GUILLAUME HARVEY
pulmonaire est de ventiler ces vapeurs et de dépurer le sang, et que l'inspiration a pour effet, que le sang, avant de passer d'un ventricule du cœur à l'autre, soit refroidi [contemperetur) par le froid du milieu ambiant; sans quoi ce sang s'échaufTant et se tuméfiant, enflé par une sorte de fermentation (comme on le voit dans i'efî'ervescence du miel et du lait), distendrait tellement le poumon, que l'animal serait sufl"oqué.
Du reste Harvey en réfère constamment àGalien. Il combat surtout avec vivacité l'opinion des vapeurs et esprits circulant avec le sang. . . H admet que le sang est le réservoir de la chaleur, et il défend le sang contre toute compétition . . . Quelques médecins soutenaient encore de son temps que les artères charrient des gaz et non du sang, erreur d'Erasistrate réfutée par Galien.
Il maintient aussi que le sang artériel ne diffère pas sensiblement du veineux.
Voici la démonstration de la chaleur ayant son unique source dans le sang :
« Observare licet ^ . . On peut voir que, toutes les fois que les extrémités des mains, des pieds, des oreilles, sont engourdies par le froid et que la chaleur y afllue subitement, elles commencent à se colorer, à se réchauffer et à grossir dans le même temps, et que les veines, qui étaient naguère petites et comme oblitérées , grossissent à vue d'œil ; et, quand cette chaleur leur revient, ces parties éprouvent de la douleur, d'où il appert (rtjoparef) que cela (cette chose) qui, par son afflux, charrie la chaleur, est la même chose qui remplit les tissus et les colore; or cela ne peut être que le sang. 5)
^ Exercitatio anatomicade motu co7'dis, lamim, auctore Gulielmo Harveo. Lugetc, et exercitationes duce analomicœ de duni Batavorum, apud Johanneiu Van circulatione sanguinis ad Joannem Rio- Kerckhem, 1737, p. 160.
100 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
BORELLT.
( \vii° siècle, 1608-1679.)
Dans le chapitre Sur la respiration, Borelli détruit la théorie qui faisait du cœur la source de la chaleur.
Proposition 96^. Respirationem institutam non esse ad rejirigerium et ventilationem Jlammœ et coloris cordis. On voit ici la théorie des causes finales : «la respiration a été instituée, n La respiration, disent quelques-uns, est comme la flamme qui s'éteint dans un lieu étroit et non ventilé (exp. de Robert Boyle); elle est, ajoutent-ils, un ventilateur, quod pulmo cordis Jlahellum. (éventail) et ventdabrum appellari solet.
^11 n'y a pas dejlamme, dit Borelli, et la nature n'aurait guère été économe de faire si grand feu pour l'éteindre constamment. Or donc les philosophes modernes sont obligés de nier ce feu et cette flamme, qu'on ne voit pas dans le cœur, et d'admettre seulement une chaleur intense qui brûlerait les doigts. . . Mais cela aussi est faux évidemment, car, en trouant la poitrine d'un animal et en introduisant un doigt dans la plaie du cœur, nous ne trouvons pas du tout cette chaleur brûlante, mais bien modérée, et telle qu'elle est dans les autres viscères de l'animal. [Il oublie de citer Galien!)
«Pour savoir exactement le degré de chaleur du cœur, j'ai, dit- il, à Pise, ouvert la poitrine d'un cerf vivant, et j'y ai aussitôt introduit un thermomètre jusque dans le ventricule gauche du
' Né à Naples en 1608, mort en 1679, MATHÉMATICIEN, étudie à Pise, professeur de mathématiques à Messine et à Pise (i656), -un des fondateurs de l'Académie del Cimento de Florence (1657), fonde l'École iatro-mathématique, retourne à Messine, chassé par les Espagnols , va vivre à Rome dans l'intimité de Christine, et publie son livre
De motu animalium, opus poslhumum, pars prima, Romae 1680, pars altéra 1681, dans lequel il étudie et cherche à expliquer le vol, le saut, la natation, la puissance musculaire, la respiration.
^Joh. Alph. Borelli, De motu animalium, Lugduni Batavorum, apud Petrum Vander, moccx, t. II, prop. 96, cap. VIII, p. 118.