I: ■ Therm. C
2 minutes après l'immersion 32°,o
o Sa", 5
ih 35°,o
Au bout de Cjuinze minutes, le sujet sort de l'eau et reste exposé tout nu à l'air et au vent, et le thermomètre ne marque plus que 3i°,9 C. Le sujet boit un coup de bière (a/e), on le met dans un lit chaud, et, trois minutes après, sa température remonte à 3 3 ",9 C; une heure après elle était à 35° C.
Ces effets, produits par l'exposition successive à l'action de l'eau et à celle de l'air, donnèrent à réfléchir à l'expérimentateur.
Troisième expérience. — Le sujet est déshabillé et demeure seize minutes dans l'eau salée froide à la même température que ci-devant. On obtient les mêmes effets à peu près, puis il est plongé dans un bain d'eau douce à 36°,/i- C, et, chose inattendue, sa température baisse d'abord d'environ 2°; au bout d'une minute, elle était à 3i°, 1 C, puis, au bout de neuf minutes, elle était remontée à 3 5°, 6 C. Ainsi le bain chaud produisait d'abord les mêmes effets que le froid , pourtant avec cette différence notée par Currie, que dans l'eau froide les extrémités étaient très-froides, tandis que dans le bain chaud la chaleur était universellement répandue. A la sortie du bain chaud le sujet put se rhabiller et se trouva très à son aise.
Quatrième expérience. — Nouvelle immersion dans l'eau froide. Le malade est interrogé sur ses sensations. Il dit qu'au moment de l'immersion il ressentait un froid très -vif, que cette sensation diminuait et devenait supportable, puis qu'elle revenait à sa première intensité, un peu moindre peut-être. Alors, quand l'eau était immobile, il ne sentait pas que son corps, des clavicules au pubis, était dans l'eau, il sentait un grand froid aux extrémités des membres , au pénis et au scrotum. Il éprouvait comme un cercle au niveau du plan de la surface liquide, quand celle-ci était agitée. Le malade, replacé à l'air, puis plongé dans un bain à lio° C, éprouva du malaise, et l'on dut abaisser la température de l'eau à Sa" C; alors il se trouva mieux, se réchauffa peu à peu jusqu'à Sy",^ C. et se refroidit ensuite jusqu'à 32°,2 C, puis on le frictionna et réchauffa par les moyens ordinaires.
D'autres expériences de même nature furent faites par Currie
JAMES CURRIE
sur différentes personnes. Ces variations rapides de la température du corps vivant ne semblaient pas s'accorder avec les théories professées alors sur la chaleur animale. Nous laissons ici la parole à l'auteur :
«L'accroissement delà chaleur, dans la fièvre, a conduit quelques personnes à penser que la chaleur animale est produite par l'action du cœur et des artères, ou du moins en connexion directe avec celle-ci; pourtant il faut remarquer que, ici , quoique la chaleur ait dû être engendrée dans le bain avec une rapidité quatre fois plus grande qu'à l'ordinaire, les vibrations du système artériel étaient excessivement faibles. Il y a une autre théorie fort belle de la chaleur animale, qui suppose que celle-ci dépend immédiatement de la respiration; mais, dans le bain, après les premiers moments où le jeu du diaphragme est dérangé par le choc de l'immersion, la respiration devient régulière et extrêmement faible. Enfin il est un curieux phénomène, la chaleur monte et descend alternativement, puis remonte, dans le bain, le corps demeurant en repos , et la chaleur du milieu ambiant étant la même; c'est là, je pense, une observation fatale à ces théories qui considèrent le corps vivant comme une simple machine, mise en mouvement parles actions extérieures, mais dépourvue d'initiative propre, et ne différant des autres machines que par la nature particulière des forces qui concourent à la mettre en action. Je ne puis m'empêcher d'admirer la théorie qui rapporte l'introduction du calorique dans l'organisme, surtout à la décomposition de l'air atmosphérique dans la respiration, mais, il faut bien le dire, l'état de la chaleur dans le corps ne peut être évalué sûrement (comme quelques-uns l'ont supposé) d'après la quantité d'air respiré. Le calorique est amené dans l'organisme encore par d'autres voies, particulièrement par les aliments et les boissons, et leur transformation en chaleur semble être modifiée par la puissance vitale; enfin, nous n'avons point d'explication chi-
if)
mique ni mécanique suffisante pour faire connaître les raisons de ce piiénomène. »
CuiTie établit ensuite que le refroidissement est plus grave dans l'eau douce que dans l'eau salée. Il montre que, dans ses expériences tliermométriques , il s'est mis à l'abri de l'erreur signalée parHunter pour l'estimation de la chaleur buccale, en plaçant la boule du thermomètre non sur la langue dans le courant de la respiration , mais sous la langue. 11 explique par le raisonnement suivant que l'homme, passant du bain dans l'air, à température égale de l'air et de l'eau, se refroidit encore : «Pendant l'immersion, l'eau qui est en contact immédiat avec la peau s'étant échauffée un peu , le corps nu, sortant de l'eau pour s'exposer à l'air, est, en fait, exposé à un milieu j)lus froid, d'où nouvelle perte de chaleur. Du reste, ajoute Currie, les changements de température dans le corps vivant sont gouvernés par des lois qui sont particulières à celui-ci. v (C'est le Wârme-regulirung moderne. )
Chapitre xvii : Aperçu général des doctrines concernant la fièvre. Hippocrate, Gahen, etc. Théories diverses. — « Rien, d'après notre auteur, ne montre mieux la faiblesse et l'ignorance de l'espèce humaine, à la fois présomptueuse et impuissante à supporter le doute, que le chapitre de la fièvre. La fausse science est encore pire que la superstition. Les principes de la mécanique, de la chimie, du magnétisme, de l'électricité, ont été successivement mis à contribution pour expliquer les mouvements de la vie, et n'ont servi qu'à nous tromper et à nous décevoir. . . Hippocrate, qui vivait à une époque où les instruments de physique faisaient défaut, estimait la chaleur d'après ses sensations; il appfiquait ses mains sur la poitrine des malades, jugeant les phénomènes morbides moins d'après le pouls que d'après la chaleur du corps.
kII faisait appliquer des linges trempés dans l'eau froide sur les parties les plus chaudes, tirait du sang, soit avec des ven-
JAMES CURRIE
touses scarifiées, soit avec la lancette, et administrait soit de i'eau froide, soit des boissons fraîches.
«Au temps de Galien, la tradition de la chaleur cause de la fièvre s'était conservée, et la pratique était conforme au 1 principe. Les Arabes reçurent cette doctrine, mais l'obscurj cirent. Au siècle dernier (xvif siècle) vint Sydenham, qui était, lui aussi, un observateur original, et auquel la médecine doit beaucoup. Pourtant il dogmatisait a priori, et il s'est parfois égaré. D'après lui, toute maladie n'est rien qu'un effort de la nature pour expulser d'une manière ou d'une autre la matière morbifique. Il faut donc l'aider et non la contrarier I dans cet effort ^ Il s'agit dé trouver des émonctoires. Alors on en arrive à comparer l'action désordonnée de la fièvre aux mouvements de fermentation par lesquels la nature sépare du sang les parties viciées avant leur expulsion. Ainsi la fièvre serait, à certains égards, la conséquence salutaire de Veffort tenté par la nature pour expulser la maladie.
«On voit poindre dans Hoffmann l'aurore d'une plus juste pathologie de la fièvre. Il rejette le mécanisme et cherche la cause de la fièvre dans la nature particulière des mouvements vitaux. Il suppose que la matière morbifique excite un spasme des vaisseaux périphériques, puis une réaction du centre à la périphérie avec expansion des vaisseaux, fièvre enfin et chaleur. . . D'après la doctrine d'Hoffmann, le médecin doit contrecarrer l'action morbide et favoriser l'effet naturel (?) ■>■> Currie trouve cette doctrine de l'action et de la réaction très-belle; en effet, Currie recherche la réaction par l'application de l'eau froide.
ctLe système d'Hoffmann a produit celui de Cullen. D'après Hoffmann, le premier effet des causes cachées de la fièvre est le spasme suivi de la réaction. Cullen dit que le premier effet des effluves nuisibles (cause éloignée), est une débilité gé-
' Ici Currie ouljlie qu'Hippocrate avait dit : Qno natura vergit eo ducendum.
nérale affectant le. sensorium commune, d'où le spasme; au spasme , succède la réaction qui résout la maladie. ■>■> Cette manière d'expliquer la vis medicatrix ne satisfait pas Currie.
«Brown vint, dit Currie, qui supposa l'excitabilité, et expliqua tous les phénomènes de la vie et de la maladie par ce principe prétendu; il imagina le moyen de le mettre en acte par des stimuli. Il s'agissait de trouver juste le degré précis d'excitement qui correspond à la santé; il n'y eut plus que deux maladies , les sthéniques et les a-sthéniques. Il classa le typhus dans la deuxième catégorie, et rendit service en introduisant l'usage du vin et de l'opium dans cette maladie. (Les grands agitateurs servent à quelque chose.)
«Darwin (l'auteur de la Zoonomie) essaya ensuite de donner une théorie générale de la fièvre, v
Currie ne pouvait manquer de donner aussi sa théorie de la fièvre, mais il le fait avec modestie et en toute humilité (il a en vue surtout le typhus) : «Les premiers symptômes sont la langueur, le frisson, la fatigue physique et intellectuelle; c'est une sorte d'empoisonnement , les forces vitales en sont oppressées ou vaincues. Pourtant il survient en général une réaction; il y a lutte entre la cause morbide et l'énergie vitale, entre le pouvoir central et la résistance des vaisseaux périphériques , d'où production d'une chaleur exagérée. Si les forces vitales l'emportent, la peau s'ouvre, la sueur coule, la chaleur tombe, les phénomènes morbides diminuent. Le phénomène inverse maintient la fièvre. »
Ici nous devons nous arrêter pour adresser une critique à notre auteur : il a manié le thermomètre, il a lu de Haën, et voici ce qu'il dit : « Examinons l'état de la chaleur aux différents stades de la fièvre intermittente : en général, et sauf erreur, dans le stade de froid la chaleur est diminuée , nonseulement à la surface, comme quelques-uns l'ont imaginé, mais probablement dans tout l'organisme. J'ai trouvé la température sous la langue à 9/1° et ^3° F. (3/i°,5 C. et 3 3°, 9 C),
JAMES GURRIE.
et même à 92" F. (33\3 C). Dans ces cas, il y avait une sensation de froid à l'estomac et du tremblement de tous les membres. A ce moment, les bains chauds et les boissons chaudes sont très-utiles. Le pouls devient fort et plus fréquent et la chaleur vient, allant du centre à la périphérie, mais ce phénomène se produit avec une extrême irrégularité dans sa marche. 5) Tout cela est mal observé, et c'est un grand désenchantement. Voilà un observateur sagace, original, indépendant, qui s'arme du thermomètre, et qui aboutit à de si grosses erreurs ! Etait-ce bien la peine que de Haën et d'autres eussent si bien décrit la chaleur exagérée et comme paradoxale qui accompagne le frisson? Currie se perd par trop de condescendance pour les idées de son temps , il se refait écolier de maître qu'il était, et descend du piédestal que lui avait érigé le lecteur.
Plus loin, il nous donne bien réellement les chiffres du stade de chaleur : 3 9°, 3 9 ,5, ko', /io',5 C. Alors, dit-il, c'est le moment de pratiquer les affusions d'eau froide. 11 nous décrit la période de sueur et la chaleur qui tombe alors. Il revient aussi à une opinion déjà émise par lui, à savoir qu'il n'y a rien de bon à attendre pour les fonctions de l'organisme tant que dure une chaleur de plusieurs degrés au-dessus de la normale.
Currie nous donne aussi une explication mécanique de la soif, mais elle n'est point supérieure aux données de la physiologie de son temps; la sympathie y intervient, ce qui gâte tout.
Arrivant au traitement, Currie émet les préceptes suivants : f^Que convient-il de faire dans la fièvre? diminuer le froid dans le stade de froid, modérer la chaleur dans le stade de chaleur, et vaincre la contracture des vaisseaux périphériques par laquelle la chaleur morbide est retenue, et la réaction retardée , et en tout cas soutenir les forces ... Il ne s'agit point d'interpréter les vues supposées de la nature. C'est, dit encore
Currie, une grave erreur de supposer que le poison fébrile, si nous devons l'appeler ainsi, étant introduit dans l'organisme, soit la cause principale des symptômes, et c[ue ceux-ci consistent dans un combat livré par la nature pour son expulsion, sans lequel le retour à la santé n'est pas possible. Il est plus raisonnable de le considérer comme un agent qui excite l'organisme à la fièvre, laquelle fièvre est entretenue non parla présence et l'action continue de cet agent, mais par les principes mêmes qui règlent les actions de la vie. Nous ne sommes pas là pour attendre le bon vouloir de la nature et assister à ses prétendus efforts, mais bien pour nous opposer à la jîèvre, à tous les stades de son parcours, avec toute notre habileté, et la faire aboutir le plus promptement possible à sa terminaison , autant que cela est en notre pouvoir. Quand nous chassons la chaleur morbide, et que nous réduisons la réaction morbide à la période de chaleur par le puissant moyen des affusions froides, la totalité des symptômes morbides s'évanouit, preuve qu'à ce stade de la maladie, ces symptômes proviennent de la chaleur désordonnée, et non d'un poison circulant avec le sang, v Voilà bien le côté original, hardi, de l'œuvre de Currie; il s'attaque à Hippocrate, à Sydenham cet autre Hippocrate, à la tradition. C'est un grand fait, un fait historique! Il est donc utile et sage de lutter contre la maladie dès son début, avant que les forces soient déprimées et les habitudes morbides établies. Currie déclare que les fièvres intermittentes des pays chauds, attaquées dès le second accès par l'eau froide, guérissent mieux que par aucun autre remède.
Il faut, dit-il, recourir aux moyens de rafraîchir artificiellement l'eau; en tout cas, on peut sans danger laisser le malade se plonger dans le bain froid ou dans la mer, et user du moyen précité, qui consiste à sortir de l'eau et à y rentrer alternativement. Il cite plusieurs cas de délire maniaque ou autre, guéris par l'immersion dans l'eau froide, les malades s'étant d'eux-mêmes jetés à l'eau.
JAMES CURRfE.
Chapitre xtiii : La chaleur animale, ses origines. Perspiration , son action réfrigérante. Mode d'action de quelques remèdes contre la fièvre : les antimoniaux, , l'opium. — Currie définit la vie : «ia faculté qu'a l'animal de conserver sa chaleur propre en dépit des variations du milieu ambiant. » Les animaux sont inférieurs ou supérieurs, suivant que cette faculté est moins ou plus développée en eux. Les végétaux n'en sont pas tout à fait privés. Les individus dans une même espèce peuvent être classés d'après le développement qu'a chez eux cette faculté, qui est un critérium de la force, k II y a, dit Currie, des raisons de penser que, tant que la température du corps humain demeure sans changement, sa santé n'a rien à craindre de la température du milieu ambiant, que si, au contraire, il se produit un augment ou déclin de quelques degrés dans la température de l'économie , la maladie et la mort s'ensuivent. La connaissance des lois qui régissent la chaleur vitale semble donc la branche la plus importante de la physiologie.
wLa chimie moderne, ajoute Currie, s'attribue la découverte de l'origine de la chaleur animale, qui est supposée dépendre des modifications que les ingesta subissent en raison des fonctions' de la vie. Parmi les animaux respirants, la principale de ces modifications est occasionnée par les poumons agissant sur l'air atmosphérique inhalé, et la respiration est considérée comme la source principale de la chaleur dans cette classe d'animaux. Que l'oxygène contenu dans l'atmosphère fournisse la plus grande partie du pabulum vitœ, cela n'est pas douteux, la respiration étant une opération dans laquelle le passage d'un gaz, à l'état concret, met en liberté une certaine quantité de chaleur, de la même façon que la vapeur se transformant en eau restitue une partie de sa chaleur. La chaleur alors mise en liberté étant renvoyée par la circulation dans toutes les parties du corps est le principal moyen par lequel tout l'organisme est échauffé et animé, n
En note, dans la cincjuième édition, l'auteur expose la ihéo-
rie la plus récente alors de la respiration, et, en bon Anglais patriote , il se garde bien de dire qu'elle vient de l'autre côté du détroit, elle lui paraît sans doute anonyme, carie nom de Lavoisier n'est point prononcé par lui. Voici cette note traduite.littéralement : te La respiration est ua exemple d'attraction élective complexe, dans lequel le gaz oxygène est déplacé et entre en une nouvelle combinaison; une partie en semble être absorbée par la masse du sang qui circule dans les poumons; une autre partie s'unit à l'hydrogène du sang veineux pour former de l'eau; une autre, au carbone du sang pour former le gaz acide carbonique. Dans le dernier cas, la chaleur dégagée ne provient pas de ce c|ue l'oxygène, de gazeux, devient solide, mais de ce qu'il entre dans la composition d'un gaz qui a moins de capacité calorifique que lui-même. La chaleur mise en liberté dans ces différents phénomènes est transmise au sang, qui, par la perte de son hydrogène et de son carbone, est converti de veineux en artériel, et dont la capacité calorifique s'accroît ainsi. Par là l'inflammation des poumons est évitée. Mais le sang artériel, dans sa circulation, absorbe de nouveau peu à peu des hydro-carbonates, et perd de son calorique. De là l'uniformité de température dans le corps. Telle semble être la théorie moderne de la respiration, laquelle, il faut l'avouer, n'est pas sans offrir quelques difficultés. 55
A cette époque, on agitait la question de savoir si la peau n'absorbait pas aussi une certaine quantité d'oxygène. Currie pense que cette question demande des expériences nouvelles. Il insiste sur le rôle de la peau dans les variations de la chaleur, et sur cette faculté qu'a l'organisme de mettre en liberté sa chaleur latente. Or la perspiration lui paraît jouer ici un rôle non douteux. La perspiration est le corollaire de la respiration ; dans la respiration, il y a un gaz incessamment converti en un solide ou un fluide, et par là la chaleur s'accroît; dans la perspiration, inversement, un fluide est continuellement con-
JAMES CURRIE
verti en vapeur, et ainsi de la chaleur est dépensée. Supposons que la proportion d'oxygène absorbé par l'organisme reste la même et que la température de l'atmosphère s'élève, nous nous expliquerons comment notre chaleur propre ne varie pas, grâce à un accroissement de notre perspiration. Que la température de l'atmosphère reste sans changement, tandis que l'oxygène est introduit dans les poumons en plus grande quantité, nous nous expliquerons encore la stabilité de notre température par l'augmentation de notre perspiration. La première de ces suppositions se réalise quand à un jour froid succède une journée chaude, la seconde quand nous respirons plus énergiquement après un violent exercice; alors la perspiration paraît avoir le rôle principal dans la régulation de la chaleur animale (in regulating the animal heat^, et la chaîne de la vie semble reliée au monde physicjue par des anneaux que les récentes découvertes de la chimie nous permettent de découvrir. »
Le voilà, ce mot régulation que nous attendions; tout le faisait pressentir ! Le raisonnement serré de l'auteur, la logique de ses idées, sa perspicacité, qui ne laisse rien d'obscur et devine ce qui est caché , devaient le conduire à ce grand fait que les modernes n'ont point inventé. Que d'écrits contemporains sur la régulation! Il semble que la chose soit nouvelle et sans précédents : un peu de modestie ne gâterait rien. Mais Currie lui-même est-il l'inventeur de cette théorie, l'a-t-il reçue de quelque autre observateur, avait-elle cours à son époque? Qui peut dire où est le commencement d'une découverte ?
Currie, continuant son exposé delà théorie de l'évaporation , s'exprime ainsi : «Un vase rempli d'eau et exposé à l'air ne peut pas être amené à une température de plus de 2 1 2° (ébulhtion) quel que soit le combustible employé, parce que, à mesure que la chaleur se développe au fond, l'évaporation l'enlève <^ la surface. Ainsi en est-il pour le corps vivant. "
Currie rapporte ensuite les expériences de Sanctorius sur la perspirntion insensible mesurée à la balance, et qui était évaluée à environ i,5oo grammes, chifl're qu'il croit inférieur à la réalité. Il se demande combien cette évaporatton coule de chaleur à l'organisme. D'autres expérimentateurs ont cherché à vérifier les calculs de Sanctorius. Cruikshanks a noté une perte en poids beaucoup plus considérable après l'exercice qu'après le repos. Dans le mémoire de Lavoisier et Seguin, publié dans les Mémoires de l'Académie des sciences (1797), on trouve une évaluation plus exacte des pertes de poids amenées par la perspiration cutanée et pulmonaire.
est étonnant, dit Currie, que l'importance de l'évaporation à la surface du corps pour la régulation de la chaleur n'ait pas davantage attiré l'attention. En 1 755,ledocteurCullen publia sa découverte de l'évaporation des fluides comme cause de refroidissement (^Essays and observations physical and litterory, vol. II), phénomène connu depuis longtemps des Asiatiques,' et qui est devenu, en Europe, l'origine de tant de découvertes chimiques. Eh bien, CuUen n'a pas pensé à la perspiration des corps vivants.
^ Peu de temps après, le docteur Franklin reconnut les effets de refroidissement produits par la perspiration cutanée. Dans une lettre datée de Philadelphie en juin 1768, Franklin s'exprime ainsi [Lettres et mémoires de Franklin, p. 365) : «Du- «rant la chaleur à Philadelphie, en juin 1760, un jour où le «thermomètre marquait 100° F. (3 2° 8 C.) à l'ombre, j'étais as- "sis immobile |dans ma chambre, occupé seulement à lire et à «écrire, n'ayant d'autre vêtement cjue ma chemise et un ca- K leçon de toile; toutes les fenêtres étaient ouvertes, et un «vent frais traversait l'appartement , la sueur coulait sur le « dos de mes mains , et ma chemise était souvent assez mouillée « pour m'obliger d'en changer. Mon corps cependant ne devint «jamais aussi chaud que l'air ambiant ou que les corps ina- «nimés plongés dans cet air. v Franklin en concluait qu'il était
JAMES CURRIE
demeuré relativement froid, par suite de la sueur continuelle, et par l'évaporation de cette sueur. Le mémoire de Cullen n'était pas passé inaperçu de Franklin.
«Lorsque les observations de Duhamel et Tillet en France et les expériences de Fordyce et de sir Blagden en Angleterre vinrent montrer quel extraordinaire degré de chaleur pouvait supporter le corps vivant, l'attention des savants fut éveillée par ce phénomène. L'opinion générale fut que l'animal possédait le pouvoir d'engendrer le froid comme le chaud. Bell, dans les Mémoires de la Société de Manchester, fit la critique de cette opinion, et, en discutant avec lui, Currie conçut, dit-il, la pensée que le principal office de la perspiralion insensible devait être de régler \a chaleur animale; cette opinion, ajoute notre auteur, qui semblait si raisonnable, a été confirmée chez moi par la réflexion et l'observation.
«Pourtant quelle que puisse être l'influence delà perspiration sur le refroidissement du corps , elle n'est peut-être pas le seul moyen par lequel cet effet est [)roduit. En effet, de quelques expériences sur l'action des bains chauds, il semble résulter que la température du corps s'accroît difficilement après que la sueur a coulé abondamment; or, comme il ne peut y avoir d'évaporation à la peau quand le corps est immergé dans l'eau, et qu'il y en a peu par les poumons quand l'air inspiré est saturé de vapeur d'eau, si l'expérience ultérieure confirme nos observations, on trouvera peut-être que la production de la sueur elle-même correspond à une certaine dépense de chaleur : ainsi s'expliquera l'abaissement de la température qui succède à une perspiralion profuse. Albinus, Haller, William Hunter, ont supposé que la sueur, comme la perspiration insensible, était une exsudation de la partie aqueuse du sang à travers les téguments; mais cette opinion doit être rejetée. Cruikshanks et Fordyce ont montré que la sueur était un produit secondaire et non direct, etc.. . . "
Ici se place une théorie tellement conforme aux idées con-
temporaines, qu'on serait tenté d'en attribuer ie mérite à quelque auteur actuellement vivant. Nous la retrouverons à l'état anonyme, ou, qui pis est, pourvue d'un nom qui n'y a point droit, parmi les travaux éclos dans ces dernières années. . Nous ne nous lasserons point de citer Currie textuellement, et nous espérons que le lecteur n'y perdra rien :
K La dépense de chaleur [absorption) peut, du reste , avoir lieu dans d'autres i^rocessMs [process), que la production et l'évaporation de la matière perspirable, et que la respiration; et, après tout, les changements soudains de température qui ont liëu dans certaines circonstances donnent lieu de penser que l'animal possède un certain pouvoir sur sa chaleur, lequel nous est encore inconnu. Laissant ce point à éclaircir par des recherches futures, tenons l'importance de la perspiration par rapport à l'économie animale pour certaine. Par ce processus, la stimulation des extrémités des vaisseaux par la distension morbide est diminuée ou vaincue, et quelque autre moyen que possède l'organisme pour diminuer sa chaleur, cette détente semble de beaucoup le moyen le plus efficace, et, en certains cas , indispensable pour cet objet. Lorsque les organes de la ])erspiration éprouvent une constriction spasmodique, tandis que l'accroissement du mouvement de ia circulation développe une chaleur anomale (comme cela a lieu au début de la fièvre), nous pouvons imaginer facilement quels désordres s'ensuivent.
Currie ne nous laisse faire après lui ni développement ni commentaire, il épuise le sujet. Un auteur moderne, William Edw^ards, dont les travaux sur la chaleur animale sont si justement admirés, est diminué singulièrement après qu'on a lu Currie , son prédécesseur et son maître.
«On a observé, dit Currie, que les personnes qui ont entrepris un travail excessif n'y peuvent suffire , à moins qu'elles ne transpirent longuement et compensent leur perspiration en buvant quelque liquide modérément stimulant. Tel est le
JAMES CURRIE
cas des moissonneurs en Pensylvanie, qui travaillent en plein soleil et peuvent, grâce à une abondante transpiration, supporter une chaleur extérieure supérieure à celle de leur sang (Franklin). Tel est aussi le cas de nos porteurs de charbon, qui perdent journellement par cette voie la cinquième ou sixième partie de leur poids , et qui réparent cette perte par de grands coups de porter (mot à mot : de grandes lampées, large dranghts). Dans ces cas, un arrêt soudain de la perspiration par suite de la cessation de l'exercice , et l'impression du froid extérieur, amènent souvent un accident fatal. Les Européens qui vont dans les Indes orientales sont d'autant mieux portants qu'ils transpirent plus abondamment, surtout s'ils boivent des liquides légèrement stimulants et en quantité modérée, s'ils s'abstiennent de se griser, et se gardent des effets d'une transpiration trop excessive quand leur vigueur est altérée par la fatigue. Il faut se méfier des sueurs qui persistent après que la chaleur est abaissée, sorte de sueurs colUquatives . . . Les nuits sont froides , la peau est désarmée . . . le danger prochain . . . v
Currie donne ensuite des renseignements sur la chaleur du corps sous différentes latitudes; il examine la constitution du nègre, sa transpiration diminuée par l'état visqueux de sa peau, l'utilité de certains onguents dont se frottent les Indiens, celle des bains tièdes dans les Indes orientales. Currie en réfère au grand Bacon {^Lord Verulam) qui a écrit ceci : Inunctio ex oleo, et hyeme confert ad sanitatem, per exclusionem frigoris, etœslate, ad detinendos sptritus, et prolubendam exsolutionem eorum et arcendam vim aeris, quœ tune maxime est prœdatoria. Anteomnia igitur usum olei vel olivarum vel amygdali dulcis, adcutemab extra unguendim, ad longœvitatem ducere existimamus.
Currie examine ensuite l'effet des bains chauds, c'est-àdire de ceux dont la température s'approche de la chaleur du corps humain. Il les considère comme sédatifs surtout en ce qu'ils favorisent la perspiration sensible. Il insiste sur la né-
25i CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE.
cessité de toujours noter quelle était la température du bain mesurée par le thermomètre.
Passant à l'action fébrifuge de certains médicaments et se plaçant à un point de vue que les modernes ont adopté sans en indiquer l'inventeur, Currie dit : «Les idées que nous avons exprimées, quant à la nature de la fièvre et aux fonctions de la perspiration , semblent nous éclairer sur le mode d'action de ces émétiques anlimomaux, et de ces sudor ijiques , qui arrêtent souvent les fièvres au début. L'action directe de ces médicaments sur l'estomac résout la striction spasmodique des capillaires de cet organe et de la surface qui s'oppose à l'expansion de la chaleur morbide. Néanmoins ces remèdes sont incertains dans leurs effets, et en tout cas hautement débilitants. Ils ne peuvent entrer en comparaison avec les abusions d'eau
froide Quant à l'opium, on a discuté pour savoir s'il
était de nature chaude ou froide : dans ces derniers temps on s'est demandé s'il était stimulant ou sédatif. L'opium est certainement un remède contre la douleur et il fait dormir, deux effets concomitants. Cependant l'opium parfois ne procure pas le sommeil et ne diminue pas la fièvre, surtout si la chaleur est grande et la peau sèche. Si la peau a une tendance à s'ouvrir, l'opium souvent active la perspiration et par ce moyen diminue la chaleur. L'opium administré à la période de chaleur de la fièvre intermittente accélère souvent la période de sueur; il en faut aider l'action par des boissons tièdes ou froides. Les boissons alcooliques ont une ressemblance marquée avec l'opium pour leurs effets. L'alcool est plus échauffant, moins diaphorétique et moins soporifique. D'abord il excite la diffusion de la chaleur à la peau , accroît la stimulation du cœur et des artères, il y aune fièvre d'intoxication qui peut aller jusqu'à ûi" C. On a vu des ivrognes rechercher le froid, se baigner en rivière et diminuer ainsi les effets de l'ivresse ... 55 Currie ne conseille pas d'administrer l'alcool quand la chaleur est grande et la peau très-sèche, mais de le donner
JAMES GUKRIE.
quand la chaleur est modérée et la peau souple et humide. Il conseille aussi de donner l'opium aux ivrognes pour les faire transpirer.
Les applications locales du froid sont le sujet d'une courte note (p. sgc)) : <^ L'application locale du froid sur des parties enflammées ne doit pas être, dit Currie, soudaine et temporaire, mais progressive et graduelle, et permanente. G'estainsi que se justifient les succès obtenus par la glace, la neige, appliquées sur diverses parties du corps, pour prévenir ou réduire l'inflammation. . . On sait très-bien que l'action locale du froid s'élend à tout l'organisme. On arrête une hémorragie pulmonaire en mettant les pieds dans l'eau froide, ou en continuant l'application du froid sur le pénis et les bourses, v
Le chapitre xix est consacré à cette question de savoir si la peau inhale (absorbe), et à l'examen d'un cas de mort par inanition. Sur la première question, Currie répond que le bain prolongé n'augmente pas le poids du corps (Currie, Gérard, Rollo). Dans l'inanition par obstacle intestinal, Currie a tenté de faire absorber des liquides dans le bain par la peau , mais, en pesant à lahahnce très-exactement son malade, malgré la durée prolongée des bains, il ne le trouva jamais augmenté de poids.
La chaleur décroit-elle dans l'inanition? Haller dit oui. Currie n'a point observé cette décroissance. Il se demande alors si la digestion est la seule source de la chaleur. Pourtant il ajoute : «La facilité avec laquelle le sujet en inanition perdait sa chaleur s'accorde avec une série de faits d'oii il résulterait que, dans les cas où la génération de la chaleur est naturelle, le pouvoir de la retenir dans l'organisme est en proportion de la force du principe vital. 5? (Voir les travaux d'Edwards, dq^Chossat, etc., sur cette question.) Cependant il demeure acquis que le bain apaise la soif.
Seguin, à la même époque, soutenait aussi que le bain n'augmente pas le poids du corps. Fourcroy, son rapporteur à l'A-
cadémie des sciences, constatait le fait et les diverses expériences de Seguin en ces termes : «Le premier résultat tiré de trente-trois expériences faites par l'auteur sur lui-même, c'est que le corps n'augmente pas de poids dans le bain , qu'il perd moins dans l'eau que dans l'air, et que cette perte est surtout en raison de la température de l'eau du bain ; que la perte de poids dans l'eau à io° ou 12° (baromètre à 28 pouces), est à celle dans l'air comme 6,5 est à ly; qu'à 1 5° ou 1 8°, cette perte dans l'eau est à celle dans l'air comme 7,5 est à 2 1 , 7 ; que , dans l'eau chaude à 2 6° ou 2 8°, elle est à celle dans l'air comme i3 est à 28. M. Seguin attribue cette perte moindre à ce que la matière de la transpiration insensible n'est point exposée au contact de l'air qui doit la dissoudre dans l'état ordinaire. Il rend raison de la différence de ces pertes à diverses températures de l'air de la manière suivante : la perte de poids qu'on éprouve dans l'eau à 1 0° ou 1 2°, est beaucoup plus faible que celle qui a lieu dans l'air, parce qu'il n'y a point de transpiration cutanée ; il n'existe alors que la transpiration pulmonaire ; celle qui se fait dans l'eau à 18" est un peu plus faible que la seule transpiration pulmonaire, parce que, outre qu'il n'y a point de transpiration cutanée dans ce cas comme dans le précédent, l'air qui entre dans le poumon est chargé d'humidité et ne dissout pas toute celle qui se dégage de ce viscère : enfin la perte de poids qu'on fait dans un bain d'eau à 20° est plus considérable que celle qui est produite par la seule transpiration pulmonaire , dans l'air à cette température, parce qu'alors le corps perd et par cette dernière transpiration, et par la sueur qui sort des vaisseaux, en raison de l'augmentation des mouvements du creur et des artères, qui, comme M. Seguin l'a prouvé dans son mémoire sur la transpiration, est la seule cause de la transpii^tion sensible ou de la sueur. Mais, malgré la différence de ces trois résultats, qui dépendent de la température de l'eau du bain, il n'est pas moins certain qu'il n'y a point augmentation du
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poids du corps par le bain, et qu'il y a seulement une perle moins forte que dans l'air, dépendant de l'absence de celui-ci et de la privation de sa qualité dissolvante par rapport à la matière de la transpiration.» Le reste du mémoire de Seguin est destiné à montrer le mode et le degré d'absorption par la peau, et à prouver que les miasmes infectieux s'absorbent par les poumons et non par la peau. (La médecine éclairée par les sciences physiques, vol. III, p. 28/1.)
Le deuxième volume contient au chapitre i" les expériences les plus récentes de divers auteurs sur l'usage des affusions froides et tièdes, et sur l'emploi de la digitale dans les fièvres inflammatoires.
Il ne faut point s'étonner de voir Currie revenir, dans divers chapitres, sur les mêmes sujets et ne les avoir point tout d'abord épuisés. Il n'est point méthodique, il n'écrit point ex professa, il relate les faits suivant que l'expérience les lui apporte avec les années. Cette manière est la plus sincère, la seule sincère dans les sciences médicales. L'auteur confirme ses précédentes assertions et les corrobore par de nouvelles observations. Le temps détruit ou consolide, il n'en faut jamais faire fi. Currie nous apprend qu'il emploie avec succès les affusions froides dans les fièvres contagieuses, même quand il existe des symptômes pulmonaires. Il croit que l'on peut par ce moyen raccourcir la durée de la maladie.
L'action bienfaisante du vent, de la fraîcheur de l'air, de la pluie et de la rosée sur les fiévreux , a été quelquefois observée, nous dit Currie, et il cite deux observations de Desgenettes , contenues dans son Histoire médicale de l'armée d'Orient, p. 2/19 : K Un sapeur, atteint de la peste pendant l'expédition de Syrie, s'échappa tout nu, pendant un violent délire, du fort de Cathieth et demeura perdu pendant trois semaines dans le désert. Deux bubons qu'il avait suppurèrent et guérirent d'euxmêmes. Il s'était nourri d'une espèce d'oseille sauvage. Cet homme guérit parfaitement. » Currie suppose que ce malade
258 CHAPITRE 1". — LA CHALEUIi ET LA FIÈVRE.
avait subi l'action rafraîchissante des rosées et des pluies qui étaient abondantes à ce moment. Deuxième observation de Desgenettes : ^ Un artilleur qui avait deux bubons et un anthrax charbonneux s'échappa du Lazaret de Boulak, le jour même où il y avait été admis, et, dans un violent accès de délire, se pr-écipita dans le Nil. Il fut ressaisi au bout d'une demi-heure, auprès d'Embabetli, par les gens de ce village, et il guérit parfaitement. » On citait beaucoup de cas semblables. Currie regrette que les médecins français et anglais aient ignoré les bienfaits du traitement par le froid, et il se plaint de l'impuissance des efforts faits pour propager les méthodes utiles à la santé de l'homme. Il ne se doutait pas de l'oubli où ses recherches tomberaient pendant un demi-siècle! Suivent des observations faites à Liverpool.
La digitale (^digitahs purpurea). — kGo remède, dit Currie. est venu récemment à notre secours ; il possède un charme pour produire une action extraordinaire sur le cœur et les artères, et, à ce titre, sur l'hydropisie, particulièrement sur l'hydrothorax. La puissance extraordinaire de la digitale pour arrêter les hémorragies et particulièrement les hémoptysies, est généralement admise, mais son emploi dans les phlegmasies est moins connu. Cette substance est destinée non à supprimer, mais à diminuer l'usage de la lancette. 55
Prenant toutes les précautions prescrites par le docteur Withering pour l'emploi de cette substance, Currie a ordonné la digitale fréquemment dans les inflammations du poumon, du cœur et du cerveau , et avec un succès inespéré. Il trouve que c'est un excellent remède contre le rhumatisme aigu , et il exprime le désir de communiquer plus tard au public le résultat de ses observations. La digitale est, dit-il, un incontestable sédatif. Il renvoie à l'ouvrage publié en 1799 par le docteur!. Ferriar, de Manchester, sous ce titre : An essay on ihe médical properties of digitalis purpurea.
JAMES CURRIE
Le chapitre n traite des arasions froides et tièdes dans la scarlatine, la variole conjluente, la rougeole, l'injluenza (grippe), etc.
Currie pense que les formes très-graves, gangreneuses, ne comportent pas le traitement par l'eau froide. Dans la scarlatine ordinaire , quand le thermomètre s'élève à i o5°, 1 06° et même 1 1 o°( 4o°, /n°, ^4 Q^C), il faut agir avec vigueur, surtout à la première période , et verser sur le corps nu du malade plusieurs gallons d'eau très-froide. Si l'on n'abaisse pas d'abord la température , il faut recommencer les ablutions plusieurs fois par jour, et, au besoin, jusqu'à douze fois en vingt-([uatre heures. Après ce temps en général, le plus souvent même plus tôt, la force de la fièvre est abattue , et il suffit d'employer de temps à autre les affusions tièdes. Simultanément on doit faire boire au malade de l'eau froide et de la limonade froide. On voit survenir, après l'arrêt de la fièvre, une grande langueur avec tendance au sommeil. Si le malade ressent trop le froid, on lui enveloppera les extrémités de vêtements. Au bout de trois jours généralement le malade est convalescent. L'angine se trouve aussi fort bien de ce moyen.
Il survient quelquefois de l'hydropisie des membres, mais la digitale en triomphe; ou même cela guérit spontanément.^
Si la timidité des parents ou les appréhensions des médecins ne permettent pas d'avoir recours à cette pratique décisive , on se contentera du traitement moins efficace par les ablutions tièdes ou les bains tièdes comme fait le docteur Clark, de Newcastle. Suit le récit de plusieurs épidémies. Currie conseille de traiter les enfants sains par l'eau froide (moyen préventif) en temps d'épidémie de scarlatine. Il a appliqué cette méthode à ses propres enfants, avant et pendant la scarlatine.
Currie est absolument convaincu de l'excellence du traitement par le froid. ftJ'ai, dit-il, toujours suivi cette pratique dans des centaines de cas (cent cinquante en une seule épidémie), et cela avec un succès si invariable, que je ne pouvais m'empêcher d'en éprouver une émotion de surprise et une sa-
tisfaction grande, w Du reste, les écrits d'Haygarth, du docteur Clark, et du docteur Blackburn, constatent le succès de cette méthode, qui fut adoptée à cette époque par tout ce que la médecine comptait de savants. MM, les docteurs Rutter, Dale, Eaton, Gregory (professeur à Edinburgh), publièrent des cas nombreux de succès obtenus par les affusions froides dans la scarlatine. On se préoccupait des pleurésies, de l'anasarque pouvant se produire sous l'influence de ce refroidissement, et l'on ne trouvait pas que les affusions en fussent plutôt suivies que les autres modes de traitement.
La méthode faisait des progrès en Angleterre pour le typhus surtout (voy. le mémoire de M. Blegborough, in Médical and physical Journal, vol. VIII, p. i58, et celui de M. Pearson, même vol. , p. 3 ). Il arrivait pour Currie ce qui avait eu lieu pour Jenner ; tout le monde médical correspondait avec lui et s'informait curieusement de sa pratique. Epoque d'enthousiasme et de bonne foi! Une partie du deuxième volume contient cette intéressante correspondance ^
^ Il est curieux de noter en passant Ja pratique de nos prédécesseurs. C'est à ce titre que nous rapportons l'observation suivante :
Sur l'usage de l'eau à la glace dans le traitement d'une fièvre bilieuse-putride miliaire, précédée de V Histoire de la constitution de l'année i'j85, à Saint- Jean-d'Angély , par M. J. Lamarque, docteur en médecine de l'Université de Montpellier, avec cette épigraphe :
Ut quanto febris sit intensior, tanto detur frigidior aqua; et purgatio tanta sit, quanta cacochymia. Vallès. [Journal de Vandcrmonde , 1786.)
Appelé le 1 6 août 1785 pour voir un homme de trente-cinq ans atteint d'une 6èvre putride, l'auteur fait ouvrir les fenêtres au nord, suivant le précepte d'Aetius : prima auxilia in febre sunt
decubitus in locis frigidis , quiadpurum aerem patent. Vient ensuite le récit du traitement, qui est terrible comme il devait l'être à celte époque :
Le 17 août, émétique.
Le 18, sel d'Epsom.
Le 19, trois lavements et camphre.
Le 20, décoction de tamarin et sel d'Epsom, boissons émétisées continuées trois jours de suite.
Du 21 jusqu'au 26, tous les jours, sel d'Epsom émétisé.
Le 26, kina, serpentaire.
Le 27, on arrête la médication.
Le 29, se passe un phénomène curieux : le malade demande à manger, le médecin s'indigne. Il voit là u ne preuve de délire : quœ circa res necessarias versati^tur deliria, pessima. On revient à la potion minorative, on applique deux larges