‹ De la température du corps humainChapitre 56 sur 150 · DE HAEN · texte numérisé non relu

DE HAEN

naître, c'est la coexistence d'une grande chaleur avec le frisson. Wunderlich a relevé ce fait et en a tiré des conséquences légitimes: il a montré que nos contemporains avaient ignoré les travaux de leurs devanciers, au point qu'en 1889 un savant observateur, M. Gavarret, dans le service de M. Andral à la Charité , avait retrouvé celte coïncidence de la chaleur avec le frisson et l'avait vraiment découverte , personne , à cette époque , ne songeant aux travaux de de Haën sur la chaleur. Or le mémoire de M. Gavarret a été heureusement le point de départ d'une série de recherches d'où est sortie la renaissance de la tliermométrie clinique , et il marque une date historique. Voici le passage court, mais significatif, qui termine le chapitre De sanguine humano ejusqiie calore de de Haën: «J'ai institué, l'an dernier, des expériences qui montraient que l'homme, dans le frisson de la mort, conservait sa chaleur normale, et que quelquefois, dans le frisson fébrile, la chaleur était au-dessus de la normale. Cette série de contradictions engendraient le doute dans l'esprit de ce grand observateur, dépourvu, comme on l'était de son temps, des secours de la physiologie. Il renonce à l'explication du problème: kII nous faut peut-être avouer, dit-il, que la chaleur a une autre origine que le sang luimême. »(Et cela est vrai en effet.) Et il ajoute: ^ En savons-nous beaucoup plus que ceux qui disaient simplement que la chaleur était innée?» La phrase suivante est un acte d'humilité chrétienne : Intellexi quod omnium operuni dei nullam possit homo invemre rationem eorum quœ sunt sub sole; et quanto plus laboraverit ad quœrendum, tanto minus inveniat. Etiam si dixit sapiens senosse, non poterit reperire. Eccl. cap. xviii.

Il y a encore d'autres observations faites par de Haën, par exemple l'élévation excessive de la température du corps pendant l'agonie et même après la mort, phénomène qui était inexpliqué en 1756 : Sed mirum dictu! omnium maximus calor inventus est hommis, quo tempore cum morte luctatur, exspirat, jamque aliquanlum invere desinit. Ainsi chez un malade qui, pen-

dant le cours de sa maladie, n'avait pas eu plus de io3 degrés F. (soit 89°, 5 C), la chaleur s'éleva, au moment de la mort et deux minutes après, à 106" [ài", 1 C). Autre exemple: un homme avait, neuf heures avant sa mort, une température de 9 ■7° (36°, 1 C). Le thermomètre avait été appliqué pendant huit minutes, temps usité par de Haën pour l'évaluation de la chaleur. Au bout de 1 5 minutes d'application, le thermomètre marquait 100 degrés (87°, 8 C), ce qui était la température habituelle dans la maladie. Au moment de la mort, même température, et elle persista pendant 7 minutes 1/2; /i minutes s'écoulèrent encore et la température monta à 101° (38°,3 C). A partir de ce moment, on examina le îhennomhire vingt fois^, de 4 en /i minutes, et l'on nota les chiffres 99 {^7°^^ G,), 98 (Sô^ô C), 97, 96, et, quinze heures après la mort, le thermomètre était descendu seulement à 85, alors que l'air extérieur ne marquait que 60(16 C).

Cette analyse patiente et obstinée doit assurer à de Haën une place considérable dans l'histoire de la thermométrie médicale, dont il est presque l'inventeur.

En un autre chapitre portant presque le même titre', de Haën reprend la question de l'origine et des causes prochaines de la chaleur animale. 11 trouve insuffisante la théorie de la chaleur par le frottement seul, et admet l'existence d'autres causes de la chaleur dans le corps. Cependant il s'arrête là et se garde de tomber dans des explications malheureuses.

Nous avons fait connaître les faits farticuUers et importants que de Haën a le premier indiqués et qui lui servaient d'arguments pour combattre les théories régnantes jusqu'alors. Mais de Haën ne s'est pas borné au rôle de critique, ni à celui observateur curieux: il a tenté de réaliser un travail d'ensemble

' Ce sont là des expériences suivies.

Nous n'en faisons pas de meilleures aujonrd'liui. Il nous reste à découvrir un

instrument qui donne la thermographie continue. — - T. H, p. of), caput iv : De sanguine et culorehiinmno.

DE HAËN.

sur la thermométrie méthodique, et il en a tiré tout ce qu'un grand professeur comme lui en pouvait tirer pour l'enseignement public. Sans cloute, il a dû commettre' des erreurs de détail, et les instruments dont il se servait n'avaient pas atteint à la perfection dont les nôtres se rapprochent davantage; mais • ses préceptes étaient et demeurent bons, et, en le lisant, on croirait lire l'œuvre de quelque clinicien éclairé de nos jours; il faut avouer que l'immense majorité des médecins vivants en sait moins sur la thermométrie que de Haén, et que quelquesuns, même parmi les maîtres, seraient fort embarrassés de répondre aux questions que de Haèn faisait à ses élèves. Et il ne faudrait pas croire que le professeur de Vienne fût seul possesseur de cette méthode en 1766; il se plaint de ce que les auteurs de son temps ne s'expliquent pas suffisamment sur la durée que doivent avoir les examens thermoscopiques tnm in œgris quant in sanis. — Au reste, nous donnons ici une analyse étendue des chapitres xix du tome 1"^ et iv du tome II.

Ch. XIX. De suppiUanclo calore corports humam^. «Des hommes très-ingénieux, Fahrenheit et Prins, et surtout Réaumur, dont on ne saurait trop faire l'éloge, nous ont, après Torricelli, Galilée, Drebel, Pascal, dotés de thermomètres propres à déterminer le degré de la chaleur humaine. Nous avons ainsi appris que tout ce qui ne vit pas, tout ce qui n'est point placé dans la sphère d'activité du feu, n'a que la chaleur de l'at- " mosphèi'e: tels sont le bois, la pierre, les métaux, la soie, la laine, l'eau, le vin, l'alcool, lesquels ont la même température, qui est celle de l'atmosphère. Mais nos sens ne nous permettent pas toujours d'en bien juger : c'est ainsi qu'en hiver le fer poli nous paraît beaucoup plus froid qu'un vêtement de laine, le verre que le bois; ce qui s'explique parce que notre propre chaleur, qui est très-supérieure à celle de l'atmosphère, a très-vite amené à son degré l'atmosphère de la laine , mais

' Tome I , |>. 1 5().

ne peut que lentement échaufl'er les particules de la surface du fer poli, ... et de même que ce métal poli s'échauffe plus lentement, de même il conserve aussi plus longtemps la chaleur. V De Haèn renvoie ensuite le lecteur au beau mémoire de Boerhaave sur le feu [De igne), et dit modestement, en parlant de ses propres travaux ; înventis addere facile.

« Faits principaux. — i ° On a fixé à 9 5" F. ( 3 5" C. ) la chaleur de l'homme à l'état sain, à 87" jusqu'à ^k" [So^h à 3A°,5 C.) celle de l'homme atteint du frisson fébrile, et à 96" jusqu'à 108" (35,6 à /la" C.) celle d'une fièvre ardente ; on a même dit que la chaleur pouvait monter un peu plus haut. Donc il y a bien moins d'écart entre le point normal et celui du refroidissement qu'entre le point normal et celui de réchauffement excessif

a 2° On a dit que la chaleur de l'atmosphère était toujours inférieure à celle de l'homme sain, même in ardente Sirio; qu'il était même impossible à un homme de vivre longtemps dans un air pareil, à plus forte raison dans un air qui aurait une température dépassant celle du corps humain, v Suit une citation de Boerhaave qui est très-intéressante (cap. De igne, exp. 19, coroll. 16): Sangms frigidior in arctos , elasticos , fortes canales arteriœ pulmonalis, vi cordis dextri, atque molimine ingenti respirationis , pressus , actusque , necessario per unum pulmonem fertur copia œque magna, quam, eodem tempore , per universum corpus, omnesque ejus partes simul. Einc igitur idem sanguis nulla in parte corporis usque adeo atteri, adeoque et calescere poterit, quam in pulmone solo. Foret ergo calor illius homini intolerabihs , imo letabs. Verum aer, respirando ductus in pulmonem , est semper frigidior longe, quam hic sanguis. Et per Malpighiana , sanguis hic in arteriolas minimas fusus, quœ vesiculis pulmonum tenuissimis adplicantur undique, per superficies ergo incredibiliter latas exponitur aeri, per omnia momenta temporis renovato, adeoque semper frigido, uiide sanguis ex se, in nulla iterum totius corporis plaga refrigeratur plus, hoc respectu, quam pulmone nostro.

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