‹ De la température du corps humainChapitre 70 sur 150 · MONTPELLIER · texte numérisé non relu

MONTPELLIER

On peut ouvrir au hasard un livre de médecine du xviif siècle, on y trouvera, à coup sûr, la fièvre représentée comme un mouvement salutaire de la nature qui se veut purger d'un mal intérieur. Le médecin y est représenté comme le modérateur qui doit diriger, exciter ou ralentir ce mouvement fébrile. Dumas , de Montpellier \ dans un mémoire couronné par la

vésicaloires aux jambes. Le 3 1 , nouveau videtiir et profutura frigidorum appUcavésicaloire à la nuque. Jusqu'au 3 sep- tio, tant interna, quant externa, dum tembre, même potion. Malgré tous les corpus nimio colore febriliœstuat ;i\rafsecours, le mal empk-ait. Malgré est ici pelle l'observation de Schelhauser, d'un placé sans doute pour à cause. Hélas! domestique qui , en l'état de fièvre, but l'envie de manger était persévérante . . . dix litres d'eau froide et guérit ; celle de Le malade ne trouvait pas les boissons Meibomius, relative àdes paysans qui se assez froides. Un médecin appelé en guérirent d'une fièvre par l'eau froide ; consultation, M. Aublet, propose l'u- ceWe de W'i\l\s {De delirio et phrenitide), sage de l'eau à la glace ; on emploie ce d'une femme guérie par un bain de rimoyen malgré les clameurs des femmes vière; une observation analogue de Deiet de quelques hommes de l'art... Le dier de Montpellier; les observations du malade but à la glace avec un plaisir traité /)« 6am de MM. Ployer et Baynard , sans égal. On lui appUqua des com- et beaucoup d'autres, sans parler des presses glacées sur le ventre, et des la- anciens. Rivière {Institut, med. liv. IV, vements à l'eau glacée, et il ne se plai- ch. xxiv) dit que, dans le midi, la glace gnit d'aucune sensation de froid. Même sert à guérir les maladies putrides. En traitement pendant deux jours. On con- Perse, c'est une pratique usuelle. (Voy. tinue le 5 et le 6, non sans donner le Claudin, Voyage en Perse.) En Sicile, minoratif. Le 7, la chaleur du corps di- même usage. Hoffmann a écrit deux minue ; le 9 , l'application du froid fait dissertations sur l'eau froide, tressaillir le malade, on cesse. Bref le ^ «Mémoire couronné par la Société malade guérit malgré l'apozème anti- royale de médecine de Paris, dans lequel, septique ... M. Lamarque en conclut après avoir exposé les idées générales que c'est le froid qui a opéré la guéri- que l'on doit se former sur la nature de son, et il cite l'opinion de Vallès (Val- la fièvre et sur celle des maladies chrolesius, in Meth. med. p. 269) : utcum- niques, on tâche de déterminer dans que ah ipsa caloris veJwmentia timere quelles espèces et dans quel temps des iiicipis, omni ratione refrigerare necesse maladies chroniques la fièvre peut être est, et Van Svvieten, § 691 : adeoque utile ou dangereuse, et avec quelles

Société royale de médecine de Paris, sur la question suivante : « Déterminer dans quelles espèces et dans quel temps des maladies chroniques la fièvre peut être utile ou dangereuse, et avec quelles précautions on doit l'exciter ou la modérer dans leur traitement, 55 a donné des solutions qui nous paraissent bien représenter les idées de son époque. Voici une courte analyse de ce travail inspiré des traditions hippocratiques : Natura est morborum meclicatrix , luctam init illa cum materiis morbifcis, vias ipsas sibifacit et motus producit. (Hipp. Epid. VI, sect. 5). La maladie est donc un acte salutaire de la nature qui tend à la conservation du corps. Or la fièvre est le principal instrument de salut. Le médecin doit suivre la nature : nnturœ minister, non impemtor (Hipp.). La fièvre est le plus iraportant des phénomènes qui puissent fixer l'attention du médecin; il doit saisir l'instant où son intervention est utile, soit pour réprimer l'excès de la fièvre et un excès de force dont V art dirigerait le développement et l'emploi, soit pour laisser la nature agir seule. En général il faut, par exemple, tâcher de modérer la fièvre secondaire dans la petite vérole.

11 faut être éloigné également des deux opinions extrêmes : celle qui prête toutes les vertus à la fièvre et celle qui prétend la combattre toujours. Il y a d'ailleurs bien des maladies graves sans fièvre. L'auteur dit, avec Selle, que la classe des fièvres ne forme pas une classe naturelle de maladies. L'auteur se débat contre la définition de la fièvre par l'augmentation de la chaleur. «Galion, dit-il, ne parle que de l'exagération de l'activité de la chaleur naturelle, et n'entend pas , comme le font à tort quelques modernes, cette chaleur physique qui fait impression sur nos organes; avec la définition moderne on ne peut faire entrer le frisson fébrile dans la fièvre. 55- Evidemment Dumas n'a pas lu de Haën; il ignore que le frisson s'accompagne d'un

précautions on doit l'exciter ou la mo- (Analyse dans le Journal de Vanderdérer,5) par M. Eiimas, docteur en mp- rwojirfe, t. LXXHI, année 1787, p. 107.) decine de l'Université de Montpellier.

excès de chaleur intérieure. Aussi ne comprend-ii pas le sens des états de fièvres lypiriques dont parie Gaiien, dans lesquels «le malade, brûlé d'une ardente chaleur dans ses viscères intérieurs, éprouve un froid insupportable à l'habitude extérieure de son corps.?) Sénac, au contraire, admettait (ce que nous ignorons aujourd'hui) des fièvres oii les malades ont chaud dans les parties supérieures et froid dans les inférieures. Dumas parle d'une grande augmentation de chaleur sans fièvre, comme après les repas, confusion déplorable et qui marque peu de science; et il cite de Haën à tort, lui attribuant le fait d'avoir observé, après la terminaison d'une fièvre, la persistance de hautes températures pendant huit jours. Enfin Dumas cite des états essentiellement fébriles sans augmentation de chaleur, expressions contradictoires et erronées. 11 cite encore la fièvre algide et traite d'absurde la théorie de la fièvre-chaleur. Il n'épargne non plus ni les fermentations des chimistes ni f accélération du mouvement des mécaniciens.

Enfin Dumas se plaît à citer de nombreux auteurs, de Haën, Werloff et Sarcone, Martin, Zimmermann, Huxham, c[ui reconnaissent que la fièvre peut exister avec un pouls plus lent qu'à fétat normal (fièvre lente nerveuse, troisième stade de la fièvre des prisons de Pringle, etc.). Gaiien avait décrit une fièvre qui affectait les premières voies et s'accompagnait d'une lenteur extrême du pouls.

Les travaux modernes ont fait disparaître cette confusion et réformé des faits mal observés, ces fièvres pituiteuses qui laissent sur le tact une impression de mollesse et d'humidité qui n'a rien de semblable à l'âcreté vivement pénétrante de la chaleur produite par la surabondance de la bile, et dont Gaiien comparait l'impression à celle que la fumée fait sur les yeux.

Dumas reconnaît, contrairement à ses prémisses, que le frisson s'accompagne parfois de chaleur (de Haën, Haller, CuUen).

«Le frisson, dit-il, est un spasme, une rétraction; le pouls

est contracté , petit , faible , rare et vite. Puis vient la deuxième période, où les forces rejetées au centre se dirigent vers la peau et avec elles une chaleur ardente (?) : au spasme succède l'expansion. Le pouls est fort, fréquent, vite, la dilatation l'emporte sur la contraction. La troisième période, c'est la sueur, qui dissipe l'appareil de la fièvre. 55

On peut faire observer qu'ici Dumas exprime l'idée non de la fièvre, mais d'un accès de fièvre passager, erreur qu'il partage avec les anciens. L'antithèse froid et chaud, strictum et laxum, domine cette description de la fièvre.

Parmi les causes de la fièvre, il y en a une sur laquelle Dumas revient souvent : chose singulière, c'est la gastrite, qui devint plus tard la préoccupation exclusive de Broussais. Par exemple : k C'est le spasme ou la concentration des forces vers la région épigastrique dans laquelle résident les viscères intérieurs, et, comme cette région entretient des sympathies multipliées avec tous les autres organes dont elle forme, pour ainsi dire, le centre ou le point de réunion, il n'est pas étonnant que ce spasme se répète promptement sur presque toutes les parties du corps, dans lesquelles il décide des phénomènes qui se rapportent à l'affection primitive de l'estomac, dont la contraction vive s'annonce d'ailleurs par les douleurs locales . , . v (Dumas, p. ôy.) Et ailleurs (p. 61) : kTous les moyens d'irritation portés sur la région épigastrique ou même, en général, sur la surface intérieure de quelques viscères, sont également capables d'exciter la fièvre. 5)

Dumas place les maladies nerveuses à côté des fièvres. Que dit Broussais^? k C'est à tort que l'on a défini la fièvre uniquement l'augmentation d'action du cœur et de la chaleur générale. Ainsi il y a d'abord accélération du pouls, la chaleur est plus forte ; l'irritation gastrique se manifeste par une douleur et de la chaleur à l'épigaslre, la perte de l'appétit, l'al-

' Broussais, Phîegmasies gastriques, 1828, p. i5 et suiv.

tération du mucus lingual et le désir des boissons froides. L'estomac, ainsi stimulé, réagit sur toute l'économie et produit un sentiment de fatigue . . . Tous ces phénomènes s'expliquent parfaitement par les lois physiologiques qui enchaînent l'estomac à tous les autres organes. Donc la fièvre n'est autre chose que la coïncidence de l'excitation du cœur avec l'irritation gastrique. »

Revenant à l'utilité de la fièvre , Dumas dit que , dans les maladies aiguës , la nature est en possession de toutes ses forces , et dirige contre leur cause tout l'appareil des moyens propres à les affaiblir et à les détruire complètement.

La deuxième partie du mémoire de Dumas comprend l'étude du pouvoir qu'a la nature sur la guérison des maladies, et en particulier sur la fièvre. L'auteur s'appuie d'abord sur l'utilité de certaines maladies avantageuses et dont la suppression facilite le développement de certaines causes destructives. Tels sont la plupart des éruptions cutanées, les écoulements habituels, les hémorroïdes... Ces maladies, ayant pour effet de détourner des lésions plus graves , demandent à être respectées, et se refusent dès lors à l'emploi des moyens capables d'en arrêter le cours d'une manière brusque. Tous les efforts de l'art doivent se borner à les favoriser et à les maintenir; il est donc clair que la fièvre est d'une indifférence absolue par rapport au traitement qu'elles indiquent.

Ainsi s'exprime Dumas, qui représente les opinions classiques de son époque. On voit que la fièvre n'est qu'un exemple, parmi beaucoup d'autres, des maladies que le médecin doit respecter; le cadre est large. Cette doctrine règne encore aujourd'hui dans l'opinion des gens du monde.

La période de réaction fébrile entraîne la sueur, et la sueur était regardée par les anciens médecins comme la crise naturelle de toutes les fièvres ; ils cherchaient à la provoquer (Hippocrate : affusions d'eau chaude, vin. . .). La fièvre guérit le me , febris spasmum solvit.

La pratique de décider la fièvre par des moyens artificiels remonte aux temps les plus reculés : Hippocrate versait de l'eau très-froide sur toute la surface du corps dans le tétanos. Cependant la sueur peut nuire dans les maladies atoniques.

En outre, dans les maladies humorales, la fièvre favorise la coction.

Troisième partie : Précautions qui se rapportent aux moyens que l'on emploie pour exciter la fièvre. • — L'auteur convient que l'art qui, depuis la découverte du quinquina, peut prédire l'instant où il arrêtera la fièvre, n'a qu'une puissance bien bornée pour la décider ou la rappeler. Frappé de ces difficultés, Boerliaave disait qu'il n'y aurait jamais de médecin comparable à celui qui serait en possession d'un procédé par le secours duquel il pût mettre autant d'habileté à ramener la fièvre qu'à la supprimer.

On s'attend à une énumération de moyens pour exciter la fièvre, mais cette attente est déçue. Voici tout ce que Dumas trouve à dire sur ce sujet : l'alimentation tonique, l'influence des passions douces, l'exercice, les fébrifuges à doses insuffisantes pour couper la fièvre, les affusions froides hippocratiques, les purgatifs à haute dose d'après Sydenham, la méthode perturbatrice (médicaments qui se contrarient) de M. de Barthez, l'esprit de sel d'après Ettmuller. . .

Rien n'égale la pauvreté de ce chapitre, et Boerhaave avait bien raison, il n'existe pas de moyen d'exciter la fièvre.

Remèdes capables de modérer la fièvre. — Dumas commence ce chapitre par une déclaration de principes qui est purement organicienne et ressemble à la doctrine que professait l'école de Paris dans la première moitié de ce siècle; il s'exprime ainsi : ft C'est une loi générale que, pour combattre les maladies avec avantage, il faut attaquer la cause même dont elles dépendent. , . Or la fièvre est prescpe toujours attachée à un état maladif qui en forme la portion la plus essentielle ... Il

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