VAN HE L M ONT
donner aux fébricitants des aliments très-légers et de facile digestion.
Van Helmonta laissé un petit traité des fièvres, extrait d'un grand ouvrage qui n'a point été édité, il commence par déclarer cjue les médecins n'ont rien appris sur ce sujet, '"^depuis l'antiquité grecque, qu'ils n'ont fait que tourner dans un cercle et que se copier les uns les autres («/u ad vnum omnes cantum cuculi (chant du coucou) cecinerunt), et que leur ignorance fait honte. Il croit avoir découvert la vraie essence de la fièvre, en tout cas ses critiques sont vives.
Tous les auteurs, dit-il, définissent la fièvre calor prœter natiiram accensus frimum in corde, dein delatus per totum covpus^. Or l'essence de la fièvre, pour eux , n'est pas une chaleur quelconque , mais une chaleur qui prœter naluram fuerit, et gradu suo lœserit. Ainsi ils ne conçoivent point de fièvre sans cette chaleur, compagnon nécessaire (cornes). Van Helmont leur oppose la fièvre des camps, qui est sans chaleur accrue'du commencement à la fin, et le frisson avec claquement de dents, qui marque le début des fièvres. Et en effet cette objection, que Galien avait déjà réfutée, embarrassait les auteurs, et quelques-uns prétendaient, ainsi que le dit Van Helmont qui les critique, que ce frisson n'était pas un vrai refroidissement, sed mendax atque dolosum sensuum lenocinium, dumque extenus frigent , volunt quod interne œstuent, crementurqiie vero calor e quamvis aliter sentiant. (C'est pourtant la vérité.) Et ces auteurs ajoutaient que cette chaleur intérieure était bien prouvée par la grande soif des malades, à quoi Van Helmont répond: cette soif est trompeuse (^fallax), et elle vient non de la chaleur, mais des pertes subies par l'organisme («è excremento); d'ailleurs l'eau froide ne calme pas plus cette soif que les remèdes secs, puis, au milieu de la fièvre, au moment le plus chaud, pourquoi y a-i-il moins de soif qu'au début? Pourquoi dire aussi que cette
' De fehribus , cap. i, p. 73i).
116 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
fièvre s'allume dans le cœur, n'est-il pas plus vrai de dire qu'il y a une cause morbifique, une matière peccante qui est l'origine de la fièvre et précède cette chaleur? Donc ceux qui entendent traiter la fièvre par les réfrigérants ne peuvent prétendre qu'ils s'attaquent à la cause, à la source, mais ils ne combattent que la chaleur qui est un effet, un produit secondaire de la matière fébrile. Si c'est la matière morbifique qui brûle, pourquoi le cadavre ne continue-t-il pas à être chaud , et pourquoi toute chaleur s'éteint-elle avec la vie? Ce qui fait que la chaleur lutte contre un agent étranger (une épine), c'est, dit-il, l'archée, omnis alterationis opifex^.
Ainsi la chaleur fébrile cesse quand on enlève l'épine, la matière morbifique , que ïarcliée cherche à expulser. Du reste Hippocrate l'a dit: calorem et frigus non esse morhos ut neque horum causas. Galien a écrit de longs et prolixes ouvrages pour obscurcir cette vérité, et tout le monde ne jure que par Galien, mais qu'on guérisse par le tiède, le chaud ou le froid, peu importe, dit Van Helmont, pourvu que la matière morbifique soit éliminée. Il combat Galien, mais se retranche derrière Hippocrate. Il fallait être sinon avec les deux, du moins avec un des deux. Rester seul eût été trop de faiblesse ou trop d'outrecuidance.
Autre argument: «Les écoles ont déserté le terrain de la chaleur essentielle de la fièvre, il ne s'agit plus de son degré, mais de son origine, qui est une pourriture [putredo) , dès lors on cherche à la guérir, non plus par le froid, mais par des remèdes chauds, par des purgations et par des spécifiques. Elles assimilent ce phénomène au fumier de cheval qui s'échauffe spontanément par putréfaction. Or ce n'est pas par putréfac-
' Et que dit-on d'autre aujourd'hui? rien ne nous en empêche, appelons-le
n'admet-on pas un centre nerveux ré- principe vital, âme de Stahi, qu'importe?
gulateur de ia chaleur? nommons-le c'est l'idée de l'unité et de l'ordre dans
archée, avec Paracelse etVan Hermont, l'être vivant.