‹ De la température du corps humainChapitre 6 sur 150 · XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

Les élèves, à qui il prodiguait à l'hôpital les marques de sa bienveillance, ne s'y sont pas trompe's, et l'hommage qu'ils ont rendu à sa mémoire ne s'adressait pas seulement au professeur éloquent et savant , mais à l'homme dont ils avaient pu connaître l'inépuisable bonté.

Toute sa vie Lorain a poursuivi le même but : apprendre et enseigner; nous venons de rappeler avec quel succès il l'avait atteint. Il nous reste à dire quel homme il était auprès des malades de la ville.

La profession médicale ne fut pas pour lui lucrative. Il n'aimait pas l'argent, et il n'a jamais cherché à recueillir que celui qui lui était indispensable pour vivre et suffire aux soins de ses travaux. Il dérobait à la clientèle le plus de temps qu'il pouvait pour le consacrer à ses études, et, dès que l'existence était assurée, il limitait ses devoirs professionnels , et priait les malades de s'adresser à de plus jeunes confrères. Il n'y a qu'une classe de clients qu'il n'a jamais rebutée, c'est celle qu'il traitait gratuitement : ceux-là ont toujours trouvé son cabinet ouvert et son dévouement à leur service. Sa mort en est un éclatant témoignage. Il était au milieu de ses livres, dimanche dernier, et avait recommandé qu'on ne le dérangeât pas. On vient le chercher pour l'enfant d'un pauvre ménage qui demeure aux environs de la Bastille : il craint qu'en son absence et à cause même de son défaut de fortune, le malade ne reçoive pas les soins nécessaires. Il n'hésite pas à se rendre à cet appel. Frappé d'éblouissenients dès son arrivée, il demande à se coucher, pi'ie qu'on envoie chercher madame Lorain, s'étend sur un lit, perd connaissance, et succombe, en une demi-heure , au mal qui l'étreinf. Si une si triste mort avait besoin d'être entourée d'un nouvel éclat pour servir d'exemple à la jeunesse médicale, oii celle-ci trouverait-elle un plus beau modèle?

Dans cette foule énorme qui s'était empressée hier aux obsèques de Lorain, on voyait mêlés des savants, des artistes, des pauvres et presque tous les habitants du quartier de l'Odéon ; chacun

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racontait quelque trait de cette vie si bien remplie; cette ce'rémoiiie montre quel était l'homme qui venait de disparaître, et cette union des savants et des pauvres symbolise à merveille toute cette existence.

Lorain portait dans ses amitiés et dans sa vie journalière le même dévouement et le même désintéressement. L'un de ses plus chers amis, M. H. Sainte-Claire Deville, tient à ce que quelquesuns de ses actes ne soient pas oubliés. Pendant la Commune, Lorain avait eu, à sa petite campagne d'Azay-le-Rideau, des accidents d'étranglement intestinal. Rentré à Paris trop prématurément, une péritonite partielle était survenue; Lorain ne sortait pas et n'avait pas encore osé s'exposer aux secousses d'une voiture. M. Sainte-Claire Deville reçoit une dépêche annonçant que son fils est, à Nantes, gravement malade; il n'a que le temps de courir au chemin de fer et prie un de ses amis de communiquer la dépêche à Lorain et de lui demander son avis. Le lendemain matin, oublieux de ses souffrances et du danger auquel il s'exposait, Lorain était à Nantes, auprès du lit du fils de son ami, et il était assez heureux pour que son conseil fût réellement le salut du malade.

En 1868, Lorain, qui était connu de M. Duruy, apprend que le ministre l'a inscrit sur la liste des savants qui doivent recevoir la croix de la Légion d'honneur. Sur-le-champ il va trouver M. Sainte-Claire Deville et le force à employer son autorité pour que le nom d'un de ses collègues, plus ancien que lui de nomination, soit substitué au sien. Il l'obtient, et ne reçoit lui-même cette croix, objet de tant de convoitises, qu'il y a ti'ois mois, en août 1875.

Ceux d'entre nous qui furent admis à ces réunions de huit ou dix amis, qui le mardi soir se groupaient autour de Lorain, savent quelle fut sa vie de famille, et quelle était l'union que sa mort a rompue. Lorsqu'elle fut en présence de son mari expirant, M"'" Lorain l'a retracée dans une seule exclamation : trlluit ans de bonheur !n

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Notre iiiailre laisse deux fils; ses élèves n'oublieront pas ce qu'ils doivent à celui qui a gravé dans leur esprit l'ainour du devoir et du travail; ils se souviendront que, quelques jours avant sa mort, Lorain résumait ainsi à un de ses amis ce qui est en réalité la philosophie de la vie : rrNe cherchons pas à être des habiles, contentons-nous d'être honnêtes, et tâchons de ne pas disparaître sans avoir l'ait quelque bien."

27 otlobre 1 876.

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