur et le poids du corps , d'après Sanctorius (Sectio secunda. De aere et aquis^y

Apb. 1 : L'air froid et l'eau froide en lotions* réchauffent les corps robustes en leur enlevant le superflu, les rendent plus légers et rafraîcbissent les faibles, et, en abaissant leur cbaleur, les rendent plus lourds. (La conclusion pour Sanctorius serait donc que l'bydrotbérapie convient aux bommes faibles.)

Aph. 2 : L'air chaud et les lotions chaudes favorisent aussi

' In eodem loco. De exercitio et qiiiete, ^ In eodem loco. De aere et aquis , sec-

sect. V, aph. i/i, t. II, p. 9/1; apli. 1 â, tio II, t. I, p. 9Ù7.

p. 96; aph. 16, p. 97. * Sanctorius parle d'une action

^ In eodem loco. De animi affectibus , courte, et assigne nno égale influence à

sect. VII, aph. 6, t. Il, p. 169. l'air et à l'eau.

SANGTORIUS.

la perspiration, refroidissent les viscères intérieurs, et rendent les corps plus légers.

L'action de l'air chaud pendant l'été n'est pas moins bien expliquée par Sanctorius. SecL ii, aph. 27 : «L'été nous souffrons de la chaleur, non point principalement à cause de la chaleur de l'air, car notre corps est plus chaud que l'air, mais parce que, dans l'air chaud, il n'y a pas possibilité de nous débarrasser de notre chaleur. . , et cette rétention nous fatigue et nous fait éprouver une grande chaleur.

Sanctorius a parfaitement raison. L'instinct fait rechercher le froid aux méridionaux «frigus captabis opacum.w L'humidité de l'air a sur nous une influence comparable. L'air chaud provoque la soif, mais il en est de même des froids secs et du vent sec. C'est une question de déperdition d'eau. Les grandes pertes de liquide, les hémorragies, agissent de même. C'est le plus grand supplice des blessés sur le champ de bataille.

On retrouve dans ces aphorismes la théorie du retentum. déjà exprimée par Sanctorius (sect. i), et qui reparaît dans les ouvrages de nos contemporains.

Plusieurs aphorismes de Sanctorius montrent avec quelle précision il faisait ses observations. Il avait remarqué que la céphalalgie s'accompagne d'augmentation du poids du corps par défaut de transpiration insensible : Natura dum in perspirandi ojîcio est impedita, incipit statim in multis defcere. Dum caput dolore gravatur (aph. Ui^) statim corpus incipit minus perspirare et ponderosius reddi. — Puma morhorum semina (aph. /la) tutius cognoscuntur ex alteratione insolitœ perspirationis, quam ex lœsis ojficiis. — Si ex ponderatione videris consuetum perspirahile retineri et sudorem vel lotium post aliquot dies non facessere, inde cognosces retentum prœnuntiare futuram putredinem.

Sanctorius appuie par les résultats de ses pesées la théorie

' De ponderatione, sect. i , t. I, aph. ii,p. 65; — aph. , p. 66. — aph. '46, p. 7^1.

(le la sueur rentrée, si chère à nos paysans. C'est toujours le stnctum, le retentum et Friction des vasomoteurs.

Il cherche dans le défaut de perspiration le pronostic des maladies, et, en forçant un peu les termes, on pourrait dire qu'il mesure presque les calories à la balance.

On voit ici le fait du retentum se manifester d'une façon matérielle; le poids augmente, voilà ce que l'on constate.

On peut rapprocher ce mode de retentum de cet autre que les modernes croient être nouvellement inventé , à savoir que la fièvre est de la chaleur retenue, ce qui se pourrait traduire, dans le latin de Noguez ou de Sanctorius, de la façon suivante : fehris minus procedit ah aucto quam a retento calore.

Aphorisme 46. Si perspirabile neque a natura, neque a calore fehrili resolveretur, corpus illico ad malignam febrem prœpararetur.

Ce dernier aphorisme montre que la chaleur fébrile et l'évaporation cutanée sont choses connues et vulgaires à la fin du xvf siècle.

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