‹ De la température du corps humainChapitre 57 sur 150 · DE H A EN · texte numérisé non relu

DE H A EN

« 3° De grands maîtres en l'art de la médecine ont décidé (decrelurn fuit) que les décroissances de la chaleur dans le corps humain , à l'état morhide , devaient être imputées à un moindre frottement des humeurs dans les vaisseaux et des humeurs entre elles, et que les accroissements de chaleur tenaient à une augmentation du frottement.

rf.Avec tout le respect qui est dû à de si grands noms, je me permettrai d'invoquer mes propres observations avec leurs conclusions nécessaires.

«Boerhaave, Fahrenheit, Haies dans son Hémostatique, Derham dans sa Théologie physique (lib. I, cap. ii), Sauvages dans son livre De l'injlammation, nous disent quelle est la chaleur de l'homme et de tous les corps, mais ils ne nous disent pas 'pendant combien de temps ils laissaient le thermomètre appliqué ^ .

(xOr c'est ce qu'il faut chercher d'abord, avant de rien conclure relativement à un phénomène de l'ordre physique , et c'est ce que montreront les observations suivantes, que j'ai faites sur moi à l'état sain et sur plusieurs autres personnes dans le même état, et aussi chez plusieurs malades. Et cette expérience, je ne l'ai point faite une fois ni dix, mais très-souvent, et toujours j'en ai tiré le même enseignement.

«Lorsque le thermomètre est maintenu pendant un demiquart d'heure dans l'aisselle d'un homme sain ^, il marque do c)5" à 96° F. (35° à 35°,5 C); au bout d'un quart d'heure, 97"' 98°. 99' F- (36°,3 C, 36°,7 C, C); au bout

d'une demi-heure, 100°, 101° F. (S'y^S G., 38°,4 C). A partir de ce moment, quand même je maintenais le thermo-

' Celle objeclion scientifique sur le modds faciendi conserve anjourd'liiii loute sa valeur. Combien avons-nous de courbes Ihermométriques sans valeur ou gâtées par des ignorants"?

^ Ces 7 minutes 1/2 sont-eiles le point de départ des 7 minutes pondant

lesquelles les Allemands modernes laissent le thermomètre appliqué dans l'aisselle? Nous verrons plus tard que, pour le creux axillaire, ce temps est insuffisant, que, lorsque l'application est faite dans le rectum , il est, au contraire , largement calculé.

mètre pendant deux heures et au delà, je ne l'ai jamais vu monter plus haut.

«Si maintenant nous regardons ce qui se passe chez les malades, nous avons la clef des notations des auteurs qui ne laissent le thermomètre en place qu'un demi-quart d'heure. Supposons un malade ayant une chaleur féhrile faible, le thermomètre laissé un demi-quart d'heure marque loo'F. (3 '7°, 8 C); mais, au bout d'un quart d'heure, il marque de 1 01 " à 1 02' F. (3 8°, 4 à 3 8°, 9 C), et, au bout d'une demiheure, de 102° à io3° F. (38°. 9 à 39°, 5 C). Quelquefois j'ai vu, dans la Jièvre continue, le thermomètre, au bout d'une demi-heure, marquer 1 06° F. ( /i i°,i C), et, au bout d'une heure, 109" F. (/i2°,8 C); d'autres fois, en une demi-heure, il montait à 10 3° F. (3 9°, 5 C), et en une heure à 10 5° F. (/.o°,i C). ■

«On objectera à cela que la chaleur fébrile a pu s'accroître pendant ce temps; je l'accorde pour une fois, pour plusieurs cas si l'on veut; mais alors pourquoi donc, chez les gens bien portants, le thermomètre monte-t-il plus haut, quand on le laisse plus longtemps en place, et alors que notre chaleur naturelle ne s'accroît pas le moins du monde? Et pourquoi en est-il de même chez les malades, alors que, de notre côté ni du leur, il n'y a aucun sentiment de l'accroissement de la chaleur? Et c'est une loi constante. Ainsi il ne s'agit point ici d'une réelle augmentation de la chaleur.

«Et qu'on n'accuse pas l'exactitude de nos thermomètres! J'en possède beaucoup d'excellents, qu'a fabriqués pour moi un très-ingénieux physicien et mathématicien distingué, le révérend Marci, selon les modèles de Fahrenheit, Prins et Réaumur. J'ai moi-même vérifié ^ l'exactitude des thermo-

' De Haën prévoit toutes les objec- livrés par ie commerce, ces thermomè-

tions. L'exactitude qu'il apporte à la vé- très sont souvent défectueux, et on est

rification de ses instruments peut nous obligé de vérifier souvent leur valeur;

servir de modèle. On ne vérifie pas as- on sait, en effet, qu'après un certain

sez les thermomètres; précipitamment temps leur zéro se déplace.

DE HAËN.

mètres Fahrenheit dont je me sers pour mes malades, d'après le grand thermomètre universel, fabriqué avec un soin extrême 'par Prins lui-mcme.

r^Des susdites expériences j'ai dû conclure que l'on n'avait pas déterminé exactement le vrai degré de la chaleur, soit chez l'homme sain, soit chez les malades, faute de laisser le thermomètre appliqué assez longtemps.

«Un grand nombre de faits contredisent la deuxième thèse des auteurs. Haies ,^ Boerhaave et d'autres ont considéré comme impossible qu'un homme pût vivre longtemps dans un air dont la chaleur dépassait la sienne propre ou la surpassait. Cependant, d'après les observations communiquées par le très-savant Derham [Theol. phys. lib. I, cap. ii), le thermomètre, sous l'équateur, monte à un degré qui n'est guère différent de celui de la chaleur humaine, et même il dépasse souvent cette hauteur. J'ai moi-même souvent observé, ayant suspendu des thermomètres très-exacts, les uns dans l'air libre, hors de toute réflexion de parois, et à l'ombre, les autres en plein soleil, que la différence de chaleur accusée de part et d'autre était de plus de So" F. (soit 16° à 17° G,). Au 27 août, entre 3 et Il heures de l'après-midi, alors que, dans l'intérieur des maisons, le thermomètre marquait 71° F., il marquait dehors, à l'ombre, 76°; le thermomèti'e universel de Prins, exposé aux rayons directs du soleil, monta en un quart d'heure à io3° 1/2 F. (39°,75 C), et se maintint à cette hauteur avec quelques oscillations. Au bout d'une demi-heure, il monta à 107° F. (^i°,7 C); huit autres thermomètres donnaient le même chiffre avec de très-petites différences.

«Or nous nous exposons à de semblables températures sur les places publiques, dans les rues, dans les champs pendant la moisson, dans les camps, etc., et cela sans devenir malades. Et certainement nous tous, au coeur de l'été, respirons souvent un air plus chaud que nous-mêmes, et cependant nous vivons; et il ne survient point d'accidents à ceux

qui vivent sagement et s'abstiennent de boire avec aviditc^ de l'eau trop froide. Sous l'équateur, l'homme vit dans un air aussi chaud que lui-même, et, dans une partie de l'Europe, en un air parfois plus chaud que notre corps. Ainsi l'usage de l'air, dans l'inspiration, paraît plutôt être de mouvoir le sang que de le refroidir ^ Je m'éloigne ici du texte de Boerhaave, mais pourtant il donne (^Physiol. $ 202) une explication dont la mienne se rapproche. D'ailleurs, s'il sulfit que l'air ait dix degrés de moins que le sang pour jouer ce rôle de réfrigérateur, ne deviendrait-il pas trop froid et nuisible, alors que, dans une brume glaciale, il est de 70 à 80° F. au-dessous de la chaleur humaine? Et le thermomètre ne devrait-il pas alors montrer le sang de l'homme beaucoup plus chaud en v lé qu'en hiver?

« La troisième thèse des kruuits est que la chaleur provient du frottement. Il y a beaucoup de maladies qui ne permettent point d'admettre ce principe. Dans une fièvre hémitritée formée par le mélange d'une continue et d'une intermittente quotidienne, le malade, pendant le paroxysme de l'intermittente, éprouvait une telle sensation de froid, qu'il disait que le reste de sa maladie n'était rien auprès de cette atroce souffrance. Or le thermomètre marquait, à ce moment, 10 4° F. (/io° C), et il ne dépassait pas ce point, même au plus fort du stade de chaleur. Ainsi cet homme éprouvait une vive sensation de froid; les signes du refroidissement, frisson, tremblement, «^^^w, iyemo;', le claquement de É?ente, étaient évidents, et pourtant la main sentait que ce corps était chaud, et le thermomètre marquait une chaleur «M- JessMs de la normale. Vous demanderez ce qu'était alors le pouls? il était comme d'habitude, petit, rapide, contracté pendant le frisson; et ensuite, dans le stade de chaleur, il devenait plein, libre, grand.»

' De Haën a le mérite de faire dis- couverte. Effacer une erreur, c'est amnparaîlre une erreur, cela vaut une dé- cer.

DE HAËN.

De Haën cherche ensuite à cxyjliquer ce fait. 11 se demande à quel genre de fièvre appartenait cette maladie, si c'était à la fièvre appelée par Hip])ocrate rÎTtidXtj où le malade avait à la fois la sensation du chaud et du froid, ou à la fièvre Xenrvpia, dont Hippocrate dit (aph. h, 48, y, 72) : In febribus non intermtttentibus , si externa frigeant et interna urantur, et sitiant, lethale.

H combat ensuite les explications des médecins mécaniciens, qui veulent que le cœur se contracte avec d'autant plus d'énergie et de vitesse, que les capillaires résistent davantage, et il renvoie au Traité de rinjlmnmation de Sauvages, dont il admet les démonstrations. 11 n'admet pas non plus la chaleur réagissant, par Y acrimonie des humeurs, sur les mouvements du cœur et sur les vaisseaux, et il combat ces diverses hypothèses par des arguments excellents. Pourquoi, dit-il, cet homme a-t-il le frisson, le tremblement, le claquement de dents, alors que le thermomètre dénonce chez lui 8° F. de plus qu'à l'état normal ? Il y a là quelque chose d'inex[)licable. Si quelqu'un, ajoute-il, veut bien m'expliquer ces phénomènes par les seules lois de la physique, crit milii magnus ÂpoUo. Et de Haën revient sur le fait d'un homme à l'agonie, et qui, pendant 9/1 heures, ayant un froid de marbre avec des artères qui battaient à peine, marquait au thermomètre 97° F. (36°,2 C): « où est ici le frottement artériel ? ■>■)

De Haën rapporte ensuite une observation pour montrer que l'écorce du Pérou diminue la chaleur et éteint la fièvre.

Il y a , dit-il , des cas où cette écorce augmente la chaleur, c'est quand celle-ci est au-dessous de la normale : iis augeri calorem, qui naturali minorem possideant, ut eundem minuit iis qui naturali hî «/'orem. Et de Haën rapporte l'histoire d'une fille qui, ayant pris du quinquina quelques jours avant, eut de nouveau une chaleur fébrile [\o^° F., 38'',9 C.) avec un pouls lent : ergo calor non a solo attritu, non a solo motu aucto.

Nous avons à faire connaître maintenant les tableaux de la chaleur aux différents âges, dressés par de Haën, au chapitre De sangume et calore humano ^.

L'opinion répandue, parmi les observateurs de ce temps, était que la chaleur était plus grande chez les adultes, moindre chez les vieillards^ et les enfants, et l'on en donnait la raison mécanique. De Haën se contente de transcrire le résultat de nombreuses expériences qu'il a faites sur des enfants, des adultes, des vieillards; et il indique quelles précautions il a prises : les sujets mis en expérience étaient couchés et bien couverts par-dessus le thermomètre; et, de peur d'erreur, toutes ses observations étaient faites avec le même thermomètre.

On ne saurait trop admirer le soin et la rigueur apportés à ces expériences, dans lesquelles sont notés : l'âge, la durée d'application du thermomètre, et le degré de la chaleur:

NOUVEAD-NES.

2 jours, 7 min. i/a. . . gi" (3i°,5) d'heure. . . 96° (35°,5).

' Edition de Naples, 1766. T. Il, = Voyez Charcol, Maladies des vieilli. 108 et suiv. Im-ds, a° édition, 1874, p. 261.

DE HAËN.

/( 1/2 ans, 7 min,

(35°,6) 1/4 d'heure. .

9fi°

Il n'est pas nécessaire de faire un tableau pour les adultes, dit de Haën, puisque de très-nombreuses observations [injinita) montrent que leur chaleur varie de 96° à 98° F. (35° à 36°,7 C).

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